Le livre d’un père, 1877
XXIV. Serment
Nommez votre pays‖ de ce nom : la Patrie !Après celui de Dieu,‖ c’est le nom du devoir.Prononcez-le toujours‖ avec idolâtrie,Ce nom qui vous oblige‖ au combat, à l’espoir.
Si quelqu’un, se disant‖ le citoyen du monde,Insulte à votre amour‖ du haut de sa raison,Ce mot : l’Humanité,‖ sur sa lèvre infécondeVeut dire l’égoïsme‖ et sent la trahison.
Nous ! plus Dieu la punit,‖ plus le monde l’accable,Plus elle est en opprobre‖ aux rois, aux empereurs,Aimons notre cité‖ d’un amour implacable…Opposons cet amour‖ à leurs lâches fureurs.
Qu’on ne me parle plus‖ de ces peuples, nos frères !Où sont-ils, et lequel‖ nous a tendu la main ?Je suis Français ! la France‖ a les destins contraires :J’ai souci d’elle seule,‖ et non du genre humain.
Oui, nous sommes tombés,‖ vaincus par notre faute !Nous avons manqué d’âme‖ et quitté les sommets :L’abîme est bien profond,‖ car la cime était haute…Ceux qui rampent toujours‖ seuls ne tombent jamais.
Oui, la France est coupable,‖ et s’accuse elle-même ;Mais lequel est plus pur,‖ de ses voisins jaloux ?Lequel peut, à bon droit‖ nous lancer l’anathème ?Quel peuple sans péché‖ se lève contre nous ?
Qu’ils se taisent ! Nous seuls‖ et l’esprit de nos pèresRestons juges du crime‖ et des devoirs trahis.Par fierté, par amour,‖ soyons juges sévères…C’est le servir bien mal‖ que flatter son pays.
Mais plus nos doigts sanglants‖ sonderont de blessures,Plus il apparaîtra‖ de hontes au grand jour ;Plus la sainte patrie‖ aura subi d’injures,Plus le deuil sera grand…‖ plus grand sera l’amour !
Je t’aimais glorieuse,‖ et t’adore insultée ;Je me sens mieux ton fils‖ en pleurant tes revers,France ! Ô mère ! ô grandeur‖ que j’ai trop peu chantée,À toi mon dernier souffle,‖ à toi mon dernier vers !
Enfants ! si votre père,‖ en butte à quelque outrage,Vieux, proscrit, mutilé,‖ portait son propre deuil,C’est alors que, debout,‖ pleins d’amour, pleins de rage,Vous vous diriez ses fils‖ avec le plus d’orgueil.
Soyons ainsi, nous tous,‖ les fils de la Patrie,Humbles devant son Dieu,‖ fiers devant l’étranger !Tenons-nous le cœur haut‖ et la main aguerrie ;Faisons-nous des vertus‖ dignes de la venger.
Jeunes gens qui serez‖ meilleurs que nous ne sommes,Vous qui vaincrez, — mon cœur‖ a son pressentiment ! —Sous les drapeaux, le jour‖ où vous devenez hommes,Avancez la main haute,‖ et prêtez ce serment :
« Je jure devant Dieu,‖ sur mon âme immortelle,Sur les os de nos morts‖ et de par leurs exploits,De vivre pour la France‖ et de mourir pour elle,D’honorer ses autels,‖ d’obéir à ses lois.
« Jamais entre mes mains‖ l’ombre d’une souillureNe ternira l’éclat‖ dont ses armes ont lui.Si mon voisin de rang‖ tombe d’une blessure,Sans m’écarter d’un pas‖ je combattrai pour lui.
« Je maintiendrai la terre‖ et le nom des ancêtres :Et, fussé-je le seul‖ à lui garder ma foi,Je jure de laisser,‖ libre d’injustes maîtres,Mon cher pays plus grand‖ qu’il n’était avant moi. »
C’est ainsi que jurait‖ la jeunesse d’Athènes.Vous savez quels combats‖ ces soldats ont livrés !Enfants, dressés comme eux‖ à des luttes certaines,Vous Français, vous chrétiens,‖ vous les surpasserez.
N’avez-vous pas, de plus‖ que le héros antique,Ce ferme espoir qui fait‖ de la mort un bonheur ?Outre le Dieu vivant‖ qui manquait à l’Attique,N’avez-vous pas l’esprit‖ de nos aïeux… l’honneur ?
23 février 1874.
Versification
- Forme
- 17 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 17(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 17 quatrains
- Mots à la rime
- a Patrie / idolâtrie féminine, classiqueb devoir / l’espoir masculine, classiquea monde / inféconde féminine, classiqueb raison / trahison masculine, classiquea l’accable / implacable féminine, classiqueb empereurs / fureurs masculine, classiquea frères / contraires féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea faute / haute féminine, classiqueb sommets / jamais masculine, classiquea elle-même / l’anathème féminine, classiqueb jaloux / nous masculine, classiquea pères / sévères féminine, classiqueb trahis / pays masculine, classiquea blessures / d’injures féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea insultée / chantée féminine, classiqueb revers / vers masculine, classiquea outrage / rage féminine, classiqueb deuil / d’orgueil masculine, classiquea Patrie / aguerrie féminine, classiqueb l’étranger / venger masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb pressentiment / serment masculine, classiquea immortelle / elle féminine, classiqueb exploits / lois masculine, classiquea souillure / blessure féminine, classiqueb lui masculine, classiquea ancêtres / maîtres féminine, classiqueb foi / moi masculine, classiquea d’Athènes / certaines féminine, classiqueb livrés / surpasserez masculine, classiquea antique / l’Attique féminine, classiqueb bonheur / l’honneur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources