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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les symphonies, 1855· Livre deuxième

IV. Asile

Victor de Laprade· 17 quatrains, hexasyllabes et alexandrins, 68 vers

À MON AMI AMÉDÉE HENNEQUIN

Non, le fatal ennui‖ qui nous pousse au blasphèmeNe sera pas vainqueur !Pour échapper au monde‖ et pour me fuir moi-même,J’ai des ailes au cœur.

Je conserve immortels‖ l’amour de la nature,Votre amour, ô mon Dieu !Ce double asile, ouvert‖ aux peines que j’endure,Me reçoit en tout lieu.

L’homme sur votre nom,‖ que l’univers atteste,A répandu sa nuit :J’irai vers le désert‖ où votre empreinte reste,Où votre beauté luit.

Le désert ! épanchant‖ sur les âmes qui saignentDes philtres embaumés,Et faisant de mes pleurs‖ que les humains dédaignentVos joyaux bien-aimés.

Le désert ! où Je puis‖ ramasser votre manne,Seigneur ! où votre loiRayonne dans l’éclair,‖ ou de la fleur émane,Et vient s’écrire en moi.

L’espoir coule à grands flots‖ de ton sein, ô nature !L’eau vive du rocherCalmant les nobles soifs‖ qu’une source moins pureNe saurait étancher.

Mon cœur maudit le monde‖ et l’ennui m’en exile ;Toute ma foi s’y perd ;Le poëte, à qui Dieu‖ te donna pour asile,Ressuscite au désert.

Oui, je comprends toujours‖ l’esprit de vos feuillages,Arbres mélodieux !Je trouve encor le sens‖ des rapides imagesPeintes au front des cieux.

Quand j’écoute chanter‖ les nids et les fontaines,Je suis heureux encor.Entre les voix des mers‖ et des forêts lointainesJe démêle un accord.

J’aime encor, sur les flancs‖ des montagnes désertes,Sans songer au retour,Joyeux des horizons‖ et des fleurs découvertes,Me perdre tout un jour.

Le soir, quand je reviens,‖ plein de rêves sans nombre,J’aime à voir en marchantLe noir profil des monts‖ découper sa grande ombreSur le soleil couchant.

Je tiens encor la clef‖ des grandes harmonies,L’âme des sons diversQui murmurent un peu‖ des choses infiniesDans l’étroit univers.

L’aspect de nos cités‖ m’irrite et me désole :Dieu ne s’y fait plus voir ;Là, tout rire est amer,‖ toute humaine paroleM’y souffle un désespoir.

Je vais aux champs ! Les prés,‖ les oiseaux et les chênes,Dès que l’homme s’est tu,Tout me dit, m’invitant‖ à des fêtes prochaines :L’espérance est vertu.

Si j’ai cessé jamais‖ d’adorer vos merveilles,Ô terre, ô vastes cieux !Quand vos bruits n’apprendront‖ plus rien à mes oreilles,Vos couleurs à mes yeux ;

Quand mon cœur n’aura plus‖ une voix qui répondeÀ vos divers accords…C’est que j’habiterai‖ dans l’invisible monde,Délivré de mon corps.

Nature ! et qu’au delà‖ de ta dernière étoile,En face de ton roi,L’éternelle beauté,‖ dont tu n’es que le voile,Paraîtra devant moi.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Hexasyllabes et alexandrins (34 de 6, 34 de 12)· profil 6, 6+6
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a blasphème / moi-même féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea nature / j’endure féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea atteste / reste féminine, classiqueb nuit / luit masculine, classiquea saignent / dédaignent féminine, classiqueb embaumés / bien-aimés masculine, classiquea manne / émane féminine, classiqueb loi / moi masculine, classiquea nature / pure féminine, classiqueb rocher / étancher masculine, classiquea exile / asile féminine, classiqueb perd / désert masculine, classiquea feuillages / images féminine, classiqueb mélodieux / cieux masculine, classiquea fontaines / lointaines féminine, classiqueb encor / accord masculine, non classiquea désertes / découvertes féminine, classiqueb retour / jour masculine, classiquea nombre / ombre féminine, classiqueb marchant / couchant masculine, classiquea harmonies / infinies féminine, classiqueb divers / univers masculine, classiquea désole / parole féminine, classiqueb voir / désespoir masculine, classiquea chênes / prochaines féminine, classiqueb tu / vertu masculine, classiquea merveilles / oreilles féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea réponde / monde féminine, classiqueb accords / corps masculine, classiquea étoile / voile féminine, classiqueb roi / moi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources