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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les symphonies, 1855· Livre deuxième

V. La muse armée

Victor de Laprade· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Oui, l’austère amitié‖ qui te lie aux grands chênes,Ce charme du désert‖ qui t’enivre toujours,S’ils t’ont fait ignorer‖ nos calculs et nos haines,Ont agrandi ton cœur‖ pour les nobles amours.

Quand tu disais : Mon frère !‖ à l’arbre sans culture ;Quand les oiseaux du ciel‖ venaient baiser tes mains,Ô toi qui pour famille‖ avais pris la nature,Non, tu n’abjurais pas‖ la cité des humains !

Au fond des bois sacrés‖ où tu te réfugies,Poëte aimé du chêne‖ et du vieux bûcheron,Tu voulais échapper‖ au bruit de nos orgies ;Mais tu redescendras‖ à l’appel du clairon.

Tu n’as point redouté‖ nos combats, mais nos fêtes.Sur la neige éternelle‖ ou sur le sable en feu,Tu consultais la voix‖ qu’entendent les prophètes,Apprenant du désert‖ à nous parler de Dieu.

Ce vieil amour du sol,‖ cet honneur qu’on abdique,Ce culte des aïeux‖ et de leurs saintes lois.Ils coulent dans ta veine,‖ ô Muse druidique !Je les ai respirés‖ sous les chênes gaulois.

Descends donc aujourd’hui,‖ poëte ! il n’est plus l’heureD’écouter les soupirs‖ des flots ou des rameaux ;C’est l’âme des humains‖ qui s’agite et qui pleure :Va retrouver ton peuple‖ et souffrir de ses maux.

Viens faire, au cœur de ceux‖ qui frappent dans l’arène,Sonner des rhythmes fiers‖ appris dans les grands bois.Tu sais tailler aussi‖ les javelots de frêne ;C’est le jour d’épuiser‖ ta lyre et ton carquois.

Viens ! la toison de l’ours‖ flotte sur tes épaules.Emprunte à nos forêts‖ leurs divines terreurs ;Entraîne sur tes pas‖ le vrai peuple des Gaules,De la faux implacable‖ arme tes laboureurs.

Abdique enfin ta paix,‖ Muse rêveuse et lente,Avec ce flot vengeur‖ descends de ton glacier ;Marche, et lève à nos yeux‖ ta hache étincelante,La neige des sommets‖ en a trempé l’acier.

Montre à l’homme agité‖ dans les projets servilesCe qui dort dans la paix‖ des saintes régions,Et combien le désert,‖ plus peuplé que les villes,Fait au jour du combat‖ germer de légions.

Car tu peux seule, ô Muse !‖ à la foule insenséeSouffler du haut des monts‖ un esprit sage et fier ;Et ceux que tu revêts‖ d’une grande penséeMarchent dans la bataille‖ à l’épreuve du fer.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a chênes / haines féminine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea culture / nature féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquea réfugies / orgies féminine, classiqueb bûcheron / clairon masculine, classiquea fêtes / prophètes féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea abdique / druidique féminine, classiqueb lois / gaulois masculine, classiquea l’heure / pleure féminine, classiqueb rameaux / maux masculine, classiquea l’arène / frêne féminine, classiqueb bois / carquois masculine, classiquea épaules / Gaules féminine, classiqueb terreurs / laboureurs masculine, classiquea lente / étincelante féminine, classiqueb glacier / l’acier masculine, classiquea serviles / villes féminine, classiqueb régions / légions masculine, classiquea insensée / pensée féminine, classiqueb fier / fer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources