Les symphonies, 1855· Livre troisième
IX. Le vol de l’âme
À MON AMI SAINT-RENÉ TAILLANDIER
I L’âme
Dans cet air sombre et lourd‖ qui pèse sur nos villes ;J’ai peine à soulever‖ le fardeau de mon corps ;Courbé sous les douleurs‖ et les travaux serviles,Quand j’aspire à monter,‖ je tombe et je m’endors.
J’entrevois du chemin,‖ en marchant sur la boue,Le grand mont qui se dore‖ au soleil printanier ;Une chaîne éternelle,‖ et qu’en vain je secoue,Loin des sommets en fleur‖ me retient prisonnier.
Pour fuir ce sol impur‖ et l’odeur de nos tombes,Pour m’approcher du ciel‖ et goûter les beaux jours,Ah ! que n’ai-je un instant‖ les ailes des colombesQui volent sur nos toits‖ en chantant leurs amours !
II Les aigles
Nous montons si haut dans l’espace,Nous planons dans un ciel si pur,Que la terre à nos pieds s’effaceComme un rocher noir dans l’azur.Dans la sphère où le jour s’allume,Nous allons baigner notre plume ;La lumière est notre élément ;En vain l’aurore en feu ruisselle,Nous n’avons jamais devant elleBaissé nos yeux de diamant.
Eh bien, nous te cédons l’empire !Nous n’avons pu suivre ton cœur,Ni respirer l’air qu’il respireDans son vol sublime et vainqueur.Hier, nous, les porteurs de la foudre,T’avons vu là-bas dans la poudre,Sous les barreaux d’une prison,Homme ! Et voilà que ta pensée,Malgré les fers s’est élancéeEt nous dépasse à l’horizon.
Va donc, plus libre et plus rapideQue l’oiseau roi sur les sommets,Jusqu’au monde où l’esprit te guideNos ailes n’atteindront’jamais ;Nos yeux, que nul soleil ne lasse,Ne sauraient regarder en faceCet astre inconnu qui te luit.Nous avons lutté contre l’âme !Elle monte encor dans la flamme ;L’aigle est repoussé dans la nuit.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3(abab) 3(ababccdeed)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (30 de 8, 12 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 3 quatrains, 3 dizains
- Mots à la rime
- a villes / serviles féminine, classiqueb corps / m’endors masculine, classiquea boue / secoue féminine, classiqueb printanier / prisonnier masculine, classiquea tombes / colombes féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquea l’espace / s’efface féminine, classiqueb pur / l’azur masculine, classiquec s’allume / plume féminine, classiqued élément / diamant masculine, classiquee ruisselle / elle féminine, classiquea l’empire / respire féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquec foudre / poudre féminine, classiqued prison / l’horizon masculine, classiquee pensée / élancée féminine, classiquea rapide / guide féminine, classiqueb sommets / n’atteindront’jamais masculine, classiquec lasse / face féminine, classiqued luit / nuit masculine, classiquee l’âme / flamme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources