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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pernette, 1870

CHANT CINQUIÈME. L’invasion

Victor de Laprade· distiques, alexandrins, 574 vers

Salut aux fiers sapins,‖ hôtes des lieux rebelles,Des incultes hauteurs‖ superbes sentinelles,Seuls vivants, seuls debout‖ sur ces rochers hardis,Derniers jardins du rêve‖ au labour interdits !Salut ! rocs abrités‖ des tempêtes civiles,Où n’atteint pas le flot‖ des multitudes viles,Où dorment les proscrits‖ des peuples et des rois,Et d’où la liberté‖ s’élança tant de fois !

Là, rangés en conseil,‖ comme leurs aïeux celtes,Autour des troncs sacrés,‖ non moins forts, non moins sveltes,Nos conscrits entouraient,‖ dans l’ombre et sous le vent,Leur vieux docteur pareil‖ au druide savant.De son grand cœur, troublé‖ de sentiments contraires,Ses paroles sortaient‖ moins vives et moins claires :Il annonçait des jours‖ prévus et souhaités,Mais le rire avait fui‖ de ses yeux attristés.

« Mes enfants, disait-il,‖ vos mères sont en joie :Du sanglant recruteur‖ vous n’êtes plus la proie :Vous n’irez pas mourir,‖ loin du pays natal,Écrasés sous le char‖ de cet homme fatal.Ses sauvages décrets‖ tombent avec lui-même ;Vos fronts ne portent plus‖ son cruel anathème ;Rentrez dans vos maisons,‖ vous n’êtes plus proscrits ;Rendez votre labeur‖ à nos champs appauvris.Quittez ces fusils vains !‖ reprenez vos charrues.Dieu ramène chez nous‖ des fêtes disparues.Nos hameaux vont revoir‖ leurs enfants dispersés,Et l’autel tout joyeux‖ attend les fiancés.Des paroles de paix‖ volent de bouche en bouche.Des soldats sont venus,‖ qui n’ont rien de farouche ;Étrangers et vainqueurs,‖ ils s’offrent pour amis ;Opprimés comme vous,‖ comme vous insoumis,Délivrés comme vous‖ de l’oppresseur du monde,Leur victoire est la vôtre ;‖ elle sera féconde.Donc, sous nos toits exempts‖ de honte et de dangersSupportons sans orgueil‖ ces hôtes passagers. »Il dit ; puis il ajoute,‖ ému dans son langage,Maints détails, maints conseils‖ dictés par un cœur sage,Sur les signes du temps,‖ sur ces fils de nos roisOui nous rendaient la paix‖ et de plus douces lois ;Sur l’avenir que nul‖ n’entrevoyait naguèresEt qui s’ouvrait au monde‖ après ces lourdes guerres.

Pierre, ayant écouté,‖ restait silencieux.Dans l’immobile aspect‖ de son corps, de ses yeux,Son esprit tourmenté‖ qui creuse et se consulteTrahissait les efforts‖ d’un grand travail occulte,Et le ferme vouloir‖ d’accomplir, malgré tout,Son dessein, quel qu’il fût,‖ et d’aller jusqu’au bout.

C’était, pour lui, l’instant‖ où s’ouvrent les deux voies,L’une d’âpres combats,‖ l’autre de molles joies ;Nul devoir absolu‖ n’ordonnait de choisirLa route ardue au lieu‖ du facile plaisir.Libre, enfin, il pouvait‖ tenir la foi promise :Pernette l’attendait,‖ souriante, à l’église.Sans doute, à de moins fiers,‖ à de moins généreux,L’honneur lui-même aurait‖ conseillé d’être heureux.

Mais il est de ces cœurs‖ naïfs et magnanimesPortés à leur insu‖ vers les fautes sublimes :Au prix de maints dangers,‖ quand, proscrit, pauvre, errant,Pierre avait refusé‖ ses bras au conquérant,De nos soldats nombreux‖ forçant la lassitudeCet homme répandait‖ au loin la servitude ;Ses drapeaux triomphaient ;‖ les enfants du paysÉtaient envahisseurs‖ et non pas envahis.Voilà que le torrent,‖ refoulé dans sa course,Porte chez nous la guerre‖ et remonte à sa source ;Et Paris étonné‖ voit, sans croire à ses yeux,Le Scythe impur campé‖ sur le sol des aïeux.

Pour nous tous, ô Français,‖ souvenir plein de rage,La terre maternelle‖ a subi cet outrage !C’est le crime d’un homme,‖ il n’en subsiste rien ;Mais la haine en doit vivre‖ au cœur du citoyen.Que d’affronts au foyer‖ sous l’ardoise ou le chaume.Après ce grand affront‖ fait à tout le royaume !Faudra-t-il donc subir,‖ muet, pâle et tremblant,Les caprices hautains‖ du Barbare insolent ?

Mais Pierre avait au cœur,‖ exaltés dès l’enfance,Tous les nobles orgueils‖ qu’un tel servage offense ;Il avait respiré‖ deux âmes à la fois,Les leçons du vieux prêtre‖ et la fierté des bois.Chez lui, l’amour du sol‖ et du clocher rustiqueS’ornait des souvenirs‖ de l’héroïsme antique.Il avait lu, transcrit‖ de ses robustes mainsVos sublimes conseils,‖ précepteurs des humains !Ces grands vers qui, trouvant‖ quelques âmes dociles,Nous poussent du côté‖ des vertus difficiles.

Un rapide combat‖ se livra dans son cœur ;Il en sortit navré,‖ mais il était vainqueur ;Et d’un accent profond :

« Certes, je hais cet hommeComme je hais le mal,‖ de quel nom qu’il se nomme ;Et, de mes faibles mains,‖ je voudrais ardemmentÊtre pour quelque chose‖ en son écroulement !Aussi, c’est pour moi-même‖ une injure soufferteDe voir d’autres que nous‖ triompher de sa perte,D’avoir des alliés‖ dans l’œuvre d’aujourd’hui…Sa chute est une affaire‖ entre la France et lui !Lui l’insolent orgueil,‖ nous la fierté rebelle,Nous devons seul à seul‖ vider notre querelle,Arrière l’étranger,‖ ce vainqueur de hasard !De ma juste vengeance‖ il me prend une part.Cet homme doit tomber !‖ mais soyons-en la cause !Du sort de mon pays‖ que mon peuple dispose.Nous seuls du Corse impur‖ sommes les vrais vainqueurs ;Son joug était brisé‖ déjà dans tous les cœurs,Il régnerait encor,‖ malgré vous, invincible,Si nous l’avions voulu‖ de ce vouloir terribleDont l’Europe a subi‖ l’indomptable vertu,Quand pour la liberté‖ la France a combattu !La guerre a fait ce trône,‖ elle peut le défaire ;Il n’a pas dans le sol‖ sa force héréditaire ;Qu’il en soit rejeté‖ par le peuple en courroux,Mais que nul étranger‖ ne commande chez nous !Cette terre est à nous,‖ faite par nos ancêtres ;Nous y devons, comme eux,‖ vivre et mourir en maîtres ;Nous seuls avons le droit‖ d’en barrer le chemin,D’y marcher librement,‖ les armes à la main ;Nous n’y devons souffrir,‖ debout à cette place,De chefs et de soldats‖ que ceux de notre race ;Et nul dans nos maisons‖ ne doit trouver accueilSans déposer, d’abord,‖ son glaive sur le seuil.Savons-nous quel dessein,‖ de leurs cités lointaines,Pousse vers nos hameaux‖ ce flot de capitaines ?Ce n’est pas notre honneur‖ qu’ils y viennent venger ;S’ils se disent amis,‖ leur dire est mensonger.Moi, je n’accepte pas‖ cette alliance altière ;Je leur tendrai la main,‖ mais hors de ma frontière,Quand ma terre écartant‖ des voisins mal venusNe verra plus flotter‖ ces drapeaux inconnus.Tant qu’ils osent camper‖ sur le champ de mes pères,Je maudis, je combats‖ ces hordes étrangères !Souffrirez-vous, amis,‖ des hôtes oppresseursDormant sous votre toit‖ et servis par vos sœurs ?Moi, plutôt que de voir,‖ au foyer qui s’indigne,Pernette leur verser‖ le vin de notre vigne,Et ces chefs lui sourire,‖ et ma mère, humblement,Pétrir pour leur festin‖ le beurre et le froment,J’irais seul assaillir‖ l’odieuse cohorte,Du logis profané‖ je briserais la porte,Et, la torche à la main,‖ de ces maîtres impursPar le fer et le feu‖ j’affranchirais nos murs.Si vous sentez au cœur‖ quelque chose qui vibre,Une haine, un amour,‖ le besoin d’être libre,Si nous voulons prouver‖ qu’à l’abri de nos bois,Lorsque nous avons fui,‖ bravant d’injustes lois,Fiers entre tous, bien loin‖ que le cœur nous défaille,Nous avons craint d’exil‖ et non pas la bataille,Rentrons dans nos hameaux,‖ les armes à la main ;Envers et contre tous‖ frayons-nous un chemin,Et chassons l’étranger‖ qui prétend faire grâceEn nous laissant chez nous‖ reprendre notre place. »

Maints avis commençaient‖ de jaillir à la fois ;D’un geste le vieillard‖ contint ces jeunes voix ;Il dit :« Sachons mêler clairvoyance et courage,Et regardons, amis,‖ plus loin que le village.C’est là-bas que se forme,‖ en de noirs horizons,L’essaim d’envahisseurs‖ qui remplit nos maisons :Avant notre humble bourg‖ ils ont soumis la ville.Qu’on écrase un frelon,‖ il en reviendra mille,Ardents à nous punir‖ de ce coup généreuxQue la grande cité‖ n’osa tenter contre eux. »Alors le jeune chef :« Eh bien, qu’on nous imite !L’insolent visiteur‖ disparaîtra bien vite.Qu’on s’indigne avec nous‖ de cet affront commun,Et tous seront sauvés‖ par l’effort de chacun.Que le moindre clocher‖ sonne le glas d’alarmes ;Que chacun sous son toit‖ se dresse avec ses armes ;Que tout hameau lointain‖ vierge de l’étrangerCoure au-devant du flot‖ qui nous veut submerger ;Que dans un mur vivant‖ bloc à bloc on se serre ;Qu’un grand orage humain‖ se soulève de terre,Et, comme nos aïeux‖ l’ont su faire autrefois,Qu’il pousse devant lui‖ les rochers et les bois !Que tout homme jaloux‖ d’une sœur, d’une femme,Ayant à lui son champ‖ et sa fierté dans l’âme,Que tout chef d’une race‖ et tout enfant pieuxQui sait sous quel gazon‖ reposent ses aïeux,Jurant de recouvrer‖ cette place usurpée,Frappe un coup de sa faux,‖ s’il manque d’une épée !Et, certes, nous verrons‖ ces torrents d’ennemisDes villes et des bourgs‖ promptement revomis,Et nous redeviendrons,‖ d’insultés que nous sommes,Libres, maîtres chez nous,‖ comme il sied à des hommes.

Les yeux du vieil ami‖ brillèrent un moment ;Puis, secouant la tête,‖ il reprit tristement :

« Quels vengeurs reste-t-il‖ aux campagnes désertes ?La terre sera longue‖ à réparer ses pertes.Est-ce avec des vieillards,‖ des femmes, des enfants,Que vous repousserez‖ ces soldats triomphants ?La guerre a dévoré‖ toute notre jeunesse.D’où crois-tu qu’un essaim‖ de vaillants nous renaisse ?Épuisant notre sève‖ en ses longues fureurs,Le Corse nous a pris‖ nos derniers laboureurs.Quels bras armerez-vous‖ du fer de nos charrues,Contre ces légions‖ incessamment accrues ?Quand tu soulèverais,‖ des fermes aux châteaux,Tout ce qui peut brandir‖ la massue ou la faux ;Quand les rochers, contre eux,‖ jailliraient de la terre,Opposant vainement‖ ta fronde à leur tonnerre,Tu n’entamerais pas‖ l’airain de leurs canons…Vous seriez brisés tous,‖ sans que l’on sût vos noms. »

Le jeune homme éclata,‖ s’écriant : « Que m’importeSi, ma cause étant juste,‖ une autre est la plus forte !Je vais mon droit chemin,‖ je ne veux rien prévoir.Mon âme, en moi, me dit‖ que je fais mon devoir.Qui sait ? un coup frappé‖ par une main hardiePeut des plus vils cailloux‖ tirer un incendie.Peut-être un feu sacré,‖ dans le sol endormi,Doit, en s’y réveillant,‖ dévorer l’ennemi !Si j’ai su l’allumer,‖ qu’importe que j’en meure !Un affront a souillé‖ ma race et ma demeure ;Tout mon cœur a frémi‖ de voir sur notre seuilUn hideux étranger‖ debout dans son orgueil.Je ne souffrirai pas,‖ moi vivant, que l’on diseQue j’ai laissé servir‖ ma mère et ma promise,Qu’un maître ou qu’un rival‖ m’a causé de l’effroi,Et qu’un soldat stupide‖ a commandé chez moi.Aux armes ! que l’issue‖ en soit heureuse ou triste,Mon cœur parle trop haut‖ pour que je lui résiste,Il m’ordonne d’agir‖ et d’aller où je vais…Sentez-vous comme moi,‖ faites comme je fais ! »Les cœurs avaient reçu‖ l’étincelle guerrièreEt ce cri s’éleva :« Nous ferons comme Pierre !Nous vivrons, nous mourrons‖ sous son commandement. »

Et tous les bras levés‖ confirmaient ce serment.

Et le vieillard se tut,‖ sachant qu’il est des heuresOù le cœur en remontre‖ aux têtes les meilleures ;Et, gardant ses conseils‖ pour une autre saison,Au cri venu de l’âme‖ il soumit sa raison.

Il connaît bien d’ailleurs,‖ l’ayant formé lui-même,L’indomptable vouloir‖ du jeune chef qu’il aime.Puis il goûte en secret‖ le dessein qu’il combat ;Des mêmes passions‖ il sent son cœur qui bat.Car, sous les jougs divers‖ que la foule tolère,Lui, toujours, a frémi‖ de honte et— de colère ;Et, le despote à bas,‖ il s’agit de vengerL’affront qu’imprime au sol‖ la main de l’étranger.

Or, sans autre discours —‖ la parole étant vaineQuand l’âme est résolue‖ et l’action prochaine, —Mais, longs à s’embrasser,‖ à se serrer la main,Pierre et le bon docteur‖ se dirent : « A demain ! »

Guettant l’heure propice‖ au grand coup qui s’apprête,Le jeune chef veillait‖ dans la forêt discrète.

L’ardent vieillard, béni‖ du peuple des hameaux,Reprit sa course active‖ à soulager les maux ;Semant sous chaque toit‖ ses paroles habiles,Il disposait les cœurs‖ à des œuvres viriles.

Le foyer des amis‖ l’attendit tout le soir,Et son retour, hélas !‖ y trompa leur espoir.Il rentrait seul !… Pourtant‖ il avait, ô chimère,Promis l’époux, le fils,‖ à l’amante, à la mère !Il prédisait à tous‖ la paix, un âge d’or !…L’homme au sceptre sanglant‖ régnerait-il encor ?Quel danger imprévu,‖ quelle entrave nouvelleRetient l’absent chéri‖ loin du seuil qui l’appelle ?Les questions volaient‖ autour du vieil ami.Lui, contre leur assaut‖ par avance affermi,Grave, mais d’un ton fait‖ pour écarter la crainte,Vanta le jeune chef‖ et leur dit tout sans feinte,Annonça le combat‖ contre les étrangers.Ne cachant ni l’honneur‖ du coup ni ses dangers.

Un cœur de mère en vain‖ comprime ses alarmes,Rien n’est plus clairvoyant‖ que ses yeux sous leurs larmes ;D’un regard infaillible,‖ en l’acceptant de nous,Elle juge un espoir‖ qu’elle implore à genoux.Hier, tous étaient joyeux,‖ la paix était certaine…Un indicible effroi‖ durait chez Madeleine.De sa longue douleur,‖ plus légère un moment,Elle reprit le poids‖ sans nul étonnement,Et son deuil, sous le coup‖ que le sort lui renvoie,Resta silencieux‖ comme l’était sa joie ;Forte et pieuse, au fond‖ de son cœur qui se fendElle ne blâma point‖ son téméraire enfant.

Dans l’âme de Pernette‖ un aussi grand courageS’exaltait dans l’espoir‖ compagnon de son âge.Fière de ce vaillant‖ qui possédait son cœur,Elle ne doutait pas‖ de le revoir vainqueur :Pierre est toujours certain‖ d’accomplir ce qu’il ose ;Dieu ne saurait faillir‖ à cette juste cause !Et la vierge au front pur,‖ debout comme un guerrier,Semblait prête à combattre‖ au sortir de prier.

Le soldat rayonnait‖ aux ardeurs de sa fille.Lui seul, depuis trois jours,‖ attristait la famille ;Sombre, le vieux coursier‖ rongeait tout bas le mors ;L’espoir de ce grand coup‖ l’allégea d’un remords.

« Enfin, dit-il, voilà‖ que nos fils sont des hommes !Ils sentent comme moi‖ cet opprobre où nous sommes.Des soldats étrangers‖ sont maîtres du pays !Non, je ne veux plus voir,‖ dans nos bourgs envahis,Ces habits odieux,‖ ces sabres qu’on y traîne !Ils fuyaient devant nous,‖ conscrits armés à peine !Marchons ! donnons la chasse‖ à ces vils animaux ;Il suffira contre eux‖ des fourches et des faux.Qu’on sonne le tocsin,‖ que Pierre nous commande ;Moi, soldat de Moreau,‖ je serai de la bande ! »

Le sort était jeté,‖ chacun de nos amisAux soins accoutumés‖ se fut bientôt remis.

Offrant la lourde broche‖ au sarment qui pétille,Veillant à tout, passant‖ du rosaire à l’aiguille,La mère au coin du feu,‖ sobre de longs discours,Travaillait et priait,‖ triste comme toujours.

Prompt à suivre son cœur,‖ malgré sa tête grise,Le médecin jugeait‖ au fond leur entreprise,Mais, tout heureux d’agir,‖ retrouvait à la foisSa bonté joviale‖ et son esprit narquois ;Et, pour rompre le cours‖ de toute sombre idée,De mille mots piquants‖ harcelait l’accordée.Pour son office à lui,‖ dans l’œuvre de demain,Il dispose à l’écart‖ ce qu’il a sous la main ;Et, par lui, la maison‖ voit s’envoler loin d’elleLes noirs pressentiments‖ que sa gaîté flagelle.

Jacques, prêt à l’assaut‖ du Cosaque hideux,Fourbissait dans un coin‖ son fusil de l’an deux.

Pernette offre à chacun‖ son aide intelligenteEt va de l’un à l’autre,‖ accorte et diligente,Portant son vif esprit,‖ son cœur que rien n’abat,Des travaux du ménage‖ aux apprêts du combat.

C’est ainsi, chaque porte‖ étant bien verrouillée,Qu’entre ces vieux amis‖ se passait la veillée ;Le bon docteur disait :« Mon poste est près de vous.N’ayant femme au logis‖ dont le cœur soit jaloux,N’ayant fille ni fils‖ dont le sort m’inquiète,Je suis jusqu’à demain‖ l’amoureux de Pernette. »

La nuit marchait ; déjà,‖ sur le toit d’à côté,D’un ton strident et fier‖ le coq avait chanté ;Un taureau matinal‖ mugissait dans l’étable,Quand le clocher lança‖ le signal redoutable.Un coup de feu partit…‖ Tous quatre, à ce moment,Se levèrent d’un bond‖ dans leur tressaillement.Sur les yeux enflammés‖ les sourcils se froncèrent,Sans dire un mot le père‖ et l’enfant s’embrassèrent.Pernette au vieux soldat‖ présenta, d’un bras sûr,Le fusil consacré‖ debout contre le mur ;Un grand signe de croix‖ arma ces fortes âmes,Et Jacques s’élança vers le bourg.

Les deux femmesTombèrent à genoux ;‖ bientôt, se relevant,L’ouvrage entre elles deux‖ se pressa comme avant.Fil à fil, sous leurs doigts‖ d’où la neige s’échappe,La charpie en flocons‖ s’entassait sur la nappe ;Et du rosaire ami‖ le récit alternéMurmurait vivement‖ sur leur lèvre égrené.

Dans la salle à grands pas,‖ distrait, baissant la tête,Le docteur songe et va,‖ puis tout à coup s’arrête,Baise Pernette au front‖ ou lui serre la main,Répond à leur prière‖ et reprend son chemin,Scrute, l’oreille au guet,‖ comme au lit d’un malade,Les bruits et les détours‖ que fait la fusillade.Il combine, il s’efforce,‖ en maints calculs divers,D’augurer le succès‖ des siens, ou leur revers.Enfin, il n’y tient plus !‖ le brave homme s’élance,Pour le champ du combat‖ déserte l’ambulance ;Car il veut du péril‖ rapprocher le secours.

Or les coups devenaient‖ plus lointains et plus sourds.

A peine il disparut,‖ que la porte rouverteRendait un ami sûr‖ à la maison déserte :Dans le trouble commun‖ le pasteur en éveilSavait bien où porter‖ et l’aide et le conseil,Et, contre l’ardeur vaine‖ ou l’effroi des batailles,Il venait raffermir‖ ses plus chères ouailles.

Là-bas tout allait bien :‖ habilement surpris,Les étrangers cédaient‖ le bourg à nos conscrits,Laissant plus d’un cadavre‖ étendu sur la route.Je ne sais quel fantôme‖ achevait leur déroute ;Ils doutaient de leur force,‖ eux, vaincus tant de fois,Ils tremblaient de marcher‖ sur le vieux sol gaulois.

Le château regorgeait‖ de captifs pris au piège.Sur la place du bourg,‖ rentrés à grand cortège,Les vainqueurs, les proscrits,‖ doublement délivrés,Des parents, des voisins‖ s’avançaient entourés.Dans le bruyant orgueil‖ d’un triomphe rustique,La foule grossissait‖ devant l’église antique.L’aurore flamboyait‖ sur le clocher vermeil ;Et, sur sa croix de fer,‖ doré par le soleil,L’oiseau sacré, le coq‖ joyeux de cette gloire,Semblait battre de l’aile‖ et chanter la victoire.La jeunesse acclamait‖ son chef aux longs cheveux.C’étaient de toutes parts‖ des cris, des chants, des vœux :« Pierre avait tout conduit,‖ aussi vaillant que sage !Pierre est le capitaine‖ et le roi du village ! »Et, comme en souvenir‖ du sacre d’autrefois,Tous les bras enlacés‖ lui faisaient un pavois.

Or, quand il descendit‖ de ce trône éphémère,C’était sur le sol même‖ où le toit de sa mère,Où les murs des aïeux‖ rasés par l’empereurDe l’homme impitoyable‖ attestaient la fureur.On reconnut la place,‖ et, du cœur populaire,Un cri partit mêlé‖ de joie et de colère :On tenait la vengeance‖ au bout de tant d’affronts !« Pierre, disaient-ils tous,‖ nous la rebâtirons. »

Mais l’orgueil du combat‖ ayant jeté ses flammes,De plus tendres besoins‖ s’emparèrent des âmes ;Sous le toit de famille‖ activement ornéChacun des chers proscrits‖ fut bien vite entraîné.Les nappes de Noël‖ par les sœurs étaient mises ;Le vin vieux fut versé‖ par les jeunes promises.Partout c’est triple joie,‖ et l’on fête, à grand bruit,Les amis restaurés‖ et le tyran détruit,Et l’étranger vaincu,‖ dans sa terreur subite,Laissant le pays fier‖ et libre par sa fuite.

Muse des grands sommets‖ et des petits manoirs,Qui sur le vieux tilleul‖ te poses tous les soirs.Oiseau des vieux jardins‖ et des vieilles tonnelles,Muse des prés, des champs,‖ des ruches maternelles,Si doux que soit ton miel‖ fait des fleurs de nos bois,Si généreux le sang‖ de la vigne où tu bois,Si purs que soient tes vers‖ notés sous les charmilles,Pris aux souffles du ciel,‖ aux voix des jeunes filles,Devant ce cher logis,‖ avec tous tes trésors,Tu te sens inégale‖ à peindre ses transports,Quand Pierre sur le seuil,‖ arrivant hors d’haleine,Embrassa tout en pleurs‖ Pernette et Madeleine !L’hymne en nous qui se chante‖ à de pareils instants,La page qui s’écrit‖ dans les cœurs palpitants,Nulle main, nulle voix,‖ nul effort du génie,N’en traduiront jamais‖ l’ineffable harmonie ;Tu peux en esquisser‖ à peine un léger trait,Car l’âme d’une mère‖ en garde le secret.

Dans le foyer, fêtant‖ le retour d’un convive,Jaillissait des vieux ceps‖ une clarté plus vive.Que de joyeux sarments‖ s’étaient là consumésSans tirer un rayon‖ des visages aimés !Ce matin, la splendeur‖ du brasier qui flamboieN’égale pas des yeux‖ la lumière et la joie :Le soleil au vitrail‖ éclate en ce moment ;Chaque angle du manoir‖ a son rayonnement ;On lit sur chaque meuble‖ et sur chaque muraille,Le retour de l’enfant‖ et l’heureuse bataille.

Pas un ami ne manque‖ au toit hospitalier,Nul anneau n’est rompu‖ du cercle familier ;On se retrouve enfin !‖ Ah ? l’épreuve était rude !Chacun reprend sa place‖ et sa chère habitude.Jacques, tout fier encor,‖ les regards enflammés,Suspend son vieux fusil‖ aux clous accoutumés.

Sous son rire gaulois,‖ cachant de grosses larmes,Le jovial docteur‖ est déjà sous les armes,Et darde aux jeunes gens,‖ avec un trait moqueur,Les mots les plus amis‖ et les plus doux au cœur.

Des soins multipliés‖ occupent Madeleine.Forte à dompter la joie‖ aussi bien que la peine,Laissant aux fiancés‖ l’ivresse du retour,Elle a pris pour sa part‖ les travaux de ce jour.Sous sa main la maison,‖ fêtant le jeune maître,Donne tout ce qu’elle a‖ de rustique bien-être ;Et devant le festin‖ les heureux combattantsPurent s’asseoir bien vite‖ et discourir longtemps.

Après l’épanchement‖ des intimes pensées,Les milles questions‖ par l’absent adressées,L’histoire du logis,‖ des champs et des travaux,Les détails répétés‖ qui sont toujours nouveaux,Il fallut, sérieux‖ comme en conseil de guerre,Discuter et juger‖ la victoire de Pierre,Et prévoir et parer‖ les coups de l’ennemi,Et ne pas s’endormir‖ à le croire endormi.

De son premier combat,‖ salué par l’aurore,Au cœur du jeune chef‖ l’orgueil vibrait encore ;En mille ardents projets,‖ pour affranchir le sol,Son généreux esprit‖ se lançait à plein vol ;Et tous, à l’écouter,‖ dans l’indulgent cénacle,Même le vieux docteur,‖ croyaient à ce miracle.

La pâle inquiétude‖ attristait cependantLa beau front du pasteur‖ vénérable et prudent,Qui, sans un mot de blâme‖ ou de mauvais présage,Parla selon son cœur‖ et dit d’une voix sage :

« Hélas ! l’horrible guerre‖ envahit nos hameaux ;Mieux que par des récits‖ nous en savons les maux,Et les balles, déjà,‖ les menaces infâmes,Ont effleuré la chair‖ des enfants et des femmes.L’homme insultera donc‖ toujours au cœur humain !Toujours son propre flanc‖ saignera sous sa main,Et l’image de Dieu,‖ son fils, celui qu’il aime,Sera percé du fer‖ comme ce Dieu lui-même !Un soldat agit bien,‖ qui meurt pour ce qu’il croit,Qui s’arme faible et seul‖ pour l’honneur et le droit,S’arrache pour combattre‖ à ses moissons prospères,Et frappe l’agresseur‖ du tombeau de ses pères.Pourquoi ce noble orgueil‖ verse-t-il tant de sang,Tant de sang inutile‖ et surtout innocent ?Dans la plus juste cause,‖ il faut être économeDes morts et des terreurs‖ et des larmes de l’homme,Et ne porter de coups‖ que dans les rangs épais,De ces coups forts et sûrs‖ qui décident la paix.Qu’importe à tout l’État‖ que notre humble villageAit, à l’écart, son jour‖ de gloire et de carnage ?Tout se décide ailleurs !‖ Et nous avons frappéUn hôte indifférent,‖ pour une nuit campé,Qui dans nos champs a peine‖ eût laissé quelque ornièreDisparue au matin‖ sous l’herbe printanière.Qui sait, après ce coup‖ de ton bras généreux,S’ils ne reviendront pas‖ irrités et nombreux,Craignant l’exemple, ardents‖ à l’effacer bien vite,D’autant plus forts, hélas !‖ que nul ne nous imite ? »

Prompt à juger les cœurs‖ d’après son cœur vaillant,Pierre étendit la main‖ et dit en tressaillant,Comme s’il engageait‖ le sol par sa promesseEt s’il prêtait serment‖ pour toute la jeunesse :

« Tous feront comme nous,‖ cher pasteur, je le sais !Tous ont frémi de voir‖ souiller le sol français.Chacun se lèvera‖ qui peut tenir une arme !Nous avons ce matin‖ poussé le cri d’alarme,Et, des plus hauts clochers‖ jusqu’aux plus humbles toits,Le vigilant honneur‖ l’a répété cent fois.Nul n’accepte ce joug,‖ ne veut, plus que moi-même,Voir sa ville et sa mère‖ et la vierge qu’il aimeServir docilement‖ le barbare odieux,Et s’allumer pour lui‖ le foyer des aïeux.Non ! La cité, les champs,‖ ces bois dont j’ai le culte,Du pas de l’étranger‖ rejetteront l’insulte.Le sol tremble ! Et, plutôt‖ que souffrir cet affront,Les monts d’où je descends‖ sur nous s’écrouleront.

— Amis, dit le docteur‖ à la franche figure,Gai convive, toujours,‖ et favorable augure,Pas de si noir présage,‖ assez de grands combats !Tout va plus simplement‖ aux choses d’ici-bas.Moi, j’en lève la main,‖ sans me croire prophète,La paix entre les rois,‖ la paix est déjà faite.J’ai comme vous l’horreur‖ du soldat étranger ;Mais nos coups de fusil‖ n’y peuvent rien changer.Qu’un paysan de plus‖ se révolte et qu’il meure,Nos destins, malgré nous,‖ sont réglés à cette heure.Donc, plus de ces terreurs‖ et de ces fiers courroux !Nos vaincus, j’en suis sûr,‖ ne songent plus à nous,Et tout le régiment,‖ replié sur la ville,Les chefs étant d’accord,‖ y va dormir tranquille.Faisons comme eux ! Et puis,‖ de la même façon,Célébrons les exploits‖ de ce vaillant garçonQui rentre, aimé de tous,‖ dans son pays en fête,Et par droit de naissance‖ et par droit de conquête.Puis, comme tout roman,‖ dès lors qu’il finit bien,Se clôt par un hymen‖ où l’on n’épargne rien,Prodiguant les lauriers,‖ les myrtes en trophée,Marions dès ce soir‖ le prince avec la fée. »On sourit : la gaîté‖ du rayonnant vieillardS’insinuait au cœur‖ avec son franc regard :Et l’on accepta vite,‖ après tant de secousses,Le repos de l’esprit‖ sur ces images douces.

Ainsi, dans les douleurs,‖ prompte à se décevoir,L’âme aspire ardemment‖ une lueur d’espoir,Comme la fleur trempée‖ un rayon qui l’essuie,Comme la terre sèche‖ une goutte de pluie,Après ce long exil,‖ l’un près de l’autre assis,Ces braves gens voulaient‖ oublier leurs soucis :Les amis retrouvés‖ avaient tant à se dire ;On avait tant pleuré,‖ qu’il fallait bien sourire !

À son grave discours,‖ le prêtre aux cheveux blancsN’ajoutait que des mots‖ tendres et consolants.Tel, sous un front serein‖ rêvant au sort contraire,Au milieu de ses fils,‖ heureux de les distraire,Gardant pour lui tout seul,‖ dans le joyeux manoir,L’austère ennui du doute‖ et le soin de prévoir,Propice à tous les jeux,‖ de sa voix douce, un pèreLeur montre à l’horizon‖ quelque étoile prospère ;Tel l’aimable curé,‖ sans donner de conseil,Prenait sa bonne part‖ de ce jour de soleil,Mêlant aux longs espoirs‖ quelque sage pensée,Et louant tour à tour‖ Pierre et la fiancée.Mais, tout en le gardant‖ sur ce sentier fleuri,Le bon pasteur tremblait‖ pour son troupeau chéri.À ses yeux prévoyants‖ l’horizon restait sombre ;Proche ou lointain, l’orage‖ était là-bas, dans l’ombre,Et malgré lui, hanté‖ de lugubres tableaux,Son cœur rêvait de guerre‖ et de hasards nouveaux.L’homme de noble sang‖ applaudissait ; le prêtreSe répétait au fond‖ les paroles du Maître :Qui du glaive se sert,‖ par le glaive périt. »Et le doute anxieux‖ rentrait dans son esprit.Tremblant des fiers desseins‖ de ce fils de son âme,A ses propres leçons‖ il en jetait le blâme,Et sentait à la fois‖ l’orgueil et le remordsDe l’avoir fait pareil‖ à nos plus vaillants morts.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
284((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a rebelles / sentinelles féminine, classiqueb hardis / interdits masculine, classiquec civiles / viles féminine, classiqued rois / fois masculine, classiquea celtes / sveltes féminine, classiqueb vent / savant masculine, classiquec contraires / claires féminine, classiqued souhaités / attristés masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb natal / fatal masculine, classiquec lui-même / anathème féminine, classiqued proscrits / appauvris masculine, classiquee charrues / disparues féminine, classiquef dispersés / fiancés masculine, classiqueg bouche / farouche féminine, classiqueh amis / insoumis masculine, classiquei monde / féconde féminine, classiquej dangers / passagers masculine, classiquek langage / sage féminine, classiquel rois / lois masculine, classiquem naguères / guerres féminine, classiquea silencieux / yeux masculine, classiqueb consulte / occulte féminine, classiquec tout / bout masculine, classiquea voies / joies féminine, classiqueb choisir / plaisir masculine, classiquec promise / l’église féminine, classiqued généreux / heureux masculine, classiquea magnanimes / sublimes féminine, classiqueb errant / conquérant masculine, classiquec lassitude / servitude féminine, classiqued pays / envahis masculine, classiquee course / source féminine, classiquef yeux / aïeux masculine, classiquea rage / outrage féminine, classiqueb rien / citoyen masculine, classiquec chaume / royaume féminine, classiqued tremblant / insolent masculine, classiquea l’enfance / offense féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquec rustique / antique féminine, classiqued mains / humains masculine, classiquee dociles / difficiles féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiquea profond / homme / nomme féminine, classiqueb ardemment / écroulement masculine, classiquec soufferte / perte féminine, classiqued d’aujourd’hui / lui masculine, classiquee rebelle / querelle féminine, classiquef hasard / part masculine, classiqueg cause / dispose féminine, classiqueh vainqueurs / cœurs masculine, classiquei invincible / terrible féminine, classiquej vertu / combattu masculine, classiquek défaire / héréditaire féminine, classiquel courroux / nous masculine, classiquem ancêtres / maîtres féminine, classiquen chemin / main masculine, classiqueo place / race féminine, classiquep accueil / seuil masculine, classiqueq lointaines / capitaines féminine, classiquer venger / mensonger masculine, classiques altière / frontière féminine, classiquet venus / inconnus masculine, classiqueu pères / étrangères féminine, classiquev oppresseurs / sœurs masculine, classiquew s’indigne / vigne féminine, classiquex humblement / froment masculine, classiquey cohorte / porte féminine, classiquez impurs / murs masculine, classiquea vibre / libre féminine, classiqueb bois / lois masculine, classiquec défaille / bataille féminine, classiqued main / chemin masculine, classiquee grâce / place féminine, classiquea fois / voix masculine, classiqueb dit / courage / village féminine, classiquec horizons / maisons masculine, classiqued ville / mille féminine, classiquee généreux / eux masculine, classiquef chef / imite / vite féminine, classiqueg commun / chacun masculine, classiqueh d’alarmes / armes féminine, classiquei l’étranger / submerger masculine, classiquej serre / terre féminine, classiquek autrefois / bois masculine, classiquel femme / l’âme féminine, classiquem pieux / aïeux masculine, classiquen usurpée / épée féminine, classiqueo d’ennemis / revomis masculine, classiquep sommes / hommes féminine, classiquea moment / tristement masculine, classiquea désertes / pertes féminine, classiqueb enfants / triomphants masculine, classiquec jeunesse / renaisse féminine, classiqued fureurs / laboureurs masculine, classiquee charrues / accrues féminine, classiquef châteaux / faux masculine, classiqueg terre / tonnerre féminine, classiqueh canons / noms masculine, classiquea m’importe / forte féminine, classiqueb prévoir / devoir masculine, classiquec hardie / incendie féminine, classiqued endormi / l’ennemi masculine, classiquee meure / demeure féminine, classiquef seuil / orgueil masculine, classiqueg dise / promise féminine, classiqueh l’effroi / moi masculine, classiquei triste / résiste féminine, classiquej vais / fais masculine, classiquek guerrière / s’éleva / Pierre féminine, classiquel commandement / serment masculine, classiquea heures / meilleures féminine, classiqueb saison / raison masculine, classiquea lui-même / aime féminine, classiqueb combat / bat masculine, classiquec tolère / colère féminine, classiqued venger / l’étranger masculine, classiquea vaine / prochaine féminine, classiqueb main / demain masculine, classiquea s’apprête / discrète féminine, classiquea hameaux / maux masculine, classiqueb habiles / viriles féminine, classiquea soir / espoir masculine, classiqueb chimère / mère féminine, classiquec d’or / encor masculine, classiqued nouvelle / l’appelle féminine, classiquee ami / affermi masculine, classiquef crainte / feinte féminine, classiqueg étrangers / dangers masculine, classiquea alarmes / larmes féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquec certaine / Madeleine féminine, classiqued moment / étonnement masculine, classiquee renvoie / joie féminine, classiquef fend / enfant masculine, classiquea courage / âge féminine, classiquec ose / cause féminine, classiqued guerrier / prier masculine, classiquea fille / famille féminine, classiqueb mors / remords masculine, classiquea hommes / sommes féminine, classiquec traîne / peine féminine, classiqued animaux / faux masculine, classiquee commande / bande féminine, classiquea amis / remis masculine, classiquea pétille / l’aiguille féminine, classiqueb discours / toujours masculine, classiquea grise / entreprise féminine, classiqueb fois / narquois masculine, classiquec idée / l’accordée féminine, classiqued demain / main masculine, classiquee d’elle / flagelle féminine, classiquea hideux / deux masculine, classiquea intelligente / diligente féminine, classiqueb n’abat / combat masculine, classiquea verrouillée / veillée féminine, classiqueb disait / vous / jaloux masculine, classiquec m’inquiète / Pernette féminine, classiquea côté / chanté masculine, classiqueb l’étable / redoutable féminine, classiquec moment / tressaillement masculine, classiqued froncèrent / s’embrassèrent féminine, classiquee sûr / mur masculine, classiquef âmes / bourg / femmes féminine, classiqueb relevant / avant masculine, classiquec s’échappe / nappe féminine, classiqued alterné / égrené masculine, classiquea tête / s’arrête féminine, classiquec malade / fusillade féminine, classiqued divers / revers masculine, classiquee s’élance / l’ambulance féminine, classiquef secours / sourds masculine, classiquea rouverte / déserte féminine, classiqueb éveil / conseil masculine, classiquec batailles / ouailles féminine, classiquea surpris / conscrits masculine, classiqueb route / déroute féminine, classiquec fois / gaulois masculine, classiquea piège / cortège féminine, classiqueb délivrés / entourés masculine, classiqued vermeil / soleil masculine, classiquee gloire / victoire féminine, classiquef cheveux / vœux masculine, classiqueg sage / village féminine, classiqueh d’autrefois / pavois masculine, classiquea éphémère / mère féminine, classiqueb l’empereur / fureur masculine, classiquec populaire / colère féminine, classiqued d’affronts / rebâtirons masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb orné / entraîné masculine, classiquec mises / promises féminine, classiqued bruit / détruit masculine, classiquee subite / fuite féminine, classiquea manoirs / soirs masculine, classiqueb tonnelles / maternelles féminine, classiquec bois masculine, classiqued charmilles / filles féminine, classiquee trésors / transports masculine, classiquef d’haleine / Madeleine féminine, classiqueg instants / palpitants masculine, classiqueh génie / harmonie féminine, classiquei trait / secret masculine, classiquea convive / vive féminine, classiqueb consumés / aimés masculine, classiquec flamboie / joie féminine, classiqued moment / rayonnement masculine, classiquee muraille / bataille féminine, classiquea hospitalier / familier masculine, classiqueb rude / habitude féminine, classiquec enflammés / accoutumés masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea Madeleine / peine féminine, classiqueb retour / jour masculine, classiquec maître / bien-être féminine, classiqued combattants / longtemps masculine, classiquea pensées / adressées féminine, classiqueb travaux / nouveaux masculine, classiquec guerre / Pierre féminine, classiqued l’ennemi / endormi masculine, classiquea l’aurore / encore féminine, classiqueb sol / vol masculine, classiquec cénacle / miracle féminine, classiquea cependant / prudent masculine, classiqueb présage / sage féminine, classiqueb infâmes / femmes féminine, classiquec humain / main masculine, classiqued aime / lui-même féminine, classiquee croit / droit masculine, classiquef prospères / pères féminine, classiqueg sang / innocent masculine, non classiqueh économe / l’homme féminine, classiquei épais / paix masculine, classiquej village / carnage féminine, classiquek frappé / campé masculine, classiquel ornière / printanière féminine, classiquem généreux / nombreux masculine, classiquen vite / imite féminine, classiquea vaillant / tressaillant masculine, classiqueb promesse / jeunesse féminine, classiquea sais / français masculine, classiqueb arme / d’alarme féminine, classiquec toits / fois masculine, classiqued moi-même / aime féminine, classiquee odieux / aïeux masculine, classiquef culte / l’insulte féminine, classiqueg affront / s’écrouleront masculine, classiquea figure / augure féminine, classiqueb combats / d’ici-bas masculine, classiquec prophète / faite féminine, classiqued étranger / changer masculine, classiquee meure / heure féminine, classiqueg ville / tranquille féminine, classiqueh façon / garçon masculine, classiquei fête / conquête féminine, classiquej bien / rien masculine, classiquek trophée / fée féminine, classiquel vieillard / regard masculine, classiquem secousses / douces féminine, classiquea décevoir / d’espoir masculine, classiqueb l’essuie / pluie féminine, classiquec assis / soucis masculine, classiqued dire / sourire féminine, classiquea blancs / consolants masculine, classiqueb contraire / distraire féminine, classiquec manoir / prévoir masculine, classiqued père / prospère féminine, classiquee conseil / soleil masculine, classiquef pensée / fiancée féminine, classiqueg fleuri / chéri masculine, classiqueh sombre / l’ombre féminine, classiquei tableaux / nouveaux masculine, classiquej prêtre / Maître féminine, classiquek périt / esprit masculine, classiquel âme / blâme féminine, classiquem remords / morts masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

574 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources