Pernette, 1870
CHANT QUATRIÈME. Pierre et Pernette
Sur les monts dentelés‖ un trait de feu serpenteA l’orient ; la nuit‖ règne encor sur leur pente.Entre les sommets noirs‖ et le ciel qui rougitLe sillon d’or au loin‖ s’élance et s’élargit.Tout à coup, émergeant‖ d’une cime encor sombre,Laissant la plaine immense‖ et les coteaux dans l’ombre,Par-dessus les brouillards,‖ le disque du soleilDarde aux monts opposés‖ des teintes de vermeil.La tête des sapins‖ s’embrase la première ;Toute la forêt baigne,‖ enfin, dans la lumière ;Aux angles des rochers‖ la flamme en se heurtantFait jaillir du granit‖ un rayon éclatant.
Un homme assis là-haut,‖ immobile, en extase,Comme un bronze au soleil‖ brille sur cette base ;Le torrent lumineux‖ s’écoule devant lui,Et bientôt à ses pieds‖ toute la plaine a lui.
Le regard du songeur‖ descend avec l’auroreVers un petit clocher‖ dont la flèche se dore ;Et les toits entrevus‖ d’un village lointainRougissent à travers‖ les vapeurs du matin.C’est Pierre, et chaque jour‖ il vient sur cette roche,Aux confins de ce bois‖ d’où la plaine est plus proche.Loin de ses compagnons,‖ là, rêveur, sans témoins,Il voit les deux manoirs,‖ ou les devine au moins,Et, poursuivant du cœur‖ une double chimère,Il cherche à l’horizon‖ et Pernette et sa mère.
Un bruit dans les genêts,‖ un joyeux aboiement,A ce demi-sommeil‖ l’arrachent vivement.Il regarde : un chien fauve,‖ aussi prompt qu’une flèche,Jusqu’à ses flancs bondit,‖ flaire ses mains, les lèche.A ses transports, l’ami‖ bien vite est reconnu.Mais quel hasard ? Si loin !‖ Comment est-il venu ?Lui qui ne quittait pas‖ l’ombre de sa maîtresse.Et Pierre longuement‖ le flatte et le caresse,Ému d’un vague effroi‖ pour ses chères amours,Et d’un rêve plus vif‖ croyant songer toujours.
Mais est-ce un rêve ? Au coin‖ de ce bouquet de hêtre,Sous sa forme élégante‖ il la voit apparaîtreSur les rochers légère‖ et svelte, et s’élevantComme un joyeux fantôme‖ apporté par le vent.Ébloui de surprise,‖ enchaîné dans son gîte,Il sourit au signal‖ du mouchoir qu’elle agite.Sans faire un pas vers elle…‖ il craindrait de troublerLa vision furtive‖ et prête à s’envoler.A peine, en l’éveillant,‖ au long cri qu’elle pousse,La chère voix l’arrache‖ à cette erreur si douce.Muet, les bras ouverts,‖ il hésite et ne croitQu’au milieu du baiser‖ qu’il donne et qu’il reçoit,Quand tous deux, enlacés‖ comme l’orme et le lierre,Eurent bien dit les noms‖ de Pernette et de Pierre !
Et ce furent des pleurs,‖ des mots à demi-voix,Brisés par les sanglots‖ et renoués vingt fois,Des cris et des soupirs,‖ la douleur, l’amour tendre…Ineffable concert,‖ hymne qu’on ne peut rendre ;Pas plus qu’en de vains sons,‖ en des mots sans couleurOn n’exprime la sève‖ et l’arôme des fleurs,Qu’on ne fait circuler‖ dans l’image inutileLes clartés de l’aurore‖ et sa chaleur subtile,Qu’on ne peint le bruit vague‖ et les rythmes secretsEt la fraîcheur du souffle‖ émanés des forêts.
La sainte explosion‖ du cri de la natureEntre ces cœurs vaillants‖ fut brève autant que pure,De leur ivresse austère‖ ils sortirent joyeux :La trace de ces pleurs‖ s’effaça de leurs yeux.Tous deux redevenaient‖ maîtres de leur courage,Et Pernette, en ces mots,‖ accomplit son message :
« Ami, je ne viens pas‖ t’apporter de l’espoir ;Le motif est amer‖ de notre doux revoir,Hélas ! et ce n’est point‖ pour ce charme d’une heureQue j’ose ainsi laisser‖ mon père et ma demeure.Rien ne présage encor‖ notre lune de miel ;C’est l’éclair qui nous luit,‖ et non pas l’arc-en-ciel.Sur vous, sur ces forêts,‖ sur notre cher villageS’amasse et va gronder‖ un formidable orage.Notre sage pasteur‖ n’agit pas au hasard ;Je te parle en son nom‖ et je viens de sa part ;Voici que des soldats,‖ sous un chef dur et sombre,Vers le bourg, disait-il,‖ marchent en très grand nombre.Comment feront, là-haut,‖ pour éviter leurs coups,Tous ces pauvres enfants,‖ traqués comme des loups ? »
Pierre sourit et dit :‖ « Viennent l’homme et sa bande !La montagne est bien haute‖ et la forêt bien grande !Fussent-ils plus de mille‖ à fouiller dans nos bois,Nos sapins sont encor‖ plus nombreux mille fois.Nous y pourrons braver‖ les hordes qu’on nous lance,Rien qu’en leur opposant‖ cette ombre et ce silence.Vers nos derniers sommets,‖ s’ils nous suivent trop loin,Nos rocs, pour les broyer,‖ descendront au besoin.Chaque arbre des sentiers‖ recèlera sa foudre.N’avons-nous pas, comme eux,‖ du plomb et de la poudre ?Partout, n’avons-nous pas‖ d’invisibles amis ?Un aide nous viendra‖ des échos endormis ;Les vents nous parleront‖ une langue secrète,Conseillant aux bannis‖ l’attaque ou la retraite.Pâtres et bûcherons,‖ les forêts, les oiseaux,Tout conspire avec nous,‖ jusqu’aux chiens des hameauxJe ne crains sur ces monts‖ soldats ni capitaines ;Une force m’y vient‖ du granit et des chênes.La terre où je suis né‖ ne me trahira pas ;Je me sens secouru‖ par elle, à chaque pas.Tant que ces vieux rochers‖ se tiendront sur leur base,J’y resterai debout,‖ si le ciel ne m’écrase !Mais qu’un seul jour, traîné‖ dans un exil fatal,Je respire un autre air‖ que ce bon air natal,Que je cesse de voir,‖ là-bas, nos plaines grises,De compter par leurs noms‖ ces bourgs et ces églises,De me dire, en songeant‖ à ma mère, au manoir,J’y serai, s’il le faut,‖ et j’y mourrai, ce soir ;J’entendrai dans mon cœur‖ si Pernette m’appelle,Je veillerai d’ici‖ sur son père et sur elle…Qu’on m’arrache au pays,‖ à ma vieille maison,Qu’on me donne un palais,‖ un camp, une prison,Alors, chef ou soldat,‖ que la mort me délivre,Je ne suis plus un homme,‖ et je ne veux plus vivre ! »
Heureuse de le voir,‖ dans ces lieux faits pour lui,Si ferme à supporter‖ le péril et l’ennui,La vierge résolut,‖ en s’armant de courage,De lui dévoiler tout,‖ la ruine et l’outrage ;Elle commença donc :
« Si, du haut des rochers,Tu vois jusque chez nous,‖ en comptant ces clochers,Sache que sous mon toit‖ la famille est complète ;C’est là qu’il faut chercher‖ ta mère avec Pernette ;Nous n’aurons qu’un foyer‖ pour mieux parler de toi.Le tien était tombé‖ sous leur méchante loi ;Car, ne pouvant saisir,‖ tuer le réfractaire,On chasse les parents‖ du chaume héréditaire.Les murs sont démolis,‖ le sol est ravagé,Et, s’il perd un soldat,‖ l’empereur est vengé ! »
Pierre entendit : ses yeux‖ d’un fauve éclair brillèrentDe son front, de son cou‖ les veines se gonflèrent ;Entre ses doigts crispés‖ trembla légèrementSon fusil ; il garda‖ le silence, un moment.Puis, d’une voix tranquille‖ et sans parole amère :
« Béni soit Dieu qui donne‖ une fille à ma mère,Et, bornant de mon cœur‖ l’inquiet horizon,L’enferme tout entier‖ dans ta seule maison !Ma mère avec orgueil‖ vit chez ma fiancée ;Nous n’aurons plus qu’un toit‖ n’ayant qu’une pensée ;Et, quand je t’y suivrai,‖ j’y serai tout joyeuxD’y voir naître mes fils‖ où naissaient tes aïeux.Un jour nous reviendrons‖ à des labeurs prospères.Je veux faire œuvre d’homme‖ ainsi qu’ont fait nos pères ;Heureux ou malheureux,‖ je me sens assez fortPour aider de ma main‖ ou combattre mon sort.C’est un lâche, il n’est bon‖ qu’à servir sous des maîtres,Celui qui laisse choir‖ le toit de ses ancêtres ;Qui ne sait ajouter,‖ par son propre travail,Un arbre à leur forêt,‖ un bœuf à leur bétail ;Qui d’un arpent de pré‖ n’élargit pas leur terreEt s’assied sur leur mur‖ sans y mettre une pierre.Mon toit s’est écroulé‖ sous les coups des méchants ;Pour me racheter d’eux‖ j’ai dû vendre mes champs ;Mais je rebâtirai‖ plus solide et plus grandeNotre antique maison,‖ afin que j’y commande.Je veux être un aïeul‖ et fonder à mon tour,Et les fils de nos fils‖ me béniront un jour. »
Pernette rayonnait !‖ Admirer ce qu’on aime,N’est-ce pas un triomphe,‖ une fierté suprême !Elle dit :
« Je savais, ami, ce que tu vauxLorsque je t’ai choisi‖ parmi tant de rivaux.Mon Pierre est un vaillant !‖ Bienheureuse est la femmeQui trouve en son époux‖ honneur et force d’âme ;Qui, soumise à sa loi,‖ peut, en obéissant,S’appuyer sur un cœur‖ si juste et si puissant !Je t’ai pris à jamais‖ pour maître ; et je me vanteD’être mieux qu’une reine‖ en restant ta servante.Je t’aime d’un amour‖ et de fille et de sœurDont je ne puis sonder‖ l’ivresse et la douceur.Toi, le gai compagnon‖ de mes jeunes années,A travers tous ces jeux‖ où nos amours sont nées,Toi, si joyeux, si jeune‖ et de si doux aspect,Tu me remplis souvent‖ de crainte et de respect !Lorsqu’à ton bras, feignant‖ quelque frivole envie,J’ordonne en souriant‖ et je me vois servie,Dans la folle gaîté‖ qui s’échange entre nous,Parfois, je me sens prête‖ à tomber à genoux.Peut-être que mon cœur,‖ plus soumis à l’usage,Devrait, même à tes yeux,‖ se voiler davantage ;Mais, si je me taisais,‖ dans tes jours attristés,Quelle voix te dirait‖ ces douces vérités,Écarterait d’un mot‖ tout le fiel qui t’abreuve ?Qui donc viendrait en aide‖ à cette longue épreuve ?…Mais laissons le malheur‖ s’épuiser dans son coursEt restons enlacés‖ fermement, pour toujours. »
Debout, en plein soleil,‖ sur une roche étroite,Pierre vers l’orient‖ étendit sa main droite,Et, prenant les forêts‖ et les cieux à témoins,Il dit :« Va, de ton cœur, je n’espérais pas moins ;Dieu me l’a grand ouvert‖ et je l’ai su connaître.J’y lis mieux qu’en moi-même‖ et plus avant peut-être,Et, comme il n’en est pas‖ d’aussi doux, d’aussi pur,Nul ne sait mieux aimer‖ et d’un amour plus sûr.Mon exil peut durer ;‖ mon errante existenceFatiguera ces monts‖ sans lasser ta constance.Attisant le foyer,‖ ou filant sur le seuil,Pernette m’attendra,‖ près de ma mère en deuil.Je compte sur sa foi,‖ plus solide et plus forteQue le granit sacré‖ du rocher qui me porte.La terre où je suis né‖ me fermera ses bois,Leurs feuilles tomberont‖ et renaîtront cent fois,Les sources tariront‖ ou fuiront de ma lèvre,Avant que de son miel‖ ton amour ne me sèvre ;Et ce sol, pas à pas‖ repris par un vainqueur,Me manquera plutôt‖ que ton cœur à mon cœur. »
C’était un de ces jours‖ de lumière si pureQue l’œil jusqu’à Dieu perce‖ à travers la nature ;On respire avec l’air‖ l’espérance et la foi,Sur ces vives hauteurs‖ où l’homme se sent roi.Le vent léger et frais,‖ l’odeur de la résine,Les intimes rumeurs‖ de la forêt voisine,Les lointains entrevus,‖ là-bas, à l’orient,Un éclair d’infini‖ qui passe en souriant,Tous ces flots de musique‖ et de couleur intenseDans nos flancs élargis‖ centuplent l’existence.On se sent un pouvoir‖ égal à tout désir ;On tendrait vers les cieux‖ la main pour les saisir ;Et l’on croit, dans son cœur‖ qui se gonfle et ruisselle,Que l’on va concentrer‖ la vie universelle.Or, planant au-dessus‖ des splendeurs de ce jour,Dans cet autre infini‖ qui se nomme l’amour,Puisant l’oubli des maux‖ à ces deux sources saintes,Ces âmes de vingt ans‖ firent trêve à leurs craintes ;Sans nul souci des lois‖ et des hommes pervers,Ils ne voyaient qu’eux seuls‖ et Dieu dans l’univers.Tout leur semblait ami,‖ tout de joyeux présage.L’espoir se fait si vite‖ accueillir à cet âge,Et le cœur, appuyé‖ sur un amour certain,Se croit si sûr de vaincre‖ et l’homme et le destin !Les soldats menaçants‖ et les luttes prochaines,Tout fut vite effacé‖ par la mousse et les chênes,Par les petites fleurs‖ qu’ils cueillaient autrefois,Par les rochers témoins‖ de leurs jeunes exploits ;Et, se livrant à Dieu‖ sans nulle défiance,Ils revinrent aux jours‖ de leur paisible enfance.
Ils erraient à loisir‖ sur les monts sinueux,Tout leur passé riait‖ et s’éveillait en eux,Pierre disait :« C’est comme à l’un de nos dimanches,Je te revois petite‖ avec tes jupes blanches,Quand nous jasions tous deux,‖ à l’abri des buissons,Parlant de nos oiseaux,‖ des chiens, de nos leçons.Ton père nous menait‖ visiter ses récoltes ;Nous essayions, parfois,‖ de joyeuses révoltes,Grimpant au loin, pillant,‖ sur le bord du sentier,Et la blanche aubépine‖ et le rouge églantier. »
Pernette poursuivait :« Et plus tard, grande et fière,Je suivais mon chasseur‖ des prés à la bruyère,Non sans un peu trembler‖ des coups que j’admirais.Tous ces pauvres oiseaux,‖ comme je les pleurais !Et nous allions ainsi,‖ par nos deux héritages,Entraînés chaque jour‖ vers de plus hauts étages,Jusqu’aux bois de sapins‖ jadis fermés pour nousPar la vague terreur‖ des lutins et des loups.
— Mais la douce saison‖ est enfin commencéeOù la petite sœur‖ devint la fiancée,Et se promit à moi‖ dans un aveu charmant,Dit Pierre, en la baisant‖ sur le front, tristement.Et nous allions plus haut‖ tenter nos escalades ;Nos deux amis, souvent,‖ guidaient ces promenades.Et le savant docteur,‖ mêlant l’étude au jeu,Nous enseignait à lire‖ au grand livre de Dieu,Nous disait les amours‖ et les vertus cachéesDes plantes dans l’herbier‖ avec art desséchées,Et comment on applique‖ à mille soins diversLe bienfait de leurs sucs‖ gardés de longs hivers.
— Quels bouquets, dit Pernette,‖ ou plutôt quelles gerbesNous rapportions tous deux,‖ rameaux, fleurs, longues herbesC’était à qui ferait‖ la plus ample moisson,Mêlerait plus de rire‖ à la grave leçon ;A qui d’un œil plus vif‖ et d’un pied plus alertePousserait plus avant,‖ là-haut, sa découverte ;Et c’était souvent moi —‖ nous avons un témoin —Qui trouvais la fleur rare‖ et grimpais le plus loin. »
Et Pierre en souriant :« Oui, le plus beau trophéeOrnait ce front de reine‖ et cette main de fée,Grâce au vaincu joyeux‖ qui s’empressait encorD’apporter son tribut‖ pour grossir ton trésor…Mais voici les rochers‖ que nous ne passions guère,Et nous avons franchi‖ nos anciennes frontières.Dans mes États nouveaux‖ entrons ; viens sans effroi,Et connais ces hauts lieux‖ dont le proscrit est roi. »
Sous les sapins, d’abord,‖ ils virent les retraites,Les huttes de rameaux‖ et les grottes secrètesOù campaient sous leur chef‖ ses libres compagnons,Tous enfants du pays,‖ tous connus par leurs noms.Et, propice à chacun,‖ la jeune messagèreLouait les vieux parents,‖ la promise, la mère.
Puis ils montèrent seuls‖ à ce plateau désert,Ondulant sur nos monts‖ comme un océan vert.Tels que de noirs clochers‖ au-dessus des bruyères,Là, des volcans éteints‖ surgissent les cratères,Et les blocs de basalte‖ en leurs entassementsSimulent, tout à coup,‖ d’étranges monuments.Là, dominant au loin‖ la déserte étendue,PIERRE-SUR-HAUTE en fleurs lève sa tête ardue,Réservoir des torrents‖ et des ruisseaux discretsOù s’abreuvent tes fils,‖ cher pays de Forez !Qui montera là-haut‖ verra tout un royaume,Tout le pays gaulois‖ du mont Blanc au mont Dôme.
Des aigles au grand vol‖ ce lieu reste ignoré,Mais l’alouette et moi‖ le tenons pour sacré ;C’est vers lui qu’éveillé‖ par l’humble cornemuse,
Enfant, je m’élançai‖ pour adorer la Muse.Viens, ô Muse sans nom‖ qui fais là-haut ton miel,Muse de mon pays,‖ mais fille aussi du ciel,Vierge au front ceint d’airelle‖ et de bruyère rose,Muse invisible à tous‖ et qui vois toute chose !Ouvre à mes yeux obscurs,‖ écartant le brouillard,Les larges horizons‖ qu’embrasse ton regard,Et, pour voler plus près‖ des antiques modèles,Donne à ton faible enfant‖ le souffle et le coup d’ailes.Le premier je t’invoque‖ en ces chastes déserts ;Que ta virginité‖ s’atteste dans mes vers.Fais circuler, toujours,‖ à travers ma pensée,L’air pur de la montagne‖ et sa vertu sensée,Et la salubre odeur‖ des pins de nos sommetsQui suscite la vie‖ et n’enivre jamais.D’autres iront cueillir,‖ sous des soleils torrides,Les savoureux trésors‖ des jardins Hespérides,En des lieux où l’aspic‖ rampe sous les gazons,Où les fruits éclatants‖ cachent de vils poisons ;Moi, sur le maigre sol‖ de tes âpres domaines,Je ferai des moissons‖ plus pauvres, mais plus saines ;Rien de bas et d’impur‖ ne me suivra chez toiEt j’y marcherai seul‖ et libre, comme un roi.Viens ! et donne à mes vers,‖ à mes sobres images,Un solide support‖ fait de maximes sages ;Que le parfum en fasse‖ oublier les couleurs ;Qu’on devine le roc‖ sous le velours des fleurs ;Que dans l’érable ou l’or,‖ selon ta fantaisie,De l’antique sagesse‖ ils cachent l’ambroisie ;Qu’enfin, dans tout ce livre,‖ honnête et bienfaisant,L’âme éclate immortelle‖ et que Dieu soit présent !C’est lui qui, ce jour-là,‖ sous un ciel tout de flammes,Ravivait la candeur‖ de ces deux fraîches âmes ;Et, dans ce beau désert,‖ loin de tout œil humain,Les guidait l’un par l’autre‖ et leur donnait la main.Ils allaient, ignorant‖ quels radieux complicesMêlaient au doux revoir‖ ces intimes délices,Goûtant, à leur insu,‖ la haute voluptéDe se parler d’amour‖ devant l’immensité.Et Pernette disait :« Sommes-nous sur la terre ?Est-ce toi que je vois,‖ toi que j’écoute, ô Pierre ?Je t’aime en ce désert‖ d’un amour tout nouveau ;Jamais je ne t’ai vu‖ si puissant et si beau ;Jamais je n’ai senti,‖ comme sur ces bruyères,Mon cœur tout débordant‖ d’espoir et de prières ;Jamais, jusqu’à ce jour,‖ Dieu dans notre amitiéNe m’a si bien paru‖ s’être mis de moitié.Par moments, je me crois‖ à l’église : il me sembleQue nous y sommes seuls,‖ agenouillés ensemble ;Que les cierges, pourtant,‖ l’illuminent encor ;Que l’encens fume au pied‖ du tabernacle d’or ;Que le prêtre est absent,‖ et, sous la voûte antique,Que d’invisibles voix‖ achèvent le cantique. »
Pierre lui répondait :« Nous sommes devant DieuEnchaînés l’un à l’autre,‖ à jamais, en tout lieu !Il ordonne à nos cœurs,‖ bénis de sa rosée,L’éternelle union‖ par les lois refusée.Ici-bas, ni là-haut,‖ quel que soit l’avenir,Rien n’aura séparé‖ ce qu’il voulait unir.Nous sommes mariés‖ comme le sont les anges ;Ce contrat nous invite‖ à des douceurs étranges ;J’oublie avec ardeur,‖ sur ce chaste sommet,Ce qu’il nous interdit‖ dans ce qu’il nous permet.J’ai droit de m’enlacer‖ a ton âme immortelle,De l’attirer sur moi,‖ de m’appuyer sur elle,D’entrer dans ses douleurs‖ et de les partager ;De l’avoir pour refuge‖ à l’heure du danger ;De cueillir, sans remords,‖ ses pleurs ou son sourire ;De tout entendre d’elle,‖ heureux de tout lui dire :Et, dans cet infini,‖ comme au ciel les élus,Ayant tout, j’ai le droit‖ d’espérer encor plus !
— Oui, Dieu nous a donné,‖ dit sa vive compagne,Un jour de paradis‖ dans ce coin de montagne.Notre plaine est si loin‖ qu’on se croirait aux cieux ;Tout un monde nouveau‖ se révèle à mes yeux,Et je sens, aux rayons‖ de cette clarté pure,Comment l’on ressuscite‖ et l’on se transfigure. »Pierre ajoutait :« Ce lieu si sévère et si doux,Nous voudrons le revoir‖ quand nous serons époux.Fiers de nous reporter‖ au temps de nos épreuves,Nous y retremperons‖ nos amours toujours neuves ;Et dans l’heureux désert‖ plein de ce souvenir,Sous les regards de Dieu‖ nous viendrons rajeunir. »
Ainsi, l’air des hauteurs,‖ et l’amour et leur âgeAvec l’oubli du mal‖ leur donnaient le courage ;Ils s’emparaient tous deux‖ de l’avenir lointain,Comme si le présent,‖ hélas ! était certain.Les hommes et le monde‖ et ses lois insensées,Disparus de leurs yeux,‖ sortaient de leurs pensées.Ils marchaient seul à seul‖ et, durant tout un jour,Rien n’exista pour eux‖ qu’eux-mêmes et l’amour.Un tel jour brille au loin,‖ à travers les ans sombres,Comme un lac pur au sein‖ des forêts pleines d’ombre,Aux fentes d’un cachot,‖ comme un pan de ciel bleu,Porte ouverte à l’espoir‖ pour voler jusqu’à Dieu.
Tandis que leur amour,‖ promené sur les cimes,Aux splendeurs du dehors‖ mêlait ses voix intimes,L’heure au pied trop rapide‖ et maintes fois trop lentS’éloignait de midi‖ sur l’horizon brûlant ;Aux promeneurs lassés‖ faisant, après leur course,Désirer le repos,‖ l’ombre et l’eau de la source.
Au bord d’un large puits‖ qu’abrite un rocher noir,Sous les pins et les ifs‖ ils revinrent s’asseoir ;Et tandis que Pernette‖ un moment s’y repose,Vers le camp, bien muni‖ de pain, de toute chose,Il court ; de ses amis‖ l’art joyeux et frugalAvait du jeune chef‖ préparé le régal.Bientôt près de la source‖ il vida la corbeille.Or, durant ce temps-là,‖ Pernette, active abeille,Butinait sur le sol‖ sans épargner ses pas :Fraise, airelle et noisette‖ égayaient le repas.Et le petit panier‖ aux deux anses légèresQui court si loin, au bras‖ des bonnes ménagères,En quittant la maison,‖ porté sous le manteau,N’avait pas oublié‖ conserves et gâteau :Ce fin gâteau, plié‖ d’une blanche serviette,Que Pierre aime si fort,‖ que fait si bien Pernette !Pétillant comme un vin,‖ fraîche comme un glaçonLa Fonfort leur offrait sa piquante boisson,Qu’aiguisent mille sels‖ qu’un léger gaz amorce,Eau propice à la soif‖ et réparant la force.
Ainsi coula pour eux,‖ dans ce vert paradis,Le goûter, aussi long,‖ aussi gai que jadis.Rire, projets charmants,‖ douces taquineriesBrodaient, comme autrefois,‖ les longues causeries ;Si bien qu’à ce soleil,‖ dans leurs cœurs éblouis,Les sinistres pensers‖ s’étaient évanouis.
De larges blocs moussus,‖ d’où l’eau filtre et s’échappe,Leur offraient et le banc‖ et la table et la nappe,Et de la source heureuse‖ encadraient le miroir,Les conviés souvent‖ s’y penchaient pour s’y voir ;Le ciel s’y reflétait‖ tout bleu, pur de nuages,Et de son vif azur‖ bordait ces deux visages.Des lèvres et des yeux‖ mille signaux charmantsCouraient sur ce cristal‖ entre les deux amants.Tout à coup, le miroir‖ s’agite : une tempêteDans l’étroit océan‖ frémit sous chaque tête ;Un fluide animé,‖ montant du fond de l’eau,Efface en bouillonnant‖ le gracieux tableau.Alors, on s’écriait !‖ L’œillade et le sourireSe disaient de plus près‖ ce qu’ils avaient à dire ;Les deux fronts se touchaient,‖ mieux que sur le flot clair ;Et les baisers cessaient‖ de se perdre dans l’air.
Quand le soleil, doublant‖ l’ombre qui se projette,Ordonna le retour‖ à la sage Pernette,Ils partirent légers,‖ sans larmes, pleins d’espoir ;Comme s’ils étaient sûrs,‖ demain, de se revoir,Comme s’ils avaient là,‖ près de cette fontaine,Leur pain de chaque jour‖ et leur table certaine,Comme s’ils avaient vu,‖ sous ces arbres heureux,Un autel nuptial‖ déjà dressé pour eux.
Jusqu’aux chemins frayés,‖ bornes de son empire,Pierre s’aventura,‖ heureux de la conduire ;Il dépassa les champs‖ perdus le long des boisOù le seigle aux genêts‖ succède quelquefois ;Puis, l’ornière des chars‖ lui marqua les limitesDes douces régions‖ au proscrit interdites.
Ils laissaient le soleil‖ et les monts derrière eux.L’astre, à demi couché,‖ jetait ses derniers feux ;L’ombre des voyageurs,‖ oscillant sur le chaume,S’allongeait à leurs pieds‖ comme un vague fantôme.Pernette, l’ayant vu,‖ s’arrêta brusquement,Tressaillit et serra‖ le bras de son amant.Pierre sentit au cœur‖ quelque chose de sombre,Mais sourit, et lui dit :‖ « As-tu peur de ton ombre ? »Et, la baisant au front,‖ ajouta « C’est le lieuOù sera le revoir‖ que nous promet l’adieu. »
L’adieu se fit, profond,‖ muet, dans une étreinte.Sous les fleurs de ce jour‖ avait dormi la crainte ;Mais chez la douce enfant‖ elle éclatait soudain,Dès qu’ils eurent franchi‖ le seuil de leur Éden.Les périls oubliés,‖ les ennemis sans nombreSe dressaient à ses yeux‖ épouvantés d’une ombre.Il fallut que l’ami,‖ prêt lui-même à pleurer,Souriant, suppliant,‖ la forçât d’espérer ;Lui montrât, de partout,‖ d’infaillibles présages,Et, conscrit de vingt ans,‖ parlât comme les sages.Il finit par ces mots :
« J’ai maint avis secret,On en sait moins au bourg‖ que nous dans la forêt.Partant de loin, des lieux‖ où notre sort s’agite,De bannis en bannis‖ les nouvelles vont vite.L’homme qui tient sous lui‖ le peuple gémissantEt qui change l’Europe‖ en une mer de sang,Celui dont les limiers,‖ chasseurs de chair humaine,Me traquent dans ces bois‖ et m’ont pris mon domaine,Chancelant sur ce trône‖ où d’autres vont s’asseoir,S’écroulera demain,‖ et peut-être ce soir.Alors, libres et fiers‖ dans le village en fête,Nous qui l’avons bravé‖ nous lèverons la tête ;Et ses camps, nos forêts,‖ ses cachots noirs et sourdsRendront leurs fiancés‖ aux filles de nos bourgs ;Les cloches sonneront,‖ et Pierre, sans remise,Conduira triomphant‖ sa Pernette à l’église. »
Que la joie est facile‖ aux âmes de vingt ans,Et qu’un triste horizon‖ s’égaye en peu d’instantsQuand parle un amoureux,‖ lui qui sait toute chose,Et qu’il peint l’avenir,‖ et qu’il voit tout en rose !Comme on admire en lui‖ l’esprit supérieur,Et combien ses raisons‖ s’imposent vite au cœur !Pernette, en l’écoutant,‖ accueillit la lumière ;Elle crut, elle vit‖ tout ce que voyait Pierre.Souriant de sa peur,‖ elle essuya ses yeux.Les baisers du départ‖ furent presque joyeux,Comme ceux que le soir,‖ au hameau, sur la porte,Donne, et que le matin‖ fidèlement rapporte.
Le retour au manoir‖ s’acheva promptement,Dans le foyer joyeux‖ flamba le gai sarment ;Bien avant dans la nuit,‖ à sa clarté légère,Chacun voulait ouïr‖ la vive messagère.Laissant le coup du soir‖ dans son verre oublié,Attentif, à son banc‖ Jacques semblait lié ;Pour la première fois,‖ la douce MadeleineAchevait sans pleurer‖ son écheveau de laine ;Et, malgré maints récits,‖ maints avis différents,L’espoir contagieux‖ gagna les vieux parents.
Toi, maintenant, sommeil,‖ sur la blanche couchette,Viens, en un rêve heureux,‖ dans l’âme de Pernette,Prolonger cet espoir‖ que tu sais embellir ;Quand luira le soleil,‖ peut-être il doit pâlir !Toi, dont le bras, souvent,‖ pèse aux flancs qu’il caresse,Sommeil, parfois si dur‖ à la triste vieillesse,Toi qui, dans les palais,‖ ou les humbles réduits,De tant de jours cruels‖ fais tant d’atroces nuits,Ouvre à cette jeune âme‖ un horizon paisible,Sommeil de l’âge heureux‖ qui rends le ciel visible !En tableaux pleins de grâce‖ et de sérénité,Peins-lui les souvenirs‖ de ce jour enchanté.
Sur la place, à travers‖ un peuple qui l’assiège,Fifres et violons‖ précèdent le cortège.Il fait soleil : partout‖ des fleurs et des rubans ;Dans la rue, à l’église,‖ on monte sur les bancs ;De fleurs et de rameaux‖ les dalles sont chargées ;Le large plat d’étain‖ verse à flot les dragées ;Le gai carillonneur‖ sonne ses plus beaux airs,Cloches et pistolets,‖ des cierges, des cieux clairs,L’encens, l’odeur des pins,‖ le souffle de la brise,Les troncs de la forêt,‖ les piliers de l’église,Hier et demain, mêlés‖ en tout confusément,Lui versent dans ce rêve‖ un même enchantement.Pierre est là, sérieux,‖ lumineux, haut de taille,En costume à la fois‖ de noce et de bataille,Armé de son fusil,‖ fleuri de son bouquet.L’autel est un rocher,‖ l’église est un bosquet.On se met à genoux‖ sur un banc de bruyères.Des cantiques d’oiseaux‖ terminent les prières.Mêlé d’azur, de fleurs,‖ de neige et de soleil,S’étend sur les époux‖ un poêle sans pareil ;Nulles visibles mains‖ ne portent ce nuage ;Le bon curé paraît,‖ des pleurs sur le visage,Dans une chape d’or,‖ sans poser sur le sol.Des ramiers a l’entour‖ se croisent dans leur vol.Il parle, et de ses voix‖ un torrent l’accompagne.Le soleil va passer‖ derrière la montagne ;Le prêtre étend sur eux‖ ses mains et les bénit ;Le couchant rougit l’herbe‖ et l’autel de granit ;Les cierges sont éteints,‖ le rocher devient sombre,L’église et la forêt,‖ tout s’efface dans l’ombre,Le sommeil s’épaissit…‖ Et, du rêve joyeuxEn s’éveillant, Pernette‖ avait des pleurs aux yeux.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
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- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a serpente / pente féminine, classiqueb rougit / s’élargit masculine, classiquec sombre / l’ombre féminine, classiqued soleil / vermeil masculine, classiquee première / lumière féminine, classiquef heurtant / éclatant masculine, classiquea extase / base féminine, classiqueb lui masculine, classiquea l’aurore / dore féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquec roche / proche féminine, classiqued témoins / moins masculine, classiquee chimère / mère féminine, classiquea aboiement / vivement masculine, classiqueb flèche / lèche féminine, classiquec reconnu / venu masculine, classiqued maîtresse / caresse féminine, classiquee amours / toujours masculine, classiquea hêtre / apparaître féminine, classiqueb s’élevant / vent masculine, classiquec gîte / agite féminine, classiqued troubler / s’envoler masculine, classiquee pousse / douce féminine, classiquef croit / reçoit masculine, classiqueg lierre / Pierre féminine, classiquea demi-voix / fois masculine, classiqueb tendre / rendre féminine, classiquec couleur / fleurs masculine, non classiqued inutile / subtile féminine, classiquee secrets / forêts masculine, classiquea nature / pure féminine, classiqueb joyeux / yeux masculine, classiquec courage / message féminine, classiquea l’espoir / revoir masculine, classiqueb heure / demeure féminine, classiquec miel / l’arc-en-ciel masculine, classiqued village / orage féminine, classiquee hasard / part masculine, classiquef sombre / nombre féminine, classiqueg coups / loups masculine, classiquea bande / grande féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquec lance / silence féminine, classiqued loin / besoin masculine, classiquee foudre / poudre féminine, classiquef amis / endormis masculine, classiqueg secrète / retraite féminine, classiqueh oiseaux / hameaux masculine, classiquei capitaines / chênes féminine, classiquej pas masculine, classiquek base / m’écrase féminine, classiquel fatal / natal masculine, classiquem grises / églises féminine, classiquen manoir / soir masculine, classiqueo m’appelle / elle féminine, classiquep maison / prison masculine, classiqueq délivre / vivre féminine, classiquea lui / l’ennui masculine, classiqueb courage / l’outrage féminine, classiquea donc / rochers / clochers masculine, classiqueb complète / Pernette féminine, classiquec toi / loi masculine, classiqued réfractaire / héréditaire féminine, classiquee ravagé / vengé masculine, classiquea brillèrent / gonflèrent féminine, classiqueb légèrement / moment masculine, classiquec amère / mère féminine, classiqueb horizon / maison masculine, classiquec fiancée / pensée féminine, classiqued joyeux / aïeux masculine, classiquee prospères / pères féminine, classiquef fort / sort masculine, classiqueg maîtres / ancêtres féminine, classiqueh travail / bétail masculine, classiquei terre / pierre féminine, classiquej méchants / champs masculine, classiquek grande / commande féminine, classiquel tour / jour masculine, classiquea aime / suprême féminine, classiquea dit / vaux / rivaux masculine, classiqueb femme / d’âme féminine, classiquec obéissant / puissant masculine, classiqued vante / servante féminine, classiquee sœur / douceur masculine, classiquef années / nées féminine, classiqueg aspect / respect masculine, classiqueh envie / servie féminine, classiquei nous / genoux masculine, classiquej l’usage / davantage féminine, classiquek attristés / vérités masculine, classiquel t’abreuve / épreuve féminine, classiquem cours / toujours masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb témoins / dit / moins masculine, classiquec connaître / peut-être féminine, classiqued pur / sûr masculine, classiquee existence / constance féminine, classiquef seuil / deuil masculine, classiqueg forte / porte féminine, classiquei lèvre / sèvre féminine, classiquej vainqueur / cœur masculine, classiquea pure / nature féminine, classiqueb foi / roi masculine, classiquec résine / voisine féminine, classiqued l’orient / souriant masculine, classiquee intense / l’existence féminine, classiquef désir / saisir masculine, classiqueg ruisselle / universelle féminine, classiqueh jour / l’amour masculine, classiquei saintes / craintes féminine, classiquej pervers / l’univers masculine, classiquek présage / âge féminine, classiquel certain / destin masculine, classiquem prochaines / chênes féminine, classiquen autrefois / exploits masculine, classiqueo défiance / enfance féminine, classiquea sinueux / eux masculine, classiqueb disait / dimanches / blanches féminine, classiquec buissons / leçons masculine, classiqued récoltes / révoltes féminine, classiquee sentier / églantier masculine, classiquea poursuivait / fière / bruyère féminine, classiqueb j’admirais / pleurais masculine, classiquec héritages / étages féminine, classiqued nous / loups masculine, classiquea commencée / fiancée féminine, classiqueb charmant / tristement masculine, classiquec escalades / promenades féminine, classiqued jeu / Dieu masculine, classiquee cachées / desséchées féminine, classiquef divers / hivers masculine, classiquea gerbes / herbes féminine, classiqueb moisson / leçon masculine, classiquec alerte / découverte féminine, classiqued témoin / loin masculine, classiquea souriant / trophée / fée féminine, classiqueb encor / trésor masculine, classiquec guère / frontières féminine, non classiqued effroi / roi masculine, classiquea retraites / secrètes féminine, classiqueb compagnons / noms masculine, classiquec messagère / mère féminine, classiquea désert / vert masculine, classiqueb bruyères / cratères féminine, classiquec entassements / monuments masculine, classiqued étendue / ardue féminine, classiquee discrets / Forez masculine, classiquef royaume / Dôme féminine, classiquea ignoré / sacré masculine, classiqueb cornemuse / Muse féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquec rose / chose féminine, classiqued brouillard / regard masculine, classiquee modèles / d’ailes féminine, classiquef déserts / vers masculine, classiqueg pensée / sensée féminine, classiqueh sommets / jamais masculine, classiquei torrides / Hespérides féminine, classiquej gazons / poisons masculine, classiquek domaines / saines féminine, classiquel toi / roi masculine, classiquem images / sages féminine, classiquen couleurs / fleurs masculine, classiqueo fantaisie / l’ambroisie féminine, classiquep bienfaisant / présent masculine, classiqueq flammes / âmes féminine, classiquer humain / main masculine, classiques complices / délices féminine, classiquet volupté / l’immensité masculine, classiqueu disait / terre / Pierre féminine, classiquev nouveau / beau masculine, classiquew bruyères / prières féminine, classiquex amitié / moitié masculine, classiquey semble / ensemble féminine, classiquez encor / d’or masculine, classiquea antique / cantique féminine, classiquea répondait / Dieu / lieu masculine, classiqueb rosée / refusée féminine, classiquec l’avenir / unir masculine, classiqued anges / étranges féminine, classiquee sommet / permet masculine, classiquef immortelle / elle féminine, classiqueg partager / danger masculine, classiqueh sourire / dire féminine, classiquei élus / plus masculine, classiquea compagne / montagne féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquec pure / transfigure féminine, classiqued ajoutait / doux / époux masculine, classiquee épreuves / neuves féminine, classiquef souvenir / rajeunir masculine, classiquea âge / courage féminine, classiqueb lointain / certain masculine, classiquec insensées / pensées féminine, classiquee sombres / d’ombre féminine, non classiquef bleu / Dieu masculine, classiquea cimes / intimes féminine, classiqueb lent / brûlant masculine, classiquec course / source féminine, classiquea noir / s’asseoir masculine, classiqueb repose / chose féminine, classiquec frugal / régal masculine, classiqued corbeille / abeille féminine, classiquee pas / repas masculine, classiquef légères / ménagères féminine, classiqueg manteau / gâteau masculine, classiqueh serviette / Pernette féminine, classiquei glaçon / boisson masculine, classiquej amorce / force féminine, classiquea paradis / jadis masculine, classiqueb taquineries / causeries féminine, classiquec éblouis / évanouis masculine, classiquea s’échappe / nappe féminine, classiqueb miroir / voir masculine, classiquec nuages / visages féminine, classiqued charmants / amants masculine, classiquee tempête / tête féminine, classiquef l’eau / tableau masculine, classiqueh clair / l’air masculine, classiquea projette / Pernette féminine, classiqueb d’espoir / revoir masculine, classiquec fontaine / certaine féminine, classiqued heureux / eux masculine, classiquea empire / conduire féminine, classiqueb bois / quelquefois masculine, classiquec limites / interdites féminine, classiquea eux / feux masculine, classiqueb chaume / fantôme féminine, classiquec brusquement / amant masculine, classiqued sombre / ombre féminine, classiquee lieu / l’adieu masculine, classiquea étreinte / crainte féminine, classiqueb soudain / Éden masculine, classiquec nombre / ombre féminine, classiqued pleurer / d’espérer masculine, classiquee présages / sages féminine, classiquea mots / secret / forêt masculine, classiqueb s’agite / vite féminine, classiquec gémissant / sang masculine, non classiqued humaine / domaine féminine, classiquee s’asseoir / soir masculine, classiquef fête / tête féminine, classiqueg sourds / bourgs masculine, classiqueh remise / l’église féminine, classiquea ans / d’instants masculine, classiqueb chose / rose féminine, classiquec supérieur / cœur masculine, classiqued lumière / Pierre féminine, classiquee yeux / joyeux masculine, classiquef porte / rapporte féminine, classiquea promptement / sarment masculine, classiqueb légère / messagère féminine, classiquec oublié / lié masculine, classiqued Madeleine / laine féminine, classiquee différents / parents masculine, classiquea couchette / Pernette féminine, classiqueb embellir / pâlir masculine, classiquec caresse / vieillesse féminine, classiqued réduits / nuits masculine, classiquee paisible / visible féminine, classiquef sérénité / enchanté masculine, classiquea l’assiège / cortège féminine, classiqueb rubans / bancs masculine, classiquec chargées / dragées féminine, classiqued airs / clairs masculine, classiquee brise / l’église féminine, classiquef confusément / enchantement masculine, classiqueg taille / bataille féminine, classiqueh bouquet / bosquet masculine, classiquej soleil / pareil masculine, classiquek nuage / visage féminine, classiquel sol / vol masculine, classiquem l’accompagne / montagne féminine, classiquen bénit / granit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
570 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources