Pernette, 1870
CHANT TROISIÈME. Les réfractaires
Encor chargé du lit,‖ des coffres, de la table,Au milieu de la cour,‖ le timon sur le sable,Le char était penché ;‖ les bœufs au poil fumant,Déliés au soleil,‖ ruminaient lentement.Et du maïs en tas,‖ près de l’étable ouverte,Broutaient la feuille épaisse‖ et la tige encor verte.
Servantes et valets,‖ du char sur l’escalierTransportaient les débris‖ d’un humble mobilier ;Et, mesurant aux bœufs‖ l’herbe et la paille fraîche,Le prudent maître errait‖ du fenil à la crèche.
Là-haut, par le vitrail,‖ une figure en pleurs,Écartant le jasmin,‖ s’encadre dans les fleurs :C’est Pernette !… Elle ouvrait‖ la chambre hospitalièreOù l’asile est offert‖ à la mère de Pierre.
Bientôt, sur le plancher‖ et dans chaque recoin,Meubles, paquets étant‖ déposés avec soin,Tout fut mis en sa place‖ et l’ordre vint à naître,L’ordre élégant qui veut‖ l’œil et la main du maître.
Pernette s’empressait,‖ active à reployerHabits et linge au fond‖ des bahuts de noyer.La veuve, alerte encore,‖ aidait la jeune fille.
« Nous sommes, dit l’enfant,‖ une seule famille ;Mère, reposez-vous !‖ C’est moi, dès aujourd’hui,Moi qui vous servirai,‖ comme si c’était lui.Malgré leur loi méchante,‖ et qui vous a chassée,Suis-je pas votre fille,‖ étant sa fiancée ?Je sais quel fut, chez vous,‖ l’ordre qui vous plaisait,Par quel art chaque meuble‖ à sa place luisait ;Tout sera fait selon‖ vos avis, votre usage,Et je tiendrai de vous‖ la règle du ménage.
— Agissons, la douleur‖ nous en fait un besoin,Dit la mère, et pleurons‖ toutes deux sans témoin. »
Et, marchant de concert,‖ le travail et les larmesRedoublaient d’heure en heure‖ et se prêtaient des charmes,Car les champs gardent l’homme‖ en sa pleine vigueur,Ses bras n’y tremblent pas‖ des secousses du cœur ;Nul œuvre n’y languit,‖ rien ne s’y perd en rêve ;La passion subsiste‖ et le labour s’achève.Ainsi, dans ce manoir,‖ rien ne trahit un deuil ;L’abondance et la grâce‖ éclatent sur le seuil ;Partout brille et sourit,‖ sous la main des deux femmesLa propreté, miroir‖ où se montrent les âmes.Des soins promis au père,‖ à l’enfant, à l’époux,Tout ce logis témoigne,‖ avec un art jaloux.L’ordre en joyeux palais‖ transforme un toit de chaume,Et la reine s’y peint‖ dans son petit royaume.
Or, tandis que cet art‖ des cœurs simples et pursD’un luxe à peu de frais‖ égayait ces vieux murs,Dans la cour retentit‖ une voix claire et fermeEt le pas d’un cheval‖ bien connu dans la ferme.Et chacun d’accourir :‖ c’était le cher docteur !On s’empressait ; le maître‖ aidait le serviteur,Versait la fraîche avoine‖ et tendait l’auge pleineAu bon trotteur couvert‖ d’un chaud tapis de laine.
Mais là-haut, chez la veuve,‖ et loin des indiscrets,Pernette a du goûter‖ achevé les apprêts.Près des fruits, du gâteau,‖ retirés de la planche,Le reflet du vin blanc‖ dorait la nappe blanche.
Et l’hôte aimé de tous,‖ de plus près entouré,Ne laissa pas languir‖ le récit désiré :
« Tout va bien ; nos forêts‖ ne vendront pas leurs hôtes,Et sur ces braves cœurs‖ portent leurs têtes hautes.Ah ! l’on peut, libre encor,‖ sous nos sapins gaulois,S’abriter des sergents‖ et des mauvaises lois !Vrai ! si j’étais moins vieux,‖ j’aimerais cette vie :D’un nid au fond des bois‖ j’ai toujours eu l’envie.J’arrive et j’ai tout vu :‖ on ne manque de rien.Or, vous savez que moi,‖ mon bidet et mon chien,Sachant tous les sentiers,‖ ne craignant gens ni bêtes,Passons à travers tout,‖ malgré vents et tempêtes…
— On vous aime partout,‖ voilà votre secret,Dit la mère… Et que font‖ nos gars dans la forêt ?
— Certes, dit le docteur,‖ leur existence est douce :On chasse, on pêche, on dort,‖ même on boit sur la mousse ;On sculpte le tilleul‖ et l’on tresse l’osier ;On visite, au dessert,‖ l’airelle et le fraisier.Les bergers des chalets,‖ peu soumis à la règle,Dans les creux des rochers‖ cachent des pains de seigle,Des fromages, du lard ;‖ et, malgré la saison,On ne se prive pas‖ d’un peu de venaison.Là-haut, il est aussi‖ des chevreuils réfractaires,Nos derniers sangliers‖ y vivent solitaires.Quand le pain se fait dur,‖ on va se promener,Un bon coup de fusil‖ complète le dîner ;On sait tendre un lacet‖ juste au gîte du lièvre ;La grive au crin fatal‖ se prend sur le genièvre.Puis le docteur, trottant‖ là-bas dans le ravin,N’est-il pas accusé‖ d’aimer fort le bon vin ?N’a-t-il pas au logis‖ quelques vieilles bouteilles— Comme on dirait en vers —‖ du pur esprit des treilles ?S’il met dans chaque fonte‖ un armement complet,Deux flacons d’élixir‖ au lieu d’un pistolet ;Si, parvenu là-haut,‖ et débridant sa Grise,A travers les sapins‖ ce savant herborise ;Si, sous quelques rochers‖ des chasseurs très connusIl dépose en grimpant‖ les flacons bienvenus ;Si même, à quelque gars‖ qui peut être un malade,Il tâte le poignet‖ et donne l’accoladeEt devise avec lui‖ jusqu’au prochain sentier,Où donc serait le mal ?‖ il a fait son métier !Nuit et jour un docteur,‖ muni de son remède,Ne doit-il pas à tous‖ ses conseils et son aide ?C’est ainsi que je traite‖ et guéris à la foisMes clients des châteaux‖ et mes clients des bois ;Et de ceux qui pour garde‖ ont pris dame NatureLa santé me fera‖ quelque honneur, je vous jure. »
Mais, dans les yeux distraits‖ et fixés vaguement,Le vrai souci des cœurs‖ éclatait par moment.Pernette, sans rougir,‖ le trahit la première,A voix haute et disant‖ ces simples mots : « Et Pierre ? »
« Enfin ! ce pauvre Pierre,‖ on pense à lui ! D’honneur,J’ai cru qu’on l’oubliait !‖ — dit le malin docteur.Eh bien ! comme partout,‖ Pierre est roi de la fête ;Et notre cher curé‖ fut vraiment un prophète,Quand il nous exhortait‖ et d’un œil paternelVoyait Pierre officier,‖ peut-être colonel.Il est mieux que cela !‖ chef élu d’une armée ;Il est prince, il est roi,‖ là-haut sous la ramée,Par de gais lieutenants‖ obéi sans terreur,Moins flatté, moins volé‖ que n’est un empereur.Dans la libre forêt‖ il arrivait à peine,Que par droit de nature‖ il était capitaine.Un plus brave, un plus beau,‖ dans tout notre canton,— Demandez à Pernette —‖ où le trouverait-on ?Son ferme esprit s’impose‖ aux têtes les plus chaudes ;Dès lors tout est correct‖ là-haut, plus de maraudes,De querelles, de coups ;‖ et jamais le soleilN’a vu pour la sagesse‖ un régiment pareil.Mais parlez-moi de vous,‖ Madeleine ! À l’avance,Je sais trop ce qu’annonce‖ ici votre présence.
— Oui, docteur, je n’ai plus‖ de pain, plus de maison.Tout un mois j’ai nourri,‖ payé la garnison ;Hormis mon pauvre linge,‖ il m’a fallu tout vendre.Ces hommes sont partis‖ n’ayant plus rien à prendre ;Et je me croyais quitte ;‖ un ordre est arrivéDe me jeter, mon lit‖ et moi, sur le pavé.La vengeance des lois,‖ pour ces crimes suprêmes,A défaut du conscrit‖ frappe les murs eux-mêmes.Je suis seule et sans force,‖ et rien ne me défend…On est à démolir‖ le toit de mon enfant ;Comme d’autres parents,‖ près d’ici, l’ont vu faire,Coupables de cacher‖ leur fils, un réfractaire ;Comme on l’a fait là-bas,‖ chez le pauvre Simon,Qui deux ans réussit‖ à sauver son garçon.Trahi plus tard, jugé,‖ condamné par surprise,On fusilla l’enfant‖ sous les murs de l’église.A tous les insoumis‖ promettant même sort,On affiche partout‖ des menaces de mort ;Et ce soir le préfet,‖ pour dernière infortune,Vient, dit-on, semoncer‖ et taxer la commune.
— Lui ! dit le médecin.‖ Que vont-ils faire encorPour nous tirer du sang,‖ des larmes et de l’or ?Ah ! moi, je le connais,‖ et d’une date ancienne,Ce baron-là, ce chien‖ couchant croisé d’hyène !…
Et le bras du vieillard‖ tremblait, le poing serré ;Une flamme brillait‖ sur son front empourpré.Et dans les traits si doux,‖ si francs de ce visage,Une sainte colère‖ imprimait son passage.N’étant pas de ces cœurs‖ au sourire banalDont la bonté n’est rien‖ qu’indifférence au mal,Ardent, généreux, pur‖ d’ambitions humaines,Un vif amour faisait‖ en lui les vives haines.Mais quand sa voix tonnait,‖ grondant comme l’airain,De sa haute raison‖ l’azur restait serein.Donc, il reprit :
« J’ai vu dans son club, dans son bouge,J’ai vu ce sénateur‖ coiffé du bonnet rouge,Effréné, dénonçant‖ les lenteurs du couteauÀ frapper sur le noble‖ et les gens à château,Sur ceux enfin dont lui,‖ le citoyen Antoine,Avait hier mangé‖ le pain et bu l’avoine.Car — on peut en juger‖ à ses belles façons —Il débuta valet‖ de fort grandes maisons ;De là, tribun poussé‖ par son ardeur civique,L’Empire le reçut‖ chaud de la République.Nul mieux que ce laquais,‖ ancien tueur de rois,Ne sait l’art d’être esclave‖ et tyran à la fois ;De ses anciens métiers‖ il garde quelque chose,Il est le même au fond,‖ servant une autre cause,Insolent et servile…‖ aussi, point de pitié !Cet homme à deux tranchants‖ ne fait rien à moitié.S’il nous fallait fléchir‖ chez quelque vieux stoïqueL’orgueil républicain‖ ou la foi monarchique,Même un homme tout neuf‖ dressé par le pouvoir,Que nul passé ne gêne‖ et strict à son devoir,Qui n’a jamais hurlé‖ de phrases libéralesEt tonné pour les droits‖ du peuple dans les halles,Peut-être nous pourrions‖ espérer, par hasard,D’être un peu moins, nous peuple,‖ immolés à César.Mais, malheur ! nous voilà,‖ bonnes gens, sous la patteD’un préfet, d’un baron‖ ci-devant démocrate ;Craignons tout ! il n’est pas‖ de plus âpre tyranQu’un Brutus en sabots‖ devenu chambellan.
— Hélas ! dit Madeleine,‖ en l’état où nous sommes,Fût-il le plus méchant‖ ou le meilleur des hommes,Que craindre ou qu’espérer ?‖ Je renonce à mon bien.Me rendra-t-il l’enfant ?‖… Tout le reste n’est rien.C’en est fini pour nous‖ de la paix, de la joie ;Jamais ce bras de fer‖ lâche-t-il une proie ! »
Tandis qu’elle parlait‖ et pleurait en parlant,Un pas sur l’escalier‖ résonna grave et lent.On ouvre, et le soleil‖ entre à pleines murailles :C’était le bon pasteur‖ visitant ses ouailles ;Il paraît sur le seuil,‖ et tous, jeunes et vieux,Se lèvent devant lui‖ pleins d’un respect joyeux.
« Mes enfants, dit le prêtre,‖ à chaque jour sa peine ;Le besoin de pleurer‖ avec vous me ramène.Pour adoucir le mal,‖ hélas ! je puis bien peu ;Que j’aide au moins vos cœurs‖ à se tourner vers Dieu !Et que mon humble amour‖ vous rappelle et vous nommeCet amour tout puissant‖ veillant, là-haut, sur l’homme. »
En leur parlant ainsi,‖ le pasteur bien aiméLeur indiquait le ciel‖ d’un geste accoutumé.Il reprend :
« Madeleine, ici, chez votre fille,Vous aurez un appui,‖ vous vivrez en famille,Dieu vous donne un doux gîte‖ et des jours mieux remplisAu lieu des murs déserts‖ par la loi démolis.
— Curé, dit le bouillant‖ docteur, je vous renie,Si vous appelez loi‖ pareille tyrannie.Contre un joug aussi dur,‖ dès qu’on peut le briser,La révolte est de droit !‖ Il s’agit de l’oser. »
Alors, s’étant assis‖ sur le fauteuil antique,L’homme de Dieu leur dit‖ de sa voix pacifique :
« Oui, d’une loi trop dure‖ et d’un maître inclémentNaît la sédition,‖ d’où naît le châtiment :Affreux cercle d’airain‖ qui, du chef implacable,Roule au peuple en démence,‖ et tous deux les accable !Mais comment rompre, hélas !‖ sur cette terre en deuil,L’enchaînement fatal‖ des haines à l’orgueil,Et qui nous retiendra,‖ courant à notre perte,Entre l’injure à rendre‖ et l’injure soufferte,Si nul homme au pardon,‖ de Dieu même enseigné,N’ouvre une fois son cœur,‖ doucement résigné ;Si nous rendons toujours‖ offense pour offense ;Si nous n’essayons pas‖ de l’oubli pour défense ;Si l’humble charité‖ n’efface un peu des cœursEt l’orgueil des vaincus‖ et celui des vainqueurs ?Ceux qui sèment le vent‖ récoltent la tempête ;Notre faute d’hier‖ gronde sur notre tête.Pour nos fils insoumis‖ qui peuplent ces forêtsLe terrible chasseur‖ dresse de nouveaux rets :Voici que des soldats,‖ sous un chef dur et sombre.Vers le bourg, me dit-on,‖ marchent en très grand nombre.Comment feront, là-haut,‖ pour éviter leurs coups,Tous ces pauvres enfants,‖ traqués comme des loups ?
— Pour ces chères brebis‖ sans guide et sans apôtre,Mon cœur s’effraye un peu,‖ mais bien moins que le vôtre,Cher curé, — répondit‖ le médecin des bois,Dans le péril toujours‖ clairvoyant et narquois : —J’ai ma nouvelle aussi,‖ plus sûre et moins notoire.César va, je le sais,‖ de victoire en victoire ;C’est affiché !… Pourtant‖ je crois qu’il a besoinDe porter ses soldats‖ loin de chez nous, fort loin ;Et nos vieilles forêts,‖ riant de vos alarmes,Sont faites à narguer‖ longtemps les bons gendarmes.Mais il faut qu’un avis‖ parte, et sans plus tarderEnjoigne à nos enfants,‖ là-haut, de se garder.J’y vais par le plus court ;‖ garnissant mes sacoches…Ma Grise a le pied sûr,‖ et bondit sur les roches,Et vole infatigable‖ à travers vaux et monts,Quand je pique des deux‖ vers ceux que nous aimons.
Mais le pasteur, plus sage,‖ avec un fin sourireRépondit :
« Toute armure a son défaut ; j’admireUn général expert,‖ à ce point endormiDe se croire invisible‖ aux yeux de l’ennemi !S’il est quelqu’un, chez nous,‖ qu’on guette et qu’on soupçonne,C’est l’homme au franc parler,‖ vous, docteur, en personne.Entrer ici le soir,‖ et remonter aprèsVers les bois, c’est trahir‖ nos gens et vos secrets ;Il faut pour ce message,‖ où l’on risque sa vie,Un obscur envoyé‖ dont nul ne se défie. »Or, sans quitter l’ouvrage‖ et sans rompre une foisLe fil du lourd tricot‖ sous ses agiles doigts,Sans qu’un geste, un regard‖ trahît son âme tendre,Pernette écoutait tout,‖ rapide à tout comprendre.Tenant ses yeux baissés,‖ calme et sans s’émouvoir,Elle dit ces deux mots :
— Toi, mon enfant ! là-haut,‖ dans les bois, toute seule,Comme un noir bûcheron,‖ comme une antique aïeule ?Je t’ai cru plus de sens.‖ Renonce à ton dessein ;Crains le diable et les loups !‖ » dit le vieux médecin.
Alors se redressant‖ et posant son ouvrage,D’une voix haute et ferme,‖ et sans trouble au visage,La noble jeune fille,‖ honneur de la maison,Parla selon son cœur‖ et selon sa raison :
« Par le choix de mon père‖ et le don de mon âme,Devant Dieu, devant vous,‖ ne suis-je pas sa femme ?Nous aurons même sort !‖ j’ai droit de partager,A défaut de son nom,‖ sa peine et son danger.Je sais pour quels devoirs,‖ femmes, nous sommes faites ;Je sais que de soucis‖ et combien peu de fêtesDeux cœurs associés‖ pour ce voyage humain,Même bénis du ciel,‖ trouvent sur leur chemin.Une femme chrétienne‖ et noblement jalouse,Dans le péril surtout,‖ songe à ses droits d’épouse :Car nous venons, hélas !‖ dans ce monde fatal,Moins donner le bonheur‖ que consoler du mal.Vous m’avez dit cela,‖ vous, mère, et vous, saint prêtre ;Et mon cœur me l’eût dit,‖ à défaut de tout maître.Donc, vers l’homme avec qui‖ je dois vivre et mourirJ’irai seule : et, s’il est‖ des risques à courir,Me voyant femme forte‖ et digne de lui-même,Il m’en aimera plus,‖ sachant mieux que je l’aime.Que je parte, il m’attend !‖ Fille de ces forêts,J’en connais les sentiers‖ et les abords secrets,Que de fois, tous les deux,‖ sous le chêne ou le tremble,N’avons-nous pas gravi‖ ces sommets ! Il me semble,Allant le retrouver,‖ que nos bois, s’il le faut,Tels que de vieux parents‖ me défendront là-haut ;Et, comme sous ce toit,‖ à l’ombre de mon père,Dieu parmi ces déserts‖ me suivra, je l’espère. »
Et la vierge au grand cœur‖ suppliait du regardSon père et ses amis‖ hésitants. Le vieillardTroublé se recueillait ;‖ le médecin rebelleAllait darder son mot‖ et pousser la querelle,Quand le sage pasteur‖ ajouta doucement :
« Respectons le désir‖ qui parle en ce moment !C’est le cri d’un cœur chaste‖ et d’une âme intrépide.Laissons à cette enfant‖ son noble instinct pour guide.Oubliant les périls,‖ voyons mieux le devoir.Laissons sur nos terreurs‖ cette foi prévaloir.La foi, sur l’Océan,‖ au bord du précipice,Pose un pied qui jamais‖ ne s’enfonce et ne glisse ;Dieu, pour franchir l’abîme‖ et planer sur les eaux,Dieu prête au ferme espoir‖ les ailes des oiseaux.Moi, je le sens, pas un‖ des dangers qu’on redouteN’osera t’assaillir,‖ vierge, sur cette route.Celle qu’un amour pur‖ arme de son acierSait marcher sans se prendre‖ à nul piège grossier.Va donc ! Tu braveras‖ rôdeurs et sentinelle ;Annonce à l’hôte aimé‖ des forêts paternellesL’orage qui s’avance‖ et le flot débordé.Va ! Tout ce que Dieu garde,‖ enfant, est bien gardé.
Le conseil du pasteur‖ fit loi dans la famille ;Le bon Jacque en pleurant‖ bénit sa noble fille,Et chez ces gens, plus prompts‖ aux actes qu’aux discours,Du voyage permis‖ les apprêts furent courts.Elle partit, ayant‖ un compagnon fidèle :
Vainement écarté,‖ le chien nourri par elleRevenait, s’élançait‖ et flairait le chemin,Muet, la regardait‖ et lui léchait la main ;Comme si du départ‖ subit et solitaireSon instinct eût compris‖ la route et le mystère.Par un étroit sentier,‖ vers le but hasardeux,La nuit étant sereine,‖ ils montèrent tous deux.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 172((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a table / sable féminine, classiqueb fumant / lentement masculine, classiquec ouverte / verte féminine, classiquea l’escalier / mobilier masculine, classiqueb fraîche / crèche féminine, classiquea pleurs / fleurs masculine, classiqueb hospitalière / Pierre féminine, classiquea recoin / soin masculine, classiqueb naître / maître féminine, classiquea reployer / noyer masculine, classiqueb fille / famille féminine, classiqueb aujourd’hui / lui masculine, classiquec chassée / fiancée féminine, classiqued plaisait / luisait masculine, classiquee usage / ménage féminine, classiquea besoin / témoin masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb vigueur / cœur masculine, classiquec rêve / s’achève féminine, classiqued deuil / seuil masculine, classiquee femmes / âmes féminine, classiquef l’époux / jaloux masculine, classiqueg chaume / royaume féminine, classiquea purs / murs masculine, classiqueb ferme féminine, classiquec docteur / serviteur masculine, classiqued pleine / laine féminine, classiquea indiscrets / apprêts masculine, classiqueb planche / blanche féminine, classiquea entouré / désiré masculine, classiquea hôtes / hautes féminine, classiqueb gaulois / lois masculine, classiquec vie / l’envie féminine, classiqued rien / chien masculine, classiquee bêtes / tempêtes féminine, classiquea secret / forêt masculine, classiquea douce / mousse féminine, classiqueb l’osier / fraisier masculine, classiquec règle / seigle féminine, classiqued saison / venaison masculine, classiquee réfractaires / solitaires féminine, classiquef promener / dîner masculine, classiqueg lièvre / genièvre féminine, classiqueh ravin / vin masculine, classiquei bouteilles / treilles féminine, classiquej complet / pistolet masculine, classiquek Grise / herborise féminine, classiquel connus / bienvenus masculine, classiquem malade / l’accolade féminine, classiquen sentier / métier masculine, classiqueo remède / aide féminine, classiquep fois / bois masculine, classiqueq Nature / jure féminine, classiquea vaguement / moment masculine, classiqueb première / Pierre féminine, classiquea D’honneur / docteur masculine, classiqueb fête / prophète féminine, classiquec paternel / colonel masculine, classiqued armée / ramée féminine, classiquee terreur / empereur masculine, classiquef peine / capitaine féminine, classiqueg canton / trouverait-on masculine, classiqueh chaudes / maraudes féminine, classiquei soleil / pareil masculine, classiquej l’avance / présence féminine, classiquea maison / garnison masculine, classiqueb vendre / prendre féminine, classiquec arrivé / pavé masculine, classiqued suprêmes / eux-mêmes féminine, classiquee défend / enfant masculine, classiquef faire / réfractaire féminine, classiqueg Simon / garçon masculine, classiqueh surprise / l’église féminine, classiquei sort / mort masculine, classiquej infortune / commune féminine, classiquea encor / l’or masculine, classiqueb ancienne / d’hyène féminine, classiquea serré / empourpré masculine, classiqueb visage / passage féminine, classiquec banal / mal masculine, classiqued humaines / haines féminine, classiquee l’airain / serein masculine, classiquea reprit / bouge / rouge féminine, classiqueb couteau / château masculine, classiquec Antoine / l’avoine féminine, classiqued façons / maisons masculine, classiquee civique / République féminine, classiquef rois / fois masculine, classiqueg chose / cause féminine, classiqueh pitié / moitié masculine, classiquei stoïque / monarchique féminine, classiquej pouvoir / devoir masculine, classiquek libérales / halles féminine, classiquel hasard / César masculine, non classiquem patte / démocrate féminine, classiquen tyran / chambellan masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquec joie / proie féminine, classiquea parlant / lent masculine, classiqueb murailles / ouailles féminine, classiquec vieux / joyeux masculine, classiquea peine / ramène féminine, classiqueb peu / Dieu masculine, classiquec nomme / l’homme féminine, classiquea aimé / accoutumé masculine, classiquea reprend / fille / famille féminine, classiqueb remplis / démolis masculine, classiquea renie / tyrannie féminine, classiqueb briser / l’oser masculine, classiquea antique / pacifique féminine, classiquea inclément / châtiment masculine, classiqueb implacable / accable féminine, classiquec deuil / l’orgueil masculine, classiqued perte / soufferte féminine, classiquee enseigné / résigné masculine, classiquef offense / défense féminine, classiqueg cœurs / vainqueurs masculine, classiqueh tempête / tête féminine, classiquei forêts / rets masculine, classiquej sombre / nombre féminine, classiquek coups / loups masculine, classiquea apôtre / vôtre féminine, classiqueb bois / narquois masculine, classiquec notoire / victoire féminine, classiqued besoin / loin masculine, classiquee alarmes / gendarmes féminine, classiquef tarder / garder masculine, classiqueg sacoches / roches féminine, classiqueh monts / aimons masculine, classiquea sourire / Répondit / j’admire féminine, classiqueb endormi / l’ennemi masculine, classiquec soupçonne / personne féminine, classiqued après / secrets masculine, classiquee vie / défie féminine, classiquef fois / doigts masculine, classiqueg tendre / comprendre féminine, classiqueh s’émouvoir / mots / devoir masculine, classiquea seule / aïeule féminine, classiqueb dessein / médecin masculine, classiquea ouvrage / visage féminine, classiqueb maison / raison masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb partager / danger masculine, classiquec faites / fêtes féminine, classiqued humain / chemin masculine, classiquee jalouse / d’épouse féminine, classiquef fatal / mal masculine, classiqueg prêtre / maître féminine, classiqueh mourir / courir masculine, classiquei lui-même / l’aime féminine, classiquej forêts / secrets masculine, classiquek tremble / semble féminine, classiquel faut / là-haut masculine, classiquem père / l’espère féminine, classiquea regard / vieillard masculine, classiqueb rebelle / querelle féminine, classiquec doucement / moment masculine, classiqueb intrépide / guide féminine, classiquec devoir / prévaloir masculine, classiqued précipice / glisse féminine, classiquee eaux / oiseaux masculine, classiquef redoute / route féminine, classiqueg acier / grossier masculine, classiqueh sentinelle / paternelles féminine, non classiquei débordé / gardé masculine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb discours / courts masculine, classiquec fidèle / elle féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquec solitaire / mystère féminine, classiqued hasardeux / deux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
348 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources