Poèmes évangéliques, 1852
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Sur cette œuvre, au matin,‖ devant vous, commencée,La prière, ô mon Dieu,‖ prosterna ma pensée ;Je m’agenouille encore,‖ à l’approche du soir,Sur ce livre imparfait‖ qui trompa mon espoir.Je viens ; et, vous offrant‖ les douleurs de l’artiste,Du fruit de mon labeur,‖ à vos pieds je m’attriste ;Mais, si chétif qu’il soit,‖ je veux vous en bénir ;J’ai craint de ne pas vivre‖ assez pour le finir,
Merci, mon Dieu ! vous-même,‖ aux jours de défaillance,Vous m’envoyez, d’en haut,‖ un souffle de vaillanceQui, malgré les soucis,‖ les obstacles divers,A suscité mon cœur‖ et fait jaillir mes vers.Vous seul, dans cette chair‖ paresseuse et rampante,Relevez notre esprit‖ qu’elle incline à sa pente ;
Par vous j’ai pu, fidèle‖ à des devoirs rivaux,Mêler une œuvre sainte‖ aux serviles travaux ;Et, malgré tout, poëte‖ ardent à la poursuivre,Ajouter, chaque jour,‖ une ligne à mon livre.
Gomme un sillon tracé‖ que l’on suit forcément,Ce livre m’a conduit‖ hors de l’égarement.Dans la nuit des erreurs,‖ des passions, des doutes,Où j’allais, ballotté‖ sur mille et mille routes,Mon œuvre, en me plaçant‖ l’Évangile à la main,M’a montré de la croix‖ l’infaillible chemin.
Ainsi, m’ouvrant l’asile‖ où mon cœur persévère,Ma Muse a longuement‖ habité le Calvaire ;Et m’a forcé de boire‖ à la source du beauQui jaillit, ô Jésus,‖ près de votre tombeau.
Redescends, maintenant,‖ jusqu’à la glèbe humaineOù la commune loi,‖ poëte, nous ramène ;Mais, avant de quitter‖ le Calvaire et la croix,Sur le sacré sommet‖ prie encore une fois.A ce sol arrosé‖ de tant de larmes saintesConfie encor tes vœux,‖ tes amours et tes plaintes ;Viens : et nomme en pleurant‖ aux pieds de Jésus-ChristTous ceux dont le doux nom‖ dans ton âme est écrit.
I
Et, d’abord, je vous nomme,‖ ô Jésus ! la patrie.Notre âge insulte en vain‖ ma sainte idolâtrie ;Depuis l’heure où ton nom,‖ sur mes lèvres d’enfant,O France, a pu vibrer‖ sublime et triomphant,J’ai pour toi cet amour‖ seul pur, seul véritable,D’où germe, s’il le faut,‖ quelque haine implacable ;Amour qui peut se taire‖ et peut sembler dormir,Mais couve dans mes flancs,‖ toujours prêt à frémir.Hélas ! rêveur trop faible‖ à soulever des armes,Je n’eus jamais pour toi‖ que d’impuissantes larmes ;Mais je sens aux transports‖ de mon cœur bondissant,Que j’étais digne, aussi,‖ de te donner mon sang !
O mon peuple ! l’erreur‖ t’égare dans ses ombres ;Tu vas cherchant ta route‖ à travers les décombres ;La cité des aïeux‖ s’écroule sous tes mains.Pour ton œuvre de mort‖ conviant les humains,A fonder l’avenir‖ tu prétends les instruire,Quand, depuis soixante ans,‖ tu n’as su que détruire.Ton impure sagesse‖ est encore, en tout lieu,La source où vont puiser‖ les insulteurs de Dieu.
Mais, ô Jésus, pardonne‖ un instant d’amertume !C’est au feu de l’amour‖ que mon courroux s’allume.Le poëte, en ces chants‖ de pleurs entrecoupés,T’implore, à deux genoux,‖ pour ceux qu’il a frappés.Toi-même n’as-tu pas,‖ tout en pleurant sur elle,O Christ, brandi le fouet‖ dans ta cité rebelle !Tu peux lancer parfois,‖ sur ce pays des FrancsDes regards irrités...‖ jamais d’indifférents !Abrège un peu le temps‖ de son épreuve immense ;Tu lui dois, ô mon Dieu,‖ plus que de la clémence,Tu promis de payer‖ aux arrière-neveuxLes flots de sang martyr‖ versés par les aïeux.Rends à la nation‖ des feux dieux détrompée,La foi qui fit mouvoir‖ son cœur et son épée ;L’honneur de nos aïeux,‖ chrétiens et chevaliersPeut rayonner aussi‖ du fond des ateliers.Dans le vase de bronze,‖ ou le vase d’argile,Dieu verse également‖ le vin de l’Évangile.
Arrache donc ce peuple,‖ il en est temps encor,A l’esprit de vertige,‖ au culte du veau d’or ;Qu’il cesse de chercher‖ son but dans la matière ;Que ta parole, ô Christ !‖ lui rende la lumière ;Entr’ouvrant à ses yeux‖ nos horizons étroits,Fais briller l’idéal...‖ je veux dire ta croix.
II
Laisse, ô poëte obscur !‖ le voyant chargé d’âmesFoudroyer les cités‖ de son verbe de flammes ;Reviens gémir, enfant,‖ dans ta famille en deuil,Et ne t’écarte plus‖ de son modeste seuil.Pour tout ce qu’elle pleure‖ et tout ce qu’elle espère,Va prier et pleurer‖ à côté de ton père,De tes pieux baisers‖ pressant ses cheveux blancs,Cherche, au fond de ton cœur,‖ quelques mots consolants !
Dieu seul pourra guérir‖ la blessure éternelleQue sa main voulut faire‖ à l’âme paternelle,Et qui pour tous les trois‖ saignant du coup affreux,Rendra jusqu’à la mort‖ tout bonheur douloureux.Puisque mon père, hélas !‖ boit cet amer calice,Qu’en y mêlant nos pleurs‖ notre amour l’adoucisse.Rends dignes ses enfants‖ de leur mère et de lui ;Ils ont tous deux son cœur‖ pour but et pour appui.Fais près d’eux son repos‖ long et paisible ; envoieA ses jours assombris‖ quelques éclairs de joie.Que l’honneur de son nom‖ soit noblement portéPar son fils orgueilleux‖ d’en avoir hérité ;Des fleurs de ton printemps‖ ornant sa tête blanche,Que ton âme, ô ma sœur,‖ en doux parfums s’épanche,Et, quand l’ombre descend‖ de mon front attristé,Verse-lui de tes yeux‖ quelque sérénité.Qu’il trouve en notre amour,‖ amour toujours en arme,La force qui soutient‖ et la grâce qui charme.Son auguste vieillesse‖ est notre seul trésor ;Mais sur elle et sur nous‖ notre ange veille encor.
O ma mère ! héritant‖ de ton culte fidèle,Oui, ta fille y sera‖ mon aide et mon modèle.Donnez à cette enfant,‖ donnez par nous, Seigneur,Tout ce qu’elle aurait pu‖ rêver d’autre bonheur ;Que mon âme lui soit,‖ en ses heures de vide,Un asile aussi doux‖ qu’il est sûr et solide.Je connais, dès longtemps,‖ pour l’avoir éprouvé,L’or pur de son grand cœur‖ à mon destin rivé ;Qu’elle le sache bien :‖ dans sa joie ou ses peines,Son sang est aussi mien‖ que celui de mes veines.Baigné des mêmes pleurs,‖ des mêmes bras bénis,Nous sommes deux rameaux‖ si fermement unisQue, séparés, pourtant,‖ de l’arbre qui les porte,Le fer seul les disjoint‖ tant leur étreinte est forte.Si des vœux maternels,‖ mon Dieu ! tu te souviens,Fais prospérer ses jours‖ plus dignes que les miens.Tendre et forte, au chevet‖ de la douce martyre,C’est elle qui veillait,‖ sachant à tout suffire.Par le prix des douleurs,‖ par notre mère au ciel,De la vie à sa fille‖ épargne au moins le fiel ;Et, si tu veux bénir‖ ma fervente prière,Fais qu’un peu de bonheur‖ lui vienne de son frère !
Fais, par elle et par moi,‖ que sa nouvelle sœurÀ notre humble foyer‖ goûte quelque douceur.Hélas ! ma mère heureuse‖ à l’appeler ma femmeL’attendait pour mourir‖ et lui léguer mon âme.C’est elle dont l’amour,‖ m’attirant vers le bien,Élève à Dieu mon cœur‖ sur les ailes du sien ;Et, sachant le secret‖ du bonheur qu’elle donne,M’apprend qu’il faut ailleurs‖ en chercher la couronne.Elle tresse ici-bas,‖ voilée à tous les yeux,De prière et d’amour‖ ses jours laborieux ;Et l’appel de l’église‖ est le seul qui la tenteHors du paisible toit‖ dont l’ombre la contente.C’est elle, comme un ange‖ attiré par les pleurs,Qui m’a, pour tout guérir,‖ choisi dans nos douleurs,Qui, dans ma pâle automne,‖ a voulu faire écloreLes parfums printaniers‖ de sa splendide aurore ;Elle par qui le jour,‖ ô ma mère ! est renduA mon cœur dans la tombe‖ avec toi descendu.Mon Dieu ! tu dois payer‖ en fleurs de ton royaumeCette âme dont la mienne‖ a respiré le baume :Que jamais le chagrin‖ n’assombrisse d’un pliSon front calme et joyeux‖ du devoir accompli ;Et, puisqu’au mien son cœur‖ voulut si fort se joindreQue nul coup ne saurait‖ me frapper sans l’atteindre,Pour elle, en tes décrets,‖ que je sois épargné ;Écarte la douleur‖ de mon front résigné ;Garde à l’abri du vent‖ qui me courbait à terreNos rameaux enlacés,‖ et retiens le tonnerre ;Et, pour qu’au ciel tous deux portions un fruit pareil,A flots égaux, sur nous,‖ verse un même soleil.
Déjà ta main clémente,‖ ô mon Dieu ! s’est ouverte ;Elle va rendre une âme‖ à la maison déserte ;Et ta grâce qui brille‖ à nos yeux incertains,Rallume entre les pleurs‖ nos sourires éteints.Un fils, nouvel objet‖ d’espérance et d’alarmes,Tient de naître, et, déjà,‖ je l’ai baigné de larmes.
Ah ! que d’accord joyeux,‖ poëte ami des bois,J’aurais sur son berceau‖ su répandre autrefois !Combien de fraîches fleurs‖ les sommets sans cultureLivreraient à mes mains‖ pour sa jeune parure ;Hélas ! si ce berceau,‖ voisin de ton cercueil,O ma mère, en s’ouvrant‖ ne portait pas ton deuil !Je n’entends, désormais‖ qu’une parole austèreFaire écho dans mon âme‖ aux chansons de la terre ;Foulant d’un pied distrait‖ le printemps et ses fleurs,Je n’y sais rien cueillir‖ que de noires couleurs.J’ai replié mon cœur‖ sur des tableaux funèbres ;Mes yeux se sont fermés‖ et cherchent les ténèbres,Afin d’y contempler,‖ dans mes pensers fervents,De celle qui n’est plus‖ les traits toujours vivants ;Et ma lèvre où gémit‖ votre nom, ô ma mère !N’a plus d’accents que pour‖ la plainte ou la prière.
Enfant ! toi qui m’es cher‖ moins à cause de moiQue pour le sang des miens‖ qui doit revivre en toi,Pour le sang de mon père‖ et de ta sainte aïeule,La prière, ô mon fils,‖ sur toi parlera seule ;Et mes vœux resteront,‖ malgré mon doux transport,Graves comme la vie‖ en face de la mort.Tu n’auras pas toujours,‖ jeune âme qui sommeilles,Ce frais sourire en fleur‖ sur tes lèvres vermeilles :Mûri, comme nous tous,‖ par un savoir fatal,Tu goûteras aux fruits‖ et du bien et du mal.T’irai-je souhaiter,‖ dans le temps de l’épreuve,Les fontaines de miel‖ où l’âge d’or s’abreuve,Et, pour toi, téméraire‖ à tenter le Seigneur,Implorer ce que l’homme‖ a nommé le bonheur ?Ah peut-être, enivré‖ des faux biens qu’on envie,Tu boirais des poisons‖ dans la coupe de vie ?Oui, sois exempt des maux‖ sans fruit pour la vertuDont on meurt longuement‖ sans avoir combattu.Mon Dieu ! mesurez-lui‖ la souffrance et les chutes ;Surtout armez ses reins‖ pour soutenir nos luttes ;Qu’il soit, même en tombant,‖ plus fort que la douleur,Et n’ait jamais souffert‖ sans devenir meilleur.Donne-lui, pour marcher‖ dans le chemin du juste,Une saine raison,‖ un sang calme et robuste,Un cœur qui, sans rêver‖ les orgueilleux sommets,Ferme en son droit sentier‖ ne recule jamais.Fais rayonner en lui,‖ si parfois il chancelle,De l’âme de ma mère‖ une seule étincelle ;L’ange, au séjour de paix‖ revenu triomphant,Peut transmettre son glaive‖ au fils de son enfant.
Mère ! quoiqu’à son nom,‖ de là-haut, tu répondes,Tu ne l’as vu ce fils‖ qu’à travers d’autres mondes.Ah ! quand vint notre espoir‖ luire à ton lit de mort,De ton cœur résigné,‖ va, j’ai compris l’effort !Moi, dans tout mon amour‖ pour cette fleur si chère,Non, je n’ai pas connu‖ le bonheur d’être père ;Puisqu’en mes bras tous deux‖ je n’ai pu vous tenir,Et poser sur son front‖ ta main pour le bénir.Je cherche, hélas ! autour‖ de sa tête innocenteTon sourire, ô ma mère,‖ et ta parole absente.Je sais, du moins, qu’heureuse‖ en ta gloire aujourd’hui,Tu veilles de là-haut‖ sur son père et sur lui ;Et quand, sur son berceau,‖ par delà son jeune âge,Je rêve en cet enfant‖ un homme fort et sage,C’est qu’au ciel je te vois,‖ toi qui souffris pour nous,Le montrer au Seigneur‖ et prier à genoux.Obtiens donc, ô ma mère,‖ ô sublime chrétienne !Que Dieu lui fasse une âme‖ image de la tienne ;Instruit à t’imiter,‖ qu’il puisse, un jour, avoirCe mépris du plaisir,‖ cet amour du devoir,Ce cœur doux pour autrui,‖ pour lui-même sévère ;Toujours prêt, pour les siens,‖ à monter au Calvaire ;Et, dans tous ses conseils,‖ cette haute raisonQui voit, par delà tout,‖ Dieu luire à l’horizon.Mais voilà que mes vœux,‖ déjà déçus peut-être,Ont franchi l’avenir‖ dont Dieu seul est le maître ;Pour l’enfant dont les yeux‖ se sont à peine ouverts,Aux dons de l’homme fort‖ j’aspire dans ces vers.Je vois déjà grandir‖ les bras noueux du chêneSur l’humble rejeton‖ qui sort de terre à peine.Cher et frêle rameau‖ baigné de tant de pleurs,Je goûte à tes fruits mûrs,‖ et tu n’es pas en fleurs !Quels périls doit braver‖ ta tête délicate,Avant que la raison‖ dans ta jeune âme éclate !Te verrai-je courir‖ autour de ton berceau ;Sortiras-tu jamais‖ de ton nid, pauvre oiseau ?Notre amour n’est, mon Dieu !‖ qu’une vaine défense ;Vous seul pouvez garder‖ cette fragile enfance ;Donnez à ce trésor,‖ ombragé de nos fronts,Donnez pour gardien‖ l’ange que nous pleurons ;Que l’œuvre de colère‖ en nous soit terminée ;Vous-même de mon fils‖ faites la destinée,Qu’il trouve, plus que moi,‖ grâce à vos yeux, Seigneur !Et s’il n’est plus heureux,‖ au moins qu’il soit meilleur.
III
Mais je n’ai pas, mon Dieu !‖ sur ces pages dernièresÉpuisé mes amours,‖ pas plus que mes prières.Je vous offre à bénir‖ et voudrais vous nommer,O mon père ! tous ceux‖ que je suis fier d’aimer ;Tous ceux que, dans la joie‖ ou las destins contraires,J’appelle dans mon cœur‖ mes maîtres ou mes frères ;Ceux, jamais oubliés,‖ que m’a ravis la mort ;Tous mes objets, enfin,‖ d’amour... ou de remord.
Grâce à vous, ô mon Dieu !‖ quoique si lâche à vivre,Je sens un cœur en moi‖ plus puissant que mon livre ;Mon sang bouillonne encor,‖ si mon vers est tari,Et l’homme peut survivre‖ au poëte appauvri.Étouffant toute voix‖ qui se plaint ou qui raille,Je devrais marcher ferme‖ en l’humaine bataille ;Jamais devant un glaive‖ ou devant un linceul,Pour lutter ou souffrir,‖ Dieu ne m’a laissé seul.J’ai, pour les opposer‖ au torrent de mes peines,Conquis des amitiés‖ fortes comme des chênes ;Mon âme s’agrandit‖ sous leur appui sacré ;Et si plus d’un, hélas !‖ déjà m’est retiré,Il me reste, au milieu‖ des nobles cœurs que j’aime,Des asiles plus doux‖ et plus sûrs que moi-même.
Mon Dieu ! ni les plaisirs‖ ni les ambitionsN’ont, de leur vil ciment,‖ formé nos unions ;C’est dans l’amour du bien,‖ des beautés infinies,Que se sont rencontrés‖ nos cœurs et nos génies.Vous le savez ; tous ceux‖ à qui je tends la mainMarchent tous, devant vous,‖ dans un noble chemin ;Vous les avez choisis‖ ceux qui m’aident à vivre,Tous sont meilleurs que moi ;‖ je m’exerce à les suivre ;Et, plus près d’eux je sens‖ battre mon cœur jaloux,Plus je vois s’approcher‖ et l’idéal et vous.
O Christ ! puisque aujourd’hui,‖ prévoyant et sévère,C’est moi que tu choisis‖ pour monter au Calvaire,J’ose, indigne entre tous,‖ te supplier pour euxDe les marquer au front‖ de ton sang généreux ;Afin qu’en traversant‖ les temps vils où nous sommes,Nul d’entre eux ne se perde‖ en la cité des hommes.Garde, au monde divin,‖ garde leur cœur entier ;Mais fais-leur ici-bas‖ un moins rude sentier,Allège un peu leur croix‖ sur nos âpres collines,Et mêle quelques fleurs‖ à leur bandeau d’épines.Que jamais aucun d’eux,‖ gémissant d’être né,Ne te crie : ô mon Dieu,‖ tu m’as abandonné ;Au fort de ses combats‖ que chacun d’eux espère ;Entre tes bras sacrés‖ reçois-les comme un père,Et que nous allions tous,‖ humble et fidèle essaim,Retrouver à jamais‖ l’amitié dans ton sein.
IV
Dis maintenant, poète,‖ aux fruits de ton étudeL’adieu de la tristesse‖ et de la lassitude ;Sur ton œuvre et toi-même‖ à la fin détrompé,Demande à Dieu pardon‖ de son Verbe usurpé ;Et, résignant de l’art‖ l’effrayant ministère,Reconnais-toi vaincu‖ dans cette épreuve austère.C’est l’heure de briser,‖ des mains de la raison,La lyre, enivrement‖ de ta jeune saison.
O Muse ! ces adieux‖ n’ont rien qui te renie ;Je t’offre une foi ferme‖ à défaut de génie ;Et je t’adore encor,‖ de loin, à deux genoux,Comme l’esprit de Dieu‖ rayonnant parmi nous.Va ! je plains qui t’ignore‖ et je bais qui t’insulte ;Mais je me suis jugé‖ des hauteurs de ton culte,O Muse ! et j’ai pleuré‖ quand l’amour du vrai beauDes pages de mon livre‖ approcha son flambeau.
Je mesure, aujourd’hui‖ que mon labeur s’achève,L’abîme infranchissable‖ entre l’œuvre et le rêve ;Et je vois plus lointain‖ qu’au moment du départLe but où je tendais‖ par les sentiers de l’art.Je sens que, sur ma lèvre‖ inhabile et confuse,L’idée au joug du vers‖ succombe ou se refuse,Et, comme un grain aride‖ et d’où rien n’a germé,Je porte encore en moi‖ mon rêve inexprimé.Peut-être, en ma saison,‖ j’ai cueilli, sous la ronce ;Quelques fleurs dans ce champ ?‖ à qui ma main renonce :Le printemps ainsi donne‖ au plus morne désertSa goutte de rosée‖ et son brin d’herbe vert.Mais, ô pâle rêveur,‖ il n’est rien qui t’étonneDans l’infertilité‖ de ta lugubre automne.
Tu connais trop la vie,‖ ô poëte, tais-toi !Des cœurs joyeux et purs‖ n’offense point la foi ;Garde au moins pour toi seul‖ le deuil et l’amertume ;D’ironie et de fiel‖ ne souille point ta plume,Et ferme, ici, ton livre,‖ aux pages sans soleilOu tes pleurs couleraient‖ comme un mauvais conseil.Puisque tu n’entends plus‖ sortir de toute choseQue le rire lugubre‖ ou le soupir morose,Ne prête pas ta lèvre‖ à ce triste concert,Et n’écoute plus rien...‖ pas même le désert !Pas même les forêts‖ par le vent balancées,Grande âme à qui tu dois‖ tes meilleures pensées ;Et ne va plus chercher‖ sur les lointains sommetsDes accords, dans ton sein,‖ sans écho désormais !
D’ailleurs, tu le sais bien,‖ dans l’âge qui commence,Malheur à Pâme fière‖ à tout homme qui pense !
Toi, poëte, accablé‖ d’un plus rude anathème,Tu portes le vautour‖ au-dedans de toi-même ;Et, quel que soit le nom‖ à ton siècle donné,Ton malheur est pareil...‖ c’est celui d’être né.Mais subis, résigné,‖ le supplice de vivre ;Du signe de la croix‖ revêts ton dernier livre,Et tâche d’être prêt‖ à franchir sans remordLe seuil mystérieux‖ que nous ouvre la mort.
1852.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 179((aa))
- Mètre
- Alexandrins surtout (357 de 12, 1 de 13)· profil 6−6, 13i
- Mots à la rime
- a commencée / pensée féminine, classiqueb soir / espoir masculine, classiquec l’artiste / m’attriste féminine, classiqued bénir / finir masculine, classiquea défaillance / vaillance féminine, classiqueb divers / vers masculine, classiquec rampante / pente féminine, classiquea rivaux / travaux masculine, classiqueb poursuivre / livre féminine, classiquea forcément / l’égarement masculine, classiqueb doutes / routes féminine, classiquec main / chemin masculine, classiquea persévère / Calvaire féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea humaine / ramène féminine, classiqueb croix / fois masculine, classiquec saintes / plaintes féminine, classiqued Jésus-Christ / écrit masculine, classiquea patrie / idolâtrie féminine, classiqueb d’enfant / triomphant masculine, classiquec véritable / implacable féminine, classiqued dormir / frémir masculine, classiquee armes / larmes féminine, classiquef bondissant / sang masculine, non classiquea ombres / décombres féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquec instruire / détruire féminine, classiqued lieu / Dieu masculine, classiquea d’amertume / s’allume féminine, classiqueb entrecoupés / frappés masculine, classiquec elle / rebelle féminine, classiqued Francs / d’indifférents masculine, classiquee immense / clémence féminine, classiquef arrière-neveux / aïeux masculine, classiqueg détrompée / épée féminine, classiqueh chevaliers / ateliers masculine, classiquei d’argile / l’Évangile féminine, classiquea encor / d’or masculine, classiqueb matière / lumière féminine, classiquec étroits / croix masculine, classiquea d’âmes / flammes féminine, classiqueb deuil / seuil masculine, classiquec espère / père féminine, classiqued blancs / consolants masculine, classiquea éternelle / paternelle féminine, classiqueb affreux / douloureux masculine, classiquec calice / l’adoucisse féminine, classiqued lui / appui masculine, classiquee envoie / joie féminine, classiquef porté / hérité masculine, classiqueg blanche / s’épanche féminine, classiqueh attristé / sérénité masculine, classiquei arme / charme féminine, classiquej trésor / encor masculine, classiquea fidèle / modèle féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquec vide / solide féminine, classiqued éprouvé / rivé masculine, classiquee peines / veines féminine, classiquef bénis / unis masculine, classiqueg porte / forte féminine, classiqueh souviens / miens masculine, classiquei martyre / suffire féminine, classiquej ciel / fiel masculine, classiquek prière / frère féminine, classiquea sœur / douceur masculine, classiqueb femme / âme féminine, classiquec bien / sien masculine, classiqued donne / couronne féminine, classiquee yeux / laborieux masculine, classiquef tente / contente féminine, classiqueg pleurs / douleurs masculine, classiqueh éclore / aurore féminine, classiquei rendu / descendu masculine, classiquej royaume / baume féminine, classiquek pli / accompli masculine, classiquel joindre / l’atteindre féminine, classiquem épargné / résigné masculine, classiquen terre / tonnerre féminine, classiqueo pareil / soleil masculine, classiquea ouverte / déserte féminine, classiqueb incertains / éteints masculine, classiquec d’alarmes / larmes féminine, classiquea bois / autrefois masculine, classiqueb culture / parure féminine, classiquec cercueil / deuil masculine, classiqued austère / terre féminine, classiquee fleurs / couleurs masculine, classiquef funèbres / ténèbres féminine, classiqueg fervents / vivants masculine, classiqueh mère / prière féminine, classiquea moi / toi masculine, classiqueb aïeule / seule féminine, classiquec transport / mort masculine, classiqued sommeilles / vermeilles féminine, classiquee fatal / mal masculine, classiquef l’épreuve / s’abreuve féminine, classiqueh envie / vie féminine, classiquei vertu / combattu masculine, classiquej chutes / luttes féminine, classiquek douleur / meilleur masculine, classiquel juste / robuste féminine, classiquem sommets / jamais masculine, classiquen chancelle / étincelle féminine, classiqueo triomphant / enfant masculine, classiquea répondes / mondes féminine, classiqueb mort / l’effort masculine, classiquec chère / père féminine, classiqued tenir / bénir masculine, classiquee innocente / absente féminine, classiquef aujourd’hui / lui masculine, classiqueg âge / sage féminine, classiqueh nous / genoux masculine, classiquei chrétienne / tienne féminine, classiquej avoir / devoir masculine, classiquek sévère / Calvaire féminine, classiquel raison / l’horizon masculine, classiquem peut-être / maître féminine, classiquen ouverts / vers masculine, classiqueo chêne / peine féminine, classiquep pleurs / fleurs masculine, classiqueq délicate / éclate féminine, classiquer berceau / oiseau masculine, classiques défense / enfance féminine, classiquet fronts / pleurons masculine, classiqueu terminée / destinée féminine, classiquev Seigneur / meilleur masculine, classiquea dernières / prières féminine, classiqueb nommer / d’aimer masculine, classiquec contraires / frères féminine, classiqued mort / remord masculine, classiquea vivre / livre féminine, classiqueb tari / appauvri masculine, classiquec raille / bataille féminine, classiqued linceul / seul masculine, classiquee peines / chênes féminine, classiquef sacré / retiré masculine, classiqueg j’aime / moi-même féminine, classiquea ambitions / unions masculine, classiqueb infinies / génies féminine, classiqued vivre / suivre féminine, classiquee jaloux / vous masculine, classiqueb eux / généreux masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiqued entier / sentier masculine, classiquee collines / d’épines féminine, classiquef né / abandonné masculine, classiqueh essaim / sein masculine, classiquea étude / lassitude féminine, classiqueb détrompé / usurpé masculine, classiquec ministère / austère féminine, classiqued raison / saison masculine, classiquea renie / génie féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec t’insulte / culte féminine, classiqued beau / flambeau masculine, classiquea s’achève / rêve féminine, classiqueb départ / l’art masculine, classiquec confuse / refuse féminine, classiqued germé / inexprimé masculine, classiquee ronce / renonce féminine, classiquef désert / vert masculine, classiqueg t’étonne / automne féminine, classiquea tais-toi / foi masculine, classiqueb l’amertume / plume féminine, classiquec soleil / conseil masculine, classiqued chose / morose féminine, classiquee concert / désert masculine, classiquef balancées / pensées féminine, classiqueg sommets / désormais masculine, classiquea commence / pense féminine, classiquea anathème / toi-même féminine, classiqueb donné / né masculine, classiqued remord / mort masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
358 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes évangéliques, PARIS, MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS, 1860· numérisation wikisource.org· Sources