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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes évangéliques, 1852

La cité de dieu

Victor de Laprade· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 615 vers

I

Le royaume de Dieu‖ que l’Évangile fondeS’accroît incessamment,‖ mais n’est pas de ce monde.

Or, le temps de la vie‖ a tout homme est comptéPour marcher jour et nuit‖ vers la sainte cité,Et de forts ouvriers,‖ que Jésus daigne instruire,Travaillent parmi nous,‖ ardents à la construire.

Ce monde, où nous passons‖ pour en sortir meilleurs,N’est qu’un champ de combat,‖ le triomphe est ailleurs.

Le juste qui vous sert,‖ le fils qui vous révère,Sur la terre, ô mon Dieu,‖ n’obtiennent qu’un calvaire ;L’impie en son audace‖ y prévaudra toujours ;Nul ne s’y garde pur‖ que par votre secours ;Le voile épais des sens‖ y tient les cœurs dans l’ombre,Et les lois de la chair‖ sont la loi du grand nombre.

Oui, la terre appartient‖ tout entière aux méchants ;Leurs sillons chaque jour‖ empiètent sur nos champs ;La nature est pour eux‖ aveugle en sa largesse ;Tout admire ou subit‖ leur frivole sagesse ;Les âmes et les corps,‖ les murs de la cité,Tout accepte le sceau‖ de leur difformité.

Cependant, au milieu‖ des Babels de l’impie,Subsiste et s’agrandit‖ la ville où l’on expie,La cité des élus,‖ plus vaste que Sion,L’Église qui s’unit‖ à votre passion.Là vous avez, ô Christ,‖ sous le cèdre ou le chaume,Mais dans le seul esprit,‖ fondé votre royaume ;Là votre main conduit,‖ dans leurs âpres sentiers,Du fardeau de la croix‖ les pieux héritiers,Qui soumis, avec vous,‖ aux sarcasmes infâmes,Travaillent sans relâche‖ à la cité des âmes.

L’œuvre se poursuivra‖ dans toute sa splendeur,Tant que la charité‖ fera battre un seul cœur.En vain, de votre loi‖ disant la fin prochaine,La luxure s’indigne‖ et l’orgueil se déchaîne,Votre calice amer,‖ librement accepté,Est la seule grandeur‖ de notre humanité.Quelques âmes toujours‖ s’offriront pour y boire,O Christ, et, de l’amour‖ attestant la victoire,Toujours, prompt à jaillir‖ par le flanc de quelqu’un,Votre sang coulera‖ pour le salut commun.Œuvre de nos douleurs,‖ ainsi vers Dieu s’élèveLa cité que vit Jean‖ dans son sublime rêve,La cité du bonheur‖ qui ne doit pas finir ;Vous lui tournez le dos,‖ vous, chercheurs d’avenir !Chaque homme, cependant,‖ doit apporter sa pierreÀ ces murs cimentés‖ par l’esprit de lumière ;Et l’asile, enrichi‖ par tous les cœurs pieux,S’achevant ici-bas‖ s’ouvrira dans les cieux.

Ici-bas des élus‖ la troupe militantePasse comme un guerrier‖ prêt à plier sa tente,Comme un rude ouvrier,‖ parti dès le matin,Travaillant jusqu’au soir,‖ mais pour un prix certain.Ici-bas le Seigneur‖ à chacun nous assigneNos heures de labeur‖ pour féconder sa vigne ;Mais le vin précieux‖ qui sera récoltéNe se boit que là-haut,‖ dans l’immortalité.

Heureux ceux qui verront‖ cette cité nouvelle,L’invisible Sion‖ que l’esprit nous révèle !Ce seront les vainqueurs‖ dans les rudes combatsQu’impose aux fils d’Adam‖ la cité d’ici-bas ;Car, ô Christ, consacrant‖ la douleur sur la terre,Vous vîntes apporter‖ non la paix, mais la guerre.

Votre ville, où l’on vient‖ par des sentiers étroits,Garde, ici-bas, la forme‖ et l’esprit de la croix ;Chaque homme d’une croix‖ s’y revêt quand il entre ;Sur la pierre, debout,‖ une croix brille au centre,Et sur le monde, à flot,‖ versé dans ce saint lieu,Coule éternellement‖ le sang de l’Homme-Dieu.

Autour de cet autel‖ où l’amour mit ses flammes,S’exhalent, jour et nuit,‖ tous les parfums des âmes :Les larmes du remords,‖ les soupirs innocents,Le sacrifice obscur‖ dont Dieu goûte l’encens,Les modestes vertus‖ dont lui seul sait le compte,Et les longues sueurs‖ de l’âme qui se dompte.Là, creusant dans les cœurs‖ pour en extraire l’or,Les douleurs pour le ciel‖ amassent un trésor.Là, penché sur nos fleurs,‖ un séraphin recueilleLa chasteté des lis‖ et leur miel feuille à feuille.Là, devant Dieu, les pleurs‖ tombés des cœurs aimantsRemplissent les boisseaux‖ de leurs purs diamants.

II

Écoutez, écoutez !‖ à la prière unie,Toute plainte, en ces lieux,‖ devient une harmonie ;Les justes affligés‖ exhalent dans leurs chantsDes accords inconnus‖ au bonheur des méchants.Au sein des pleurs, l’espoir‖ sourit sur cette enceinte.Voici les voix montant‖ de cette cité sainte.

Chœur des justes

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.La terre est à jamais‖ le séjour de l’épreuve ;Mais la douleur nous cache‖ un mystère d’amour.Tu dois, ô vieil Adam,‖ épuiser à ton tourLe vinaigre et le fiel‖ dont Jésus-Christ s’abreuve.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

Vois, mon Dieu ! nous t’offrons‖ notre sang et nos larmesDans le calice amer‖ que ton fils a vidé ;Aux traces de son sang‖ l’homme est vers toi guidé,Son nom dans la souffrance‖ introduit mille charmes.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

Heureux qui, méprisant‖ ce que le monde envie,Garde sur un front pur‖ ta divine pâleur,O Christ, à ton exemple‖ épousant la douleur :Celui-là seul te plaît‖ et connaît bien la vie !

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

La douleur qu’on accepte‖ est un don salutaire ;La douleur sanctifie‖ après qu’elle a puni.Oui, Dieu destina l’homme‖ au bonheur infini ;C’est pourquoi la douleur‖ est la loi de la terre.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

Un prêtre

O Christ ! vous attachez‖ la couronne d’épinesSur nos fronts dévoués‖ aux sanglantes sueurs ;Nous marchons, ici-bas,‖ guidés par les lueursQui rayonnent des trous‖ de vos tempes divines.

Oui, ce monde est au prêtre‖ un calvaire éternel ;Nous sommes, entre tous,‖ les bourreaux de nous-mêmes.Et les passants grossiers‖ accablent d’anathèmesL’esprit qui crucifie‖ en nous l’homme charnel !

Nous subissons l’outrage‖ à votre exemple, ô Maître !Nous bénissons la foule‖ avec des yeux sereins,Au fardeau de la croix‖ nous présentons nos reins...Mon Dieu, soyez loué‖ par les douleurs du prêtre !

Le prêtre devant vous‖ marchera pauvre et seul ;Il a quitté son champ,‖ il meurt à sa famille,Nul doux regard d’enfant‖ à son foyer ne brille,Sa robe de candeur‖ lui fait comme un linceul.

Vous tenez nos cœurs pleins,‖ mais nos mains restent vides ;Les larmes des pécheurs,‖ le souffle des lépreux,La sueur des mourants,‖ quand nous veillons pour eux,Voilà les seuls trésors‖ dont nous soyons avides.

Et le monde nous voit‖ avec des yeux jaloux.Simple, austère et caché‖ soue quelque toit de chaumes,Le prêtre est accusé‖ d’usurper les royaumes :Mon Dieu, pardonnez-leur‖ et ne frappez que nous !

Dès que votre onction‖ fait de l’homme un apôtre,Son âme ni sa chair‖ ne restent plus à lui ;Il devient le breuvage‖ et l’aliment d’autrui,Chacun puise, ô Jésus,‖ à son sang comme au vôtre.

En échange des coups,‖ des rires, des affronts,Qu’ils prennent de nos mains‖ le pain de la parole.Pour le salut de tous,‖ trop heureux qui s’immole ;Daigne accepter, ô Christ,‖ le sang que nous t’offrons !

Pour nous les fers, l’exil‖ et tous les noms infâmes...Si du moins le troupeau‖ qui nous est confiéRevient à ton bercail,‖ ô Dieu crucifié !Périsse le pasteur,‖ mais qu’il sauve les âmes !

Oh ! comme il est aisé‖ de porter, ici-bas,Les travaux, les douleurs,‖ mon Dieu, même la haine !Mais au prêtre, enchaîné‖ dans sa nature humaine,Tu réserves, mon Dieu,‖ de plus rudes combats !

Ton esprit est un feu‖ qui brûle sa victime ;Mon cœur, comme Jacob,‖ se débat contre toi.Le prêtre est à lui-même‖ un juste objet d’effroi ;Épargnez-nous, Seigneur,‖ dans cette lutte intime.

Garder nos propres cœurs,‖ voilà nos vrais tourments ;Garder sainte la main‖ qui touche le calice !...C’est nous qui de ton sang‖ offrons le sacrifice,C’est à nous de trembler‖ devant tes jugements.

D’effrayantes clartés‖ tu nous as fait largesse ;Le simple se dérobe‖ à ce savoir fatal ;Nous n’avons pas le droit,‖ nous, d’ignorer le mal...Qu’il est dur à porter‖ le poids de la sagesse !

Comment aimer sans trouble‖ et penser sans erreur ?La foi nous ouvre, ô Dieu,‖ tes mystères sublimes,Mais nous voyons aussi‖ les ténébreux abîmes ;Nous marchons combattus‖ d’espoir et de terreur.

Ah ! la chair et l’orgueil‖ sont bien lents à s’éteindre !Sous la robe des saints‖ vivre est un long effort ;Nos luttes, nos dangers‖ durent jusqu’à la mort...Buvons à ton calice,‖ ô Jésus, sans nous plaindre !

Multiplie à ton gré‖ nos tourments, nos effrois,Nos intimes langueurs,‖ les coups venus des hommes ;Montre par nos douleurs,‖ ô Père, que nous sommesLes membres de ton fils‖ étendus sur la croix.

Un soldat

O mort, délivre-moi ;‖ ta lenteur est cruelle !Toi seule peux guérir‖ le blessé qui t’appelle.Cadavre encor vivant‖ j’étouffe sous les morts ;L’ardeur de la bataille‖ emporte au loin mes frères,Nul, hormis toi, n’entend‖ mes sanglantes prières...Viens arracher mon âme‖ aux débris de mon corps.

Que d’heures à souffrir !‖ et la neige qui tombeMe vient ensevelir‖ dans le froid de la tombe...J’ai vu planant sur moi‖ les vautours, les corbeaux ;La nuit ouvre sa porte‖ aux oiseaux des ténèbres ;Les loups rôdent ; j’entends‖ leurs hurlements funèbres ;De ma chair palpitante‖ ils auront les lambeaux.

Horrible fin ! au bout‖ de l’existence austèreFaite aux hommes voués‖ à l’œuvre militaire.Mourir seul, longuement,‖ sans secours, sans adieu !Seul... mais non, je vous ai‖ présent dans ma pensée,O Christ ! vous assistez‖ à ma mort délaissée.Par le sang du soldat,‖ soyez béni, mon Dieu !

Soyez béni ! j’ai soif...‖ la fièvre me dévore...Je sens crier mes os...‖ je vous bénis encore !Mon nom sans gloire, o Christ,‖ est au moins su de vous ;Unie à votre mort,‖ oh ! que la mort est grande !Louange à vous, Seigneur,‖ qui prenez en offrandeLe sang de quelques-uns‖ pour le salut de tous !

Je meurs seul, déchiré‖ par les bêtes sauvages ;Mais j’éloigne des miens‖ la guerre et ses ravages ;Sous le chaume natal‖ mes sœurs dorment en paix ;Rien ne trouble à l’autel‖ la parole du prêtre ;Tout sillon, tout foyer‖ demeure à son vrai maître ;Celui qui les sema‖ cueille ses blés épais.

Soldat je meurs heureux !‖ si mon peuple et ma raceS’accroissent dans l’honneur‖ et si Dieu leur fait grâce.Je meurs pour le saint nom‖ du pays des aïeux ;Pour que mon drapeau, fier‖ en rentrant dans nos villes,Brille, et, chassant la nuit‖ des discordes civiles,Rapporte la vertu‖ dans ses plis glorieux.

Que le sang dont j’ai teint‖ cet héroïque emblèmeServe aux miens de rachat‖ et me soit un baptême !Ah ! le cœur du soldat‖ a besoin de pardon ;Il a suivi sans frein‖ les passions humaines...Mon Dieu ! mais pour son peuple‖ ouvrant toutes ses veines,Aujourd’hui qu’il se brise,‖ acceptez-en le don.

Oui, mes jours ont des sens‖ subi le vain tumulte ;J’ai dans ma fougue, ô Christ,‖ oublié votre culteMais, au fond, j’ai gardé‖ l’amour de votre loi.J’ai, du lait maternel,‖ reçu votre doctrine ;Comme le cœur qui bat‖ caché dans la poitrine,A côté de l’honneur‖ la foi vivait en moi.

Ferme dans cette foi‖ mon âme à vous s’élance.Faites, par votre flanc‖ percé du fer de lance,Que ma mort pour rançon‖ ne s’offre pas en vain ;A ces flots de mon sang‖ qui coule ici, sans gloire,Mêlez, pour lui donner‖ la force expiatoire,Une goutte, ô Jésus,‖ de votre sang divin.

Un laboureur

Vous êtes juste et bon,‖ Seigneur ! votre colèreCache un secret d’amour‖ que nous devons bénir ;Aujourd’hui votre main,‖ vigilante à punir,Nous frappe à coups pressés‖ comme le blé sur l’aire.

La trombe emporte au loin‖ nos ceps déracinés,Et le sol des coteaux,‖ de ravins sillonnés,Enfouit les prés des vallées.Dans les champs épargnés‖ par les torrents accrus,Hélas ! je cherche en vain‖ les épis disparusSous les grêles amoncelées.Vous déchaînez, Seigneur,‖ tous les fléaux des cieux,Les feux, les vents, les eaux...‖ la foudre éclate et rouleEt frappe sur le roc‖ la maison des aïeux ;Sur mes derniers troupeaux‖ le toit brûle et s’écroule.

Chars, outils du labour,‖ tout est cendre ou débris !Devant nous la famine‖ et l’hiver sans abris ;Notre désastre est sans mesure !Enfants ! armez vos cœurs‖ et tombons à genoux.Seigneur, tu peux pencher‖ ton oreille vers nous,Tu n’entendras pas un murmure.

Pour nous garder vivants‖ jusqu’au printemps nouveau,Nous comptons, ô mon Dieu,‖ sur ta main qui nous frappe ;Durant les longs hivers‖ elle nourrit l’oiseau ;Par elle aux durs frimas‖ toujours un grain échappe.

Le travail est mon lot,‖ Seigneur, je m’y soumets !Je referai ce sol‖ des vallons aux sommets ;Et, malgré le poids des années,Mes bras toujours tendus,‖ mes reins toujours chargésRapporteront d’en bas‖ la vigne et les vergers,Sur ces collines décharnées.

Dieu commande l’effort,‖ c’est l’effort qu’il bénit !L’effort doit vaincre un jour‖ les éléments rebelles.Un ongle patient‖ peut rayer le granit ;J’y ferai mon sillon‖ pour des moissons plus belles.

Seigneur, voici mes fils !‖ sitôt qu’ils grandirontSous le joug du travail‖ je courberai leur front ;Ils sauront que ta loi l’enseigne.Toute vie est douleur,‖ abstinence et combats ;Avant d’aller, là-haut,‖ se guérir d’ici-bas,Il faut que le cœur lutte et saigne.

Chacun boit, ô Jésus !‖ à ton vase de fiel ;Chacun touche le prix‖ de son épreuve austère.Notre façon, à nous,‖ de mériter le ciel,C’est de donner, à flots,‖ nos sueurs à la terre.

Avec nos fleurs en vain‖ la grêle abat nos fruits ;En vain notre moisson,‖ nos vergers sont détruits ;En vain la terre se révolte.Nous semons, près de Dieu,‖ des jardins toujours verts,Où rien n’empêchera,‖ ni le feu ni les vers,L’âme de faire sa récolte.

Dieu nous voit ! revenons‖ aux travaux suspendus ;A l’œuvre, enfants ! que nul‖ encor ne se lamente ;Dans le ciel, aujourd’hui,‖ notre richesse augmenteDe tous ces beaux froments‖ qui vous semblaient perdus.

Vous êtes juste et bon,‖ Seigneur ! votre colèreCache un secret d’amour‖ que nous devons bénir ;Heureux quand votre main,‖ vigilante à punir,Nous frappe à coups pressés‖ comme le blé sur l’aire.

Une mère

Mon fils est mort ! mon fils !‖... ils sont partis sans moi,Seigneur ! tous ceux que j’aime...Ah ! mon sang révolté‖ s’élève contre toi ;Défends-moi du blasphème.

Oui, pardonne à Rachel‖ tout ce qu’elle a pensé ;Tu fis le cœur des mères.Mon Dieu ! je t’ai maudit‖ sans t’avoir offensé ;Nos pleurs sont nos prières.

Mon fils est mort, et moi‖ j’aurais des lendemains !Non, j’ai droit de le suivre...J’arrachai mes cheveux,‖ je déchirai les mainsQui me forçaient à vivre.

Ils osaient me vanter‖ des jours encor nombreux,L’avenir, ma jeunesse,Le sacrilège espoir‖ d’un hymen plus heureux,Pour qu’un fils en renaisse !

Oui, je vivrai ! portant,‖ ô Christ, puisqu’il vous plaît,Ma croix avec la vôtre ;Mais, ô mon fils ! le sein‖ qui t’a donné son laitEst tari pour un autre.

Je vivrai, je vivrai,‖ c’est trop tôt pour mourir,Je veux souffrir encore !Promettez-moi, Seigneur,‖ de ne jamais guérirLe mal qui me dévore.

Je vivrai ! les vivants‖ restent unis aux mortsPar de pieuses chaînes ;A ceux qui ne sont plus‖ Dieu compte nos effortsEt le prix de nos peines.

Je vous offre, ô Seigneur,‖ gardez à mon enfantJeûne, prière, aumône.Que je lutte ici-bas,‖ mais qu’il soit triomphant ;Qu’il ait au ciel un trône.

J’adopte pour mes fils‖ les vieillards, les lépreux ;Et je sais qu’en échange,Mes soins et mes trésors,‖ donnés aux malheureux,Dieu les rend à cet ange.

Mon cœur est mort ; les deuils,‖ les craintes, les chagrins,Je n’en puis plus connaître.Il te reste ma chair‖ et mon sang et mes reins,Frappe sur elle, ô Maître !

Couvre mon front de lèpre‖ et fait crier mes osJusqu’à ma dernière heure ;Mais que mes morts chéris‖ jouissent du repos,Mon Dieu, dans ta demeure !

J’ai des larmes encor !‖ fais couler par torrentsCette onde expiatoire ;Puisqu’elle éteint, pour ceux‖ que je nomme en pleurant,Les feux du purgatoire.

Compte à mon fils les jours,‖ les maux que j’ai soufferts,Les pleurs que je te donne ;De tous ces diamants‖ à tes autels offertsEmbellis sa couronne.

Une vierge

Jésus crucifié‖ sera mon seul époux.J’ai cueilli ma parure‖ aux ronces du Calvaire ;Soyez belle, ô ma sœur,‖ mes joyaux sont à vous ;Voici le fiancé :‖ ne songez qu’à lui plaire.

Gardez cette maison ;‖ ne faites point deux partsDes ruches, du verger,‖ de la moisson nouvelle.Vous aurez notre mère‖ et vos fils : moi je pars,La famille du Christ‖ est là-bas qui m’appelle.

Rentrez par les prés verts,‖ le printemps est éclos ;Respirez tous les deux‖ l’églantier de nos haies :L’époux a mis, pour moi,‖ les fleurs de son enclosSur le lit des lépreux‖ dont je panse les plaies.

Il sourit à travers‖ les yeux de l’orphelin,Il prend pour me parler‖ les voix de ceux qui pleurent ;Dans les derniers soupirs des mendiants qui meurent,Il soupire d’amour‖ sous mon voile de lin.

A ta servante, ô Christ,‖ épargne d’autres joies !Fais-moi payer le ciel‖ avant de me l’ouvrir.C’est, ô roi des douleurs,‖ pour souffrir ou mourir,Qu’aux sentiers des humains‖ j’ai préféré tes voies.

Je n’ai pas voulu fuir‖ un travail, un souci ;Je vis de votre vie,‖ ô mes sœurs, ô ma mère !N’accusez pas mon cœur‖ d’ingratitude amère ;Il faut vous aimer bien‖ pour vous quitter ainsi.

Je veux plus que ma part‖ des deuils de ma famille.Si Dieu sur notre toit‖ tient des maux suspendus,Je veux les emporter,‖ c’est à moi qu’ils sont dus ;Que Dieu vous les épargne‖ en frappant votre fille.

Au prix de la douleur‖ tout bien est acheté.Dans les cloîtres obscurs‖ où vos combats nous suivent,Nous mourons longuement‖ afin que d’autres vivent ;Dieu vous paye en vertus‖ notre virginité.

Puisqu’il se plaît aux fleurs‖ des âmes solitaires,Mes frères, de ses lis‖ respectez le trésor ;Une vierge est plus blanche‖ et plus fragile encor !Gardez-nous, à l’écart,‖ dans nos jardins austères.

Laissez-moi de mon cœur‖ écouter le conseil ;J’ai besoin d’un amour‖ sans mesure et sans nombre.Au chevet des mourants,‖ laissez-moi vivre, à l’ombre ;Je vous cède le monde‖ et ma place au soleil.

J’ai cueilli ma parure‖ aux ronces du Calvaire ;Jésus crucifié‖ sera mon seul époux.Soyez belle, ô ma sœur,‖ mes joyaux sont à vous ;Voici le fiancé,‖ ne songez qu’à lui plaire.Jésus crucifié‖ sera mon seul époux.

Un confesseur de la foi

Porté sur les eaux sans rivages,Seul et roi dans l’éternité,L’Esprit goûtait, au fond des âges,L’immuable félicité.L’Esprit se suffit à lui-même ;Dieu vit, il se connaît, il s’aime,Il a l’infini pour séjour.Mais créer du bonheur, ô Maître,Répandre le bienfait de l’être,C’était la loi de votre amour !

« Faisons l’homme à ma ressemblance,Qu’il pense et que je sois aimé ! »Dieu dit. La vie à flots s’élance,Et le néant s’est animé.L’être nouveau, l’homme respire ;Toute la terre est son empire.Mais, ô don sublime et fatal,L’homme est libre ! époux de la femme,Il porte avec elle en son âmeLe pouvoir du bien et du mal.

Hélas ! dans son impatience,Croyant fuir la lutte et l’effort,Adam, sur l’arbre de science,Dérobe un fruit, germe de mort.Maudis cette clarté furtive :Avec l’ignorance nativeL’Éden pour ta race est perdu ;Et, trompant ton désir crédule,Le bonheur, devant toi, reculeSon fruit ici-bas défendu.

Pour remonter au sein du Père,Tu dois, expiant ton orgueil,Après l’exil et la misèreTraverser encor le cercueil.Homme ! ta chute est sans remède,Si la force d’en haut ne t’aideA terrasser tes ennemis...Pour réparer ses créatures,Mêlant en lui les deux natures,A la douleur Dieu s’est soumis.

Il nous donne son fils lui-même.Père, oh ! combien l’homme t’est cher !Ton fils, ta sagesse suprême,Ton Verbe en Jésus s’est fait chair.Tu montes pour nous au Calvaire,Tu subis notre loi sévère,La loi de l’expiation.Mais, pour que sa fin s’accomplisse,L’homme doit boire à ton calice,Et s’adjoindre à ta passion.

Mon Dieu ! pour la gloire infinieTu nous as faits dans ton amour ;Mais chaque âme, pour t’être unie,Devra se créer à son tour.L’homme se refait par la lutte :Adam fut libre dans sa chute,Libre il saura se relever ;Mais il faut que tu le soutiennes ;Nos douleurs n’empruntent qu’aux tiennesLa vertu qui peut nous sauver.

Tu passeras, terre éphémère,Dur calvaire où l’homme est puni !Viens, ô douleur, nourrice amèreQui nous formes pour l’infini.Viens, ô douleur, sublime artiste,Fais-moi d’un métal qui résiste,Qui brave la rouille et le feu ;Pour qu’admise enfin à la joie,Sans qu’elle s’y fonde et s’y noie,Mon âme plonge au sein de Dieu.

Chœur des justes

La terre est à jamais‖ le séjour de l’épreuve,Mais la douleur nous cache‖ un mystère d’amour,Tu dois, ô vieil Adam,‖ épuiser à ton tourLe vinaigre et le fiel‖ dont, Jésus-Christ s’abreuve.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

Vois, mon Dieu, nous t’offrons‖ notre sang et nos larmesDans le calice amer‖ que ton fils a vidé ;Aux traces de son sang‖ l’homme est vers toi guidé ;Son nom dans la souffrance‖ introduit mille charmes.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

Heureux qui méprisant‖ ce que le monde envie,Garde sur un front pur‖ ta divine pâleur,O Christ, à ton exemple‖ épousant la douleur ;Celui-là seul te plaît‖ et connaît bien la vie.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

La douleur qu’on accepte‖ est un don salutaire ;La douleur sanctifie‖ après qu’elle a puni.Oui, Dieu destina l’homme‖ au bonheur infini,C’est pourquoi la douleur‖ est la loi de la terre.

Soumis ou révolté,‖ l’homme est né pour souffrir ;A ta croix, ô Jésus,‖ nous venons nous offrir.

III

Or, dans le ciel, les pleurs‖ et les travaux des justesSont unis, ô Jésus,‖ à vos œuvres augustes ;Une colline d’or‖ et de pur diamantDe l’amas des vertus‖ s’y forme incessamment ;Et de cet or vivant,‖ que la douleur enfante,Vous-même y bâtissez‖ la ville triomphanteOù Dieu sera béni‖ par tous les affligésHeureux et pour jamais‖ à sa droite rangés ;La cité qu’entrevit‖ votre plus doux apôtre,La cité dent le sang‖ des martyrs, et le vôtre,Liant le jaspe et l’or,‖ l’onyx et le lapis,Fournira le ciment‖ plus dur que le rubis.

Je la vois, je la vois !‖ votre ville est immense ;Elle est sans borne, ô Dieu,‖ comme votre clémence.A toutes les tribus‖ de l’immense univers,Les palais de l’agneau‖ jour et nuit sont ouverts.Vous ne laisserez pas‖ gémir à votre porteL’homme de bon vouloir‖ et de charité forte,Pas même le pêcheur,‖ s’il s’est agenouillé.Rien n’entre, je le sais,‖ d’impur et de souillé ;Mais le sang de Jésus,‖ mais ses larmes fécondesD’un baptême assez vaste‖ ont lavé tous les mondes ;Pour tous ceux qui sont morts,‖ pour tous ceux qui naîtrontUne goutte eût suffi‖ des sueurs de son front.

Vous donc qui, passagers‖ dans la cité des larmes,Contre vos propres cœurs‖ veillez, toujours en armes,Ne désespérez point,‖ quand votre esprit troubléChancelle dans sa foi‖ par le doute ébranlé.Si vous n’avez pas fui,‖ pour traverser la vie,La route de la croix‖ que Jésus a suivie,Vers ce lieu de repos,‖ qui doit s’ouvrir un jour,Levez vos yeux en pleurs,‖ mais embrasés d’amour,Et Dieu vous montrera,‖ dans sa gloire éclatante,La cité de l’agneau‖ promise à votre attente.

J’entends, à chaque porte,‖ une voix qui grandit ;Voix du Verbe vivant‖ qu’Israël entendit.Douze Anges radieux‖ et tels que. des auroresOnt répandu ces mots‖ de leurs clairons sonores ;L’appel consolateur,‖ tombé du haut des cieux,Autant qu’aux innocents‖ s’adresse aux malheureux.« Heureux ceux dont l’esprit,‖ détaché de la terre,« Mit dans la pauvreté‖ sa préférence austère ;« En vertu de ce choix‖ le ciel leur appartient« Avec tous ses trésors‖ et Dieu qui les contient.« Heureux les cœurs sans fiel‖ où la douceur abonde,« Car ils posséderont‖ le royaume du monde.« Heureux celui qui pleure,‖ il sera consolé.« Heureux, en son ardeur,‖ l’homme droit et zélé« Que tourmente ici-bas‖ la soif de la justice ;« Il s’en rassasîra‖ dans l’éternel calice.« Heureux sont les cœurs purs,‖ car ceux-là verront Dieu,« Heureux le pacifique ;‖ on le dit, en tout lieu,« Fils de Dieu même. Heureux‖ qui fait miséricorde,« Car il reçoit d’en haut‖ le pardon qu’il accorde.« Heureux qui, chez les siens‖ toujours persécuté,« Souffre pour la justice‖ et pour la vérité ;« Le royaume du ciel‖ deviendra son domaine.« Heureux vous que le monde‖ accable de sa haine ;« Tenez-vous pour heureux‖ quand, à cause de moi,« Le mal est dit de vous‖ par les hommes sans foi.« Alors, soyez joyeux !‖ car un trésor immense« S’amasse dans le ciel‖ pour votre récompense. »Et, parmi les Gentils‖ comme dans Israël,Le peuple entier des morts‖ entendra cet appel.

Autour de la cité,‖ plus nombreux que les feuilles,Ils se pressent, ô Christ,‖ pour que tu les recueilles.Vers toi l’esprit d’amour,‖ soufflant des quatre vents,Soulève du cercueil‖ ces tourbillons vivants.Il te vient des élus‖ par mille et mille voies ;Toutes mènent au ciel‖ hormis celles des joies,Celle où l’heureux du monde,‖ incapable d’effort,Marche des faux plaisirs‖ à l’éternelle mort.

Car pour donner la vie,‖ ô Dieu, toi qui nous aimes,Tu ne peux rien sur moi‖ sans l’œuvre de moi-même.Ta main est toujours là,‖ prête à nous secourir ;Mais, sur qui la refuse‖ et s’obstine à mourir,Tu répandrais en vain‖ et la vie et ta grâce ;Tu peux tout, excepté‖ vouloir à notre place.L’homme seul qui voulut,‖ qui lutta fortement,Est capable du ciel,‖ au jour du jugement.

L’homme, argile rebelle‖ au doigt qui le façonne,Repousse librement‖ l’être que Dieu, lui donne.Tu ne peux, malgré lui,‖ le frappant de ton sceau,Le. refaire, ô Seigneur,‖ à l’image du beau.Il faut que son métal,‖ quand ton brasier s’allume,Consente à tous les coups‖ frappés sur ton enclume.C’est la douleur, mon Dieu,‖ qui, de sa rude main,Pour l’immortalité‖ pétrit le cœur humain.

Tout ton peuple aujourd’hui,‖ délivré de la terre,Toit de mille clartés‖ resplendir ce mystère ;Heureux d’avoir souffert,‖ il ne demande plusLe but de tant de maux‖ qui frappent les élus ;Il sait qu’ici-bas l’homme,‖ auguste créature,Souffre, expie et combat‖ pour toute la nature ;Et qu’acceptant leur croix‖ pour le salut commun,Avec Jésus martyr‖ les élus ne font qu’un.

Hôtes du firmament,‖ soleils, blanches étoiles,Astres joyeux et purs‖ qui voyez Dieu sans voiles,Vous qu’un souffle amoureux‖ guide éternellement,L’homme est plus grand que vous‖ il est libre en aimant !Il peut, même au Seigneur,‖ refuser ce qu’il donne ;Il travaille, en souffrant,‖ à sa propre couronne ;Il achète ce ciel‖ qui ne vous coûta rien,Et capable du mal‖ il accomplit le bien.Des périls du combat,‖ c’est lui qui vous dispense ;Pour qui ne sait qu’aimer,‖ l’homme veut, souffre et pense,Son front reçut pour tous,‖ en sa noble pâleur,Avec la liberté‖ le poids de la douleur.

Des autres univers‖ la douleur est proscrite ;Notre globe est le seul‖ qui souffre et qui mérite.Tu ne veux pas, mon Dieu,‖ père tendre et clément,Que même un vermisseau‖ souffre inutilement ;Du sel de la douleur‖ ta main fut économe,Tu ne l’as répandu‖ que sur les pas de l’homme.Oui, ce globe est martyr ;‖ c’est trop frapper sur lui,Si nous ne souffrons pas‖ pour le bonheur d’autrui !Oui ! tout est racheté‖ par nos larmes fécondes ;L’homme t’en donne assez‖ pour payer tous les mondes.Mais, aux portes du ciel,‖ aux pieds des bienheureux,Que vient faire, ô douleur,‖ ton nom, ton nom affreux ?Oui ! l’œuvre des sept jours‖ est à jamais sauvée ;Du sang de l’Homme-Dieu‖ la nature est lavée,Le mal expire en elle‖ avec l’impur orgueil,Et de l’éternité‖ ne franchit pas le seuil.

Toi, désormais, silence,‖ ô parole impuissante !Reste au fond de mon cœur,‖ quoi qu’il rêve ou qu’il sente ;Tu ne peux, d’ici-bas,‖ entr’ouvrir l’infini,Et raconter le ciel‖ tant que j’en suis banni.O cœur fait à gémir,‖ voix que le deuil oppresse,Vous manqueriez d’accents‖ pour peindre l’allégresse ;Oublie, au moins, mon âme,‖ au nom du paradis,La langue des terreurs‖ et des doutes maudits ;Écoute de l’espoir‖ la voix ferme et paisible ;Et dis, en t’arrêtant‖ au bord de l’invisible,Ce mot, le mot de tout,‖ de partout, de toujours,Ce mot du grand mystère :‖ Amour, amour, amour !

1852.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
10(aa) 1(aabb) 5(aabbcc) 92((aa)) 14(aabccb) 33(abba) 1(aabccbdede) 19(abab) 1(abbab) 7(ababccdeed)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (509 de 12, 80 de 8, 26 de 6)· profil 6, 8, 6+6
Strophes
53 quatrains, 19 sizains, 15 distiquess, 10 distiques, 8 dizains, 1 quintil
Mots à la rime
a fonde / monde féminine, classiquea compté / cité masculine, classiqueb instruire / construire féminine, classiquea meilleurs / ailleurs masculine, classiquea révère / calvaire féminine, classiqueb toujours / secours masculine, classiquec l’ombre / nombre féminine, classiquea méchants / champs masculine, classiqueb largesse / sagesse féminine, classiquec cité / difformité masculine, classiquea l’impie / expie féminine, classiqueb Sion / passion masculine, classiquec chaume / royaume féminine, classiqued sentiers / héritiers masculine, classiquee infâmes / âmes féminine, classiquea splendeur / cœur masculine, classiqueb prochaine / déchaîne féminine, classiquec accepté / humanité masculine, classiqued boire / victoire féminine, classiquee quelqu’un / commun masculine, classiquef s’élève / rêve féminine, classiqueg finir / d’avenir masculine, classiqueh pierre / lumière féminine, classiquei pieux / cieux masculine, classiquea militante / tente féminine, classiqueb matin / certain masculine, classiquec assigne / vigne féminine, classiqued récolté / l’immortalité masculine, classiquea nouvelle / révèle féminine, classiqueb combats / d’ici-bas masculine, classiquec terre / guerre féminine, classiquea étroits / croix masculine, classiqueb entre / centre féminine, classiquec lieu / l’Homme-Dieu masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb innocents / l’encens masculine, classiquec compte / dompte féminine, classiqued l’or / trésor masculine, classiquee recueille / feuille féminine, classiquef aimants / diamants masculine, classiquea unie / harmonie féminine, classiqueb chants / méchants masculine, classiquec enceinte / sainte féminine, classiquea souffrir / offrir masculine, classiqueb l’épreuve / s’abreuve féminine, classiquec d’amour / tour masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb vidé / guidé masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb pâleur / douleur masculine, classiquea salutaire / terre féminine, classiqueb puni / infini masculine, classiquea d’épines / divines féminine, classiqueb sueurs / lueurs masculine, classiquea éternel / charnel masculine, classiqueb nous-mêmes / d’anathèmes féminine, classiquea Maître / prêtre féminine, classiqueb sereins / reins masculine, classiquea seul / linceul masculine, classiqueb famille / brille féminine, classiquea vides / avides féminine, classiqueb lépreux / eux masculine, classiquea jaloux / nous masculine, classiqueb chaumes / royaumes féminine, classiquea apôtre / vôtre féminine, classiqueb lui / d’autrui masculine, classiquea affronts / t’offrons masculine, classiqueb parole / s’immole féminine, classiqueb confié / crucifié masculine, classiquea ici-bas / combats masculine, classiqueb haine / humaine féminine, classiquea victime / intime féminine, classiqueb toi / d’effroi masculine, classiquea tourments / jugements masculine, classiqueb calice / sacrifice féminine, classiqueb fatal / mal masculine, classiquea erreur / terreur masculine, classiqueb sublimes / abîmes féminine, classiquea s’éteindre / plaindre féminine, classiqueb effort / mort masculine, classiquea effrois / croix masculine, classiqueb hommes / sommes féminine, classiquea cruelle / t’appelle féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquec frères / prières féminine, classiquea tombe féminine, classiqueb corbeaux / lambeaux masculine, classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiquea austère / militaire féminine, classiqueb adieu / Dieu masculine, classiquec pensée / délaissée féminine, classiquea dévore / encore féminine, classiqueb vous / tous masculine, classiquec grande / offrande féminine, classiquea sauvages / ravages féminine, classiqueb paix / épais masculine, classiquec prêtre / maître féminine, classiquea race / grâce féminine, classiqueb aïeux / glorieux masculine, classiquec villes / civiles féminine, classiquea emblème / baptême féminine, classiqueb pardon / don masculine, classiquec humaines / veines féminine, classiquea tumulte / culte féminine, classiqueb loi / moi masculine, classiquec doctrine / poitrine féminine, classiquea s’élance / lance féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquec gloire / expiatoire féminine, classiquea colère / l’aire féminine, classiqueb bénir / punir masculine, classiquea déracinés / sillonnés masculine, classiqueb vallées / amoncelées féminine, classiquec accrus / disparus masculine, classiqued cieux / aïeux masculine, classiquee roule / s’écroule féminine, classiquea débris / abris masculine, classiqueb mesure / murmure féminine, classiquec genoux / nous masculine, classiquea nouveau / l’oiseau masculine, classiqueb frappe / échappe féminine, classiquea soumets / sommets masculine, classiqueb années / décharnées féminine, classiquec chargés / vergers masculine, classiquea bénit / granit masculine, classiqueb rebelles / belles féminine, classiquea grandiront / front masculine, classiqueb l’enseigne / saigne féminine, classiquea fiel / ciel masculine, classiqueb austère / terre féminine, classiquea fruits / détruits masculine, classiqueb révolte / récolte féminine, classiquec verts / vers masculine, classiquea suspendus / perdus masculine, classiqueb lamente / augmente féminine, classiquea moi / toi masculine, classiqueb j’aime / blasphème féminine, classiquea pensé / offensé masculine, classiqueb mères / prières féminine, classiquea lendemains / mains masculine, classiqueb suivre / vivre féminine, classiquea nombreux / heureux masculine, classiqueb jeunesse / renaisse féminine, classiquea plaît / lait masculine, classiqueb vôtre / autre féminine, classiquea mourir / guérir masculine, classiqueb encore / dévore féminine, classiquea morts / efforts masculine, classiqueb chaînes / peines féminine, classiquea enfant / triomphant masculine, classiqueb aumône / trône féminine, classiquea lépreux / malheureux masculine, classiqueb échange / ange féminine, classiquea chagrins / reins masculine, classiqueb connaître / Maître féminine, classiquea os / repos masculine, classiqueb heure / demeure féminine, classiquea torrents / pleurant masculine, non classiqueb expiatoire / purgatoire féminine, classiquea soufferts / offerts masculine, classiqueb donne / couronne féminine, classiquea époux / vous masculine, classiqueb Calvaire / plaire féminine, classiquea parts / pars masculine, classiqueb nouvelle / m’appelle féminine, classiquea éclos / enclos masculine, classiqueb haies / plaies féminine, classiquea l’orphelin / lin masculine, classiqueb pleurent / meurent féminine, classiquea joies / voies féminine, classiqueb l’ouvrir / mourir masculine, classiquea souci / ainsi masculine, classiqueb mère / amère féminine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb suspendus / dus masculine, classiquea acheté / virginité masculine, classiqueb suivent / vivent féminine, classiquea solitaires / austères féminine, classiqueb trésor / encor masculine, classiquea conseil / soleil masculine, classiqueb nombre / l’ombre féminine, classiquea rivages / âges féminine, classiqueb l’éternité / félicité masculine, classiquec lui-même / s’aime féminine, classiqued séjour / amour masculine, classiquee Maître / l’être féminine, classiquea ressemblance / s’élance féminine, classiqueb aimé / animé masculine, classiquec respire / empire féminine, classiquee femme / âme féminine, classiquea impatience / science féminine, classiqueb l’effort / mort masculine, classiquec furtive / native féminine, classiqued perdu / défendu masculine, classiquee crédule / recule féminine, classiquea Père / misère féminine, classiqueb orgueil / cercueil masculine, classiquec remède / t’aide féminine, classiqued ennemis / soumis masculine, classiquee créatures / natures féminine, classiquea lui-même / suprême féminine, classiqueb cher / chair masculine, classiquec Calvaire / sévère féminine, classiqued l’expiation / passion masculine, classiquee s’accomplisse / calice féminine, classiquea infinie / unie féminine, classiqueb amour / tour masculine, classiquec lutte / chute féminine, classiqued relever / sauver masculine, classiquee soutiennes / tiennes féminine, classiquea éphémère / amère féminine, classiqueb puni / l’infini masculine, classiquec artiste / résiste féminine, classiqued feu / Dieu masculine, classiquee joie / noie féminine, classiquea justes / augustes féminine, classiqueb diamant / incessamment masculine, classiquec enfante / triomphante féminine, classiqued affligés / rangés masculine, classiquef lapis / rubis masculine, classiquea immense / clémence féminine, classiqueb univers / ouverts masculine, classiquec porte / forte féminine, classiqued agenouillé / souillé masculine, classiquee fécondes / mondes féminine, classiquef naîtront / front masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb troublé / ébranlé masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiqued jour / d’amour masculine, classiquee éclatante / attente féminine, classiquea grandit / entendit masculine, classiqueb aurores / sonores féminine, classiquec cieux / malheureux masculine, classiqued terre / austère féminine, classiquee appartient / contient masculine, classiquef abonde / monde féminine, classiqueg consolé / zélé masculine, classiqueh justice / calice féminine, classiquei Dieu / lieu masculine, classiquej miséricorde / accorde féminine, classiquek persécuté / vérité masculine, classiquel domaine / haine féminine, classiquem moi / foi masculine, classiquen immense / récompense féminine, classiqueo Israël / appel masculine, classiquea feuilles / recueilles féminine, classiqueb vents / vivants masculine, classiquec voies / joies féminine, classiqued d’effort / mort masculine, classiquea aimes / moi-même féminine, classiqueb secourir / mourir masculine, non classiquec grâce / place féminine, classiqued fortement / jugement masculine, classiquea façonne / donne féminine, classiqueb sceau / beau masculine, classiquec s’allume / enclume féminine, classiqued main / humain masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb plus / élus masculine, classiquec créature / nature féminine, classiqued commun / qu’un masculine, classiquea étoiles / voiles féminine, classiqueb éternellement / aimant masculine, classiqued rien / bien masculine, classiquee dispense / pense féminine, classiquea proscrite / mérite féminine, classiqueb clément / inutilement masculine, classiquec économe / l’homme féminine, classiquef bienheureux / affreux masculine, classiqueg sauvée / lavée féminine, classiqueh orgueil / seuil masculine, classiquea impuissante / sente féminine, classiqueb l’infini / banni masculine, classiquec oppresse / l’allégresse féminine, classiqued paradis / maudits masculine, classiquee paisible / l’invisible féminine, classiquef toujours / amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

615 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes évangéliques, PARIS, MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS, 1860· numérisation wikisource.org· Sources