Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes évangéliques, 1852

La tentation

Victor de Laprade· distiques, alexandrins, 839 vers

I

Esprits immaculés‖ d’amour et de lumière,Astres vêtus encor‖ de la candeur première,Séraphins dans l’extase‖ à jamais absorbés,Vous qui ne luttez pas‖ et n’êtes pas tombés,Sphères où ne croît pas‖ l’arbre de la science,Votre bonheur, là-haut,‖ n’est qu’une longue enfance !Mais, aujourd’hui, troublant‖ votre sérénité,D’ici-bas jusqu’à vous‖ quel nuage est monté ?Est-ce bien que la terre,‖ objet d’inquiétudes,Doux astres, vous distrait‖ de vos béatitudes ?Vos habitants, rêveurs‖ comme sont les humains,Laissent la harpe d’or‖ languir entre leurs mains,Et, du haut des soleils‖ que l’azur nous dérobe,Curieux et craintifs‖ se penchent vers ce globe.Tels, du sommet des tours,‖ dans les plaines, là-bas,Les enfants des guerriers‖ regardent les combats,Et, devant la mêlée‖ à leur âge interdite,Sentent confusément‖ que leur destin s’agite.

Ainsi l’aspect de l’homme‖ et ce monde orageuxVous détournent souvent‖ de vos célestes jeux.

Or, jamais plus émus,‖ plus tremblants qu’à cette heure,Vous n’avez contemplé‖ la terrestre demeure.Tant d’étoiles jamais‖ dans leur rayonnement,Jamais tant de regards‖ tombés du firmament,Depuis les jours d’Adam‖ et des premières larmes,N’ont cherché notre terre‖ avec autant d’alarmes ;Moins nombreux et moins vifs,‖ ces feux dont l’éther luitScintillent dans l’azur‖ de la plus belle nuit.

II

C’est sur un bourg obscur‖ que ces rayons affluent,C’est un seuil indigent‖ que les anges saluent,C’est Nazareth, le toit‖ d’un humble charpentier.Un cep de ses rameaux‖ l’embrasse tout entier,Et l’ombre d’un figuier‖ soir et matin dépasseLe mur qui du jardin‖ enclôt l’étroit espace.Là, se parlent, assis‖ sur le banc des aïeux,Une femme et son fils‖ qu’elle implore des yeux.Recevant dans son cœur‖ ce que le cœur adresse,Grave et beau, le jeune homme‖ écoute avec tendresse :« Rien ne me sera plus‖ quand vous aurez quittéL’abri de votre mère‖ et notre obscurité.Mon cœur saigne déjà‖ du sang dont vous inondeLe combat du désert,‖ surtout celui du monde ;Et la voix qui vous dit :‖ Va, fais l’œuvre de Dieu !Je la sens dans mon sein‖ comme un glaive de feu.

« Laissez-moi regretter‖ votre enfance éphémère !Que la gloire du fils‖ est pesante à la mère,Et combien doit trembler‖ celle à qui GabrielAnnonce qu’elle engendre‖ un envoyé du ciel !Le sang qu’elle lui donne‖ est tout promis au glaive,Elle nourrit l’agneau‖ pour qu’un boucher l’enlève.O mon fils ! pardonnez‖ la faiblesse aux adieux,Je vous aurais voulu‖ moins grand et plus heureux !Je voudrais vous garder,‖ toujours à cette place,Sous notre pauvre toit‖ qu’éclaire votre face.Vous qu’attend Israël‖ pour sauveur et pour roi,Je voudrais, tout entier,‖ vous retenir en moi.Car vous êtes ma vie,‖ ô mon fils ; il me sembleQu’en ce paisible enclos‖ nous grandîmes ensemble,Que toujours je vous eus‖ m’aimant et m’écoutant,Et que j’ai commencé‖ de vivre en vous portant.Oui, Dieu, me visitant‖ dans mon obéissance,Mit la maternité‖ si près de mon enfance,Qu’avant l’heure où son fruit‖ dans mon sein eût germé,Avant vous, ô mon fils,‖ je n’avais pas aimé,Et qu’à votre berceau‖ j’offris, tendre et jalouse,Tout le cœur d’une mère‖ et celui d’une épouse.

« Jésus ! depuis qu’un ange,‖ éveillant mon émoi,M’eut dit que c’était vous‖ qui palpitiez en moi,En vous seul et par vous‖ je m’attriste ou m’égaie ;Et, dès l’heure où le fils‖ tend ses bras et bégaie,Enfant dans vos baisers,‖ jeune homme en vos discours,Vous m’avez été bon‖ et consolant toujours.Votre cœur me parla‖ dès que vos yeux s’ouvrirent ;Par vous des jours mauvais‖ les instants me sourirent,Lorsqu’enfant, dans la vie‖ entrant par un exil,L’ange vos emporta‖ vers les roseaux du Nil.Vous sentiez mes douleurs‖ avant de les comprendre ;Par un mot caressant‖ vous saviez tout me rendre,Les pays, les autels‖ pleurés par l’étranger.Des plus secrets ennuis‖ prompt à vous affliger,Je vous parlais, déjà‖ sérieuse et tout commeSi vous portiez conseil‖ et si vous étiez homme.Mon esprit bien souvent‖ s’en trouva affermi ;Tout enfant, votre mère‖ eut en vous un ami.Et lorsqu’en Israël,‖ à la fin nous entrâmes,En vous donnant la main,‖ heureuse entre les femmes,Je passais, vous étiez‖ entre ceux du hameauSi grand déjà, si plein‖ de sagesse et si beau !

« Jamais d’un mot, d’un geste‖ appelant les reproches,Vous n’avez affligé‖ votre père et vos proches.Un jour, ― mais que de joie‖ a payé ce tourment ! ―Nous avons accusé‖ votre enfance un moment.La faute était à moi,‖ mère sans vigilance !Ce souvenir encor‖ m’est comme un coup de lance !Pour la Pâque, à Sion,‖ dans la foule arrêtés,Nous vous avions perdu‖ dans les solennités.Je sais déjà, mon fils,‖ ce que l’absence coûte !Trois fois en vous cherchant‖ nous refaisons la route ;Ce n’est qu’après trois jours‖ de soucis bien pesants,Que nous vous retrouvons,‖ vous, enfant de douze ans,Enseignant dans le temple‖ et, droit sous le portique,Ébranlant les docteurs‖ dans leur sagesse antique ;Et tous vous écoulaient,‖ étonnés et ravis.Je pleurais, et bientôt‖ vous nous avez suivis.Or, mon cœur conservait‖ ce qu’il venait d’entendre.

« Dès lors, auprès de nous,‖ toujours soumis et tendre,Vous vivez en bon fils,‖ Seigneur, et partagezL’humble abri de ce toit‖ qu’en un ciel vous changez ;Votre amour souriant‖ sur nos douleurs y brille ;Vous gagnez de vos mains‖ le pain de la famille ;Par vos travaux constants‖ son sort est adouci ;Depuis trente ans, Seigneur,‖ nous vous gardons ainsi.Pour son œuvre aujourd’hui‖ que l’esprit vous réclame,Tout mon bonheur de mère‖ échappe de mon âme ;Car d’un monde ennemi‖ je sens déjà les coups :Au calice de fiel‖ je m’abreuve avant vous.Malheur aux flancs choisis‖ pour porter un prophète !La volonté de Dieu,‖ cependant, sera faite ;Allez, quoique mon sang,‖ hélas ! puisse en crier,Faire l’œuvre du maître‖ en fidèle ouvrier ;Mais pour rendre, en partant,‖ ma douleur moins amère,Mon fils et mon Seigneur,‖ bénissez votre mère. »

L’homme que la colombe,‖ aux yeux de Jean charmé,Baptisait dans l’éclair‖ du nom de bien-aimé,Courba son front puissant‖ que ceindront les épines,Prit les mains de Marie‖ entre ses mains divines,Lui parla longuement‖ d’un retour éternel,Et partit revêtu‖ du baiser maternel.O famille ! ô foyer !‖ temple cher à Dieu même !O filial amour,‖ religion suprême,Doux asservissement‖ qui fait les hommes forts,Paix qui prépare l’âme‖ aux combats du dehors,Loi dont les plus grands cœurs‖ suivent le mieux les règles,Humble nid où s’accroît‖ l’envergure des aigles,Joug aimé des plus fiers‖ et des plus triomphants,Qu’un regard maternel‖ trouve toujours enfants !

III

Or, poussé par l’Esprit‖ dans ses austères voies,Jésus fuit ce que l’homme‖ a de plus saintes joies,Sa mère et ses amis,‖ la paix de son foyer,Ses fleurs, son banc de pierre‖ à l’ombre du figuier,Et les rêves d’été,‖ les sommeils sur la mousse,Et du toit des aïeux‖ l’obscurité si douce ;Tous ces biens que la foule‖ a le droit de goûter,Mais qu’aux élus le ciel‖ montre pour les tenter,Ces chastes biens à qui‖ tout prophète renoncePour suivre un dur sentier‖ de cailloux et de ronce.

Au voyage sanglant‖ le fils de l’homme est prêt ;Et, marchant au désert,‖ traverse NazarethA l’heure où, saluant‖ l’aube qui la ravive,S’éveille la cité‖ plus fraîche et plus active.Les joyeux artisans,‖ par le coq avertis,Entonnent leurs chansons‖ au bruit de leurs outils ;Les voisins, s’abordant‖ de paroles amies,S’égayent à frapper‖ aux maisons endormies.Sur la place déjà‖ les marchands étrangersAbreuvent les chameaux‖ de leurs faix déchargés.La serpe en mains, plusieurs‖ vont voir, de l’œil du maître,Leur vigne et leur froment‖ qu’il faut cueillir peut-être ;D’autres, se disputant‖ sur leurs droits indécis,Font parler les vieillards‖ près de la porte assis ;Deux longs flots de passants‖ se croisent sous son arche :Le gain ou le plaisir‖ aiguillonne leur marche.Or, cherchant la douleur,‖ son but et son devoir,Jésus ceignit ses reins‖ et sortit sans les voir.

Le matin, colorant‖ les gazons qu’il arrose,Faisait tout verdoyer‖ dans une vapeur rose.Nul vent lourd et poudreux‖ ne ternissait encorLes bois tout d’émeraude‖ et les froments tout d’or.L’air se peuplait d’oiseaux.‖ Fraîche, embaumée et tendre,La campagne invitait‖ le cœur à s’y répandre.C’était la fenaison ;‖ et du labeur communLe fardeau partagé‖ s’allégeait pour chacun.Mille fleurs, qu’avec l’herbe‖ abattent les faucilles,Se nouaient en couronne‖ au front des jeunes filles ;Les faucheurs excités‖ redoublaient à leurs chants.Tout transforme en plaisir‖ le saint travail des champs,Où l’invisible nœud‖ des douces sympathiesLie en gerbes, souvent,‖ les âmes assorties.Pour l’heure un gai repas,‖ à l’ombre du hallier,Rassemble des faneurs‖ le cercle irrégulier,Et, dans leur joyeux groupe,‖ ils offrent une placeAu voyageur aimé‖ qui leur sourit et passe ;

Et c’est à chaque instant‖ quelque tableau pareilOù l’homme a mis sa joie,‖ où Dieu met le soleil,Dans un vallon plus frais‖ que les rosiers parfument,Sur la pente opposée‖ au bourg où les toits fument,Près des eaux soupirant‖ leurs bruits doux et confus,Un palais s’abritait‖ sous les cèdres touffus ;Un palais écarté‖ dont le plaisir est l’hôte,Et dont chaque ornement‖ est le prix d’une faute.Éteignant ses splendeurs‖ dans l’aurore aux flots d’or,La fête de la nuit‖ s’y prolongeait encor.Les conviés cherchaient‖ la fraîcheur hors des salles.Baignant leurs fronts fiévreux‖ aux brises matinales,Des couples nonchalants‖ errent au bord des eaux.Accoudée au milieu‖ des hôtes les plus beaux,Madeleine, au balcon‖ ouvert sur les prairies,Sourit, sans les entendre,‖ aux molles flatteries.Belle à faire oublier‖ l’aube qui se levait,Les yeux vers l’horizon,‖ sans voix, elle rêvait.

Alors l’Adam nouveau‖ qui consentit à naîtrePour être aussi tenté,‖ mais comme un Dieu peut l’être,Lance un regard sévère‖ où pourtant est cachéLe pardon du pécheur‖ sous l’horreur du péché ;Et, dans le cœur déchu‖ que cet instant relève,Le douloureux reproche‖ est entré comme un glaive.Magdalum aux plaisirs‖ fut fermé dès ce jour,Des austères devoirs‖ il devint le séjour ;Un baptême de pleurs‖ en lava les souillures ;Le pauvre toucha l’or‖ des coupables parures :Et, dans un souvenir‖ plongée avec ferveur,La pécheresse eut foi‖ la première au Sauveur.

Or, longeant à grands pas‖ la moisson déjà blonde,Jésus suit le chemin‖ qui l’éloigne du monde.Derrière la montagne‖ aux sinueux contoursDisparaissent déjà‖ Nazareth et ses tours ;Les bornes sur le sol‖ déjà sont plus distantes ;Plus rares, les maisons‖ déjà font place aux tentes.C’est, au lieu des faneurs,‖ la tribu des bergers.Plus de grasse vallée‖ et de flancs ombragés ;Dans les maigres sillons‖ déjà percent les roches ;Tout de la terre inculte‖ annonce les approches.Un dernier champ d’épis‖ côtoyant le sentier,Autour de quelques ceps‖ un buisson d’églantier,L’herbe autour d’un vieux puits‖ plus épaisse et plus verte,Près d’une humble maison‖ de platanes couverteQuelques fleurs, un verger‖ orné d’arbres choisis,Font, au bord du désert,‖ une extrême oasis,Tout est propre et charmant‖ dans cet étroit domaine ;Les chars plus élégants‖ que le bouvier ramène,Les arbres mieux taillés,‖ la blancheur du bétail,Tout montre en ce logis‖ la joie et le travail.

Dès qu’en son vert enclos‖ parut la blanche ferme,Le pèlerin distrait‖ marcha d’un pied moins ferme,Son bâton sur le roc‖ sonna moins rudement,Son front de plis rêveurs‖ se rida vaguement.Ses regards hésitants‖ cherchaient cette demeure ;Il semblait ne souffrir‖ qu’à partir de cette heure,Cet intime combat‖ dont le ciel est l’enjeu,Et que soutient en lui‖ l’homme appuyé du dieu.Il a connu ce toit‖ où tant de paix se cache,Un lien hospitalier‖ dès longtemps l’y rattache,Au retour du désert‖ à ce foyer admis,Il y trouvait toujours‖ des visages amis.Car il allait souvent,‖ comme tous les prophètes,De la nature au loin‖ goûter les saintes fêtes ;C’est là que par son père‖ il était visité :Là qu’il se souvenait‖ de sa divinité.Puis, quand il descendait‖ pour rentrer chez les hommesEt se sentir encore‖ être ce que nous sommes,C’était à ce foyer‖ qu’il se disait commentLe bonheur peut nous luire‖ ici-bas un moment.

Dans l’heureux champ, qui semble‖ aimer aussi ses maîtres,Un vieillard vénéré‖ vit comme ses ancêtres.Quelle paix, quelle joie‖ offre cette maisonAu cœur dont son enclos‖ ferait tout l’horizon,Au mortel investi‖ d’un humble ministère,A qui restent permis‖ les amours de la terre ;Qui, n’ayant à porter‖ que sa part de douleurIgnore encor le poids‖ de l’esprit du Seigneur !Heureux l’homme inconnu,‖ sans mission jalouse,Qui prendrait sous ce toit‖ sa sœur et son épouse,Et recevant du ciel‖ des rejetons nombreuxD’un sort pareil au sien‖ se flatterait pour eux !Mais Dieu donne au prophète‖ une loi plus sévèreEt lui défend les fleurs‖ qui bordent son calvaire.Quand l’homme avec sa croix‖ porte les croix d’autrui,Ce qui fait nos vertus‖ est un piège pour lui.L’amour, qui purifie‖ et soutient nos cœurs frêles,Souille un cœur de lévite‖ et fait tomber ses ailes.

Or, Jésus approchait,‖ à tous les yeux cachéPar le buisson en fleurs‖ sur le chemin penché ;Au travers il peut voir‖ la cour hospitalièreOù parle en ce moment‖ une voix familière.Près du char des faneurs‖ ployant sous l’heureux faix,Le vieillard déliait‖ ses taureaux satisfaits ;Ah ! si l’hôte adoré‖ se détourne et se montreComme ces cœurs joyeux‖ iront à sa rencontre !Comme ce mot : toujours !‖ dit par lui sur le seuilDu bonheur des élus‖ payera leur accueil !Il le sait, et près d’eux,‖ il sent bien en lui-mêmeQu’on peut se faire un ciel‖ de la terre où l’on aime.Plus loin c’est un combat‖ librement entrepris,Ici c’est le repos‖ entre des bras chéris.

Ah ! va-t-il s’arrêter‖ pour respirer cette âme ?Va-t-il se souvenir‖ qu’il est né d’une femme ?L’arbre qui sur le monde‖ un jour doit dominer,Dans cet étroit jardin‖ va-t-il s’enraciner,Et, n’offrant son appui‖ qu’à cette jeune vigne,Le chêne est-il perdu‖ pour un fardeau plus digne ?Si c’est le cœur humain‖ qui dans vous a battu,Si c’est bien notre chair‖ qui vous a revêtu,Et si tout fils d’Adam,‖ né du même lignage,O maître, a droit de voir‖ en vous sa propre image ;Ce n’est ni le désert,‖ ni la tour de SionQui vous ont vu trembler‖ dans la tentation,Ni le bois d’oliviers‖ qui, le jour du supplice,Vous a vu repousser‖ le plus amer calice !

Voici, dans cette lutte‖ où son cœur se brisait,A l'esprit du Seigneur‖ ce que l'homme disait :

« O Verbe, dont la flamme‖ habite dans ma cendre,Chez un autre que moi‖ ne pouviez-vous descendre,Et donner à porter‖ à des pieds moins tremblantsCe Sauveur retardé‖ depuis quatre mille ans ?Oh ! terrible union‖ d’une double nature,Du Verbe créateur‖ avec la créature !Oh ! brisement du sein‖ qui contient l’infini !A la chair d’un mortel‖ pourquoi vous être uni ;Ou pourquoi votre esprit,‖ touchant notre matière,Ne la peut-il, Seigneur,‖ consumer tout entière ?Comment de l’homme en vous‖ est-il assez restéPour trembler et souffrir‖ dans la divinité ?Tout mortel à me voir‖ me prendrait pour un frère,Et s’il m’appelle ainsi‖ sa bouche est téméraire ;Lorsqu’au-devant de moi‖ je sens son cœur venir,Je voudrais l’embrasser,‖ et je dois le bénir !Mon front doit se voiler‖ devant un regard tendre.L’amour qui m’est offert‖ c’est à Dieu de le rendre.Je ne puis me donner‖ selon mes doux penchants,Car j’appartiens à tous‖ et surtout aux méchants !Et ceux qui m’ont aimé‖ de l’amour la plus forteN’ont fait qu’unir leur croix‖ à celle que je porte. »

Il passa : la prière‖ abrégea le combat ;Et les Anges ont dit‖ qu’une larme tomba.Larme attestant l’effort,‖ mais que Jésus avoue ;L’urne des séraphins‖ la reçut de sa joue,Et des pauvres humains‖ par un amour brisésLes cœurs faibles et doux‖ y seront baptisés.

Or, il marchait, rempli‖ de cette ardeur plus prompteQue puise dans la lutte‖ une âme qui se dompte,Prêt à tous les périls‖ que Dieu dans ses desseinsSuscite à chaque pas‖ sur la route des saints.

IV

Il atteignait déjà‖ cette âpre solitudeQue l’âme des plus forts‖ trouve souvent trop rude ;Ce royaume du vide‖ où l’air même tarit ;Où l’homme ne vit pas‖ si Dieu ne l’y nourrit.Il s’offrait aux périls‖ de ces luttes secrètesQue cachent le désert‖ et les longues retraites.Seul avec l’Esprit-Saint,‖ il vécut dans ces lieuxPleins d’étranges terreurs,‖ d’ennemis merveilleux,Dont la nature aux yeux‖ de l’homme qu’elle entraîne,S’entoure pour le vaincre‖ et rester souveraine.

Durant quarante jours,‖ sur les sommets ardusQu’interdit le vertige‖ aux voyants éperdus,Il habita, jeûnant‖ de toute nourriturePar l’homme préparée‖ ou prise à la nature ;Sevrant surtout son âme,‖ attentif à bannirTout terrestre aliment‖ et jusqu’au souvenir ;Faisant place au Seigneur,‖ rendant son cœur semblableA la virginité‖ de la neige et du sable ;Et, pour garder au Verbe‖ un vase sans levain,N’admettant rien en soi‖ si ce n’est le divin.

Les oasis, tendant‖ sous ses pas leurs embûches,Étalaient devant lui‖ leurs sources et leurs ruches,Trésors plus séduisants,‖ car ils sont plus cachésPar des vagues de sable‖ ou des murs de rochers.Le gazon, près des puits,‖ semé de fleurs sans nombre,Formait pour la mollesse‖ un lit tout baigné d’ombre ;Mille arbres y versaient‖ leur fraîcheur et leurs fruits.L’air au sein des rameaux‖ éveillait ces doux bruits,Ces souffles qui, passant‖ sur des âmes lassées,En rêves fugitifs‖ effeuillent les pensées,Et, comme une poussière,‖ en leur vol énervant,Emportent nos vouloirs‖ dissipés à tout vent.Pour l’enivrer de loin‖ et l’avoir par surprise,Les jardins lui jetaient‖ leurs senteurs dans la brise ;Afin qu’à son insu‖ le charme amollissantAvec l’air aspiré,‖ pénétrât dans son sang.Sur un fond sablé d’or‖ l’eau, qui brille et fascine,Creusait là, pour le bain,‖ une fraîche piscine,Dans l’herbe et dans les fleurs‖ s’encadrait en miroir ;Onde flatteuse où l’homme‖ a plaisir de se voir,Et qui tient, l’entourant‖ d’azur et de nuage,Le rêveur jusqu’au soir‖ penché sur son image.Sur les branches bercés‖ entre les pommes d’or,Les oiseaux l’invitaient‖ à cueillir ce trésor.De leur plus frais carmin‖ les rosiers voulaient luire.Les lis s’étaient parés‖ afin de le séduireEt d’avoir pour eux seuls‖ les regards de ses yeuxDistraits des fleurs de l’âme‖ et détournés des cieux.Ainsi, pour l’arracher‖ à sa vision pureEt pour ôter son cœur‖ aux hommes, la nature,Les arbres, les fruits d’or,‖ les brises qui chantaient,Les sources, les oiseaux‖ et les fleurs le tentaient.

Ailleurs, n’espérant plus‖ le vaincre par ses charmes,Contre lui la nature‖ essayait d’autres armes ;Aux yeux du solitaire‖ active à s’entourerDes sauvages grandeurs‖ qui la font adorer,Et tiennent sous son joug,‖ enchaînés par la crainte,Ceux dont l’âme secoue‖ une plus molle étreinte.Les cratères éteints‖ se rouvraient tout à coup ;Des reptiles fangeux‖ sifflaient, dressant le cou ;De livides éclairs‖ et des oiseaux funèbresSur le front de Jésus‖ glissaient dans les ténèbres.Furieux de subir‖ un étrange ascendant,Les tigres contre lui‖ s’élançaient cependant.Les rochers, les débris‖ des cèdres centenairesCroulaient sur son chemin‖ lancés par les tonnerres ;L’orage, enfin, tâchait,‖ en ébranlant son corps,D’occuper sa grande âme‖ aux choses du dehors.

Mais lui s’arme en priant‖ d’une force paisible,Il tient son cœur tourné‖ vers le père invisible,Et, l’homme intérieur‖ dominant ce concert,L’esprit parle en son sein‖ plus haut que le désert.Nuit et jour il entend‖ sa parole profonde,Nuit et jour il répond,‖ n’écoutant rien du monde ;Sans ouïr les serpents‖ pas plus que les oiseaux,Ou l’invitation‖ des arbres et des eaux.Sa pensée est ailleurs ;‖ et, perçant tous les voiles,Monte sans s’arrêter‖ même autour des étoiles,Et parcourt sans effroi‖ ces lieux éblouissantsOù l’homme n’entrera‖ que dépouillé des sens.

Ainsi, pour voir le Dieu‖ fermant les yeux au temple,Père ! c’est bien vous seul‖ qu’il cherche et qu’il contemple,A genoux sur le sable‖ aux brûlantes lueurs,Sur les gazons baignés‖ de sang et de sueurs.C’est là qu’abolissant‖ toute humaine doctrine,Tout aiguillon charnel‖ brisé dans sa poitrine,Mieux qu’entre les docteurs‖ de Thèbe ou de Sion,De la lumière vraie‖ il eut la vision,Et connut, sans terreur‖ ni mouvement superbe,Qu’en toute plénitude‖ il possédait le Verbe.

Divine région‖ qui confine le ciel,Solitude où grandit‖ l’homme immatériel,Il est bon de chercher‖ sur ta lointaine grèveCe sol vierge de pas‖ où croît la fleur du rêve,Où, comme deux époux‖ que nul n’y vient troubler,Notre âme et le Seigneur‖ aiment à se parler.Il est bon pour le cœur,‖ quand la chair le gouverne,De vêtir le cilice‖ au fond de la caverne,Aux impurs souvenirs‖ d’y creuser des tombeaux,Et de manger le pain‖ qu’apportent les corbeaux.Cependant, ô désert‖ de Moïse et d’Élie,Où sous l’ardent charbon‖ la langue se délie,Cime où circule un air‖ enivrant et subtil,Même pour les élus‖ tu n’es pas sans péril !Nul homme impunément,‖ sur tes rocs téméraires,N’aborde une hauteur‖ inconnue à ses frères,Et ne se croit, un jour,‖ dans la splendeur du lieu,Plus distant des mortels‖ qu’il n’est distant de Dieu.Le plus rude ennemi‖ pour le cœur d’un apôtre,Ce n’est pas le plaisir‖ qui triomphe du nôtre :Jusqu’aux neiges sans fin‖ plus d’un sage est monté,Qui tombera du haut‖ de son austérité.C’est quand les sens vaincus‖ meurent de leur défaiteQue Satan, plus hardi,‖ visite le prophète,Et parfois, du ciel même‖ envahissant le seuil,Creuse entre l’âme et Dieu‖ l’abîme de l’orgueil.

V

Qui n’entrevit Satan ?‖ mais qui peut le décrire ?Quel homme, ayant vécu,‖ n’entendit pas son rire,Ce rire de l’abîme‖ à l’heure où nous tombons ?Nous l’avons connu tous,‖ hélas ! même les bons.Pourtant, lorsqu’il médite‖ une attaque nouvelle,Nul ne devine plus‖ en lui l’Ange rebelle,Tant il sait sous le fard,‖ sous l’éclat déployé,Effacer les sillons‖ de son front foudroyé ;Tant son or emprunté‖ luit sur ses ailes sombres,Tant il s’orne à propos‖ de lumières ou d’ombres.A voir ses yeux d’azur,‖ ses cheveux blonds et fins,Qui ne l’a pris souvent‖ pour un des Séraphins ?Dans les lieux les plus purs‖ il nous cache ses piéges,Ses feux infects couvés‖ sous les plus blanches neiges.Nul ne peut dénombrer‖ les formes qu’il revêt.L’innocence, en dormant,‖ l’entend sur son chevet.Il surgit de la lampe‖ et des piliers du temple,De l’austère cellule‖ où le sage contemple.Il se sert contre nous‖ de nos meilleurs penchants ;Il force à nous tenter‖ même les fleurs des champs,La colombe, le lis,‖ créatures fidèles,Et dont rien n’a terni‖ le calice et les ailes.Mais le cœur est son lieu,‖ c’est là qu’il vit toujours ;Vaincu même, il s’y cache‖ en de secrets détours.Il sait le faible endroit‖ de l’âme la plus forte :Dans toute région‖ l’homme avec soi l’emporte.Dans la nature même,‖ elle que Dieu conduit,Le noir esprit du mal‖ sur nos pas s’introduit.Il suit la liberté‖ si loin qu’elle pénètre ;Avec elle il sortit‖ des mystères de l’être :Il est né de ce jour‖ où, créant le désir,Dieu fit don à l’esprit‖ du pouvoir de choisir.

Or le rusé démon,‖ dans ses métamorphoses,Dispose en souverain‖ de la forme des choses.Contre l’être inconnu‖ qui met le doute en lui,D’horreur ou de beauté‖ s’arme-t-il aujourd’hui ?Quel sphinx ou quel serpent,‖ quel ange au front mystiqueCache à l’Adam nouveau‖ le séducteur antique ?Et qui le peindra tel‖ qu’aidé de tout son art,Il osa de Jésus‖ affronter le regard ?Il vient par le désert‖ qu’il a rendu complice ;Il roule sur le roc,‖ ou sur les fleurs il glisse ;Il s’allonge et grandit‖ comme un nuage errant,Autour de l’ennemi‖ tourne en le resserrant ;Il décrit lentement‖ ses spirales infâmesLe vautour infernal‖ qui s’abat sur les âmes ;Il arrive sans bruit‖ et de chaque horizon,Et forme autour du cœur‖ une adroite prison.

Mais Jésus s’est muni‖ du jeûne et du silence,Et l’Esprit garde en lui‖ toute sa vigilance.Il avait vu de loin‖ poindre cet ennemiQui nous cherche dans l’ombre‖ et prend l’homme endormi ;Et pour la lutte, armé‖ d’une ardente prière,Il veillait et pleurait,‖ à genoux sur la pierre.

« Mon père, disait-il,‖ ma force est toute en vous ;Vous seul accomplissez‖ l’œuvre que je résous ;Malgré ce nom de fils,‖ dont votre amour me nomme,Je suis faible et craintif,‖ du jour où je suis homme,Et si votre vertu‖ m’abandonne aujourd’hui,En moi le sang d’Adam‖ faillira comme en lui.Car, tout nous vient de vous :‖ de votre sein auguste,La lumière de l’astre‖ et la candeur du juste.Et tout s’éclipserait,‖ l’âme et le firmament,Si le flot créateur‖ tarissait un moment.Ce qui n’est pas de vous,‖ dans l’âme et la nature,N’est que mal ou néant‖ et menteuse figure.Tous les cœurs séparés‖ de vous et qui croirontTrouver en eux leur vie‖ et leur vertu, mourront ;Ils sont pareils au fleuve,‖ orgueilleux de sa course,Qui refuserait l’eau‖ jaillissant de la source.L’humilité reçoit,‖ à genoux sur le seuil,Ce flot vivifiant‖ rejeté par l’orgueil.Sur l’homme humble et contrit‖ vos présents se répandent ;Car vous ne vous donnez‖ qu’à ceux qui vous demandent.Il suffit, en pleurant,‖ de dire un de vos noms,Et tout ce qui nous manque‖ alors nous l’obtenons.Autour de nous rôdant,‖ l’Esprit de mort épieL’heure où vous délaissez‖ la maison de l’impie.Telle, au soir, sur un mont‖ d’abord clair et vermeil,L’ombre envahit le flanc‖ quitté par le soleil ;Ainsi le morne enfer‖ occupe chaque placeDes cœurs dont, à pas lents,‖ se retire la grâce.Versez-moi donc à flots‖ ce rayon bienfaisant,O mon père ! et dans moi‖ soyez toujours présent.Que le Verbe éternel‖ votre fils et vous-même,Ce fils que vous aimez,‖ Seigneur, et qui vous aime,Ne délaisse jamais‖ mon cœur qu’il a fait sien :Hors ce qu’il peut en moi,‖ mon âme ne peut rien ;Oui, je le sens, mon Dieu,‖ cette chair qui le porteReçut, étant si faible,‖ une tâche trop forte.Soufflez-moi, chaque jour,‖ votre haleine de feu,Car l’homme tremble en moi‖ de faillir sous le Dieu.Vous soutiendrez mon cœur,‖ l’ayant fait votre vase.Votre main, qui posa‖ l’univers sur sa base,Sur sa tige affermit‖ la pauvre fleur des champs.L’âme, ici-bas livrée‖ aux aquilons méchants,Ne mûrit pas de grains‖ pour la moisson divine,Si dans votre amour seul‖ elle n’a pris racine.O Verbe, dont chacun‖ porte un rayon dans soi,Puisque vous m’habitez,‖ Seigneur, protégez-moi,Et défendez mon cœur‖ du démon qui l’effraieComme vous défendez‖ le froment de l’ivraie,L’étoile du nuage‖ et de l’obscurité,En abondant chez eux‖ de sève et de clarté.Je suis prêt au combat,‖ mon père, et vous supplie ;L’homme a fait ce qu’il peut,‖ il pleure et s’humilie,C’est à vous d’enchaîner‖ le tentateur fatal,O vous, souverain bien,‖ délivrez-nous du mal ! »

Or, l’Esprit saint, à qui‖ l’humilité commande,A qui toute prière‖ ouvre l’âme plus grande,Vient dans le fils de l’homme‖ emplir dès ce moment,La place faite à Dieu‖ par le renoncement.

Mais, observant de loin‖ que Jésus se prosterne,Déjà l’Esprit d’orgueil‖ goûte un triomphe interne ;En son aveuglement,‖ Satan s’est écrié :« S’il était plus qu’un homme,‖ il n’aurait pas prié ! »Et préparant son dard,‖ l’infernale couleuvre,Dont le venin, jadis,‖ du Maître a souillé l’œuvre,Voyant ce corps maigri‖ par le jeûne et défait,Des besoins de la chair‖ tenta d’abord l’effet.Car le premier conseil‖ du prince de l’abîmePrend avec art la voix‖ d’un désir légitime.

« Es-tu le fils de Dieu,‖ commande, et dans tes mainsCes pierres, lui dit-il,‖ vont devenir des pains. »

Et Jésus répliqua :‖ « L’homme, a dit le saint livre,Ne vit pas seulement‖ de pain, mais il doit vivreDe tout verbe qui sort‖ de la bouche de Dieu. »

Alors Satan le prend‖ et le porte au milieuDe la sainte cité,‖ sur le faîte du Temple ;Et, citant l’Écriture‖ à son tour en exemple :« Es-tu le fils de Dieu,‖ ce Christ que l’on attend,Tu peux nous le prouver‖ en te précipitant ;Car il est dit que Dieu,‖ qui d’en haut te regarde,Aux anges a prescrit‖ de t’avoir sous leur garde,Et qu’ils empêcheront,‖ te portant dans leurs mains,Que ton pied ne se heurte‖ aux pierres des chemins. »

Satan voulait sonder,‖ en sa vieille imposture,L’âme du solitaire‖ et sa double nature.A défaut de l’orgueil,‖ il cherche incessammentA souffler aux élus‖ l’esprit d’abattement ;Il les pousse à douter,‖ à se trouver indignesEt, pour se rassurer,‖ à demander des signes.Or le saint doit trembler,‖ et Dieu n’a pas vouluDès ce monde annoncer‖ la victoire à l’élu ;Dieu commande l’espoir,‖ mais il maintient l’obstacleEt craint l’oisiveté‖ qui peut suivre un miracle.

Jésus repartit donc :‖ « Il est encore écrit :Tu ne tenteras point ton Dieu. »

Le noir EspritL’emporta de nouveau‖ sur un mont solitaireEt, d’en haut, lui montra‖ les choses de la terre,Les royaumes du monde‖ et toutes leurs splendeurs,Tout ce que l’homme enfin‖ poursuit de ses ardeurs.Et Satan lui disait :‖ « Vaut-il mieux, examine,Être celui qui sert,‖ ou celui qui domine ?Vois ce qu’on fait là-bas‖ de tout lâche rêveurQui se dévoue au nom‖ de saint et de sauveur.Choisis, ou de régner‖ ou de souffrir chez l’homme.Promène tes regards‖ de Babylone à Rome ;Vois, dans la pourpre et l’or‖ et dans les voluptés,Trôner sur les mortels‖ les princes des cités.Les peuples à genoux‖ adorent leurs fantômes ;Les tours de leurs maisons‖ des dieux cachent les dômes ;Leurs gloires sont à moi :‖ trônes, trésors, palais,Je les donne à tous ceux‖ en qui je me complais.Je te les donne à toi,‖ pouvoir, titres sonores,Si, t’étant prosterné‖ devant moi, tu m’adores. »Paisible et patient,‖ comme il convient aux forts,Jésus au Tentateur‖ répondait jusqu’alors ;Mais à voir le démon‖ revendiquer un cultePlein du zèle de Dieu‖ vers qui monte l’insulte :« Retire-toi, Satan,‖ dit-il, retire-toi !N’adorer, ne servir‖ que Dieu, telle est la loi ! »Or, Satan le quitta‖ sans l’avoir pu connaître.« D’où vient, se disait-il,‖ cet humble et puissant être ?De la terre ou du ciel ?‖ Homme, il serait tenté ;Ange, il eût devant moi‖ montré plus de fierté. »Car Satan lit au fond‖ des âmes qu’il abuse ;C’est à juger les cœurs‖ qu’il met d’abord sa ruse :Habile à préparer‖ à chacun son écueil,Dans l’homme il comprend tout...‖ hors l’absence d’orgueil.

VI

Tous les anges au ciel,‖ par instants soucieux,Sur l’astre des douleurs‖ jettent d’en haut les yeux ;Le trône de Dieu même‖ et ses vivantes flammesNe leur font oublier‖ ce calvaire des âmes.Oui, chaque être avec nous‖ se relève ou s’abat ;Le prix dépend pour tous‖ de celui qui combat.

Oui, l’œuvre de salut‖ ici-bas se consomme ;Le sort même du ciel‖ s’attache au Fils de l’homme ;L’homme seul a reçu,‖ pour être ici tenté,Le fardeau de la croix‖ et de la liberté ;L’homme est le seul esprit‖ qui souffre et qui mérite.Des soleils habités‖ la douleur est proscrite :Notre globe, expiant‖ pour les globes heureux,Est tombé, se relève‖ et triomphe pour eux.Tout l’univers se lave‖ à nos larmes fécondes :Le sang des fils d’Adam‖ coule pour tous les mondes,Et Jésus, effaçant‖ le sombre arrêt du dam,Jésus saigne et combat‖ pour tous les fils d’Adam.

Mais, du démon vaincu‖ répandant la nouvelle,Des messagers divins‖ l’hosanna la révèle.Le peuple des Esprits,‖ tous les purs habitantsDe ces soleils où règne‖ un éternel printemps ;Le radieux essaim‖ des oiseaux de l’AuroreQui ne peut plus tomber,‖ mais peut monter encore ;Tous ceux dont notre chute‖ attristait le bonheur ;Les séraphins vivant‖ de l’amour du Seigneur,Et ceux que voit le ciel,‖ en un moins doux partage,Aimer moins ardemment‖ et savoir davantage ;Et tous les fils d’Adam‖ qui vers ce jour si beau,Aspiraient, enchaînés‖ dans la nuit du tombeau,Et qui, lutteurs aussi,‖ vont, couronnés de nimbes,Après ce grand combat‖ sortir brillants des limbes ;Tout être enfin sentant,‖ quoique faible et puni,Qu’un invincible espoir‖ lui promet l’infini ;Tout coin de l’univers‖ que la pensée habite,Où le désir de vie‖ en un germe palpite,Tout connut ce triomphe...‖ excepté les humains ;Car le glaive, toujours,‖ doit veiller dans leurs mains.Du repos énervant‖ que pour l’âme il redoute,Dieu veut nous préserver‖ par la crainte et le doute,Et, de peur de l’orgueil,‖ il ne nous fait savoirQu’assez de nos grandeurs‖ pour engendrer l’espoir.

Or tous ceux des Esprits‖ qu’en leurs sphères lointainesLe poids d’un corps trop lourd‖ ne tient pas dans les chaînes,Et qui, pour s’élancer‖ dans les champs infinis,Comme de grands oiseaux‖ peuvent quitter leurs nids ;Tous ceux dont les destins‖ sont attachés aux nôtres,Et pour qui notre globe‖ est le centre des autres,Partis de leurs soleils,‖ rapides messagers,Remplissaient l’air, pareils‖ à des flocons légers.Ils volaient vers la terre,‖ innombrable cortége ;Ils teignaient les sommets‖ d’une blancheur de neige,Et, passant tour à tour,‖ adoraient, à genoux,Celui qui triompha‖ pour eux comme pour nous.

VII

Les anges le servaient‖ comme ils servait son père,Moins timides pourtant‖ et tels qu’auprès d’un frère :Tels qu’auprès d’eux, jadis,‖ ces divins voyageursOnt vu, l’urne à la main,‖ accourir les pasteurs.

Autour du fils aîné‖ rentré de la bataille,Tel s’empresse, admirant‖ son armure et sa taille,L’essaim joyeux et fier‖ des plus jeunes enfants,Prenant son bouclier‖ dans leurs bras triomphants,Lui présentant le pain,‖ et vers la table, en groupe,Portant la lourde amphore‖ et remplissant la coupe.Chacun d’eux, à l’envi,‖ pour apaiser sa faim,S’employait de son mieux,‖ Archange ou Séraphin,Et remplaçait le pain‖ qu’en sa ruse grossièreL’Esprit d’orgueil prétend‖ susciter de la pierre.Chacun lui préparait‖ des aliments divers ;Les célestes greniers‖ pour eux étaient ouverts.Chaque Ange, parcourant‖ la sphère qu’il cultive,Moissonnait pour Jésus‖ d’une main attentive ;Choisissant les épis‖ et les fruits les plus beaux,La manne et la rosée‖ et les plus fraîches eaux,Et du cœur des palmiers‖ la moelle nourrissante,Et la sève de tout‖ sous leurs doigts jaillissante.Ils s’envolaient ainsi,‖ des mondes étrangers,En un rapide essor,‖ dépeuplant les vergers ;Et, pour former un miel‖ de toutes leurs merveilles,Allaient et revenaient‖ ainsi que des abeilles.

Mais un plus doux tribut‖ par eux était offertAu lutteur fatigué‖ des combats du désert ;A ses yeux, consolés‖ par de riants prodigesIls venaient de Satan‖ effacer les vestiges :Et les noirs souvenirs‖ que, même à son vainqueur,Le sombre Esprit du mal‖ laisse toujours au cœur.Ils montraient à Jésus,‖ en leur divin langageOù l’action vivante‖ unit au son l’image,Tout le bien qu’opérait‖ sur terre, en ce momentChaque juste avec lui‖ concourant librement.Des secrètes vertus‖ lui déroulant le drame,Ils faisaient, devant lui,‖ passer toute belle âme.Ce qu’il verrait lui-même,‖ en son propre horizon,S’il n’eût d’un corps humain‖ accepté la prison,A cette heure il le vit‖ dans les discours des Anges,Et sa chair frissonna‖ de ces clartés étranges.Il voyait, des soleils‖ harmonisant l’essor,Se croiser dans l’azur‖ leurs mille rênes d’or,Et courir par les airs‖ les germes impalpablesDes mondes à venir‖ plus nombreux que les sables,Et l’immense nature‖ en son ordre éternel,Suivre un chemin tracé‖ par le doigt paternel ;Et l’ordre plus parfait‖ qu’établit en soi-mêmeL’âme qui suit sa loi‖ librement et qui l’aime ;Tout ce qu’en naissant homme‖ il renonçait à voir,Tout ce qu’il sauvera‖ de l’infernal pouvoir.

Dans l’âme humaine, ainsi,‖ quand tout orgueil s’abdique,Dieu lui prête souvent‖ un regard fatidique,Et fait voir de son ciel‖ les vives profondeursA qui ferme les yeux‖ aux mortelles splendeurs.

Tel, ayant écarté‖ l’orgueilleuse vipère,Jésus rentre un moment‖ dans le sein de son père,Et le Verbe, dans l’homme‖ étant seul écouté,Reprend possession‖ de son éternité.Il habite d’avance‖ en la cité qu’il fondeEt dans les temps meilleurs‖ qu’il vient donner au monde.Au lieu de ces palais‖ de pierre et de limonEt des trésors impurs‖ offerts par le démon,Dieu fait part, en son sein,‖ du céleste royaumeAu fils du charpentier‖ né sous un toit de chaume.

Oui, Seigneur, au milieu‖ de leurs tentations,Vous donnez à vos fils‖ de telles visions ;Montrant à l’ouvrier‖ la splendide murailleDe la sainte cité‖ pour laquelle il travaille.Car le présent est rude ;‖ et, pour nous soutenir,Ce n’est pas trop, Seigneur,‖ de voir dans l’avenir.

Il vit donc, sur le mont‖ d’où Satan prit la fuite,Cette Jérusalem‖ nouvellement construite,Aux murs de jaspe et d’or,‖ aux douze fondementsFaits de douze couleurs,‖ de douze diamants ;Où jamais n’est entré‖ rien de tout ce qui rampe,Où l’esprit est le temple,‖ où l’amour est la lampe,Et qui porte en son ciel,‖ toujours pur et vermeil,La gloire du Seigneur‖ pour lune et pour soleil.

Tout, donc, lui fut montré‖ dans cette courte extase ;Mais lui-même à sa lèvre‖ arrachant le doux vase,Et quittant le festin‖ par les anges servi,Il reprit le sentier‖ précédemment suivi,L’âpre et l’étroit sentier‖ qui bientôt le ramèneAux labeurs acceptés‖ de l’existence humaine.Il rentre sous le toit‖ de l’artisan obscur ;Il reprend les outils‖ qui tapissent le mur,Et rompt le pain grossier‖ qui l’attend sur la tableEntre le plat d’argile‖ et la coupe d’érable.

VIII

Nul ne veut de ton joug‖ que le Christ a portéEt chacun te blasphème,‖ ô sainte pauvreté !Le sage même, épris‖ des luttes qu’il surmonte,T’appelle une douleur‖ et le riche une honte.Eh bien ! moi, je te nomme‖ un vrai présent du ciel :Non, la haine en ton sein‖ ne cuve pas son fiel,O mère des grands cœurs,‖ nourrice aux flancs robustes,Dieu te donne à former‖ les voyants et les justes,Et tu leur fais goûter,‖ dans l’ombre où tu te plais,Ces fortes voluptés‖ qui n’énervent jamais.

Salut, rustiques murs‖ qu’on revoit avec larmes,Où pendent des aïeux‖ les outils et les armes !Pain noir que la fatigue‖ a rendu savoureux,Et que les fils gaîment‖ se partagent entre eux !Compagne du travail‖ jusqu’à l’aube prochaine,Lampe de fer veillant‖ sur la table de chêne !Simple vase de terre‖ où reste frais longtempsLe rameau de lilas,‖ premier don du printemps !Livres jaunis rangés‖ en ordre sur la planche !Antique cheminée‖ où le soir on s’épanche,Place où le fils rassure,‖ en lui prenant la main,La mère, hélas ! qui songe‖ au pain du lendemain !Ah ! souvent, quels festins‖ apportés par les Anges,Entre l’homme et le ciel !‖ quels radieux échanges,Quel royaume inconnu‖ des princes et des roisL’esprit d’en haut nous fait‖ entre ces murs étroits !

Humble renoncement‖ fertile en pures joies,Nul n’arrive au repos‖ qu’en marchant sur tes voies ;Par toi seul le désir,‖ conservant tout son feu,Vole à travers ce monde‖ et va droit jusqu’à Dieu.Ta main seule du cœur‖ tend la plus noble fibre ;Qui refuse ton joug‖ ne veut pas être libre,Et nul n’aime son frère‖ en toute charitéS’il ne te chérit pas,‖ divine pauvreté !

Heureux qui te choisit‖ pour maîtresse et pour guide ;Tu réserves son cœur‖ au seul trésor solide.Le riche, en ses ennuis‖ languissamment couché,N’est qu’un pâle captif‖ à son or attaché.Mais l’âme de tes fils,‖ plus ardente et plus tendre,Sur les ailes de tout‖ est prompte à se répandre ;Elle s’en va flotter‖ sur les soleils levants,Sous les chênes sacrés‖ fait ses palais vivants,Et, s’enivrant d’air pur‖ et de fleurs sans culture,A pour luxe éternel‖ l’amour de la nature.

Dieu te donne aux chanteurs‖ pour ange gardien ;Tu tailles dans le houx‖ leur rustique soutien ;Sous ta cape de laine‖ ils vont de ville en ville ;Par toi leur lyre est d’or‖ si leur coupe est d’argile.Bienheureux entre tous‖ ces aveugles divinsQui mangent ton pain noir‖ sur le bord des ravins !Le monde, après mille ans,‖ et sans que rien l’en sèvre,S’abreuve encor du miel‖ échappé de leur lèvre.Qui ne voudrait t’aimer‖ et te suivre à ce prix !Ne t’éloigne donc plus ;‖ à ceux que tu chérisN’épargne pas la faim,‖ les maux de toute sorte,Ange, mais au désert‖ où l’esprit les emporte,Devant le vrai royaume‖ entr’ouvert à leurs yeux,Fais-leur goûter parfois‖ le pain venu des cieux.Montre-leur un moment‖ le laurier que Dieu donne,Mets en eux le mépris‖ de toute autre couronne,Pour qu’au fort des douleurs‖ du jeûne et de l’oubli,Quand le démon viendra,‖ jugeant l’homme affaibli,Les tenter à l’écart‖ avec un pain immondeEt leur offrir la pourpre‖ et les trônes du monde,L’esprit du Maître en eux‖ se relève à l’instant,Et qu’ils disent aussi :‖ Retire-toi, Satan !

1847.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
419((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a lumière / première féminine, classiqueb absorbés / tombés masculine, classiquec science / enfance féminine, classiqued sérénité / monté masculine, classiquee d’inquiétudes / béatitudes féminine, classiquef humains / mains masculine, classiqueg dérobe / globe féminine, classiqueh là-bas / combats masculine, classiquei interdite / s’agite féminine, classiquea orageux / jeux masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb rayonnement / firmament masculine, classiquec larmes / d’alarmes féminine, classiqued luit / nuit masculine, classiquea affluent / saluent féminine, classiqueb charpentier / entier masculine, classiquec dépasse / espace féminine, classiqued aïeux / yeux masculine, classiquee adresse / tendresse féminine, classiquef quitté / obscurité masculine, classiqueg inonde / monde féminine, classiqueh Dieu / feu masculine, classiquea éphémère / mère féminine, classiqueb Gabriel / ciel masculine, classiquec glaive / l’enlève féminine, classiqued adieux / heureux masculine, classiquee place / face féminine, classiquef roi / moi masculine, classiqueg semble / ensemble féminine, classiqueh m’écoutant / portant masculine, classiquei obéissance / enfance féminine, classiquej germé / aimé masculine, classiquek jalouse / épouse féminine, classiquea émoi / moi masculine, classiqueb m’égaie / bégaie féminine, classiquec discours / toujours masculine, classiqued s’ouvrirent / sourirent féminine, classiquee exil / Nil masculine, classiquef comprendre / rendre féminine, classiqueg l’étranger / affliger masculine, classiqueh comme / homme féminine, classiquei affermi / ami masculine, classiquej entrâmes / femmes féminine, classiquek hameau / beau masculine, classiquea reproches / proches féminine, classiqueb tourment / moment masculine, classiquec vigilance / lance féminine, classiqued arrêtés / solennités masculine, classiquee coûte / route féminine, classiquef pesants / ans masculine, classiqueg portique / antique féminine, classiqueh ravis / suivis masculine, classiquei d’entendre / tendre féminine, classiqueb partagez / changez masculine, classiquec brille / famille féminine, classiqued adouci / ainsi masculine, classiquee réclame / âme féminine, classiquef coups / vous masculine, classiqueg prophète / faite féminine, classiqueh crier / ouvrier masculine, classiquei amère / mère féminine, classiquea charmé / bien-aimé masculine, classiqueb épines / divines féminine, classiquec éternel / maternel masculine, classiqued même / suprême féminine, classiquee forts / dehors masculine, classiquef règles / aigles féminine, classiqueg triomphants / enfants masculine, classiquea voies / joies féminine, classiqueb foyer / figuier masculine, classiquec mousse / douce féminine, classiqued goûter / tenter masculine, classiquee renonce / ronce féminine, classiquea prêt / Nazareth masculine, classiqueb ravive / active féminine, classiquec avertis / outils masculine, classiqued amies / endormies féminine, classiquee étrangers / déchargés masculine, classiquef maître / peut-être féminine, classiqueg indécis / assis masculine, classiqueh arche / marche féminine, classiquei devoir / voir masculine, classiquea arrose / rose féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquec tendre / répandre féminine, classiqued commun / chacun masculine, classiquee faucilles / filles féminine, classiquef chants / champs masculine, classiqueg sympathies / assorties féminine, classiqueh hallier / irrégulier masculine, classiquei place / passe féminine, classiquea pareil / soleil masculine, classiqueb parfument / fument féminine, classiquec confus / touffus masculine, classiqued l’hôte / faute féminine, classiquee d’or / encor masculine, classiquef salles / matinales féminine, classiqueg eaux / beaux masculine, classiqueh prairies / flatteries féminine, classiquei levait / rêvait masculine, classiquea naître / l’être féminine, classiqueb caché / péché masculine, classiquec relève / glaive féminine, classiqued jour / séjour masculine, classiquee souillures / parures féminine, classiquef ferveur / Sauveur masculine, classiquea blonde / monde féminine, classiqueb contours / tours masculine, classiquec distantes / tentes féminine, classiqued bergers / ombragés masculine, classiquee roches / approches féminine, classiquef sentier / d’églantier masculine, classiqueg verte / couverte féminine, classiqueh choisis / oasis masculine, classiquei domaine / ramène féminine, classiquej bétail / travail masculine, classiquea ferme féminine, classiqueb rudement / vaguement masculine, classiquec demeure / heure féminine, classiqued l’enjeu / dieu masculine, classiquee cache / rattache féminine, classiquef admis / amis masculine, classiqueg prophètes / fêtes féminine, classiqueh visité / divinité masculine, classiquei hommes / sommes féminine, classiquej comment / moment masculine, classiquea maîtres / ancêtres féminine, classiqueb maison / l’horizon masculine, classiquec ministère / terre féminine, classiqued douleur / Seigneur masculine, classiquef nombreux / eux masculine, classiqueg sévère / calvaire féminine, classiqueh d’autrui / lui masculine, classiquei frêles / ailes féminine, classiquea caché / penché masculine, classiqueb hospitalière / familière féminine, classiquec faix / satisfaits masculine, classiqued montre / rencontre féminine, classiquee seuil / accueil masculine, classiquef lui-même / aime féminine, classiqueg entrepris / chéris masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb dominer / s’enraciner masculine, classiquec vigne / digne féminine, classiqued battu / revêtu masculine, classiquee lignage / image féminine, classiquef Sion / tentation masculine, classiqueg supplice / calice féminine, classiquea brisait / disait masculine, classiquea cendre / descendre féminine, classiqueb tremblants / ans masculine, classiquec nature / créature féminine, classiqued l’infini / uni masculine, classiquee matière / entière féminine, classiquef resté / divinité masculine, classiqueg frère / téméraire féminine, classiqueh venir / bénir masculine, classiquei tendre / rendre féminine, classiquej penchants / méchants masculine, classiquek forte / porte féminine, classiquea combat / tomba masculine, non classiqueb avoue / joue féminine, classiquec brisés / baptisés masculine, classiquea prompte / dompte féminine, classiqueb desseins / saints masculine, classiquea solitude / rude féminine, classiqueb tarit / nourrit masculine, classiquec secrètes / retraites féminine, classiqued lieux / merveilleux masculine, classiquee entraîne / souveraine féminine, classiquea ardus / éperdus masculine, classiqueb nourriture / nature féminine, classiquec bannir / souvenir masculine, classiqued semblable / sable féminine, classiquee levain / divin masculine, classiquea embûches / ruches féminine, classiqueb cachés / rochers masculine, classiquec nombre / d’ombre féminine, classiqued fruits / bruits masculine, classiquee lassées / pensées féminine, classiquef énervant / vent masculine, classiqueg surprise / brise féminine, classiqueh amollissant / sang masculine, non classiquei fascine / piscine féminine, classiquej miroir / voir masculine, classiquek nuage / image féminine, classiquel d’or / trésor masculine, classiquem luire / séduire féminine, classiquen yeux / cieux masculine, classiqueo pure / nature féminine, classiquep chantaient / tentaient masculine, classiquea charmes / armes féminine, classiqueb s’entourer / adorer masculine, classiquec crainte / étreinte féminine, classiqued coup / cou masculine, non classiquee funèbres / ténèbres féminine, classiquef ascendant / cependant masculine, classiqueg centenaires / tonnerres féminine, classiqueh corps / dehors masculine, classiquea paisible / invisible féminine, classiqueb concert / désert masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiqued oiseaux / eaux masculine, classiquee voiles / étoiles féminine, classiquef éblouissants / sens masculine, classiquea temple / contemple féminine, classiqueb lueurs / sueurs masculine, classiquec doctrine / poitrine féminine, classiqued Sion / vision masculine, classiquee superbe / Verbe féminine, classiquea ciel / immatériel masculine, classiqueb grève / rêve féminine, classiquec troubler / parler masculine, classiqued gouverne / caverne féminine, classiquee tombeaux / corbeaux masculine, classiquef d’Élie / délie féminine, classiqueg subtil / péril masculine, classiqueh téméraires / frères féminine, classiquei lieu / Dieu masculine, classiquej apôtre / nôtre féminine, classiquek monté / austérité masculine, classiquel défaite / prophète féminine, classiquem seuil / l’orgueil masculine, classiquea décrire / rire féminine, classiqueb tombons / bons masculine, classiquec nouvelle / rebelle féminine, classiqued déployé / foudroyé masculine, classiquee sombres / d’ombres féminine, classiquef fins / Séraphins masculine, classiqueg piéges / neiges féminine, classiqueh revêt / chevet masculine, équivalentej penchants / champs masculine, classiquek fidèles / ailes féminine, classiquel toujours / détours masculine, classiquem forte / l’emporte féminine, classiquen conduit / s’introduit masculine, classiqueo pénètre / l’être féminine, classiquep désir / choisir masculine, classiquea métamorphoses / choses féminine, classiqueb lui / aujourd’hui masculine, classiquec mystique / antique féminine, classiqued art / regard masculine, classiquee complice / glisse féminine, classiquef errant / resserrant masculine, classiqueg infâmes / âmes féminine, classiqueh horizon / prison masculine, classiquea silence / vigilance féminine, classiqueb ennemi / endormi masculine, classiquec prière / pierre féminine, classiquea vous / résous masculine, classiqueb nomme / homme féminine, classiquec aujourd’hui / lui masculine, classiqued auguste / juste féminine, classiquee firmament / moment masculine, classiquef nature / figure féminine, classiqueg croiront / mourront masculine, classiqueh course / source féminine, classiquej répandent / demandent féminine, classiquek noms / l’obtenons masculine, classiquel épie / l’impie féminine, classiquem vermeil / soleil masculine, classiquen place / grâce féminine, classiqueo bienfaisant / présent masculine, classiquep vous-même / aime féminine, classiqueq sien / rien masculine, classiquer porte / forte féminine, classiques feu / Dieu masculine, classiquet vase / base féminine, classiqueu champs / méchants masculine, classiquev divine / racine féminine, classiquew soi / protégez-moi masculine, classiquex l’effraie / l’ivraie féminine, classiquey l’obscurité / clarté masculine, classiquez supplie / s’humilie féminine, classiquea fatal / mal masculine, classiquea commande / grande féminine, classiqueb moment / renoncement masculine, classiquea prosterne / interne féminine, classiqueb écrié / prié masculine, classiquec couleuvre / l’œuvre féminine, classiqued défait / l’effet masculine, classiquee l’abîme / légitime féminine, classiquea mains / pains masculine, classiquea livre / vivre féminine, classiqueb Dieu / milieu masculine, classiqueb Temple / exemple féminine, classiquec attend / précipitant masculine, classiqued regarde / garde féminine, classiquee mains / chemins masculine, classiquea imposture / nature féminine, classiqueb incessamment / d’abattement masculine, classiquec indignes / signes féminine, classiqued voulu / l’élu masculine, classiquee l’obstacle / miracle féminine, classiquea écrit / Dieu / Esprit masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquec splendeurs / ardeurs masculine, classiqued examine / domine féminine, classiquee rêveur / sauveur masculine, classiquef l’homme / Rome féminine, classiqueg voluptés / cités masculine, classiqueh fantômes / dômes féminine, classiquei palais / complais masculine, classiquej sonores / m’adores féminine, classiquek forts / jusqu’alors masculine, classiquel culte / l’insulte féminine, classiquem retire-toi / loi masculine, classiquen connaître / être féminine, classiqueo tenté / fierté masculine, classiquep abuse / ruse féminine, classiqueq écueil / d’orgueil masculine, classiquea soucieux / yeux masculine, classiqueb flammes / âmes féminine, classiquec s’abat / combat masculine, classiquea consomme / l’homme féminine, classiqueb tenté / liberté masculine, classiquec mérite / proscrite féminine, classiqued heureux / eux masculine, classiquee fécondes / mondes féminine, classiquef dam / d’Adam masculine, classiquea nouvelle / révèle féminine, classiqueb habitants / printemps masculine, classiquec l’Aurore / encore féminine, classiqued bonheur / Seigneur masculine, classiquee partage / davantage féminine, classiquef beau / tombeau masculine, classiqueg nimbes / limbes féminine, classiqueh puni / l’infini masculine, classiquei habite / palpite féminine, classiquek redoute / doute féminine, classiquel savoir / l’espoir masculine, classiquea lointaines / chaînes féminine, classiqueb infinis / nids masculine, classiquec nôtres / autres féminine, classiqued messagers / légers masculine, classiquee cortége / neige féminine, non classiquef genoux / nous masculine, classiquea père / frère féminine, équivalenteb voyageurs / pasteurs masculine, classiquea bataille / taille féminine, classiqueb enfants / triomphants masculine, classiquec groupe / coupe féminine, classiqued faim / Séraphin masculine, classiquee grossière / pierre féminine, classiquef divers / ouverts masculine, classiqueg cultive / attentive féminine, classiqueh beaux / eaux masculine, classiquei nourrissante / jaillissante féminine, classiquej étrangers / vergers masculine, classiquek merveilles / abeilles féminine, classiquea offert / désert masculine, classiqueb prodiges / vestiges féminine, classiquec vainqueur / cœur masculine, classiqued langage / l’image féminine, classiquee moment / librement masculine, classiquef drame / âme féminine, classiqueh Anges / étranges féminine, classiquei l’essor / d’or masculine, classiquej impalpables / sables féminine, classiquek éternel / paternel masculine, classiquel soi-même / l’aime féminine, classiquem voir / pouvoir masculine, classiquea s’abdique / fatidique féminine, classiqueb profondeurs / splendeurs masculine, classiquea vipère / père féminine, classiqueb écouté / éternité masculine, classiquec fonde / monde féminine, classiqued limon / démon masculine, classiquee royaume / chaume féminine, classiquea tentations / visions masculine, classiqueb muraille / travaille féminine, classiquec soutenir / l’avenir masculine, classiquea fuite / construite féminine, classiqueb fondements / diamants masculine, classiquec rampe / lampe féminine, classiquea extase / vase féminine, classiqueb servi / suivi masculine, classiquec ramène / humaine féminine, classiqued obscur / mur masculine, classiquee table / d’érable féminine, classiquea porté / pauvreté masculine, classiqueb surmonte / honte féminine, classiquec ciel / fiel masculine, classiqued robustes / justes féminine, classiquee plais / jamais masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb savoureux / eux masculine, classiquec prochaine / chêne féminine, classiqued longtemps / printemps masculine, classiquee planche / s’épanche féminine, classiquef main / lendemain masculine, classiqueg Anges / échanges féminine, classiqueh rois / étroits masculine, classiquea joies / voies féminine, classiquec fibre / libre féminine, classiqued charité / pauvreté masculine, classiquea guide / solide féminine, classiqueb couché / attaché masculine, classiqued levants / vivants masculine, classiquee culture / nature féminine, classiquea gardien / soutien masculine, classiqueb ville / d’argile féminine, classiquec divins / ravins masculine, classiqued sèvre / lèvre féminine, classiquee prix / chéris masculine, classiquef sorte / emporte féminine, classiqueh donne / couronne féminine, classiquei l’oubli / affaibli masculine, classiquej immonde / monde féminine, classiquek l’instant / Satan masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

839 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes évangéliques, PARIS, MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS, 1860· numérisation wikisource.org· Sources