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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes évangéliques, 1852

Le baptême au désert

Victor de Laprade· distiques, alexandrins, 517 vers

I

Dans les plaines où luit,‖ d’un éclat jaune et morne,Des sables ondoyants‖ l’aridité sans borne,Loin des puits et de l’ombre‖ et plus loin des humains,Est accroupi, couvrant‖ sa tête de ses mains,Fauve, sombre, immobile‖ et différant à peineDes rochers calcinés‖ perçant la molle arène,Un homme aux durs contours,‖ aux flancs maigres, nerveux,Inculte, hérissé‖ de barbe et de cheveux :Un éclair parfois brille‖ en son orbite cave,Il a l’œil d’un voyant‖ et l’habit d’un esclave ;Des lanières de cuir‖ serrent contre ses reinsLes poils roux du chameau‖ tissus avec des crins.Hors lui seul, il n’est pas,‖ sous ce ciel rouge, une âme ;Pas un insecte errant‖ dans cet air tout de flamme,Pas un brin d’herbe et pas‖ une haleine de vent ;Lui seul, dans la fournaise,‖ a pu rester vivant.Autour de lui, sans fin,‖ le silence et le vide,Et du sable éternel‖ la mer morte et livide.La lumière, inondant‖ son immense prison,D’un cercle épais de feu‖ ferme tout horizon.

Or l’hôte du désert‖ qui, sans tomber en cendres,Habite ainsi le feu,‖ pareil aux salamandres,Disait :— « Toi que j’entends,‖ où donc es-tu caché,Esprit retentissant‖ à mon ombre attaché ?J’écoute, je te suis ;‖ seul avec ta parole,Sourd à toutes les voix‖ de ma chair que j’immole,J’ai marché bien des jours,‖ bien des nuits, sans savoirOù tu fais ta demeure,‖ Esprit, et sans te voir.Dans les buissons ardents‖ peut-être tu te voiles ?Incliné sur les puits‖ où tremblent les étoiles,Le moindre bruit de l’eau‖ tient mon âme en suspens,Mais, au fond, je n’ai vu‖ nager que les serpents.Dans les bois du Carmel,‖ en écartant leurs branches,J’ai vu des nids s’ouvrir‖ et fuir des ailes blanches,Et dans l’antre, devant‖ mon œil qui te poursuit,L’œil sanglant du lion‖ flamboyer dans la nuit.En tous lieux, dans la plaine‖ ou la vallée étroite,Dans les flots, ta voix parle‖ à ma gauche, à ma droite ;Jamais pourtant, Seigneur,‖ tu n’as voulu montrerLa gloire de ton front‖ que je viens adorer. »

— « Va partout où des yeux‖ le rayon peut s’étendre ;Ne te lasse jamais‖ ni de voir, ni d’entendre ;Que ton regard des bois‖ perce les sombres murs ;Fouille au creux des volcans ;‖ du bord des puits obscurs,Vois l’onduleux serpent‖ sillonner les eaux calmes ;Entr’ouvre les rameaux‖ des cèdres et des palmes,Écoute leurs oiseaux ;‖ et considère, encor,Le grand désert couché‖ dans sa cuirasse d’or.Des sables, des forêts,‖ des flots, d’où qu’elle vienne,La voix qui parlera‖ sera toujours la mienne. »

— « Seigneur ! te voir un jour,‖ pour prix des ans nombreuxConsumés au désert‖ en jeûnes rigoureux !Tu le sais, j’ai si bien‖ dompté la faim grossière,Qu’on dirait que je vis‖ de flamme et de poussière.Marchant vers l’horizon,‖ qui recule toujours,A peine ai-je trouvé,‖ tous les deux ou trois jours,Une source, un peu d’herbe‖ et quelques sauterelles.J’ai quitté la maison,‖ la vigne paternelles,Et ma mère et les miens,‖ pour suivre ton sentier ;A tes commandements‖ j’appartiens tout entier ;A peine des humains‖ sais-je encor le visage.Donne-moi mon salaire‖ après ce dur voyage,Découvre-moi ta face,‖ et ces lèvres d’où sortUn souffle nourricier‖ plus puissant que la mort. »

— « Que veux-tu ? je n’ai pas‖ de lèvres ni de face.Renonce à me trouver‖ dans un coin de l’espace ;Je n’habite pas l’antre,‖ ou le cèdre, ou le puits.Tes bras s’ouvrent en vain‖ pour me saisir ; je suisPlus prompt que le simoun,‖ et plus insaisissableQue n’est dans un rayon‖ l’atome ailé du sable,Plus subtil que le feu,‖ plus transparent que l’eau,Plus fluide que l’air‖ agité par l’oiseau.Touche, là-haut, des nuits‖ les blanches étincelles ;Moi je suis plus lointain,‖ plus innombrable qu’elles.Enlace dans tes bras‖ le désert ou les mers,Moi je suis plus grand qu’eux,‖ plus un et plus divers ;Je suis plus beau, je n’ai‖ ni couleur ni figure.Qui prétend m’avoir vu‖ commet une imposture.Reste mon serviteur ;‖ écoute ; obéis-moi,Moi, lorsque tout se tait,‖ qui retentis en toi...Si tu pouvais me voir,‖ c’est à l’heure suprêmeOù, fermant tes deux yeux,‖ tu plonges dans toi-même. »

— « Pour vous suivre, ô Seigneur !‖ de ces sables mouvantsJ’ai traversé les flots‖ inconnus des vivants ;J’espérais vous trouver‖ au moins sur l’autre rive :Vers le lieu du repos‖ dites-moi si j’arrive ;De cette mer de feu‖ trouverai-je le port ?Me faut-il, au désert,‖ marcher jusqu’à la mort ? »

— « La sphère éblouissante‖ où l’on entre à ma suiteEst un feu sans repos,‖ sans foyer, sans limite ;Sur mon aile emporté,‖ dans ces mondes brûlantsSans atteindre le fond‖ tu volerais mille ans.Mais c’est assez ; tes yeux‖ ont puisé de lumièreCe qui peut en tenir‖ sous l’humaine paupière ;Va, tout plein du désert,‖ prêchant ce qu’il t’apprit,Homme, retourne aux lieux‖ d’où t’a tiré l’Esprit. »

— « Moi, ton hôte, ô Seigneur !‖ m’enfermer dans les villes,Et porter avec eux‖ le joug des lois serviles...Faire aspirer ton souffle‖ à leurs poumons impurs ! »— « T’ai-je dit d’habiter‖ à l’ombre de leurs murs ?Tu parlerais en vain‖ dans leurs palais frivoles ;Il faut l’ardent soleil,‖ l’air libre à tes paroles.Dans le bruit des cités‖ la voix de Dieu se perd.Il faut que les humains‖ retournent au désert ;Qu’ils brûlent leurs vieux toits,‖ qu’ils partent ; qu’ils oublientLeurs trésors, leurs plaisirs,‖ ces chaînes qui les lient,Les festins éternels,‖ les fornications,Viciant jusqu’aux os‖ les. générations.Le jeûne du désert‖ est leur dernier remède ;Tu ne peux rien sur eux‖ si le désert ne t’aide.Mais, aussi loin que toi,‖ nul, sans mourir brûlé,N’offensera du pied‖ ce sable immaculé.Va plus près d’eux ; habite‖ une terre moins rudeDont leurs cœurs puissent mieux‖ porter la solitude,Où l’air, plus tempéré‖ par l’ombre et par les eaux,Ait l’humide douceur‖ qu’il faut à ces roseaux.Va-t’en vers le Jourdain,‖ prêchant la pénitence,La crainte, la justice :‖ un autre, qui s’avance,D’une loi plus parfaite‖ enseignant le devoir,Porte un mot plus divin‖ que tu n’as pu savoir.Va donc, reprends le peuple ;‖ et qu’un flot pur le laveDes taches de la chair‖ qui le rendait esclave.A toi de nettoyer,‖ de tout Je vieux levain,Le vase qu’un plus digne‖ emplira de son vin.Pars, et si tu trouvais,‖ avant d’atteindre au fleuve,Le zèle du désert‖ dans quelque âme encor neuve,Mène-la plus avant‖ dans ce pays arduOù ta chair s’est durcie,‖ où tu m’as entendu.Tout homme doit venir‖ aussi près que possibleDe ces lieux où ton œil‖ voulut voir l’invisible, »

II

Or, docile à l’Esprit,‖ Jean se leva soudain,Et l’ardent Précurseur‖ marcha vers le Jourdain.Et déjà le suivaient,‖ dans ces sentiers austères,Des hommes imitant‖ ses jeûnes solitaires.Tous, dans les vives eaux,‖ à sa voix, se plongeaientAffranchis de la chair,‖ et tous l’interrogeaient :

— « O maître, qu’as-tu vu,‖ qu’as-tu fait, dis, ô maître,Dans la contrée où nul‖ après toi ne pénètre ? »

— « Comme vous m’écoutez,‖ j’écoutais une voix. »

— « Qui te parlait ? celui‖ qu’aperçut autrefoisMoïse, et qui grava‖ ses décrets sur dix tables ?Maître, dis-nous sa forme‖ et ses traits redoutables. »

— « Je n’ai rien vu de plus‖ que, sous les vastes cieux,Ne peuvent en s’ouvrant‖ voir les plus faibles yeux :Les fleuves, les forêts‖ et les bêtes vivantes,Puis des sables sans fin‖ les montagnes mouvantes. »

— « Peut-être ce conseil‖ qui marchait avec toi,C’était entre tes mains‖ le livre de la loi ;Les aïeux, le passé‖ dont tu faisais l’étude,De leurs doctes leçons‖ peuplaient ta solitude ? »

— « Mes yeux n’ont jamais lu‖ qu’aux pages du désert,Et son esprit au mien‖ s’est peut-être entr’ouvert.J’ignore clés aïeux‖ la sagesse éphémère,Et j’oubliai, là-bas,‖ jusqu’au nom de ma mère.Je vous offre, après moi,‖ le livre souverainQue nul n’a copié‖ sur l’écorce ou l’airain ;Les étoiles au ciel‖ en ont tracé les pages ;Par les monts sinueux,‖ les forêts, les rivages,Par le flot qui serpente‖ et l’herbe qui fleurit,Son vaste enseignement‖ sur la terre est écrit ;Pour y lire, il suffit‖ d’en aimer les merveilles,D’être pur, et d’ouvrir‖ ses yeux et ses oreilles,Et d’aller, quelquefois,‖ priant, loin des cités,Seul, écouter son cœur,‖ dans les lieux écartés ;C’est mon livre éternel,‖ je laisse en paix les autres. »

— « Chaque année, à Sion,‖ comme ordonnent les nôtres,Disciple du désert,‖ les autels négligésN’ont pas eu ta prière‖ et les dons obligés,Tu n’as jamais offert‖ encens ni sacrifice ? »

— « Non ; à d’autres présents‖ je crois Dieu plus propice.Je n’égorgeai jamais,‖ sur les autels anciens,Les brebis et les bœufs‖ comme les Pharisiens.Sur les sables fumants‖ des plaines d’Idumée,J’offrais ma propre chair‖ de jeûnes consumée,Et mes vils appétits,‖ et tout penchant grossier,Retranché par l’esprit‖ plus aigu que l’acier.Non, je n’ai pas prié‖ dans ces enceintes videsOù tombent des docteurs‖ les paroles arides,Mais au temple de vie,‖ où mes sens immolés,Dans la lumière et l’air‖ se sont renouvelés ;Je m’y dépouille encor,‖ chaque fois que j’y plonge,De quelque impur lambeau‖ de haine et de mensonge.Donc, vous qui me suivez‖ dans le lit des torrents,Rendez-vous comme moi‖ nus, maigres, ignorants ;Chassez loin dans l’oubli‖ toutes vieilles doctrines,Et que la vieille chair‖ sèche sur vos poitrines. »

— « Ta voix, maître, nous semble‖ inviter à la mort ! »

— « Nul ne vivra toujours‖ sans s’immoler d’abord,Sans avoir traversé,‖ voyageur intrépide,La région du vide‖ et le sable torride.Écoutez le désert :‖ « Sur mes sables sans fin« J’endure le soleil‖ et la soif et la faim ;« Je n’ai ni frais manteau‖ de gazon, ni ceinture« De ruisseaux ombragés,‖ ni turban de verdure.« Je jeûne et je suis nu‖ de toute éternité ;« C’est pourquoi le Seigneur‖ m’a toujours habité ;« Et tous les cœurs impurs,‖ en qui la mort pénètre,« Doivent se consumer‖ dans mes feux pour renaître. »

— « Maître, à qui le désert‖ a parlé si souvent,Dans ses secrets sentiers‖ conduis-nous plus avant ;Sans doute il t’a montré‖ ce que l’œil ne voit guères ? »

— « Non ; la terre m’offrit‖ ses spectacles vulgaires :J’ai vu les loups gloutons‖ et les chacals, plongésD’ans le sang des troupeaux‖ par le tigre égorgés.Luttant pour assouvir‖ leur faim terrible, ancienne,Quand l’horrible chasseur‖ avait repu la sienne,Ils mangeaient ardemment,‖ longuement, sans repos ;Après la chair encor‖ leurs dents broyaient les os.Mais je n’ai jamais vu‖ la brute dans son antreMourir de plénitude‖ en festoyant son ventre.En vérité, sachez‖ que les chiens et les loups,Hommes, dans leurs repas,‖ sont moins hideux que vous.J’ai vu, lorsqu’au printemps‖ le rut les aiguillonne,Se cherchant, s’appelant,‖ le lion, la lionne ;Le couple en rugissant‖ sur l’herbe se roulait ;De leurs fauves plaisirs‖ le sol même tremblait :Puis, de forts lionceaux,‖ apparus à la vie,Attestaient de l’amour‖ la sainte loi suivie.Et je dis : les lions,‖ dans leurs fougueux hymens,Sont plus purs devant Dieu‖ qu’aujourd’hui les humains,Et, libres des forfaits‖ que la nature abhorre,Condamnent vos cités,‖ ces filles de Gomorrhe ! »

— « Parle encor du désert,‖ ô maître ! tes discoursDussent-ils accuser‖ et maudire toujours ;Ne t’a-t-il pas montré‖ des choses moins cruelles ? »

— « J’ai vu les grands troupeaux‖ des daims et des gazelles,Après un long parcours‖ de sables, de rochers,Trouver enfin la source‖ et le gazon cherchés ;Et tous se répandaient‖ sur la pelouse verte,Chacun broutait un peu‖ de l’herbe à tous offerte.Et je ne voyais pas‖ le plus faible, à l’écart,Contraint par le plus fort‖ à lui céder sa part ;Et, plutôt que laisser‖ mourir de la famineLe troupeau fraternel‖ qui suit sa loi divine,Notre père commun,‖ devant les pieds des daims,De ce vert oasis‖ allongeait les jardins.J’ai vu, dans ses travaux,‖ le peuple des abeillesDe sa ville embaumée‖ ordonnant les merveilles.Des flancs de l’arbre creux,‖ nettoyés avec soin,De nombreux ouvriers‖ se répandent au loin ;Et nul, en épuisant‖ le parfum des calices,Ne songe à s’enivrer‖ d’égoïstes délices.Tous travaillent ; aussi‖ la féconde citéConserve tout l’hiver‖ les présents de l’été ;L’abondance l’habite,‖ et la ruche encor laisseFuir des fentes du chêne‖ un trop-plein de richesse,Et répand, pour la faim‖ du pauvre voyageur,L’aumône d’un miel pur‖ béni par le Seigneur. »

III

Loin des hommes ainsi,‖ la voix de Jean captiveDes élus du désert‖ la famille attentive.Puis, quand il vint plus près‖ des pays habités,De nouveaux pénitents‖ sortaient de tous côtés.Car le bruit de son nom,‖ dans les cités surprises,Tombait, comme apporté‖ du désert par les brises.Tels d’un fleuve lointain,‖ dans le calme des nuits,Avec l’odeur des bois‖ roulant vers nous les bruits,Un vent frais les répand,‖ en sonores bouffées,Dans les murs des cités‖ de poussière étouffées.Plusieurs, dans la mollesse‖ et les mauvaises mœurs,S’éveillaient et marchaient,‖ frappés de ces rumeurs ;Et couraient au-devant‖ de celui qui châtie,Et courbaient sous sa main‖ leur tête repentie,Jeûnant, marchant les reins‖ du cilice entourés,D’un besoin de douleur‖ tout à coup dévorés.Or, du maître en courroux,‖ dont la voix tonne et gronde,Plus le joug est sévère‖ et plus la foule abonde ;Et lui, les flagellant‖ du fouet de leurs péchés,Savait rouvrir aux pleurs‖ les yeux les plus séchés.

« Age impur ! race avide,‖ au front bas, à l’œil terne,Qui gouverne le peuple‖ et que la chair gouverneLeurs monstrueux festins,‖ leurs amours plus hideux,Répandent, la famine‖ et la peste autour d’eux.Les plus divins trésors‖ de la terre y périssent,La perle s’y dissout,‖ les vierges s’y flétrissent,Et meurent par milliers‖ dans leurs embrassements.Tous leurs jeux sont ornés‖ de l’aspect des tourments.Des hommes, déchirés‖ par ces hommes de proie,Dans leurs viviers sanglants‖ engraissent la lamproie.Toi qui portes leur joug‖ et le trouves si dur,Peuple, en ta pauvreté,‖ tu n’es pas moins impur !Tu prends part, quand tu peux,‖ à leur orgie infâme,Où tous vous oubliez‖ que vous avez une âme.Vous, lâches affranchis,‖ vous avez regrettéLes oignons de l’Égypte‖ et la captivité ;D’une chaîne à vos cous‖ souffrant la flétrissure,Pour savourer en paix‖ l’ivresse et la luxure.Devant l’or et l’argent‖ vous vous agenouillez.Les grands et les petits‖ vous êtes tous souillés ;Vous êtes corrompus‖ dans vos forces viriles ;Votre exécrable hymen‖ rend les femmes stériles.Donc, pour les mieux haïr,‖ confessez vos péchés.Je parle, et c’est par Dieu‖ que vous serez touchés !Pleurez donc et souffrez ;‖ la douleur nous épure ;Seule elle peut des cœurs‖ guérir la flétrissure.Jeûnez donc ; refusez‖ le pain même et le vin,L’amour dont vous avez‖ flétri le nom divin.Quittez femmes et sœurs,‖ car vous avez fait d’ellesUn servile bétail‖ et d’impures femelles.Laissez là vos enfants‖ qui, dans votre maison,D’un exemple mortel‖ aspiraient le poison.Vous ne méritez plus‖ ni cités ni familles.Jeûnez donc de l’aspect‖ de vos fils, de vos filles ;Fuyez même la face‖ humaine ; allez, épars,Habitant les rochers‖ comme les léopards ;Et pleurez, au désert,‖ les jours où vous vécûtes,Tels que vous gagneriez‖ en imitant les brutes,Tels que, dans votre chair‖ menacés de pourrir,Il faut la retrancher‖ si vous voulez guérir. »

Debout sur une roche‖ étroite, et que du fleuveLa blanche écume atteint,‖ si peu que l’eau s’émeuve,Pieds nus, d’un long bâton‖ armé comme un pasteur,Il s’appuie, et, parlant‖ de toute sa hauteur,Châtie ainsi la foule‖ incessamment accrue,De loin, pour l’écouter,‖ vers le fleuve accourue.Foule étrange de gens‖ incultes ou maudits,Pâtres, bandits, soldats‖ semblables aux bandits ;Obscènes mendiants‖ aux sourires farouches ;Publicains aux doigts noirs,‖ au front blême, aux yeux louches,Sur de tels compagnons‖ encor peu rassurés ;Et, couvertes de fard,‖ de voiles bigarrés,Sanglotant et joignant‖ leurs mains de pleurs mouillées,Maintes filles de joie,‖ en groupe agenouillées.Tous attentifs : les uns‖ sur le sable couchés ;D’autres, assis plus loin‖ dans les creux des rochers,Sous les grands aloès‖ et sous les palmiers rares,Cherchant l’ombre et le frais‖ dont ces lieux sont avares ;D’autres, pour voir le maître‖ et l’ouïr à leur gré,Entrent jusqu’aux genoux‖ dans le fleuve sacré.Tout fait silence au loin,‖ le vent, l’eau jaune et lente,Et des plaines du Gad‖ l’immensité brûlante.Seul, l’homme du désert‖ parle à ce peuple, et ditCe qu’il peut répéter‖ de ce qu’il entendit :« Rendez droits les sentiers‖ et préparez la voie ;Toute chair connaîtra‖ le salut et la joie.Approchez ! Le Seigneur‖ est déjà sur le seuil ;Des superbes sommets‖ son pied courbe l’orgueil.Loin des molles cités‖ que l’esclavage habite,Venez, dans le désert,‖ attendre sa visite ;Venez, et, par le jeûne‖ et les mâles travaux,Faites-vous des cœurs neufs‖ et des membres nouveaux.Ah ! que l’eau du torrent‖ mêlée au miel sauvageMieux que le vin dans l’or‖ m’a fait un doux breuvage !Comme à mes pieds tombant‖ dans l’herbe, le matin,La sauterelle apporte‖ un facile festin !Sans autre soin que Dieu‖ dans la journée entière,Combien vive au désert‖ s’écoule la prière !Et, faisant avec nous‖ leurs adorations,Quels saints rugissements,‖ le soir, ont les lions !

« Pour tirer ses élus‖ des longues servitudes,Dieu les pousse lui-même‖ au fond des solitudes.Il fait, pour les nourrir‖ dans l’aride séjour,De la manne du ciel‖ leur pain de chaque jour.Le désert affranchit‖ le corps ainsi que l’âme ;La fierté se respire‖ avec ses vents de flamme.Venez ! dans la prière‖ et l’air libre des montsVous secourez le joug‖ des rois et des démons.

« Et si la solitude,‖ en votre âme agrandie,De sa soif immortelle‖ allume l’incendie,Le prophète apparaît‖ qui jamais ne faillit ;Il frappe le rocher,‖ et l’eau vive jaillit,Jaillit à flots pressés‖ et coule intarissable ;Elle creuse son lit‖ sur le roc, dans le sable,Et vous y buvez tous,‖ esclaves triomphants,La liberté, la vie.‖ Hommes, femmes, enfants,Tous s’y viennent plonger ;‖ et toute plaie immonde,Toute marque des fers‖ disparaît dans cette onde :Vous marchez jeunes, purs,‖ pleins d’audace et de foi,Vers le mont foudroyant‖ d’où descendra la Loi,

« Venez donc ! au passé‖ dites l’adieu suprême,Entrez tous hardiment‖ dans la mer du baptême ;L’eau renferme la force‖ avec la puretéEt l’oubli des douleurs‖ de la captivité ;La terre, aux anciens jours,‖ coupable, y fut lavée.L’onde, en touchant le corps,‖ fait que l’âme est sauvée ;Elle donne une voix‖ prophétique aux roseaux ;L’esprit du Dieu vivant‖ flotte encor sur les eaux ! »

Tel Jean les entraînait‖ dans le sein pur du fleuvePour engendrer au père‖ une famille neuve ;Et tous y descendaient,‖ confessant leurs péchés,Et devant lui passaient ;‖ et sur leurs fronts penchés,Élevant à deux mains‖ la conque qui déborde,Jean répandait à flots‖ l’eau de miséricorde.D’un peuple si nombreux‖ le Jourdain se remplit,Que les hommes couvraient‖ ses rives et son lit.

Durant l’automne, ainsi,‖ quand les forêts sont mûres,Un grand vent annoncé‖ par de lointains murmures,Éclatant tout à coup,‖ enlève en tourbillonsLes feuilles, les rameaux‖ qui comblent les sillons ;Sur la vigne et les prés,‖ comme un épais nuage,Ils courent, longuement‖ balayés par l’orage,Tant qu’au bout de la plaine‖ ils n’ont pas rencontréLe lac qui les reçoit‖ dans son lit azuré ;Le feuillage en monceaux‖ sur l’eau tombe et s’amasse,Et d’une nappe sombre‖ il en couvre la face.

IV

Or, des pharisiens,‖ enveloppés d’orgueil,Des scribes pleins de fiel,‖ mais le sourire à l’œil,Des prêtres méditant‖ déjà quelque anathème,Attendaient à l’écart‖ pour s’offrir au baptême.Et Jean les reconnut ;‖ et de sa rude voix :« Hypocrites maudits,‖ est-ce vous que je vois ?Qui vous apprit à fuir‖ les futures colères,A tromper l’œil du maître,‖ ô race de vipères ?Malheur à vous ! Armés‖ de longues oraisons,Des veuves, des enfants‖ vous mangez les maisons ;Et, selon le tribut‖ que la peur vous apporte,Vous nous ouvrez du ciel‖ ou nous fermez la porte ;Comme de votre bien‖ trafiquant ici-basDu royaume d’amour‖ où vous n’entrerez pas.Malheur ! vous attachez‖ aux épaules des autresLes fardeaux importuns‖ que rejettent les vôtres.Vous faites pour les yeux‖ votre moindre action ;Vous payez à l’autel‖ par ostentationLa dîme de l’anis,‖ du cumin, de la menthe,Et pas un dont la vie‖ à ses discours ne mente,Et pas un qui, fidèle‖ au vrai sens de la loi,Fasse pour le prochain‖ ce qu’il ferait pour soi.Vous ne comprenez plus‖ de vos lois que la lettre ;À son joug infécond‖ vous voulez nous soumettre ;L’esprit qui les dicta‖ de vous s’est retiré,Son livre est dans vos mains‖ un mensonge sacré.Malheur à vous ! Quand Dieu‖ daigne envoyer un sage,De l’avenir au peuple‖ apportant le message,Votre haine le suit‖ et le désigne aux roisQui le font flageller‖ et clouer à la croix.Maintenant s’enquiert-on‖ de vos œuvres, vous dites :Oh ! nous sommes les fils‖ des saints et des lévites !Et Dieu dit : Ces gentils,‖ ces hommes sans aïeux,J’en fais mes ouvriers,‖ mes fils les plus pieux.Cessez donc de parler‖ des vertus de vos pères,Montrez à votre tour‖ des œuvres salutaires ;Car la hache est à l’arbre,‖ et va dans un momentJeter au feu tout bois‖ infertile et gourmand. »

Et le peuple inquiet‖ l’interrogeait : « O maître !Que faire donc ? »

Et Jean : « Voici ce qui doit être :Quiconque a deux habits‖ lorsqu’un autre homme est nuDoit donner le meilleur‖ à ce frère inconnu ;Et quiconque a du pain,‖ un toit, un héritage,Doit à ceux qui n’ont rien‖ en faire le partage. »

Or au fond de leurs cœurs‖ ils se demandaient tous :« Jean n’est-il pas le Christ‖ apparu parmi nous ? »Et lui : « Je ne suis pas‖ le Messie, et pas mêmeUn prophète. Je viens‖ vous donner le baptême.Je viens laver dans l’eau‖ les hommes pénitents,Et préparer la voie‖ à celui que j’attends.Voyez : lorsque la nuit‖ vers l’occident recule,Annonçant le soleil,‖ paraît le crépuscule ;Le Seigneur, de là-haut,‖ l’envoie avec amourAux yeux que blesserait‖ le brusque éclat du jour.Il vient ; il verse à flots‖ sa limpide rosée,La moindre fleur des champs‖ est par lui baptisée.Aux arbres des chemins‖ comme à ceux des forêtsChaque rameau lavé‖ luit plus vert et plus frais,Afin que le soleil‖ n’échauffe rien d’immondeEn visitant le sein‖ du bourgeon qu’il féconde.Ainsi, moi, précurseur‖ d’un baptême nouveau,Pour vous purifier‖ je vous plonge dans l’eau.Mais, comme un grand soleil‖ nécessaire à la vigne,Un autre va venir,‖ dont je ne suis pas digneDe toucher la sandale,‖ et dans l’esprit de DieuIl vous baptisera‖ du baptême de feu ;Sa flamme au sang d’Adam‖ rendra toute sa force,A la sève ascendante‖ il ouvrira l’écorce,Afin que le vieux cep‖ que le père a plantéDonne au saint vendangeur‖ le fruit de charité. »

V

Jusqu’alors confondu‖ dans le peuple en prières,Et simple comme un frère‖ au milieu de ses frères,Un homme au front pensif,‖ mais sans austérité,Se lève et vient s’offrir ;‖ si divin de beautéQu’une lueur paraît‖ émaner de sa face,Et que les yeux émus‖ s’humectent quand il passe.Un sourire aperçu‖ de tout être innocentAttire à lui les cœurs‖ d’un attrait tout-puissant.Les tout petits enfants,‖ pareils encore aux anges,De son manteau d’azur‖ viennent baiser les franges,Et, de ses cheveux blonds,‖ les oiseaux soupçonneuxDe l’aile en se jouant‖ touchent l’or lumineux.

Il marche ; aux pieds de Jean‖ à son tour il s’arrête,Au baptême commun‖ il tend déjà la tête.Voilà qu’un grand frisson‖ saisit, à son aspect,Le baptiseur courbé‖ de crainte et de respect ;Il refuse et lui dit :‖ « Ah ! Seigneur, c’est vous-mêmeDe qui j’implore ici‖ le don du vrai baptême ;Je baptise dans l’eau,‖ Maître, et vous dans l’Esprit. »

Mais celui-ci : « Faisons‖ ce que Dieu nous prescrit. »

Jean cède, et de sa main‖ sur l’homme pur s’écouleLa même eau qui lavait‖ les péchés de la foule.Et dès qu’au bord du sable‖ ont paru, hors de l’eau,Les pieds étincelants‖ du baptisé nouveau,Voilà que le ciel s’ouvre,‖ un large éclair en tombe,L’Esprit de Dieu descend‖ sous forme de colombe ;Une voix dit dans l’air,‖ où la splendeur a lui :« C’est mon fils bien-aimé,‖ je me complais en lui. »

De lui seul et de Jean‖ cette voix entendueRemplit de longs échos‖ l’invisible étendue ;Et, palpitant d’amour‖ du nadir au zénith,Dans son sein attentif‖ l’univers la bénit.Les germes non éclos‖ de toutes créatures,Les vieux morts attendant‖ au fond des sépultures,Les globes nouveau-nés‖ et dans leur floraison,Les anges, les Esprits‖ d’amour et de raison,Le cèdre et l’humble mauve‖ en ses frêles corolles,Tout a frémi d’attente‖ au vent de ces paroles ;Car, en montrant à Jean‖ celui qu’il espérait,La colombe annonça‖ Jésus de Nazareth !

Faites silence, ô voix‖ des prophètes, des sages,Descendez de votre aigle,‖ ô porteurs de messages ;Mourez avec la nuit,‖ étoiles, pâles sœurs :Le vrai soleil éteint‖ les flambeaux précurseurs !En rayons inégaux‖ autrefois dispersée,La lumière elle-même‖ enfin s’est élancée,Et le Verbe, que Dieu‖ mesurait entre vous,Est donné sans mesure‖ à ce cœur humble et doux.Donc, ô Jean, la plus grande‖ entre les voix humaines,Sagesse du désert,‖ flot des douze fontaines,Ton baptême finit‖ sur ce front tout-puissant ;Tu n’as plus sur la terre‖ à verser que ton sang.

1846.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
258((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a morne / borne féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquec peine / arène féminine, classiqued nerveux / cheveux masculine, classiquee cave / esclave féminine, classiquef reins / crins masculine, classiqueg âme / flamme féminine, classiqueh vent / vivant masculine, classiquei vide / livide féminine, classiquej prison / horizon masculine, classiquea cendres / salamandres féminine, classiqueb caché / attaché masculine, classiquec parole / j’immole féminine, classiqued savoir / voir masculine, classiquee voiles / étoiles féminine, classiquef suspens / serpents masculine, classiqueg branches / blanches féminine, classiqueh poursuit / nuit masculine, classiquei étroite / droite féminine, classiquej montrer / adorer masculine, classiquea s’étendre / d’entendre féminine, classiqueb murs / obscurs masculine, classiquec calmes / palmes féminine, classiqued encor / d’or masculine, classiquee vienne / mienne féminine, classiquea nombreux / rigoureux masculine, classiqueb grossière / poussière féminine, classiquec toujours / jours masculine, classiqued sauterelles / paternelles féminine, classiquee sentier / entier masculine, classiquef visage / voyage féminine, classiqueg sort / mort masculine, classiquea face / l’espace féminine, classiqueb puits / suis masculine, classiquec insaisissable / sable féminine, classiqued l’eau / l’oiseau masculine, classiquee étincelles / qu’elles féminine, classiquef mers / divers masculine, classiqueg figure / imposture féminine, classiqueh obéis-moi / toi masculine, classiquei suprême / toi-même féminine, classiquea mouvants / vivants masculine, classiqueb rive / j’arrive féminine, classiquec port / mort masculine, classiquea suite / limite féminine, classiqueb brûlants / ans masculine, classiquec lumière / paupière féminine, classiqued t’apprit / l’Esprit masculine, classiquea villes / serviles féminine, classiqueb impurs / murs masculine, classiquec frivoles / paroles féminine, classiqued perd / désert masculine, classiquee oublient / lient féminine, classiquef fornications / générations masculine, classiqueg remède / t’aide féminine, classiqueh brûlé / immaculé masculine, classiquei rude / solitude féminine, classiquej eaux / roseaux masculine, classiquek pénitence / s’avance féminine, classiquel devoir / savoir masculine, classiquem lave / esclave féminine, classiquen levain / vin masculine, classiqueo fleuve / neuve féminine, classiquep ardu / entendu masculine, classiqueq possible / l’invisible féminine, classiquea soudain / Jourdain masculine, classiqueb austères / solitaires féminine, classiquec plongeaient / l’interrogeaient masculine, classiquea maître / pénètre féminine, classiquea voix / autrefois masculine, classiqueb tables / redoutables féminine, classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb vivantes / mouvantes féminine, classiquea toi / loi masculine, classiqueb l’étude / solitude féminine, classiquea désert / entr’ouvert masculine, classiqueb éphémère / mère féminine, classiquec souverain / l’airain masculine, classiqued pages / rivages féminine, classiquee fleurit / écrit masculine, classiquef merveilles / oreilles féminine, classiqueg cités / écartés masculine, classiqueh autres / nôtres féminine, classiqueb négligés / obligés masculine, classiquec sacrifice / propice féminine, classiqueb anciens / Pharisiens masculine, classiquec d’Idumée / consumée féminine, classiqued grossier / l’acier masculine, classiquee vides / arides féminine, classiquef immolés / renouvelés masculine, classiqueg plonge / mensonge féminine, classiqueh torrents / ignorants masculine, classiquei doctrines / poitrines féminine, classiquea mort / d’abord masculine, classiqueb intrépide / torride féminine, classiquec fin / faim masculine, classiqued ceinture / verdure féminine, classiquee éternité / habité masculine, classiquef pénètre / renaître féminine, classiquea souvent / avant masculine, classiqueb guères / vulgaires féminine, classiqueb plongés / égorgés masculine, classiquec ancienne / sienne féminine, classiqued repos / os masculine, classiquee antre / ventre féminine, classiquef loups / vous masculine, classiqueg aiguillonne / lionne féminine, classiqueh roulait / tremblait masculine, classiquei vie / suivie féminine, classiquej hymens / humains masculine, classiquek abhorre / Gomorrhe féminine, classiquea discours / toujours masculine, classiqueb cruelles / gazelles féminine, classiqueb rochers / cherchés masculine, classiquec verte / offerte féminine, classiqued l’écart / part masculine, classiquee famine / divine féminine, classiquef daims / jardins masculine, classiqueg abeilles / merveilles féminine, classiqueh soin / loin masculine, classiquei calices / délices féminine, classiquej cité / l’été masculine, classiquek laisse / richesse féminine, classiquel voyageur / Seigneur masculine, classiquea captive / attentive féminine, classiqueb habités / côtés masculine, classiquec surprises / brises féminine, classiqued nuits / bruits masculine, classiquee bouffées / étouffées féminine, classiquef mœurs / rumeurs masculine, classiqueg châtie / repentie féminine, classiqueh entourés / dévorés masculine, classiquei gronde / abonde féminine, classiquej péchés / séchés masculine, classiquea terne / gouverne féminine, classiqueb hideux / d’eux masculine, classiquec périssent / flétrissent féminine, classiqued embrassements / tourments masculine, classiquee proie / lamproie féminine, classiquef dur / impur masculine, classiqueg infâme / âme féminine, classiqueh regretté / captivité masculine, classiquei flétrissure / luxure féminine, classiquej agenouillez / souillés masculine, classiquek viriles / stériles féminine, classiquel péchés / touchés masculine, classiquem épure / flétrissure féminine, classiquen vin / divin masculine, classiqueo d’elles / femelles féminine, classiquep maison / poison masculine, classiqueq familles / filles féminine, classiquer épars / léopards masculine, classiques vécûtes / brutes féminine, classiquet pourrir / guérir masculine, classiquea fleuve / s’émeuve féminine, classiqueb pasteur / hauteur masculine, classiquec accrue / accourue féminine, classiqued maudits / bandits masculine, classiquee farouches / louches féminine, classiquef rassurés / bigarrés masculine, classiqueg mouillées / agenouillées féminine, classiqueh couchés / rochers masculine, classiquei rares / avares féminine, classiquej gré / sacré masculine, classiquek lente / brûlante féminine, classiquel dit / entendit masculine, classiquem voie / joie féminine, classiquen seuil / l’orgueil masculine, classiqueo habite / visite féminine, classiquep travaux / nouveaux masculine, classiqueq sauvage / breuvage féminine, classiquer matin / festin masculine, classiques entière / prière féminine, classiquet adorations / lions masculine, classiquea servitudes / solitudes féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquec l’âme / flamme féminine, classiqued monts / démons masculine, classiquea agrandie / l’incendie féminine, classiqueb faillit / jaillit masculine, classiquec intarissable / sable féminine, classiqued triomphants / enfants masculine, classiquee immonde / onde féminine, classiquef foi / Loi masculine, classiquea suprême / baptême féminine, classiqueb pureté / captivité masculine, classiquec lavée / sauvée féminine, classiqued roseaux / eaux masculine, classiqueb péchés / penchés masculine, classiquec déborde / miséricorde féminine, classiqued remplit / lit masculine, classiquea mûres / murmures féminine, classiqueb tourbillons / sillons masculine, classiquec nuage / l’orage féminine, classiqued rencontré / azuré masculine, classiquee s’amasse / face féminine, classiquea d’orgueil / l’œil masculine, classiqueb anathème / baptême féminine, classiquec voix / vois masculine, classiqued colères / vipères féminine, classiquee oraisons / maisons masculine, classiquef apporte / porte féminine, classiqueg ici-bas / pas masculine, classiqueh autres / vôtres féminine, classiquei action / ostentation masculine, classiquej menthe / mente féminine, classiquek loi / soi masculine, classiquel lettre / soumettre féminine, classiquem retiré / sacré masculine, classiquen sage / message féminine, classiqueo rois / croix masculine, classiquep dites / lévites féminine, classiqueq aïeux / pieux masculine, classiquer pères / salutaires féminine, classiques moment / gourmand masculine, classiquea maître / donc / être féminine, classiqueb nu / inconnu masculine, classiquec héritage / partage féminine, classiquea tous / nous masculine, classiqueb même / baptême féminine, classiquec pénitents / j’attends masculine, classiqued recule / crépuscule féminine, classiquee amour / jour masculine, classiquef rosée / baptisée féminine, classiqueg forêts / frais masculine, classiqueh d’immonde / féconde féminine, classiquei nouveau / l’eau masculine, classiquej vigne / digne féminine, classiquek Dieu / feu masculine, classiquel force / l’écorce féminine, classiquem planté / charité masculine, classiquea prières / frères féminine, classiqueb austérité / beauté masculine, classiquec face / passe féminine, classiqued innocent / tout-puissant masculine, classiquee anges / franges féminine, classiquef soupçonneux / lumineux masculine, classiquea s’arrête / tête féminine, classiqueb aspect / respect masculine, classiquec vous-même / baptême féminine, classiqued l’Esprit / prescrit masculine, classiquea s’écoule / foule féminine, classiqueb l’eau / nouveau masculine, classiquec tombe / colombe féminine, classiqued lui masculine, classiquea entendue / étendue féminine, classiqueb zénith / bénit masculine, classiquec créatures / sépultures féminine, classiqued floraison / raison masculine, classiquee corolles / paroles féminine, classiquef espérait / Nazareth masculine, classiquea sages / messages féminine, classiqueb sœurs / précurseurs masculine, classiquec dispersée / élancée féminine, classiqued vous / doux masculine, classiquee humaines / fontaines féminine, classiquef tout-puissant / sang masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

517 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes évangéliques, PARIS, MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS, 1860· numérisation wikisource.org· Sources