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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes évangéliques, 1852

Le calvaire

Victor de Laprade· distiques, alexandrins, 342 vers

I

Celui qui vint sauver‖ l’Esprit du joug des sensEt rendre le plus humble‖ égal aux plus puissants,Montrant que sans l’amour‖ il n’est pas de justiceEt que chacun à tous‖ se doit en sacrifice,Jésus, de nos péchés‖ portant pour nous le poids,Gravissait le Calvaire‖ avec sa lourde croix.

Le sang et la sueur,‖ sous son bandeau d’épines,Coulent abondamment‖ de ses tempes divines ;Sur le sentier rapide,‖ au tranchant des cailloux,Il déchire, en rampant,‖ ses mains et ses genoux ;S’il tombe et s’il s’arrête‖ on l’entraîne avec rage ;Les fouets et les bâtons‖ le frappent au visage,Et le peuple acharné‖ qui le suit pas à pas,A l’outrager encore‖ excite les soldats.

La mort a des terreurs‖ même à qui se dévoue ;Le Calvaire est affreux,‖ c’est un Dieu qui l’avoue.O Jésus, votre corps,‖ en holocauste offert,Dans ce trajet sanglant,‖ sans doute, a bien souffert !Mais le plus rude assaut‖ de l’heure expiatoire,Le calice mortel‖ qu’on refuse de boire,Cet infini du mal‖ que vous aperceviezPendant votre agonie‖ au mont des Oliviers,O Maître, ce n’était‖ ni la roche escarpée,Ni la croix, ni le fiel‖ dont l’éponge est trempée,Ni la dérision‖ du sceptre de roseaux,Ni la lance et les clous‖ prêts à percer vos os !...Cette suprême horreur,‖ non, ce n’était pas mêmeCeux pour qui vous mouriez‖ vous jetant l’anathème,Tout Israël ingrat‖ préférant Barrabas,Non !... pas même, ô Seigneur,‖ le baiser de Judas !

Moi je sais, — s’il se peut‖ qu’un grand amour m’obtienneDans une âme de Dieu‖ de lire avec la mienne, —Je sais ce qui du Christ‖ causa l’abattement,Et de sa passion‖ le plus cruel moment :C’est quand, cherchant des yeux,‖ au bas de la montagne,Si de ses douze élus‖ le groupe l’accompagne,Souriant aux bourreaux,‖ le cœur plein de pardon,De tous ceux qu’il aimait‖ il connut l’abandon,Et, contraint de pleurer‖ leur lâche ingratitude,Tout autour de son cœur‖ sentit la solitude !

C’est qu’à voir le néant‖ au fond de l’amitié,L’âme la plus divine‖ est brisée à moitié ;Qu’aux heures du combat,‖ et pour croire en soi-même,Le plus fort a besoin‖ d’avoir quelqu’un qui l’aime,Un cœur qui le soutienne‖ et qui l’aide à mourir ;Que souffrir sans amis,‖ enfin, c’est trop souffrir !

Dès qu’aux soldats livré‖ par l’apôtre des traîtres,Le Dieu resta captif‖ des princes et des prêtres,Ses amis, oublieux‖ des miracles passés,Ont douté de leur Maître‖ et se sont dispersés ;Car la peur enchaînait‖ ces âmes inactivesQui n’avaient pu veiller‖ au jardin des Olives.A l’aspect de la croix‖ les plus fermes ont fui :Lazare, du tombeau‖ ressuscité par lui !Simon même, Simon,‖ cette forte poitrineSur qui doit se bâtir‖ la maison de doctrine,Qui seul osa tirer‖ le glaive du fourreau,L’a renié trois fois‖ jusqu’au chant de l’oiseau,Et, loin du rude autel‖ où la victime monte,Il cache maintenant‖ ses remords et sa honte.

II

Mais non, tu n’es pas seul ;‖ tu vois couler des pleurs ;Une troupe fidèle,‖ au sentier des douleurs,Marche avec toi, Jésus,‖ et tes juges infâmesN’ont pu de ton Calvaire‖ écarter d’humbles femmes ;Leur charité te suit‖ plus vive au dernier jour.

Homme de peu de foi,‖ car il a peu d’amour,L’apôtre en vain connut‖ ta vie et tes oracles,Tes préceptes plus grands‖ encor que tes miracles ;Les splendeurs du Thabor,‖ le pain multiplié,Et l’Océan docile :‖ il a tout oublié !

Mais vous n’oubliez pas,‖ ô vous, mères et veuves,Qui fut votre recours‖ au moment des épreuves ;Vous voyez, dans vos cœurs,‖ tous les êtres chéris,Par la main de Jésus‖ consolés et guéris ;Vos pères ranimés‖ à sa voix prophétique,Et soulevant leur lit‖ d’un bras paralytique ;Vos fils dans le tombeau‖ retrouvant leur beauté ;Quelle mère oublia‖ son fils ressuscité !Vous savez, dans nos maux‖ vous qui gardez nos âmes,Quel pouvoir ont sur Dieu‖ les prières des femmes ;Car Jésus, de sa grâce‖ ouvrant tous les trésors,N’a jamais que pour vous‖ fait revivre des morts !

Aussi, quand des douleurs‖ acceptant le calice,Il se livre à la mort‖ pour que tout s’accomplisse,Votre cœur se souvient‖ de l’avoir invoqué,Et pas une de vous‖ à sa croix n’a manqué.Vos lèvres, après lui,‖ cherchent l’éponge amère.Marchant comme des sœurs‖ à côté de sa mère,Vous faites un soutien‖ de tous vos bras tremblantsA celle dont un glaive‖ a déchiré les flancs.Je vous vois à sa suite,‖ ô belles repenties,Au véritable amour‖ par Jésus converties ;Vous à qui vos parents‖ par lui furent rendus,Vous toutes qui gardez‖ ses discours entendus,Femmes de Chanaan,‖ femmes de Samarie,La mère de Joseph,‖ la seconde Marie,Et l’enfant qu’il guérit‖ chez le centurion,Première âme conquise‖ à Rome par Sion ;La veuve de Naïm,‖ les deux sœurs de Lazare,Chez qui, pour son linceul,‖ le fin lin se prépare ;Marthe et vous Madeleine,‖ ô nom tout embaumé !Cœur devenu si pur‖ pour avoir tant aimé !

Elles suivent le Christ‖ et pleurent en silence ;D’affreux soldats, en vain,‖ du bâton de la lanceLes frappent ; ni les coups,‖ ni les cris outrageuxN’éloignent du pasteur‖ le troupeau courageux.Lorsque Jésus s’arrête‖ et regarde en arrière,Il rencontre leurs yeux‖ et les voit, en prière,Épier, à genoux,‖ l’instant de l’approcher,Marcher dès qu’il se lève‖ et se met à marcher,Et poser à l’envi‖ leurs lèvres sur les placesOù de ses pieds l’amour‖ a reconnu les traces.Elles montent courbant‖ la tête et ramassantLes cailloux des sentiers‖ qu’il a teints de son sang ;Sur le large rocher,‖ s’il en pleut quelques gouttes,Leur voile les essuie‖ et les conserve toutes ;Les gazons qu’il rougit‖ sont cueillis brin à brin.

Tels, lorsque le semeur‖ vient semer le bon grain,Tous les oiseaux du ciel‖ dans son sillon le suiventPrenant de la semence‖ une part dont ils vivent.Vous, ainsi, dans ce champ‖ où le Christ a vouluSemer une moisson‖ dont pas un n’est exclu,O femmes, amassant‖ un trésor de bonne heure,Vous avez pris la part‖ première et la meilleure !Et lui, de ce fardeau‖ dont l’homme l’a chargé,Ah ! combien doucement‖ vous l’avez soulagé !Comme, à travers vos yeux,‖ les rayons de vos âmesFortifiaient son cœur‖ en y lançant leurs flammes ;Combien dans son martyre,‖ à chaque accablement,Vous lui donniez de calme‖ et de joie en l’aimant !

Quand du rude trajet‖ les bourreaux las eux-mêmes,Assouvis à la fin‖ de coups et d’anathèmes,S’écartent pour s’asseoir‖ sur le bord des cheminsOù Jésus, épuisé,‖ se traîne sur ses mains,Vous accourez, ô vous‖ que la souffrance attire,Et donnez de vos pleurs‖ le baume à son martyre.

C’est ainsi qu’étanchant‖ ton sang et tes sueurs,De ta face, où perçaient‖ de célestes lueurs,L’une d’elles, ô Christ,‖ dans une molle étreinte,Sur un lin vierge et blanc‖ a dérobé l’empreinte ;Pour que l’homme connût‖ dans toute sa beautéCe front où des douleurs‖ siégeait la majesté.

Mais jusqu’au faîte où va‖ s’achever le supplice,L’innocent a gravi‖ le mont du sacrifice ;Pour fixer par des clous‖ ses membres sur le bois,Les bourreaux sont courbés‖ aux deux bouts de la croix.Or, pendant l’œuvre affreuse,‖ auprès d’eux prosternées,Vers la face du Christ‖ les femmes sont tournées,Ne quittant pas ses yeux,‖ comme si leur regardAllégeait ses tourments‖ en en prenant leur part.Lui, sur son front, noyé‖ dans les sueurs sanglantes,A d’un sourire encor‖ les clartés consolantes,Et, par moments, au lieu‖ de l’ami torturéFait luire aux cœurs des siens‖ le Dieu transfiguré.Sur les quatre horizons,‖ quand la croix fut dressée,Dans vos bras, tour à tour,‖ vous la teniez pressée,Et l’arbre de salut,‖ sur vous, en gémissantRépandait sa rosée‖ et de pleurs et de sang.Vos lèvres, à ses pieds,‖ jusqu’à l’heure dernière,Ont réjoui son cœur‖ du bruit de la prière.Vous l’avez vu donner‖ aux bourreaux leur pardon ;Et lorsque, de son Père‖ accusant l’abandon,Quand la mort l’entourait‖ des horreurs de son ombre,Le doute l’effleura‖ d’une aile froide et sombre,O femmes ! il vous vit ;‖ il sentit, devant vous,La douceur de mourir‖ pour le salut de tous,Et comprit que sa vie‖ Rivait été fécondePour fonder de l’amour‖ le royaume en ce monde.

Du pieux testament‖ il vous eut pour témoins,Quand d’un fils à Marie‖ il a légué les soins,Et fait, pour adoucir‖ leur veuvage éphémère,Au frère de son cœur‖ le don d’une autre mère.

Car un homme, avec vous,‖ que je n’ai pas nommé,Jusqu’au dernier soupir‖ suivit le bien-aimé ;Il recueillit son sang ;‖ et, seul de douze apôtres,A côté de la croix‖ mêla ses pleurs aux vôtres ;C’est Jean, le plus doux cœur‖ et partant le plus fort.Tous les enseignements‖ sont cachés dans ta mort,O Christ ! et d’un exemple,‖ , en toutes tes souffrances,Tu vins pour confirmer‖ nos plus chères croyances ;Tu voulus qu’aux martyrs‖ d’un monde sans pitiéIl ne fût pas permis‖ de nier l’amitié,Et qu’aux pieds du Calvaire,‖ où sa vertu se prouve,Jean leur fût annoncé‖ lorsque Judas s’y trouve.Jean, ce front pacifique‖ et ce cœur tout de feu,L’homme à qui, sans serment,‖ l’on croit comme à son Dieu,Dont l’âme à nos bourreaux‖ ne s’est jamais cachéeEt reste comme l’ombre‖ à notre âme attachée ;Cet ami, qu’au matin‖ si vous nous le donnez,Avant le soir, souvent,‖ vous nous le reprenez,Seigneur ! car si nos pleurs‖ là-haut tournent en joies,Vous êtes bien cruel,‖ ici-bas, dans vos voies !

III

Or, le troisième jour‖ après que le tombeauDes hommes dans son sein‖ eût scellé le plus beau,Le matin du sabbat,‖ l’ombre crépusculaireCouvrant encor le haut‖ du rocher tumulaire,Une femme au front pâle‖ et dans l’abattementMonta seule, avant tous,‖ au sacré monument ;Apportant des parfums,‖ choisis d’une main pure,Pour honorer Jésus‖ jusqu’en sa sépulture.Étonnée, elle vit,‖ quoique tout fût désert,La pierre soulevée‖ et le sépulcre ouvert ;Et, bien vite, elle alla‖ vers Pierre et vers l’apôtreQue Jésus chérissait,‖ les pressant l’un et l’autre :« Car on a pris le Maître‖ en sa tombe couché,« Et nous ne savons pas‖ où son corps est caché ! »Pierre et le bien-aimé‖ montent d’un pas rapide,Et, tous les deux, entrant‖ dans le sépulcre vide,Ils trouvent dépliés‖ et posés sur le seuilLes bandeaux de fin lin‖ qui formaient le linceul ;Et sortant, ils rêvaient,‖ sondant la lettre obscureAu miracle dernier‖ prédit par l’Écriture.Et la femme, à genoux‖ et toute à ses douleurs,Sans pensée, inondait‖ la terre de ses pleurs.

Soudain le tombeau luit‖ de lumières étranges,Et Jésus apparaît,‖ précédé de deux anges ;Il demeure visible,‖ et, tout comme autrefois,Pour instruire et bénir‖ fait entendre sa voix.Mais Pierre et vous, ô Jean !‖ vous son élu, son frère,Vous qu’il venait pour fils‖ de donner à sa mère,Vous ne le vîtes point ;‖ une autre âme a jouiDe ce premier réveil‖ de l’astre évanoui :Pour cette âme mieux faite‖ à goûter ses délicesLe Dieu ressuscité‖ réservait ses prémices.Le premier œil humain,‖ tourné vers l’avenir,Qui de la mort a vu‖ le vainqueur revenir,La voix qui des élus,‖ rassemblés autour d’elle,Fit palpiter les cœurs‖ par la bonne nouvelle,C’est une voix plus tendre‖ et c’est un œil plus doux,C’est une femme en pleurs,‖ Madeleine, c’est vous !

IV

Ainsi sur son Calvaire‖ et jusque dans sa tombe,Vous assistez toujours‖ le juste qui succombe,Ô femmes ! les grands cœurs‖ par la foule opprimés,Les proscrits, les souffrants‖ sont ceux que vous aimez.Le Dieu que l’on flagelle‖ et l’autel qu’on insulte,Ont votre foi toujours‖ et toujours votre culte ;Si la pitié vous montre‖ une âme à soulager,Votre ardente faiblesse‖ appelant le dangerPrès d’elle a fait pâlir‖ le plus fort, le plus sage ;Car c’est de votre amour‖ que naît votre courage.

Pour guérir les blessés,‖ les lépreux des chemins,Quand Dieu touche leurs cœurs,‖ il se sert de vos mains.Ah ! quel homme en naissant,‖ maudit de corps et d’âme,Vieillit sans rien devoir‖ aux bienfaits d’une femme,Et, dans l’ombre plongé‖ dès avant son sommeil,Meurt sans avoir joui‖ d’un rayon de soleil ?Le plus triste a son heure‖ et son éclair de joie,Sa révélation‖ que le bonheur envoie ;Car vivre sans y croire‖ et l’entrevoir un peu,C’est ignorer le ciel‖ et jusqu’au nom de Dieu !Mais dans ce vide affreux,‖ sans t’y faire connaître,Tu ne laisses jamais‖ une pauvre âme, ô Maître !C’est pourquoi ton sourire,‖ éclairant notre nuit,Habite dans la femme‖ et par ses yeux nous luit ;Tout homme participe‖ à sa vertu calmante,Et bénit ou la mère,‖ ou la sœur, ou l’amante.

Mais du baume à nos cœurs‖ par votre amour offert,Pour savoir tout le prix‖ il faut avoir souffert ;Et, chargé d’une croix,‖ vous avoir rencontréesTelles que le Calvaire‖ au Christ vous a montrées,Belles de la beauté‖ que vous donnent les pleurs,Et voulant votre part‖ de toutes nos douleurs.Il faut, tout frissonnant‖ des sueurs qui nous baignent,Ceint de l’affreux bandeau‖ sous qui les tempes saignent,Avoir senti son front‖ par vos mains essuyé,

Et sur vos bras tremblants‖ s’être une heure appuyé.Il faut, quand notre honneur‖ souillé de calomnies,Tombe aux pieds de la foule‖ et roule aux gémonies,Entendre à notre nom‖ lâchement insulté,Vos voix, en le disant,‖ rendre sa pureté.

Comme, d’un monde aveugle‖ oubliant les huées,Nos âmes, par sa haine‖ à peine remuées,Sentent dans vos discours‖ un Dieu qui nous bénit !Comme, à côté de vous,‖ le chemin s’aplanit !Comme une seule larme,‖ à vos yeux échappée,Adoucit tout le fiel‖ dont l’éponge est trempée,Et comme, en les touchant,‖ vous fermez sous vos doigtsLes stigmates saignants‖ des clous et de la croix !Pendant les jours d’épreuve,‖ aussi, Dieu vous confieSes fils que l’on blasphème‖ et que l’on crucifie ;Et des signes sacrés,‖ que l’homme n’a pas lus,Entre tous, à vos yeux,‖ annoncent les élus.Sitôt que dans la foule‖ un prophète se lève,Dont la parole vient‖ lutter contre le glaive,Aux mépris des bourreaux‖ osant le soutenir,Vous écoutez la voix‖ qui parle d’avenir.Quand un nouveau soleil‖ nous verse ses lumières,C’est vous que ses rayons‖ éclairent les premières ;Vous qui sur les hauts lieux‖ les premières montezPour voir de leurs tombeaux‖ sortir les vérités.Vous allez d’un pas ferme‖ et sûrement guidées,Car le cœur vous conduit ;‖ et les saintes idéesTouchent les cœurs avant‖ d’éclairer les esprits,Dieu voulant être aimé‖ plutôt qu’être compris.

C’est pour cela qu’en vous‖ le Christ a des apôtresDans la nouvelle foi‖ plus ardents que les autres,Sur le Golgotha même‖ allant le recevoir,Et pour lui de la loi‖ bravant mieux le pouvoir.Oh ! puisqu’un lâche effroi‖ loin du Dieu nous repousse,Rendez sa passion,‖ rendez sa mort plus douce ;Des vases les plus purs‖ et les plus précieuxVersez-lui les parfums‖ avec l’eau de vos yeux ;Couvrez de vos manteaux‖ les chemins quand il passe ;Étanchez la sueur‖ et le sang de sa face.De l’accent le plus doux‖ qui du cœur peut sortir,Adorez, consolez‖ le chaste et beau martyr ;Et d’un culte si tendre‖ entourez son supplice,Que dans l’oubli du mal‖ son heure s’accomplisse.Son sang vous a donné‖ le baptême d’amour :O femmes ! vos grandeurs‖ commencent à ce jour !Avant qu’en votre cœur‖ eût germé l’Évangile,Des lis épanouis‖ dans ce vase fragile,D’un doigt capricieux‖ cueillant les voluptés,L’homme ignorait encor‖ vos plus douces beautés.Vos larmes n’avaient pas‖ la majesté sévèreEt le don de guérir‖ qui date du Calvaire.Vous-mêmes n’avez su,‖ pour la première fois,Ce que vaut votre cœur,‖ qu’au pied de cette croix ;Aussi, toujours fidèle‖ à celui qui là porte,Pour toutes ses douleurs‖ votre tendresse est forte ;Toujours, pour alléger‖ de vos mains son fardeau,Près de lui vous marchez‖ de la crèche au tombeau.A genoux, aujourd’hui,‖ sur les pierres funèbres,Jusqu’à l’heure qui doit‖ dissiper nos ténèbres,Vous veillez et priez,‖ répandant sur son corpsCe baume précieux‖ qui conserve les morts.Tandis qu’empressés tous‖ vers l’idole commune,Les hommes, adorant‖ César et sa fortune,Insultent votre zèle‖ et bien loin des saints lieux,Avec l’or et le fer‖ vont se forger leurs dieux,Vous, rien ne vous arrache‖ à ce cadavre auguste ;Pardonnant aux bourreaux,‖ vous pleurez sur ce juste ;Vous le redemandez‖ au ciel en gémissantLe doux crucifié‖ mort en nous bénissant ;Car votre cœur se trouble‖ à l’aspect des ruinesEt ne peut se passer‖ de ses amours divines.Comme Rachel, en pleurs‖ vous errez, chaque nuit,Autour de la montagne‖ où l’espoir vous conduit.Sur ce sépulcre en vain‖ la haine veille encore ;Pour en briser le sceau‖ vous devancez l’aurore ;Et vous serez, baisant‖ le linceul rejeté,Les premières à voir‖ le Dieu ressuscité !

1843.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
171((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a sens / puissants masculine, classiqueb justice / sacrifice féminine, classiquec poids / croix masculine, classiquea d’épines / divines féminine, classiqueb cailloux / genoux masculine, classiquec rage / visage féminine, classiqued pas / soldats masculine, classiquea dévoue / l’avoue féminine, classiqueb offert / souffert masculine, classiquec expiatoire / boire féminine, classiqued aperceviez / Oliviers masculine, classiquee escarpée / trempée féminine, classiquef roseaux / os masculine, classiqueg même / l’anathème féminine, classiqueh Barrabas / Judas masculine, classiquea m’obtienne / mienne féminine, classiqueb l’abattement / moment masculine, classiquec montagne / l’accompagne féminine, classiqued pardon / l’abandon masculine, classiquee ingratitude / solitude féminine, classiquea l’amitié / moitié masculine, classiqueb soi-même / l’aime féminine, classiquec mourir / souffrir masculine, classiquea traîtres / prêtres féminine, classiqueb passés / dispersés masculine, classiquec inactives / Olives féminine, classiqued fui / lui masculine, classiquee poitrine / doctrine féminine, classiquef fourreau / l’oiseau masculine, classiqueg monte / honte féminine, classiquea pleurs / douleurs masculine, classiqueb infâmes / femmes féminine, classiquec jour / d’amour masculine, classiqueb oracles / miracles féminine, classiquec multiplié / oublié masculine, classiquea veuves / épreuves féminine, classiqueb chéris / guéris masculine, classiquec prophétique / paralytique féminine, classiqued beauté / ressuscité masculine, classiquee âmes / femmes féminine, classiquef trésors / morts masculine, classiquea calice / s’accomplisse féminine, classiqueb invoqué / manqué masculine, classiquec amère / mère féminine, classiqued tremblants / flancs masculine, classiquee repenties / converties féminine, classiquef rendus / entendus masculine, classiqueg Samarie / Marie féminine, classiqueh centurion / Sion masculine, classiquei Lazare / prépare féminine, classiquej embaumé / aimé masculine, classiquea silence / lance féminine, classiqueb outrageux / courageux masculine, classiquec arrière / prière féminine, classiqued l’approcher / marcher masculine, classiquee places / traces féminine, classiquef ramassant / sang masculine, non classiqueg gouttes / toutes féminine, classiqueh brin / grain masculine, classiqueb suivent / vivent féminine, classiquec voulu / exclu masculine, classiqued heure / meilleure féminine, classiquee chargé / soulagé masculine, classiquef âmes / flammes féminine, classiqueg accablement / l’aimant masculine, classiquea eux-mêmes / d’anathèmes féminine, classiqueb chemins / mains masculine, classiquec attire / martyre féminine, classiquea sueurs / lueurs masculine, classiqueb étreinte / l’empreinte féminine, classiquec beauté / majesté masculine, classiquea supplice / sacrifice féminine, classiqueb bois / croix masculine, classiquec prosternées / tournées féminine, classiqued regard / part masculine, classiquee sanglantes / consolantes féminine, classiquef torturé / transfiguré masculine, classiqueg dressée / pressée féminine, classiqueh gémissant / sang masculine, non classiquei dernière / prière féminine, classiquek ombre / sombre féminine, classiquel vous / tous masculine, classiquem féconde / monde féminine, classiquea témoins / soins masculine, classiqueb éphémère / mère féminine, classiquea nommé / bien-aimé masculine, classiqueb apôtres / vôtres féminine, classiquec fort / mort masculine, classiqued souffrances / croyances féminine, classiquee pitié / l’amitié masculine, classiquef prouve / trouve féminine, classiqueg feu / Dieu masculine, classiqueh cachée / attachée féminine, classiquei donnez / reprenez masculine, classiquej joies / voies féminine, classiquea tombeau / beau masculine, classiqueb crépusculaire / tumulaire féminine, classiquec l’abattement / monument masculine, classiqued pure / sépulture féminine, classiquee désert / ouvert masculine, classiquef l’apôtre / l’autre féminine, classiqueg couché / caché masculine, classiqueh rapide / vide féminine, classiquei seuil / linceul masculine, classiquej obscure / l’Écriture féminine, classiquek douleurs / pleurs masculine, classiquea étranges / anges féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquec frère / mère féminine, classiqued joui / évanoui masculine, classiquee délices / prémices féminine, classiquef l’avenir / revenir masculine, classiqueg d’elle / nouvelle féminine, classiqueh doux / vous masculine, classiquea tombe / succombe féminine, classiqueb opprimés / aimez masculine, classiquec insulte / culte féminine, classiqued soulager / danger masculine, classiquee sage / courage féminine, classiqueb d’âme / femme féminine, classiquec sommeil / soleil masculine, classiqued joie / envoie féminine, classiquee peu / Dieu masculine, classiquef connaître / Maître féminine, classiqueg nuit / luit masculine, classiqueh calmante / l’amante féminine, classiqueb rencontrées / montrées féminine, classiqued baignent / saignent féminine, classiquee essuyé / appuyé masculine, classiqueb calomnies / gémonies féminine, classiquec insulté / pureté masculine, classiquea huées / remuées féminine, classiqueb bénit / s’aplanit masculine, classiquec échappée / trempée féminine, classiqued doigts / croix masculine, classiquee confie / crucifie féminine, classiquef lus / élus masculine, classiqueg lève / glaive féminine, classiqueh soutenir / d’avenir masculine, classiquei lumières / premières féminine, classiquej montez / vérités masculine, classiquek guidées / idées féminine, classiquel esprits / compris masculine, classiquea apôtres / autres féminine, classiqueb recevoir / pouvoir masculine, classiquec repousse / douce féminine, classiqued précieux / yeux masculine, classiquee passe / face féminine, classiquef sortir / martyr masculine, classiqueg supplice / s’accomplisse féminine, classiqueh d’amour / jour masculine, classiquei l’Évangile / fragile féminine, classiquej voluptés / beautés masculine, classiquek sévère / Calvaire féminine, classiquel fois / croix masculine, classiquem porte / forte féminine, classiquen fardeau / tombeau masculine, classiqueo funèbres / ténèbres féminine, classiquep corps / morts masculine, classiqueq commune / fortune féminine, classiquer lieux / dieux masculine, classiques auguste / juste féminine, classiquet gémissant / bénissant masculine, classiqueu ruines / divines féminine, classiquev nuit / conduit masculine, classiquew encore / l’aurore féminine, classiquex rejeté / ressuscité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

342 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes évangéliques, PARIS, MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS, 1860· numérisation wikisource.org· Sources