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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Essais poétiques, 1865

Il faut chanter

Pamphile Le May· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 64 vers

Lorsque les ombres s'évaporentA l'horizon que ses feux dorentLe soleil reparaît toujours !Les fleuves qui portent leurs ondesA travers nos plaines fécondesNe s'arrêtent point dans leurs cours !

Mais l'homme, faible créature,Et pourtant roi de la nature,L'homme passe et ne paraît plus !Il se dissipe comme une ombre !Ses amertumes sont sans nombreEt ses plaintes sont superflus !

Pareille à la feuille sans sèveQue la bise d'automne enlèveAu bois par son souffle agité,Sa fragile nacelle arrive,D'orage en orage, à la riveDe la terrible éternité !

Pourquoi donc quand un jour expire,Qu'une aube neuve vient sourire,Hélas ! pourquoi donc chantons-nous ?Sur la tombe à peine ferméeOù dort une personne aiméeIl faudrait prier à genoux !

Et qui sait si nous verrons naîtreLa fleur qui sous notre fenêtreN'attend qu'un bienfaisant rayon ?Qui sait si nous pourrons entendre,A demi caché sous la cendre,Le mélancolique grillon ?

Plus d'un qui, d'ivresse en ivresse,Croyait atteindre la vieillesseN'a pas marché tout son chemin !Plus d'un qu'on crut digne d'envieA vu la coupe de la vieTomber, tout à coup, de sa main !

Le temps fuit promptement !… n'importe !Il faut chanter puisqu'il emporteEt nos regrets et nos douleurs !Il faut chanter puisqu'il efface,Dans notre paupière, la traceQu'ont faite, un jour, de tristes pleurs !

C'est hier, je crois, à l'aurore,(Hier, car mon luth vibre encore)Que je chantais un nouvel an,Et déjà cet an périssableDisparaît comme un grain de sableDans l'abîme de l'océan !

Qu'est-ce donc que la vie,‖ ô mon Dieu ? Rien qu'un songe !Un jour semé d'orage‖ et de coup de soleil !Un sommeil plein de trouble‖ où notre âme se plongeEn attendant la mort,‖ son radieux réveil !

L'ange du Tout-Puissant‖ s'armera de son glaiveCar le sang de l'agneau‖ ne défend aucun seuil,Et plusieurs d'entre nous‖ de cet an qui se lèveDevront attendre, hélas !‖ la fin dans le cercueil !

Chantons, pourtant, chantons‖ le temps qui reste à vivre !Chantons avec les voix‖ qui murmurent dans l'air !Avec les rameaux secs‖ qui craquent sous le givre !Avec les tourbillons‖ que soulève l'hiver !

Chantons avec l'oiseau‖ dans la forêt altière !Chantons dans le bonheur,‖ dans le deuil et l'ennui !Chantons le Dieu qui verse,‖ ainsi qu'une poussière,Les siècles devant Lui !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
8(aabccb) 4(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (48 de 8, 15 de 12, 1 de 6)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains, 4 quatrains
Mots à la rime
a s'évaporent / dorent féminine, classiqueb toujours / cours masculine, classiquec ondes / fécondes féminine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb plus / superflus masculine, classiquec ombre / nombre féminine, classiquea sève / enlève féminine, classiqueb agité / éternité masculine, classiquec arrive / rive féminine, classiquea expire / sourire féminine, classiqueb chantons-nous / genoux masculine, classiquec fermée / aimée féminine, classiquea naître / fenêtre féminine, classiqueb rayon / grillon masculine, classiquec entendre / cendre féminine, classiquea ivresse / vieillesse féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquec d'envie / vie féminine, classiquea n'importe / emporte féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquec efface / trace féminine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiqueb an / l'océan masculine, classiquec périssable / sable féminine, classiquea songe / plonge féminine, classiqueb soleil / réveil masculine, classiquea glaive / lève féminine, classiqueb seuil / cercueil masculine, classiquea vivre / givre féminine, classiqueb l'air / l'hiver masculine, classiquea altière / poussière féminine, classiqueb l'ennui / Lui masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Essais poétiques, QUÉBEC, G. E. DESBARATS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, 1865· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources