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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épis, 1914· Au champ de la fantaisie

Irenna la Huronne

Pamphile Le May· strophes variées, alexandrins, 369 vers

La croix

Irenna la Huronne,‖ alerte, gorge nue,S'éloigne du wigwam.‖ Chaque soir, quand la nuePlane comme un oiseau‖ dans l'air plein de frissons,Elle se glisse seule‖ à travers les buissons ;Effarée, elle fuit‖ comme la biche souple.Ounis aime Irenna la Huronne.— Un beau couple,Avaient dit les vieillards‖ assis pour le conseil.

Ounis est un chasseur.‖ Il voit, dans son sommeil,L'ours brun de la forêt‖ et l'outarde des grèves.Il voit des crânes nus‖ et du sang dans ses rêves,Car il est un guerrier,‖ un fils de sagamos.

Souvent Irenna chante,‖ et nul ne sait les motsQui tombent de sa bouche‖ aux heures de la joie.Accroupi sur des peaux‖ plus molles que la soie,Un Autmoin redouté‖ vient d'annoncer à tousQu'elle parle en secret‖ aux puissants Manitous.

— Les plaisirs de l'amour,‖ le bonheur d'être mèreCouronneront bientôt‖ sa jeunesse éphémère,Et ses pieds suivront loin‖ l'homme qui la soumet,Ajoutent les vieillards‖ fumant le calumet.

— Quels sont les Manitous‖ que sa prière invoque ?On ne la voit jamais,‖ ô sages ! quand j'évoque,Pour savoir nos destins,‖ les bienveillants esprits,Reprend l’Autmoin.Et tous le regardent surpris.

Au wigwam de la vierge,‖ à la dernière lune,Ounis s'en est venu‖ tout heureux, sur la brune,Apporter les présents :‖ des castors, des visons…Ils furent acceptés.‖ Sans peur des trahisons,Ounis n'a pas revu‖ sa douce fiancée.Ainsi le veut l’usage.

Irenna, balancéeEn sa frêle pirogue‖ au mouvement des eaux,Vient aborder la rive,‖ et, dans les verts roseauxSon mocassin fleuri‖ trace une longue raie ;Elle semble inquiète.‖ A sa hanche serrée,Une peau l'enveloppe‖ avec un soin jaloux.Songe-t-elle au plaisir ?‖ songe-t-elle à l'époux ?

Sous le dôme embaumé‖ des résineuses pruches,S'assemblent, bourdonnant‖ comme feraient des ruches,Les parents, les vieillards‖ et les chasseurs amis.Pour la fête chacun,‖ dans son orgueil, a misDes colliers à son cou,‖ sur sa tête des plumes.Cymbales et tamtams,‖ comme un concert d'enclumes,Font retentir les bois‖ jusques au loin. Le feuPour le festin déjà‖ s'allume. Et le ciel bleuRegarde s'élargir,‖ à travers la ramée,Le nuage mouvant‖ de l'épaisse fumée.De sa hutte d'écorce‖ enfin le jongleur sort,Ounis l'avait prié‖ de conjurer le sortEt de paraître ensuite‖ au milieu des convives.

Ounis, pour inspirer‖ des tendresses plus vives,S'est tatoué la face‖ et les bras. Les styletsOnt ciselé ses chairs‖ de dessins violets.Sous ces dessins grossiers‖ que le caprice invente,L'amour a l'air féroce‖ et le rire épouvante,C'est la beauté pourtant‖ aux yeux de la tribu.La laideur, c'est cet homme‖ et livide et barbuQu'apporta dans ses flancs‖ une grande pirogue.

— Moi, je sais composer‖ une mortelle drogue,J'en remplirai ma coupe‖ et j'irai, sans trembler,L'offrir aux hommes blancs‖ qui sont venus troublerNotre liberté chère‖ et nos chères ivresses !Chante l'Autmoin cruel,‖ en nouant à ses tressesUne plume d'aiglon‖ qui tombait des vieux pins.

— Où donc est la promise ?‖… Et ses yeux sont-ils peints,Dit-il encor ?… Ses yeux,‖ son épaule, sa gorge ?Le daim captif est là.‖ C'est elle qui l'égorge.Qu'elle frappe sans peur‖ l'animal endormi,Et sans peur ses enfants‖ frapperont l'ennemi.

Irenna la Huronne,‖ alerte, gorge nue,S'approche du wigwam.‖ Il est tard, et la nueRedescend lentement‖ dans l'air plein de frissons,Elle se glisse seule‖ à travers les buissons.Ses soupirs, dirait-on,‖ agitent les feuillages…Son cou n'est pas orné‖ de brillants coquillages…Quelque chose pourtant‖ flotte à son sein bronzé ;Est-ce de son amour‖ le signe déguisé,Ou de la Robe Noire‖ est-ce la médecine ?…Les convives sont là.‖ Son regard les fascine.On dirait un serpent‖ endormant les oiseaux.La ramure légère,‖ enlaçant ses réseaux,Au-dessus du wigwam‖ s'arrondit comme une arche,Par un sentier de mousse‖ Ounis s'avance. Il marche.D'un pas fiévreux, rapide,‖ avec un air d'orgueil.Il arrive et s'écrie,‖ en franchissant le seuil :

— A la danse ! au festin !‖ la volupté commence !

Irenna paraît sourde‖ à cette véhémence.En vain le fiancé‖ l'appelle auprès de lui,Des pleurs mouillent ses yeux‖ où l'amour avait lui.Ounis dit :— Me hais-tu ? Cette froideur m’irrite.

Le jongleur à ses dieux‖ parle selon le rite.Tout à coup il s’écrie :— Arrachez de son couCet objet inconnu‖ qui vient on ne sait d'où…Le Manitou le veut !Il clame et gesticule.Ounis s'avance alors,‖ mais la vierge recule…— Ce talisman nouveau,‖ dit-elle, c'est la croix !Je t'aime, tu le sais,‖ et tu m'aimes, je crois.Ne te désole pas.‖ L'espoir que tu caressesNe sera point qu'un rêve,‖ Ounis, si tu t'empressesDe chercher, comme moi,‖ dans le Christ la vertu.La Robe Noire attend,‖ va donc, Ounis… Veux-tu ?

La surprise

Les vieillards ont siégé‖ sous la forêt. Dans l'ombre,Loin du Visage pâle‖ ont siégé les vieillards…Les guerriers Iroquois‖ sont venus, en grand nombre,Surprendre les Hurons,‖ pendant que les brouillardsTendent leur voile humide‖ autour de la bourgade.Sur les eaux, sous les bois,‖ dans la lueur qui fuit,Glisse comme un serpent‖ l'infernale brigade.Elle guette sa proie.‖ O la sanglante nuit…La mort plane !L’Autmoin a prédit la victoire.Il a parlé deux fois‖ à l'esprit des combats.Les Blancs auront leur tombe‖ ici. Ce territoire,Depuis le lac sans fin‖ jusqu'aux monts de là-bas,Est aux chasseurs. Les Blancs‖ et les Hurons qu'ils aimentSeront tous égorgés.‖ Les Hurons les premiers,Car ils déposent l'arc,‖ fouillent la terre et sèmentDes grains qui vont mûrir‖ au milieu des fumiers.Les bois sont endormis.‖ Le hibou solitaire,Seul aux cimes des pins,‖ ulule tristement.

— O l'augure fatal !‖ ne va-t-il pas se taire ?Songe Ounis, le guerrier,‖ qui marche lentement.

Ounis souffre depuis‖ qu'Irenna, son amie,A reçu le baptême‖ et prie un Dieu nouveau.Sur son front désormais‖ pèsera l'infamie…Des pensers de vengeance‖ échauffent son cerveau.

— De quel droit ce Dieu-là,‖ gronde-t-il dans un râle,Vient-il nous enlever‖ les vierges de nos bois ?…Nous ne lui volons pas‖ ses femmes au front pâle.

Il erre ça et là‖ comme un fauve aux abois,Honteux de son échec,‖ irrité de sa peine…Mais quelles sont ces voix‖ qui chuchotent tout près ?Sont-ce les guerriers morts‖ qui lui soufflent la haine ?Il veut boire du sang.‖ Le sang qu'il aime. Après,Il ira déterrer,‖ lui, la hache de guerre.Si les autres ont peur,‖ qu'importe ? il ira seul.Le wigwam d'Irenna‖ qu'il respectait naguèreS'endormira bientôt‖ sous un sanglant linceul…

Et toujours le hibou‖ sinistrement ulule…Interrogeant la nuit‖ de ses ardents regards,Ounis marche plus vite.‖ Un feu maudit le brûle…Il est fou d'avoir eu‖ pour elle tant d'égards.

Irenna reposait‖ sur sa couche de branches.Un ange avec amour‖ la protégeait, ouvrantAu-dessus de son front‖ ses ailes toutes blanches.Elle se délectait‖ dans un rêve enivrant.

L'ange ne voit-il pas‖ la menace qui plane ?N'entend-il pas un bruit‖ pareil au flot montant ?Qui donc s'introduit là,‖ dans la chaste cabane ?Un spectre s'est penché‖ sur la vierge. Hésitant,Il écoute passer‖ une haleine embaumée…Ce grand Esprit, ce Christ‖ au séduisant appel,Ce Dieu qui lui ravit‖ sa jeune bien-aimée,Va-t-il à son amour,‖ va-t-il à son scalpel,Cette nuit la soustraire ?Elle est là sans défense.Le père est à la chasse‖ au loin. L'obscuritéFavorise l'audace‖ et provoque l'offense.On fait mieux ce qu'on fait‖ dans la sécurité.Mais quel cri de fureur,‖ quelle clameur immenseS'élève tout à coup‖ dans la bourgade en paix ?Est-ce le cri de guerre ?‖ Il meurt et recommenceComme un éclat de foudre‖ au fond des bois épais.Le féroce Iroquois,‖ brandissant la massue,Sourit au sang qui coule‖ et foule aux pieds les morts…Il frappe ; il est partout‖ et ferme toute issue.Son bras est sans repos‖ et son cœur, sans remords.

Ounis s'est redressé‖ pareil à la panthère ;Aux appels des guerriers‖ Ounis a répondu…

La vierge avait un songe…‖ Oh ! le chaste mystère !Aux clameurs des combats‖ le songe s'est fondu.

Le supplice

Les guerriers Iroquois‖ reviennent de leurs courses.Ils chantent en voguant,‖ et vantent les ressourcesDe cet esprit subtil‖ qu'ils tiennent des aïeux.Ils traînent des captifs.‖ Ils sont fiers et joyeux,Car toute la tribu‖ va les appeler braves.Les femmes, les enfants,‖ avec les vieillards graves,En foule sur les bords‖ viendront au-devant d'eux.Leur bouche se contracte‖ en un rire hideux,Car ils ont inventé‖ de nouvelles tortures.Des cheveux tout sanglants‖ pendent à leurs ceintures,Les cheveux des guerriers ennemis.Les canotsGlissent sur le flot noir‖ comme un vol de linots.Le chef, de temps en temps,‖ jette une clameur gaieEn frappant rudement,‖ du bout de sa pagaie,Un jeune prisonnier‖ à ses pieds étendu.Le vainqueur n'aura pas‖ longuement attenduPour voir mûrir ses plans‖ et triompher sa ruse.Mais que n'a-t-il fait plus ?‖ Maintenant il s'accuseDe n'avoir pas versé‖ tout le sang qu'il rêvait.Avait-il peur des Blancs ?‖ Les Blancs, oh ! s'il pouvaitPendre comme un trophée‖ à sa ceinture fauveLeur courte chevelure !‖ Et, dans leur crâne chauveS'il pouvait, au festin,‖ boire leur sang tiédi !

Et longtemps les canots,‖ dans un élan hardi,Emportant les vaincus‖ et les fruits du pillage,Ont tracé sur les eaux‖ leur sinistre sillage.Ils arrivent enfin.‖ Louant Areskouï,Le guerrier dans les flots‖ jette, tout réjoui,Le pétun odorant‖ qu'il offre en sacrifice.

Le sachem Iroquois,‖ — serait-ce un maléfice ? —Le sachem déjà vieux‖ brûle pour Irenna,La fille des Hurons‖ qu'un guerrier lui donna.Il brûle et veut l'avoir‖ pour femme ou pour maîtresse.Elle viendra bientôt,‖ en sa grande détresse,Pour la première fois‖ au wigwam du chasseur.C'est pour sauver Ounis.‖ Elle se dit sa sœur…Tous les deux ils mourront‖ s'ils ne vivent ensemble.

A la clarté des feux‖ la tribu se rassemble.C'est l'heure du supplice.‖ Alors le sachem dit :— Jusqu'à l'autre soleil‖ il vous est interditDe tourmenter Ounis,‖ le frère de ma femme.Pour les autres captifs‖ nul tourment n'est infâme. »

— L'ardent foyer pétille‖ et la chaudière bout.Au festin !… Les captifs‖ sont là, rangés debout,Liés solidement‖ au tronc rugueux du frêne.Au festin !… Nous irons‖ sur la sanglante arène,Et le Huron mourra‖ déchiré par les fers.Les outrages anciens‖ que nous avons souffertsSeront vengés !Ainsi parle un jongleur immonde,Et le festin commence.‖ Et tout ce cruel mondeDéchire de ses dents‖ les morceaux de la chair.Et l'enivrant fumet‖ monte longtemps dans l'airAvec les cris de joie,‖ à travers le bois dense.Puis au repas succède‖ une infernale danse,La danse de la mort.— Le sais-tu, prisonnier,Le soleil qui se couche‖ est pour toi le dernier ?Nos chiens vont dévorer,‖ cette nuit, ton cadavre…Guerrier, tu vas mourir !‖ guerrier, la peur te navre !

Ils dansent en chantant‖ ce sinistre refrain.Leur colère, bientôt,‖ ne connaît plus de frein.Ils balancent les bras,‖ ils agitent la tête,Ils poussent des clameurs‖ comme des cris de bête.Devant les prisonniers‖ ils passent tour à tour,Et leurs ongles, aigus‖ comme des becs d'autour,Les déchirent. Ensuite,‖ au signal, l'arc se bande,Et de cruels enfants,‖ avec la noire bande,Sur ces nobles vaincus‖ lancent des traits perçants.

Et toujours garrottés,‖ les Hurons impuissantsJettent à leurs vainqueurs‖ des regards pleins d'outrage.Le sang qui coule allume‖ une effroyable rage ;C'est la pourpre sans prix‖ dont le bourreau se teint.On attise la flamme‖ au foyer qui s'éteint.

Les femmes font rougir‖ des instruments de pierreEt brûlent en riant‖ l'insolente paupièreD’où sans cesse jaillit le mépris.Les Hurons,En des éclats de voix‖ qui semblent des clairons,Provoquent leurs bourreaux :— Bourreau, tu te relâches !Oh ! quel bonheur ! nos yeux‖ ne verront plus de lâches !Nos fils de vos aïeux‖ ouvriront les tombeaux,Pour vous donner ensemble‖ en pâture aux corbeaux !

Plus ils narguent la mort,‖ plus aussi, le sang coule…Leur voix n'est plus qu'un râle‖ et la vengeance est soûle.

Parmi ces fiers mourants‖ Ounis est oublié.Il est demeuré seul‖ à son arbre lié.C'est un malheur nouveau.‖ Le supplice qui tardeEst souvent plus cruel‖ qu'un prompt supplice. Il gardeEn son cœur ulcéré‖ rancune à son destin.

S'il est sur le bûcher‖ au lieu d'être au festin,C'est l'amour inconstant‖ d'Irenna la chrétienneQui l'a voulu… L'infâme !‖ Au moins qu'on la détienne !Qu'elle sache sa mort‖ et ses ressentiments,Et qu'ensuite elle meure‖ au milieu des tourments !

La providence

L'ombre a noyé les bois.‖ Le silence environneLa cabane d'écorce‖ où la jeune huronne,Captive pour toujours,‖ pleure en ses longs ennuis.Elle ira dans l'instant,‖ sous le voile des nuits,Pour de tristes amours‖ coquettement parée,Sous la tente du chef.‖ Le ciel l'a séparéeD'Ounis le beau guerrier‖ qui possède son cœur.Ounis ne cacha point‖ un sourire moqueurQuand elle lui parla‖ du Christ et du baptême.Maintenant sur leur tête‖ est tombé l'anathème,Puisque tous deux ils sont‖ au pouvoir du vainqueur.

Des voix hurlent là-bas,‖ d'autres chantent en chœur.C'est le rugissement‖ des bourreaux qui s'étonnent,C'est l'hymne de la mort‖ que les captifs entonnent ;Irenna, seule, pleure‖ et maudit sa beauté.La haine épuise enfin‖ toute sa cruauté.Tout bruit meurt. L'Iroquois‖ dort. Un rire faroucheComme un reflet d'enfer‖ passe encor sur sa bouche.Mais le chef ne dort pas.‖ Il espère, il attend.Un murmure, un frisson,‖ un souffle qu'il entendLui semblent le soupir‖ de la superbe esclave.Et voilà que s'allume‖ une paupière cave ;Au bord du lac dormant‖ un spectre est descendu ;Un cœur broyé gémit‖ sur le bonheur perdu ;C'est l'altière Ondina‖ qui cherche sa rivale.Le sachem la renvoie,‖ et, comme une cavaleQue l'éperon de fer‖ tourmente et fait hennir,La femme délaissée,‖ à l'amer souvenirSe révolte et bondit.Les pénétrants arômesLes chauds baisers des nids‖ sous les sauvages dômes.La tiédeur de la brise‖ et le calme des cieux,Tout invite à l’amour.Le chef est soucieux.Elle tarde à venir,‖ la Huronne captive.Aux douces voluptés‖ son âme trop rétiveHésite à se donner…‖ N'a-t-elle donc pas buLa magique boisson‖ du chef de la tribu ?Le jongleur, à minuit‖ l'a fait sourdre du sable.Cette boisson qui rend‖ l'amour impérissableLe Sagamo l'a prise ;‖ il s'en est enivré,Et le feu court déjà‖ sous son masque cuivré.Les cadavres sont là.‖ Béantes, les blessuresSaignent encor. Les loups‖ font d'horribles morsures.Ils ont flairé le sang‖ et sont vite venus.Et des corbeaux nombreux‖ sur les os déjà nusOuvrent leur sombre vol‖ d'où tombent des cris aigres.Ounis le prisonnier‖ cherche quels chants allègres,Pour braver les bourreaux,‖ à son tour il dira.Comme un tigre blessé‖ l'Iroquois bondira,Mais devant le héros‖ ses fureurs seront vaines.Le Huron jettera‖ tout le sang de ses veines,Comme un défi mortel,‖ au front de ces vils chiens,Et, mort, il s'en ira‖ glorieux vers les siens.

La Huronne a passé‖ sous la sombre ramure…Sa joue a de l'éclat‖ comme une pêche mûre ;Ses yeux, sous leurs cils noirs‖ ont de fauves lueurs.Repus, lassés du mal,‖ reposent les tueurs.Le wigwam du sachem‖ est ouvert. Le chef veille.Il veille en attendant‖ la captive. O merveille !Au bruit léger d'un pas,‖ comme un timide daim.Lui, l'homme sanguinaire,‖ il tressaille soudain !Lui, le fauve pétri‖ d'une sordide fange,Il sourit à l'amour‖ comme ferait un ange !La Huronne est venue…‖ Elle est venue enfin !Le bonheur sera long.‖ Des ivresses sans finVont remplir désormais‖ l'âme du fier sauvage.La captive oubliera‖ les lunes d'esclavage…

Le lac n'a plus de chants,‖ le bois n'a plus d'échos ;Tout dort, hormis les loups‖ qui dévorent les os.A travers les vieux troncs‖ épars dans la nuit noirePasse une forme svelte.‖ Un long stylet d'ivoire,Un stylet qu'elle agite‖ et serre dans sa main,Laisse tomber du sang‖ le long de son chemin.Elle court au hasard‖ et comme une insensée.Personne ne pourrait‖ deviner sa pensée.Elle va répétant,‖ dans sa course, des motsQui tintent comme un glas‖ aux voûtes de rameaux.

Devant la mort qui vient‖ Ounis est impassible,Mais il entend son nom‖ et tremble… Est-il possibleQu'un autre infortuné‖ vive encor près de lui ?C'est une ruse… Oui, là,‖ dans l'ombre une arme a lui.N'importe, il n'a point peur,‖ il n'a que de la haine.L'arme se trompe-t-elle ?‖… Elle coupe sa chaîne !…Le malheureux captif‖ reprend sa liberté.

Pour venger dignement‖ sa race et sa fierté,La vierge avait tué‖ le chef impur et traître.Elle suivit les pas‖ d'Ounis. Tous deux au prêtreIls vinrent, au retour,‖ faire ces longs récits.Ounis avait des tons,‖ des regards adoucis.

— Baptise-moi, fit-il,‖ j'aime un Dieu qui pardonne.Le prêtre dit :— Ce Dieu l’un à l’autre vous donne.

Irenna, tout émue‖ alors, le front penché,Murmura lentement :— Mon père, j’ai péché !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
142[aa] 17[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a nue féminine, classiqueb frissons / buissons masculine, classiquec souple / Huronne / couple féminine, classiqued conseil / sommeil masculine, classiqueb grèves / rêves féminine, classiquec sagamos / mots masculine, classiqueb joie / soie féminine, classiquec tous / Manitous masculine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb soumet / calumet masculine, classiquea invoque / j'évoque féminine, classiqueb esprits / l’Autmoin / surpris masculine, classiquea lune / brune féminine, classiqueb visons / trahisons masculine, classiquec fiancée / l’usage / balancée féminine, classiqueb eaux / roseaux masculine, classiquec raie / serrée féminine, classiqued jaloux / l'époux masculine, équivalentea pruches / ruches féminine, classiqueb amis / mis masculine, classiquec plumes / d'enclumes féminine, classiqued feu / bleu masculine, classiquee ramée / fumée féminine, classiquef sort masculine, classiqueg convives / vives féminine, classiqueb stylets / violets masculine, classiquec invente / épouvante féminine, classiqued tribu / barbu masculine, classiquee pirogue / drogue féminine, classiqueb trembler / troubler masculine, classiquec ivresses / tresses féminine, classiqued pins / peints masculine, classiqueb gorge / l'égorge féminine, classiquec endormi / l'ennemi masculine, classiquec feuillages / coquillages féminine, classiqued bronzé / déguisé masculine, classiquee médecine / fascine féminine, classiquef oiseaux / réseaux masculine, classiqueg arche / marche féminine, classiqueh d'orgueil / seuil masculine, classiquea commence / véhémence féminine, classiqueb lui masculine, classiquec dit / m’irrite / rite féminine, classiqueb s’écrie / cou / d'où masculine, classiquec veut / gesticule / recule féminine, classiqued croix / crois masculine, classiquee caresses / t'empresses féminine, classiquef vertu / Veux-tu masculine, classiquea l'ombre / nombre féminine, classiqueb vieillards / brouillards masculine, classiquec bourgade / brigade féminine, classiqued fuit / nuit masculine, classiquee plane / victoire / territoire féminine, classiquef combats / là-bas masculine, classiqueg aiment / sèment féminine, classiqueh premiers / fumiers masculine, classiquei solitaire / taire féminine, classiquej tristement / lentement masculine, classiquea amie / l'infamie féminine, classiqueb nouveau / cerveau masculine, classiquea râle / pâle féminine, classiqueb bois / abois masculine, classiqueb peine / haine féminine, classiquec près / Après masculine, classiqued guerre / naguère féminine, classiquee seul / linceul masculine, classiquea ulule / brûle féminine, classiqueb regards / d'égards masculine, classiquea branches / blanches féminine, classiqueb ouvrant / enivrant masculine, classiquea plane / cabane féminine, classiqueb montant / Hésitant masculine, classiquec embaumée / bien-aimée féminine, classiqued appel / scalpel masculine, classiquee soustraire / défense / l'offense féminine, classiquef L'obscurité / sécurité masculine, classiqueg immense / recommence féminine, classiqueh paix / épais masculine, classiquei massue / issue féminine, classiquej morts / remords masculine, classiquea panthère / mystère féminine, classiqueb répondu / fondu masculine, classiquea courses / ressources féminine, classiqueb aïeux / joyeux masculine, classiquec braves / graves féminine, classiqued d'eux / hideux masculine, classiquee tortures / ceintures féminine, classiquef ennemis / canots / linots masculine, classiqueg gaie / pagaie féminine, classiqueh étendu / attendu masculine, classiquei ruse / s'accuse féminine, classiquej rêvait / pouvait masculine, classiquek fauve / chauve féminine, classiquel tiédi / hardi masculine, classiqueb pillage / sillage féminine, classiquec Areskouï / réjoui masculine, classiqued sacrifice / maléfice féminine, classiqueb Irenna / donna masculine, classiquec maîtresse / détresse féminine, classiqued chasseur / sœur masculine, classiquee ensemble / rassemble féminine, classiqueb dit / interdit masculine, classiquec femme / infâme féminine, classiquea bout / debout masculine, classiqueb frêne / arène féminine, classiquec fers / soufferts masculine, classiqued vengés / immonde / monde féminine, classiquee chair / l'air masculine, classiquef dense / danse féminine, classiqueg mort / prisonnier / dernier masculine, classiqueh cadavre / navre féminine, classiquea refrain / frein masculine, classiqueb tête / bête féminine, classiquec tour / d'autour masculine, classiqued bande féminine, classiquee perçants / impuissants masculine, classiqueb d'outrage / rage féminine, classiquec teint / s'éteint masculine, classiquea pierre / paupière féminine, classiqueb mépris / Hurons / clairons masculine, classiquec bourreaux / relâches / lâches féminine, classiqued tombeaux / corbeaux masculine, classiquea coule / soûle féminine, classiquea oublié / lié masculine, classiqueb tarde / garde féminine, classiquec destin / festin masculine, classiqueb chrétienne / détienne féminine, classiquec ressentiments / tourments masculine, classiquea environne / huronne féminine, classiqueb ennuis / nuits masculine, classiquec parée / séparée féminine, classiqued cœur / moqueur masculine, classiquee baptême / l'anathème féminine, classiquef vainqueur / chœur masculine, classiqueb s'étonnent / entonnent féminine, classiquec beauté / cruauté masculine, classiqued farouche / bouche féminine, classiquee attend / entend masculine, classiquef esclave / cave féminine, classiqueg descendu / perdu masculine, classiqueh rivale / cavale féminine, classiquei hennir / souvenir masculine, classiquej bondit / arômes / dômes féminine, classiquek cieux / l’amour / soucieux masculine, classiquel captive / rétive féminine, classiquem bu / tribu masculine, classiquen sable / impérissable féminine, classiqueo enivré / cuivré masculine, classiquep blessures / morsures féminine, classiqueq venus / nus masculine, classiquer aigres / allègres féminine, classiques dira / bondira masculine, classiquet vaines / veines féminine, classiqueu chiens / siens masculine, classiquea ramure / mûre féminine, classiqueb lueurs / tueurs masculine, classiquec veille / merveille féminine, classiqued daim / soudain masculine, classiquee fange / ange féminine, classiquef enfin / fin masculine, classiqueg sauvage / d'esclavage féminine, classiquea d'échos / os masculine, classiqueb noire / d'ivoire féminine, classiquec main / chemin masculine, classiqued insensée / pensée féminine, classiquee mots / rameaux masculine, classiquea impassible / possible féminine, classiquec haine / chaîne féminine, classiqued liberté / fierté masculine, classiqueb traître / prêtre féminine, classiquec récits / adoucis masculine, classiquea pardonne / dit / donne féminine, classiquea penché / lentement / péché masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

369 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources