Les Épis, 1914· Au champ de la fantaisie
Les mondes
Il est bon, ô chrétiens,‖ d'élever sa penséeDe ce monde visible‖ aux mondes inconnus.Il est bon de montrer‖ la conduite insenséeDes hommes que souvent‖ l'orgueil a retenusA l'ombre de la mort.‖ Il est bon de se direQue l'astre merveilleux‖ où nous fûmes jetés,Est un vaste tombeau‖ qu'il ne faut pas maudire.Un jour il s'ouvrira‖ pour les ressuscités.
Il est bon, quand la nuit‖ est paisible, et l'espaceRempli jusques à Dieu‖ de soleils éclatants,D'admirer l'univers‖ dont la grandeur surpasseCe que diront jamais‖ les calculs des savants.Notre pensée alors‖ s'unit, dans le mystère,Aux pensers des humains‖ qui peuplent tous ces lieux,Et le rayon d'amour‖ qui monte de la terreS'accroît de monde en monde‖ en se rendant aux cieux.
Qui peut jamais, devant‖ le spectacle indicibleQue nous offre, la nuit,‖ votre ciel étoilé,Qui peut jamais, mon Dieu,‖ demeurer insensibleEt ne pas deviner‖ votre Verbe voilé ?Qui ne sent pas, courbé‖ sous ses douleurs profondes,L'invincible besoin‖ de prendre son essor,Pour vous chercher partout‖ dans ces étranges mondesQue vous avez semés‖ comme des sables d'or ?
O mondes étonnants‖ que nul penser n'embrasse,Poussière de soleils‖ qui jouez devant Dieu,Quel œil dans l'infini‖ peut suivre votre trace ?Quel esprit peut sonder‖ vos entrailles de feux ?Avez-vous, comme ici,‖ des mers aux vastes ondesOù des astres lointains‖ mirent leur front vermeil ?Avez-vous la vallée‖ et la plaine fécondesOù les fruits sont dorés‖ par un brûlant soleil ?
Avez-vous des forêts‖ où règnent les mystères,Les fauves dévorants‖ et les oiseaux chanteurs ?Avez-vous des ruisseaux,‖ des monts, des pics austères,Des souffles embaumés‖ et des vents destructeurs ?Voyez-vous sur vos mers‖ les rayons d'une lune,Comme des glaives d'or‖ descendre dans la nuit ?Comme une frange blanche,‖ avez-vous, sur la dune,L'écume du flot noir‖ qui s'avance ou s'enfuit ?
Et comme cette terre,‖ où, nous autres, nous sommes,Naissant, mourant toujours,‖ depuis des milliers d'ans,Astres mystérieux,‖ avez-vous donc des hommesCréés d'une parole‖ à l'aurore des temps ?Et, comme nous encor,‖ quelque péché funesteLes a-t-il dépouillés‖ de leur glorieux sort ?Et, comme nous toujours,‖ l'holocauste célesteLes a-t-il rachetés‖ de l'éternelle mort ?
Et chaque monde a-t-il‖ son destin ? Et la vieDiffère-t-elle encor‖ dans cette immensité ?Chaque globe qui roule‖ en la plaine infinie,Comme un roi de sa cour,‖ est-il donc escortéD'astres pareils entre eux,‖ mais différents des autres ?O séjours inconnus,‖ avez-vous tour à tour,Guerre et paix, joie et pleurs ?‖ Avez-vous des apôtresQui vont proclamant Dieu,‖ la science, l'amour ?
Versification
- Forme
- 7 huitains (huitains)
- Rimes
- 7(ababcdcd)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 huitains
- Mots à la rime
- a pensée / insensée féminine, classiqueb inconnus / retenus masculine, classiquec dire / maudire féminine, classiqued jetés / ressuscités masculine, classiquea l'espace / surpasse féminine, classiqueb éclatants / savants masculine, classiquec mystère / terre féminine, classiqued lieux / cieux masculine, classiquea indicible / insensible féminine, classiqueb étoilé / voilé masculine, classiquec profondes / mondes féminine, classiqued essor / d'or masculine, classiquea n'embrasse / trace féminine, classiqueb Dieu / feux masculine, non classiquec ondes / fécondes féminine, classiqued vermeil / soleil masculine, classiquea mystères / austères féminine, classiqueb chanteurs / destructeurs masculine, classiquec lune / dune féminine, classiqued nuit / s'enfuit masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb d'ans / temps masculine, classiquec funeste / céleste féminine, classiqued sort / mort masculine, classiquea vie / infinie féminine, classiqueb immensité / escorté masculine, classiquec autres / apôtres féminine, classiqued tour / l'amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources