Les Épis, 1914· Au champ de la foi
L’âme chrétienne
De célestes hymens‖ l'ont donnée à la terre.Elle va, depuis lors,‖ vers les hommes qu'altèreL'amour saint de la vérité.Sa science n'est pas‖ une flottante épave ;Elle brise les fers‖ et relève l'esclave.Sa force est dans la charité.
D'une aile ensoleillée‖ elle monte aux cieux calmes,Elle a l'arôme doux,‖ et le doux chant des palmesQue bercent nos pins toujours verts ;Elle a le feu soudain‖ de nos vastes prairies ;Elle a la chasteté‖ des blanches draperiesDont s'enveloppent nos hivers.
Comme une mer farouche‖ elle crache l'écume,Et, comme un ciel limpide‖ elle a parfois sa brume,Quand le mal ose l'assaillir ;Mais dans l'ombre qui vient‖ ou l'espoir qui sommeille,Luit un rayon divin :‖ c'est l'œil de Dieu qui veilleEt l'empêche de défaillir.
Elle ne tremble point‖ aux éclats du tonnerre.Douce, elle a désarmé‖ plus d'un bras sanguinaire,Et lassé d'odieux efforts.Elle mêle sa voix‖ au chant de la patrie ;Puis, lorsque vient l'épreuve,‖ elle espère, meurtrie,En Celui qui brise les forts.
Les peuples à sauver‖ deviennent son domaine.Comme un coursier sans frein,‖ l'océan la promèneDes glaciers aux déserts brûlants.L'opprimé suit au ciel‖ son vol d'heureux augure,Ah ! tu n'as pas assez,‖ ô terre ! d'envergurePour répondre à ses fiers élans !
C'est par elle, qu'un jour,‖ l'homme des bois enterreSa haine de la croix‖ et sa hache de guerre ;Que les bois ouvrent leur rideau ;Que le foyer se fonde,‖ et qu'enfin du sol vierge,Sous un ciel radieux,‖ la moisson d'or émergeAu chant de l'homme et de l'oiseau !
Quand nous fûmes livrés‖ aux mains d'une autre race,Comme un fardeau trop lourd‖ dont on se débarrasse,Comme un inutile butin,A nos foyers aimés‖ nous avons, en silence,Longtemps attendu l'heure‖ où le peuple s'élance,Libre et vaillant, vers son destin.
Ce long délaissement,‖ le mépris, la jactance,Ont jeté d'amers deuils‖ sur notre humble existence,Nul ne peut ignorer cela ;Mais sans apostasie,‖ et ni lâches, ni traîtres,Nous sommes devenus‖ les égaux de nos maîtres,Car l'âme chrétienne était là !
Versification
- Forme
- 8 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 8 sizains
- Mots à la rime
- a terre / qu'altère féminine, classiqueb vérité / charité masculine, classiquec épave / l'esclave féminine, classiquea calmes / palmes féminine, classiqueb verts / hivers masculine, classiquec prairies / draperies féminine, classiquea l'écume / brume féminine, classiqueb l'assaillir / défaillir masculine, classiquec sommeille / veille féminine, classiquea tonnerre / sanguinaire féminine, classiqueb efforts / forts masculine, classiquec patrie / meurtrie féminine, classiquea domaine / promène féminine, classiqueb brûlants / élans masculine, classiquec augure / d'envergure féminine, classiquea enterre / guerre féminine, classiqueb rideau / l'oiseau masculine, classiquec vierge / émerge féminine, classiquea race / débarrasse féminine, classiqueb butin / destin masculine, classiquec silence / s'élance féminine, classiquea jactance / existence féminine, classiqueb cela / là masculine, classiquec traîtres / maîtres féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Épis, MONTREAL, LA CIE J.-ALFRED GUAY - LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1914· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources