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un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Première partie La vengeance indienne

CHANT VINGT-TROISIÈME. Le charlatan

Pamphile Le May· distiques, alexandrins, 84 vers

Les marins remarquant‖ avec inquiétudeQue Lozet n'avait plus‖ sa gaîté d'habitude ;Qu'il leur parlait souvent‖ même avec dureté,Avaient enfin compris‖ que l'hospitalitéÉtait pour ce vieillard‖ au cœur jadis si large,Depuis peu, devenue‖ une pesante charge.Ils allèrent alors‖ tous deux avec regretA d'autres demander‖ un asile discret.Éloi Beaudet reçut‖ d'une âme ouverte et fière,Dans sa vieille maison‖ restée hospitalière,Les pauvres étrangers.‖ Ils suivaient chaque jour,Côte à côte marchant‖ en parlant du retourDes choses d'ici-bas‖ si pleines de mystères,Ils suivaient chaque jour,‖ les chemins solitairesQui mènent chez Lozet.‖ Un magique pouvoirLes attirait tous deux‖ vers ce toit où le soirLes chassis verglacés‖ s'emplissaient de lumière.Ils allaient comme vont‖ au sein de la rivière,Avec les flots légers,‖ les flexibles ajoncs ;Ils allaient comme au vent‖ les brumes des vallons,Comme vers le ciel bleu‖ vont les réseaux de flammes.C'est qu'un puissant amour‖ avait rempli leurs âmes :L'amour d'un père vieux‖ pour son unique enfant ;L'amour d'un homme honnête,‖ infortuné, souffrantPour une femme jeune‖ et belle autant que pure.

Au seuil d'Éloi Beaudet‖ s'arrêta la voitureQui, le jour de la course,‖ amena le marin,Quand le coursier fougueux‖ eut secoué son freinEt brisé son harnais‖ et sa traîne légère.On entra le blessé.‖ La vieille ménagèreAvec soin bassina‖ le plus moelleux des lits,Et des draps de flanelle‖ effaça tous les plis.Le blessé souriait‖ dans sa reconnaissance.Il avait recouvré‖ tout à fait connaissanceEt se ressouvenait‖ de tous les incidents ;Mais il sentait toujours‖ comme des feux ardentsQui lui brûlaient le bras‖ et le front et la gorge ;Et ses tempes battaient‖ comme un marteau de forgeQui tombe sur l'enclume‖ en écrasant le fer.Il craignait d'être ainsi‖ le reste de l'hiverCloué fatalement‖ sur un lit de souffrances.

Alors le médecin,‖ cet homme d'espérances,Profond observateur‖ autant qu'ami discret,Qui vient s'asseoir pensif‖ à notre humble chevet,Pour éloigner la mort‖ et calmer nos angoisses ;Alors le médecin‖ dans nos vieilles paroissesN'était guère connu.‖ Mais l'impur charlatanQui se vante d'avoir‖ les secrets de satan ;Qui guérit tous les maux‖ par prière ou par signes ;Qui fait bouillir ensemble‖ et les herbes malignesEt les bourgeons gommeux‖ des pins inoffensifs,Pour donner un sang riche‖ aux malades naïfs ;Le charlatan régnait.‖ Et les esprits crédulesDonnaient leur confiance‖ à ses soins ridicules.

Lotbinière, en ces temps‖ plus encor qu'aujourd'hui,Choyait ces imposteurs.‖ Mais entre tous celuiQui voyait, plein d'orgueil,‖ son art illégitimeLe plus souvent requis‖ et le plus en estime,C'était le vieux sauvage.‖ Il fut donc appelé.Sous un air grave et sombre‖ ayant dissimuléSa profonde ignorance‖ et son inaptitude,Il pansa la blessure‖ avec inquiétude,Ne pouvant deviner‖ la gravité du mal.Puis il voulut remettre‖ avec un zèle égalLe bras démis. Alors,‖ on vit dans sa prunelleS'allumer, tout à coup,‖ une ardente étincelle ;On vit trembler sa main‖ comme un faible roseau ;Sa bouche se crispa‖ dans un rire nouveau,Un rire étrange, horrible ;‖ on vit son front de cuivreDevenir aussi blanc‖ que les cristaux du givre.Sur les bras du malade,‖ ainsi que deux tisons,Ses yeux fixes dardaient‖ leurs deux fauves rayons,Il lisait sur ce bras‖ d'étranges caractères,Des signes merveilleux‖ qui semblaient des mystères,Des marques d'esclavage‖ et des sceaux flétrissantsDont les indiens seuls‖ pouvaient dire le sens.Il avait vu déjà‖ cet affreux tatouage,Et se ressouvenait‖ de cet infâme ouvrage.Il reprit cependant‖ son air calme et posé.Chacun le redoutait ;‖ personne n'eut oséLui demander alors‖ la cause de son trouble.Son soin, au même instant,‖ pour le blessé redouble :Il lui remet le bras‖ par un jeu du hazardQue l'ignorance émue‖ appellera de l'art

Versification

Forme
Distiques
Rimes
42((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a inquiétude / d'habitude féminine, classiqueb dureté / l'hospitalité masculine, classiquec large / charge féminine, classiqued regret / discret masculine, classiquee fière / hospitalière féminine, classiquef jour / retour masculine, classiqueg mystères / solitaires féminine, classiqueh pouvoir / soir masculine, classiquei lumière / rivière féminine, classiquej ajoncs / vallons masculine, classiquek flammes / âmes féminine, classiquel enfant / souffrant masculine, classiquem pure / voiture féminine, classiqueb marin / frein masculine, classiquec légère / ménagère féminine, classiqued lits / plis masculine, classiquee reconnaissance / connaissance féminine, classiquef incidents / ardents masculine, classiqueg gorge / forge féminine, classiqueh fer / l'hiver masculine, classiquei souffrances / d'espérances féminine, classiqueb discret / chevet masculine, classiquec angoisses / paroisses féminine, classiqued charlatan / satan masculine, classiquee signes / malignes féminine, classiquef inoffensifs / naïfs masculine, classiqueg crédules / ridicules féminine, classiquea qu'aujourd'hui / celui masculine, classiqueb illégitime / estime féminine, classiquec appelé / dissimulé masculine, classiqued inaptitude / inquiétude féminine, classiquee mal / égal masculine, classiquef prunelle / étincelle féminine, classiqueg roseau / nouveau masculine, classiqueh cuivre / givre féminine, classiquei tisons / rayons masculine, classiquej caractères / mystères féminine, classiquek flétrissants / sens masculine, classiquel tatouage / ouvrage féminine, classiquem posé / osé masculine, classiquen trouble / redouble féminine, classiqueo hazard / l'art masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources