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un seul est le mot juste.

Les vengeances, 1875· Première partie La vengeance indienne

CHANT QUATORZIÈME. Le réveil de l’amour

Pamphile Le May· 2 distiquess, alexandrins, 92 vers

Le maître du vaisseau,‖ le jeune et beau marinDes sensibles vieillards‖ partageait le chagrin ;Mais il était resté.‖ Contre la table assise,Louise, lentement,‖ d'une main indéciseTourne, le front penché,‖ l'antique dévidoir.Près des blancs écheveaux,‖ l'écheveau ronge ou noirSe tord, comme un serpent,‖ sur la flexible roue ;Et, comme un arc-en-ciel,‖ la laine qui se joueSous les doigts de la vierge‖ aux pensers sérieux,Décrit en frémissant‖ un cercle radieux.Le jeune homme rêveur‖ vint s'asseoir auprès d'elle.Elle sourit, rougit,‖ parut encor plus belle.Un songe séduisant‖ captivait ses esprits ;Par un charme inconnu‖ son cœur se sentait prisComme un timide oiseau‖ dans une étroite cage.Elle essayait pourtant‖ de fuir la douce image.Qui revenait toujours‖ occuper ses pensers.Elle avait peur encor‖ de ces deux étrangersDont les regards sondaient‖ son existence intime ;Mais elle aurait cru voir‖ s'ouvrir un large abîmeDevant les rêves d'or‖ de sa félicitéS'ils eussent dû partir.‖ Et, dans sa charité,Elle craignait, par fois,‖ d'avoir une âme ingrateA l'amour de Ruzard.‖ Sensible et délicate,Elle croyait mal faire‖ en oubliant celuiQui dévouait ses jours‖ pour sauver ceux d'autrui.Mais l'amour rarement‖ se surveille et raisonne ;Au torrent qui l'emporte,‖ aveugle, il s'abandonne ;Il s'anime au chagrin‖ comme la flamme au vent :Le cœur qui vent l'éteindre‖ avec lui meurt souvent.

Le jeune homme parlait,‖ et son langage tendreDans le cœur de la vierge,‖ alors, semblait descendreComme, aux jours du printemps,‖ dans la chaude forêt,Des grands hêtres en fleurs‖ les flocons de duvet.Le dévidoir léger‖ tournait déjà moins vite ;La laine s'attachait‖ aux doigts de la petite ;L'eau chantait sur le poële ;‖ et, sur le bahut bleu,S'échappant du foyer,‖ un long ruban de feuTremblait comme une feuille‖ au souffle de la brise.Et Louise écoutait,‖ palpitante, surprise,Les discours séduisants‖ du jeune marinier.Assise dans un coin‖ où donnait le métier,La mère tricotait‖ d'une main vive et sûre.Le fuseau, tout-à-coup,‖ suspendit son murmure ;La laine s'arrêta‖ sur le vieux dévidoir.Louise, par moment,‖ levait son grand œil noir,Balbutiait un mot‖ qui mouvait sur sa lèvre.Elle sentait passer‖ comme un frisson de fièvreQui brûlait sa poitrine‖ et lui serrait le cœur ;Elle eut voulu pleurer ;‖ elle avait presque peurEt se trouvait, hélas !‖ faible contre elle-même.Elle goûtait pourtant‖ une ivresse suprême.De ses liens de fleurs‖ la molle voluptéEnchaînait doucement‖ sa noble volonté.Elle oubliait François‖ et son amour austère ;Elle oubliait les vœux‖ de son vieux et bon père ;Elle sentait déjà‖ s'éteindre les remords,Et n'osait plus tenter‖ d'inutiles effortsPour vaincre cet amour,‖ étouffer cette flammeQui faisait resplendir‖ comme un soleil son âme.Elle croyait revivre‖ en un monde nouveauOù tout était plus grand,‖ où tout était plus beau.Une divine voix‖ remplissait d'harmonie,En cette heure d'amour,‖ son âme rajeunie.Et quand Léon pressa‖ dans sa brûlante mainSa main blanche et petite,‖ elle leva soudain,Comme au sortir d'un rêve,‖ un regard plein de larmesSur lui. Contre l'amour,‖ l'amour reste sans armes.Elle n'essaya point‖ d'échapper aux transportsQui brisaient tout son être‖ et l'enivraient alors.Longtemps l'un près de l'autre,‖ au milieu du silence,Ils parlèrent, tout bas,‖ d'amour et de constance.Et leurs cœurs s'embrasaient‖ toujours de plus en plus ;Et tout chantait en eux‖ les refrains des élus.Quand le matin se lève,‖ un rayon de lumièrePerce timidement‖ la forêt sombre et fière,L'oiseau sort de son nid,‖ la feuille tremble un peu,Et la senteur du sol‖ monte dans le ciel bleu ;Mais l'ombre de la nuit‖ dort encor sur la mousse,Et l'oiseau ne dit pas‖ sa cantate si douce.Le soleil monte encor.‖ Ses feux purs et sereinsFont resplendir bientôt‖ la cîme des grands pins.La lueur va croissant‖ et de vives filandresDes bois silencieux‖ inondent les méandres ;Un souffle harmonieux‖ passe dans les rameaux ;L'onde s'éveille et chante‖ avec les gais oiseaux ;Le feuillage s'agite,‖ et, sur les molles herbes,Fait danser les rayons‖ en scintillantes gerbes ;Puis la chaleur descend‖ sous le dôme discret,Et les chants et les feux‖ remplissent la forêt.Ainsi se réveilla‖ de la jeune Louise,Au soleil de l'amour,‖ l'âme tendre et soumise

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
46((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a marin / chagrin masculine, classiqueb assise / indécise féminine, classiquec dévidoir / noir masculine, classiqued roue / joue féminine, classiquee sérieux / radieux masculine, classiquef d'elle / belle féminine, classiqueg esprits / pris masculine, classiqueh cage / image féminine, classiquei pensers / étrangers masculine, classiquej intime / abîme féminine, classiquek félicité / charité masculine, classiquel ingrate / délicate féminine, classiquem celui / d'autrui masculine, classiquen raisonne / s'abandonne féminine, classiqueo vent / souvent masculine, classiquea tendre / descendre féminine, classiqueb forêt / duvet masculine, classiquec vite / petite féminine, classiqued bleu / feu masculine, classiquee brise / surprise féminine, classiquef marinier / métier masculine, classiqueg sûre / murmure féminine, classiquei lèvre / fièvre féminine, classiquej cœur / peur masculine, classiquek elle-même / suprême féminine, classiquel volupté / volonté masculine, classiquem austère / père féminine, classiquen remords / efforts masculine, classiqueo flamme / âme féminine, classiquep nouveau / beau masculine, classiqueq d'harmonie / rajeunie féminine, classiquer main / soudain masculine, classiques larmes / armes féminine, classiquet transports / alors masculine, classiqueu silence / constance féminine, classiquev plus / élus masculine, classiquew lumière / fière féminine, classiquex peu / bleu masculine, classiquey mousse / douce féminine, classiquez sereins / pins masculine, classiquea filandres / méandres féminine, classiqueb rameaux / oiseaux masculine, classiquec herbes / gerbes féminine, classiqued discret / forêt masculine, classiquee Louise / soumise féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

92 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les vengeances, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1875· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources