Une gerbe, 1879
La vie
Et je disais : Pourquoi la vie,Ce grand banquet où l'on convieTant de pauvres cœurs soucieux !Les longs sanglots de la misèreQui s'élèvent de cette terreDeviennent-ils chants dans les cieux ?
Pour celui, mon Dieu, qui t'oublie,C'est un bien peu digne d'envieQue ce mystère si profond.La vie est comme une collineDont la pente abrupte s'inclineVers un précipice sans fond.
Sur le sommet tout est verdure,Tout est mélodie et murmure,Tout est parfum et volupté !Ou y voit folâtrer l'enfance,Et son œil plein de confianceVa se perdre en l'immensité !
Mais à mesure que l'on glisseVers l'insondable précipiceLe brillant tableau s'obscurcit :La fleur s'éteint parmi la mousse,Le sol est froid, l'herbe est moins douceEt l'horizon se rétrécit !
Et, sur cette rapide pente,Pour cueillir une fleur brillante,On voudrait s'arrêter parfois ;Mais une étrange voix nous crie :« Marche ! marche ! » et la fleur chérieÉchappe à nos débiles doigts !
Et nous marchons avec vitesse,Poussant de l'épaule, sans cesse,Ceux qui cheminent devant nous.Et l'enfance à son tour nous presse ;Elle nous crie en son ivresse :« Vous êtes vieux, retirez-vous ! »
Oh ! du moins laissez-nous encoreNous retourner vers notre auroreEt contempler les jours passés !Mais le passé n'a point de charmes !Les sillons creusés par nos larmesNe sont pas encore effacés !
Le passé, c'est un cimetièreOù reposent, dans la poussière,Nos vœux, nos projets les plus beaux !Où nos plus chères espérances,Où nos plaisirs et nos souffrancesOnt trouvé de muets tombeaux !
Pourtant, de distance en distance,Dans ce vaste champ du silence,On voit surgir de douces fleurs :Ce sont les souvenirs suavesDe ces temps où nulles entravesNe captivaient nos jeunes cœurs !
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 8(aabccb) 1(aabaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a vie / convie féminine, classiqueb soucieux / cieux masculine, classiquec misère / terre féminine, classiquea t'oublie / d'envie féminine, classiqueb profond / fond masculine, classiquec colline / s'incline féminine, classiquea verdure / murmure féminine, classiqueb volupté / l'immensité masculine, classiquec l'enfance / confiance féminine, classiquea glisse / précipice féminine, classiqueb s'obscurcit / rétrécit masculine, classiquec mousse / douce féminine, classiquea pente / brillante féminine, classiqueb parfois / doigts masculine, classiquec crie / chérie féminine, classiquea vitesse / cesse féminine, classiqueb nous / retirez-vous masculine, classiquec presse / ivresse féminine, classiquea encore / aurore féminine, classiqueb passés / effacés masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiquea cimetière / poussière féminine, classiqueb beaux / tombeaux masculine, classiquec espérances / souffrances féminine, classiquea distance / silence féminine, classiqueb fleurs / cœurs masculine, classiquec suaves / entraves féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Une gerbe, QUÉBEC, TYPOGRAPHIE DE C. DARVEAU, 1879· numérisation Project Gutenberg Canada· Sources