Poèmes antiques, 1852
Prière védique pour les morts
1866.
Berger du monde, clos‖ les paupières funèbresDes deux chiens d'Yama‖ qui hantent les ténèbres.
Va, pars ! Suis le chemin‖ antique des aïeux.Ouvre sa tombe heureuse‖ et qu'il s'endorme en elle,Ô terre du repos,‖ douce aux hommes pieux !Revêts-le de silence,‖ ô terre maternelle,Et mets le long baiser‖ de l'ombre sur ses yeux.
Que le berger divin‖ chasse les chiens robustesQui rôdent en hurlant‖ sur la piste des justes !
Ne brûle point celui‖ qui vécut sans remords.Comme font l'oiseau noir,‖ la fourmi, le reptile,Ne le déchire point,‖ ô roi, ni ne le mords !Mais plutôt, de ta gloire‖ éclatante et subtilePénètre-le, dieu clair,‖ libérateur des morts !
Berger du monde, apaise‖ autour de lui les râlesQue poussent les gardiens‖ du seuil, les deux chiens pâles,
Voici l'heure. Ton souffle‖ au vent, ton œil au feu !Ô libation sainte,‖ arrose sa poussière !Qu'elle s'unisse à tout‖ dans le temps et le lieu !Toi, portion vivante,‖ en un corps de lumière,Remonte et prends la forme‖ immortelle d'un dieu !
Que le berger divin‖ comprime les mâchoiresEt détourne le flair‖ des chiens expiatoires !
Le beurre frais, le pur‖ sôma, l'excellent miel,Coulent pour les héros,‖ les poètes, les sages.Ils sont assis, parfaits,‖ en un rêve éternel.Va, pars ! Allume enfin‖ ta face à leurs visages,Et siège comme eux tous‖ dans la splendeur du ciel !
Berger du monde, aveugle‖ avec tes mains brûlantesDes deux chiens d'Yama‖ les prunelles sanglantes.
Tes deux chiens qui jamais‖ n'ont connu le sommeil,Dont les larges naseaux‖ suivent le pied des races,Puissent-ils, Yama !‖ Jusqu'au dernier réveil,Dans la vallée et sur‖ les monts perdant nos traces,Nous laisser voir longtemps‖ la beauté du soleil !
Que le berger divin‖ écarte de leurs proiesLes chiens blêmes errant‖ à l'angle des deux voies !
Ô toi qui des hauteurs‖ roules dans les vallons,Qui fécondes la mer‖ dorée où tu pénètres,Qui sais les deux chemins‖ mystérieux et longs,Je te salue, Agni,‖ Savitri ! Roi des êtres !Cavalier flamboyant‖ sur les sept étalons !
Berger du monde, accours !‖ Éblouis de tes flammesLes deux chiens d'Yama,‖ dévorateurs des âmes.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 6{1(aa) 1(ababa)} 1(aa)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 7 distiques, 6 quintils
- Mots à la rime
- a funèbres / ténèbres féminine, classiquea aïeux / pieux / yeux masculine, classiqueb elle / maternelle féminine, classiquea robustes / justes féminine, classiquea remords / mords / morts masculine, classiqueb reptile / subtile féminine, classiquea râles / pâles féminine, classiquea feu / lieu / dieu masculine, classiqueb poussière / lumière féminine, classiquea mâchoires / expiatoires féminine, classiquea miel / éternel masculine, classiqueb sages / visages féminine, classiquec ciel / sommeil masculine, classiquea brûlantes / sanglantes féminine, classiqueb races / traces féminine, classiquec réveil / soleil masculine, classiquea proies / voies féminine, classiquea vallons / longs / étalons masculine, classiqueb pénètres / êtres féminine, classiquea flammes / âmes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes antiques, Librairie Marc Ducloux, Éditeur, 1852· numérisation Biblio.tic· Sources