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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes barbares, 1862

Les Éléphants

Charles-Marie Leconte de Lisle· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Le sable rouge est comme‖ une mer sans limite,Et qui flambe, muette,‖ affaissée en son lit.Une ondulation‖ immobile remplitL'horizon aux vapeurs‖ de cuivre où l'homme habite.

Nulle vie et nul bruit.‖ Tous les lions repusDorment au fond de l'antre‖ éloigné de cent lieues,Et la girafe boit‖ dans les fontaines bleues,Là-bas, sous les dattiers‖ des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe‖ en fouettant de son aileL'air épais, où circule‖ un immense soleil.Parfois quelque boa,‖ chauffé dans son sommeil,Fait onduler son dos‖ dont l'écaille étincelle.

Tel l'espace enflammé‖ brûle sous les deux clairs.Mais, tandis que tout dort‖ aux mornes solitudes,Les éléphants rugueux,‖ voyageurs lents et rudes,Vont au pays natal‖ à travers les déserts.

D'un point de l'horizon,‖ comme des masses brunes,Ils viennent, soulevant‖ la poussière, et l'on voit,Pour ne point dévier‖ du chemin le plus droit,Sous leur pied large et sûr‖ crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête‖ est un vieux chef. Son corpsEst gercé comme un tronc‖ que le temps ronge et mine ;Sa tête est comme un roc,‖ et l'arc de son échineSe voûte puissamment‖ à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais‖ et sans hâter sa marche,Il guide au but certain‖ ses compagnons poudreux ;Et, creusant par derrière‖ un sillon sablonneux,Les pèlerins massifs‖ suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail,‖ la trompe entre les dents,Ils cheminent, l'œil clos.‖ Leur ventre bat et fume,Et leur sueur dans l'air‖ embrasé monte en brume ;Et bourdonnent autour‖ mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif‖ et la mouche vorace,Et le soleil cuisant‖ leur dos noir et plissé ?Ils rêvent en marchant‖ du pays délaissé,Des forêts de figuiers‖ où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve‖ échappé des grands monts,Où nage en mugissant‖ l'hippopotame énorme,Où, blanchis par la lune‖ et projetant leur forme,Ils descendaient pour boire‖ en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage‖ et de lenteur, ils passentComme une ligne noire,‖ au sable illimité ;Et le désert reprend‖ son immobilitéQuand les lourds voyageurs‖ à l'horizon s'effacent.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a limite / habite féminine, classiqueb lit / remplit masculine, classiquea repus / connus masculine, classiqueb lieues / bleues féminine, classiquea aile / étincelle féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea clairs / déserts masculine, classiqueb solitudes / rudes féminine, classiquea brunes / dunes féminine, classiqueb voit / droit masculine, classiquea corps / efforts masculine, classiqueb mine / échine féminine, classiquea marche / patriarche féminine, classiqueb poudreux / sablonneux masculine, classiquea dents / ardents masculine, classiqueb fume / brume féminine, classiquea vorace / race féminine, classiqueb plissé / délaissé masculine, classiquea monts / joncs masculine, classiqueb énorme / forme féminine, classiquea passent / s'effacent féminine, classiqueb illimité / immobilité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources