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un seul est le mot juste.

Poèmes barbares, 1862

Les Paraboles de dom Guy

Charles-Marie Leconte de Lisle· distiques, alexandrins surtout, 652 vers

En l'An mil quatre cent‖ onzième de l'HostieÉternelle, de qui‖ la lumière est sortie,Du Roi Christ, mort, cloué‖ par les pieds et les mains,Sigismund de Hongrie‖ étant chef des Romains,Manoel, d'Orient,‖ Charles, que Dieu soutienne,Des trois fleurs de lys d'or‖ de la Gaule chrétienne,Et Balthazar Cossa,‖ pirate sur la mer,Étant diacre du Diable‖ et légat de l'Enfer,Moi, Guy, prieur claustral‖ en la bonne abbayeDe Clairvaux, où la règle‖ étroite est obéie,J'inscris, Dieu le voulant,‖ ceci, pour être suDu siècle très pervers,‖ dans le péché conçu.

Clairs flambeaux, qu'en chemin‖ l'œil de l'âme regarde,Saints Martyrs, prenez-moi‖ d'en haut sous votre garde ;De la Béatitude‖ auguste où je vous vois,Mettez votre candeur‖ héroïque en ma voix ;De l'éblouissement‖ de vos joyeux domainesPenchez-vous au plus noir‖ des ténèbres humaines,Voyageurs du beau ciel,‖ Anges et Séraphins,Qui nagez richement‖ dans vos gloires d'ors fins,Et faites sur ma langue,‖ au vent frais de vos ailes,Pétiller et flamber‖ le feu des meilleurs zèles.Puis, veuille m'assister‖ le divin ParacletPar qui l'humble ignorant‖ mieux qu'un docte parlait !

O mon Seigneur Jésus‖ et Madame la Vierge,Plus d'huile dans la lampe‖ et plus de mèche au cierge !La moisissure mord‖ le vélin du missel,Et tout soleil mûrit‖ le mal universel,Depuis que, divisant‖ la Chaire principale,Trois cornes ont poussé‖ sur la mitre papale :Trois rameaux fort malsains,‖ de malice nourris,Florissants au dehors,‖ mais au dedans pourris ;De sorte que, voyant,‖ par le temps et l'espace,Sous cette ombre, la fleur‖ de la foi qui trépasse,La charité décroître‖ et l'espoir s'engloutir,Le rocher du salut,‖ Pierre, prince et martyr,Pleure. La route est vide‖ où s'en venaient les âmes ;Toutes cuisent, sitôt‖ la mort, aux grandes flammes ;Et le Portier divin,‖ tant harcelé jadis,Laisse pendre les clefs‖ aux gonds du Paradis !Certes, sa peine est forte,‖ et rude est sa navrure,De n'ouïr plus chanter‖ la céleste Serrure,Ce, pendant qu'Astaroth‖ et Mammon, très contents,Ouvrent la flamboyante‖ issue à deux battants,Et que, la crosse au poing,‖ dans les Obédiences,Le Prince des damnés‖ donne ses audiences !

Or, Caïphe et Pilate‖ ont tant rivé tes clous,Jésus ! que tes agneaux‖ sont mangés par les loups.L'Église est moribonde‖ en son chef et ses membres ;Les mou tiers sont, du Feu‖ sans fin, les antichambres ;Les rois sont fort mauvais,‖ les gens d'armes pillards,Sans pitié des enfants,‖ sans respect des vieillards,Luxurieux, mettant‖ à mal toutes les femmes,Et dans les vases saints‖ buvant les vins infâmes !Puisque aussi bien, Jésus,‖ ta terrestre maisonEst un lieu de blasphème‖ et non plus d'oraison,Puisqu'en cet âge sombre‖ et tenace où nous sommes,Ton ineffable sang‖ est perdu pour les hommes,O mon Seigneur, m'ayant‖ de ta grâce pourvu,Tu m'as dit : Vois ! et dis‖ ce que tes yeux ont vu.

I

L'Esprit a délié‖ mon entrave charnelle :J'ai franchi les hauteurs‖ du monde sur son aile ;Par les noirs tourbillons‖ de l'ombre j'ai graviLes trois sphères du ciel‖ où saint Paul fut ravi ;Et, de là, regardant,‖ au travers des nuées,Les cimes de la terre‖ en bas diminuées,J'ai vu, par l'œil perçant‖ de cette vision,L'empire d'Augustus‖ et l'antique Sion ;Et, dans l'immense nuit‖ de ces temps, nuit épaisseOù s'ensevelissait‖ toute l'humaine espèceComme un agonisant‖ qui hurle en son linceul,J'ai vu luire un rayon‖ éblouissant, un seul !Et c'était, entre l'âne‖ et le bœuf à leur crèche,Un Enfant nouveau-né‖ sur de la paille fraîche :Chair neuve, âme sans tâche,‖ et, dans leur pureté,Étant comme un arôme‖ et comme une clarté !

Le Père à barbe grise‖ et la Mère joyeuseSaluaient dans leur cœur‖ cette aube radieuse,Ce matin d'innocence‖ après la vieille nuit,Apaisant ce qui gronde‖ et charmant ce qui nuit ;Cette lumière à peine‖ éclose et d'où ruisselleL'impérissable Vie‖ avec chaque étincelle !Et les Bergers tendaient‖ la tête pour mieux voir ;Et j'ai soudainement‖ ouï par le ciel noir,Tandis que les rumeurs‖ d'en bas semblaient se taire,Une voix dont le son‖ s'épandit sur la terre,Mais douce et calme, et qui‖ disait : Emmanoël !Et l'espace et le temps‖ chantaient : Noël ! Noël !Puis, comme les trois Rois‖ survenus de PalmyreOffraient au bel Enfant‖ l'encens, l'or et la myrrhe,J'ai vu, toute ma chair‖ étant blême d'effroi,Plus sombre que la nuit‖ et plus haut qu'un beffroi,Un Esprit, un Démon‖ formidable apparaîtreEn face du petit‖ Jésus venant de naître ;Et ses yeux reluisaient‖ fixement dans son chef.Les Bergers, ni les Rois,‖ ni le bon saint Joseph,Ni Madame Marie‖ en son amour bercée,Ne voyaient cette forme‖ au milieu d'eux dressée.

Cet Esprit était beau‖ comme un grand mont chenu ;Une foudre grondait‖ autour de son front nu ;Il était impassible‖ et dur, et sur sa boucheSiégeaient l'amer mépris‖ et le vouloir farouche.Il secoua sa tête‖ où crépita le feu,Et parla comme suit,‖ sans vergogne, à son Dieu :

— Les siècles ont tenu‖ les vieilles prophéties.Donc, te voici vivant‖ entre tous les Messies,Toi qui mettras Juda‖ sur Ninive et Sidon !C'est pitié de te voir‖ en si piètre abandon :Ton trône est de fumier,‖ ton palais est de chaume,Et le roi, certe, est trop‖ chétif pour le royaume !Écoute ! j'ai nom Force,‖ et j'ai nom Volonté ;Ma main tient le licou‖ de l'univers dompté ;Je suis très grand, très fier,‖ et plein d'intelligence,Et tout est devant moi‖ comme une vile engeance.Or, je te plains, étant‖ plus grêle qu'un roseau,Sans défense et tout nu‖ comme un petit oiseau ;Et je pourrais, du pied‖ t'écrasant, forme vaine,Épuiser brusquement‖ tout le sang de ta veine.Adore-moi, fétu‖ de paille ! et tu serasComme un cèdre immobile‖ avec de larges bras,Dans leur germe étouffant‖ les arbres et les plantesEt versant l'ombre immense‖ aux nations tremblantes. —Et le petit enfant‖ Emmanoël lui dit :

— Tu ne tenteras point‖ le Seigneur Dieu, Maudit !Ta puissance est fumée,‖ et ta force est mensonge ;Et j'ai mieux : les trois Clous‖ et la Lance et l'Éponge ! —

Le Spectre ceint de flamme,‖ en entendant cela,Comme une haute tour‖ dans l'ombre s'écroula.

Je vous le dis, Benoît,‖ Grégoire et Jean, vicairesDe l'Antéchrist, gardiens‖ des damnés reliquaires,Mulets mitrés, crossés,‖ malheur à vous, malheur,Qui navrez le bercail‖ très chrétien de douleur,Triple déchirement‖ de la Foi, triple plaieDont le troupeau dolent‖ des saints Anges s'effraie !Triple spectre d'Orgueil,‖ gare aux gouffres ardentsOù sont les pleurs avec‖ les grincements de dents !

II

En Esprit, j'ai plané‖ du haut des cieux sans bornes,Oyant les nations‖ en tumultes ou mornes,Bruit lugubre parfois‖ et tantôt irrité,Mais qui, des profondeurs‖ de cette obscurité,Avait, plainte sinistre‖ ou clameur meurtrière,Un vrai son de blasphème‖ et jamais de prière.Et voici que j'ai vu‖ la Ville où fut occisLe tyran Julius‖ en son orgueil assis,La grand Rome, hormis l’antique populaceDes idoles, dont Christ‖ en croix tenait la place.J'ai vu, blême, en haillons,‖ par la pluie et le vent,Tout un peuple affamé,‖ maigre, à peine vivant,D'où sortait un sanglot‖ désespéré, sauvage,Comme en pousse la mer‖ qui se rue au rivage ;Et ce peuple assiégeait‖ l'abord silencieuxD'un palais hérissé‖ d'un triple rang de pieux,De grilles et de crocs‖ aigus et de muraillesMassives, qu'enlaçait‖ un réseau de ferrailles.Or, la foule, parfois‖ se taisant, écoutaitComme un sourd cliquetis‖ qui de l'antre sortait.

Sous le dôme, à travers‖ la voûte colossale,J'ai vu, chose effroyable !‖ au centre d'une salleÉclatante, où brûlaient‖ sept lampes au plafond,Sur le pavé de marbre‖ accroupi, comme fontLes bêtes, râlant d'aise,‖ un fils d'Adam, un homme,Ou, quel que soit le nom‖ dont Belzébuth le nomme,Un être abominable‖ et rapace, acharné,Ivre de sa débauche,‖ et l'œil illuminé,Avec rage plongeant‖ ses longues mains flétriesEn des monceaux d'argent,‖ d'or et de pierreries,Qui sonnaient et luisaient,‖ pleins de flamboyements,En tombant de sa bouche‖ et de ses vêtements.

Cet argent était chaud‖ de vos larmes amères,Pauvres enfants tout nus‖ et lamentables mères !Il se nommait Traîtrise‖ et Spoliation ;Et c'était, nuit et jour,‖ une exécrationQui montait au Vengeur‖ des faits illégitimes !Cet or fumait du sang‖ d'innombrables victimes :Il se nommait Larcin‖ à la pointe du fer,Meurtre qui va battant‖ l'écume de la mer,Et Guet-apens du Diable‖ à l'Équité suprême !

Mais, — ô fange mêlée‖ à l'huile du saint chrême ! —Ces anneaux, ces colliers,‖ ces nœuds de diamantsAvaient nom Simonie‖ infâme et Faux serments ;Et c'était pis que pleurs‖ et sang des misérables,Car c'était le trafic‖ des deux Clefs adorables,O Seigneur Christ, qui bus‖ l'hysope avec le fiel !C'était ta chair divine‖ à l'encan, et ton ciel,Jésus ! Et, tout autour‖ de ce palais immonde,Ceux qui souffraient étaient‖ les chrétiens de ce monde :C'était le troupeau maigre‖ et sept fois l'an tonduDont le Berger rapace‖ au Maître a répondu,Et que lui-même, hélas !‖ étant un loup féroce,Sans relâche exténue,‖ assomme avec la crosse,Étrangle avec l'étole,‖ et suspend au plancher,Le ventre tout béant,‖ comme fait un boucher !Et l'immense troupeau,‖ par la nuit lamentable,En attendant, Jésus,‖ bêlait vers ton étable !

Et voici que j'ai vu,‖ s'allongeant hors du mur,Comme une main qui va‖ détacher un fruit mûr,Une griffe, rougie‖ à l'infernale forge,Saisir le Grippe-sou‖ monstrueux à la gorgeEt l'emporter, grouillant,‖ sifflant, serrant encorD'un poing crispé du feu‖ qu'il prenait pour de l'or,Afin d'être à son tour‖ dépecé, mis en venteSur l'Étal éternel‖ d'horreur et d'épouvante,Débité membre à membre,‖ et quartier par quartier,Et toujours aussi vif‖ que s'il était entier !

A toi qui tiens le Siège‖ avec la Pentapole,Vêtu du pallium,‖ et la chappe à l'épaule,Bandit de terre et d'eau,‖ que le Diable a sacréPour être au grand soleil‖ un blasphème mitré !Puisqu'il faut pour ta soif‖ que l'Océan tarisse,Je dis que l'Océan‖ est à sec, Avarice !Et qu'au milieu de l'or‖ sanglant qu'il entassa,La Griffe est sur le cou‖ de Balthazar Cossa !

III

L'Esprit m'a dit : Regarde !‖ — Un vol d'oiseaux funèbres,Silencieux, battait‖ le flot lourd des ténèbres :Chauves-souris, hiboux,‖ guivres, dragons volants,Ayant la face humaine‖ avec les yeux dolents,Tels que Virgilius‖ le disait des Harpies.Ils tournoyaient du fond‖ des villes assoupies,Sortant par noirs essaims,‖ démons lâches et laids,De la sainte abbaye‖ autant que du palais.Ils avaient nom la Peur,‖ la Honte et la Sottise,Appétits empêchés‖ que l'impuissance attise,Ambition inepte‖ et blême Vanité,Attrait de faire mal‖ avec impunité,Rancune inexorable‖ et Parole mentie,Poison dans l'eau bénite‖ et poison dans l'hostie,Haine sans but, Fureurs‖ sans brides et sans mors,Bave sur les vivants‖ et bave sur les morts !

Et voici que j'ai vu,‖ par les ombres nocturnes,S'amasser en un bloc‖ les Oiseaux taciturnes,Se fondre étroitement‖ comme s'ils n'étaient qu'un :Bête hideuse ayant‖ la laideur de chacun,Araignée avec dents‖ et griffes, toute verteComme un Dragon du Nil,‖ et d'écume couverte,Écume de fureur‖ muette et du plaisirDe souiller pour autrui‖ ce qu'on ne peut saisir.Sa bouche en était pleine,‖ et pleine sa paupière ;Et ce venin mordait‖ l'or et creusait la pierre,Et, quand il atteignait‖ l'homme juste et puissant,Il n'en restait qu'un peu‖ de fange avec du sang.Donc, remuant la nuit‖ de ses ailes sans nombre,Cette Bête rôdait‖ lugubrement dans l'ombre.Or, j'ai vu, du couchant,‖ venir le FoudroyéQui devant le Seigneur‖ son Dieu n'a point ployé,L'Archange porte-flamme‖ où s'allumaient les astres,Dont les cieux autrefois‖ ont pleuré les désastres,Et qui, vil et méchant,‖ lâche, impur et menteur,De la race maudite‖ horrible tourmenteurDont la poix et le soufre‖ enseignent les approches,Règne piteusement‖ sur les pals et les broches.Il venait d'Aragon,‖ de Rome et d'Avignon,Le noir Sire, ayant pris‖ Judas pour compagnon,Et, tenant par la peau‖ du ventre Ischariote,S'en retournait avec‖ ce vieux compatriote.Et la Bête au-devant‖ du Maître s'envola.

Et j'ai vu l'Orient‖ s'entr'ouvrir, et voilàQue trois Formes d'azur,‖ de lumière et de grâce,Laissant trois fleuves d'or‖ ruisseler sur leur trace,Montaient d'un même trait‖ dans le ciel réjoui,Sans voir le monstre terne‖ et Satan ébloui ;Et j'ai vu que c'étaient,‖ en pure gloire égales,Les trois Roses, les trois‖ Vertus théologales.

La Bête dit, sifflant‖ de rage : — Par malheur,Si haut, je ne les puis‖ atteindre ! Arrache-leurUne aile, Maître, et prends‖ les miennes en échange.— Aucune, dit Satan,‖ n'en a, n'étant point Ange,Mais impalpable idée‖ et divin sentiment.— Leurs yeux ! arrache-les.‖ Un œil, un seulement !Et tu crèveras, Maître,‖ après, mes deux prunelles.— Nulle, dit Satan, n'a‖ de visions charnelles.Point d'ailes et point d'yeux :‖ ce sont pures clartés.Va ! Laisse-les monter‖ par les immensitésDe lumière où leur Dieu‖ se rit de ma défaiteEt de la destinée‖ horrible qu'il m'a faite.Aussi bien, qui pourrait‖ les suivre au fond du ciel ?Mais le monde est à nous ;‖ noyons-le dans le fiel :C'est un gouffre plus sûr‖ que l'antique Déluge ;Et que l'homme n'ait plus‖ que l'Enfer pour refuge !Va ! Jean est chair du Diable,‖ et Grégoire est mauvais,Et Benoît fort têtu.‖ Donc, rejoins-les. — J'y vais,Dit la Chauve-souris‖ énorme, j'y vais, Maître. —Et je l'ai vue au fond‖ de la nuit disparaître.

Or l'Envie est en vous,‖ Pierre, Ange et Balthazar !Cramponnés aux haillons‖ de pourpre où fut César,Chacun rit d'être nu,‖ s'il a dépouillé l'autre ;Et sur les trois morceaux‖ du siège de l'Apôtre,Près de rôtir, avec‖ un goupil infecté,Intrus, vous aspergez‖ le monde et la cité !

IV

L'Esprit, par ses chemins,‖ m'a mené d'une haleineSur une masse noire‖ et bourdonnante, pleineDe vapeurs, où dormait‖ un fleuve entre des joncs,D'aiguilles hérissée‖ et de tours, de donjons,D'enclos tout crénelés‖ comme des citadelles,Et de vols carnassiers‖ faisant un grand bruit d'ailesAutour de hauts gibets‖ où flottaient, morfondus,Sous la pluie et le vent‖ des amas de pendus.Et j'ai vu que c'était‖ Paris, la bonne Ville :Masures et palais,‖ princes et plèbe vile,Et non loin, le coteau‖ des trois martyrs bénis,Éleuthère, Rustique‖ et Monsieur saint Denys.Et j'ai vu la maison‖ des Lys, muette et haute,Géhenne dont le roi‖ Charles sixième est l'hôte ;Et les murs en montaient‖ dans la brume, tout droits,Mornes, si ce n'était‖ que, par rares endroits,Une rouge lueur,‖ du fond des embrasures,Sortait, comme du sang‖ qui jaillit des blessures.Et l'une des clartés‖ de ce royal tombeauÉtait la lampe d'or‖ de Madame Isabeau.

Certe, au pays d'Égypte,‖ où brandit l'oriflammeLoys, le chevalier dont le Seigneur a l'âme,Jadis régna, du temps‖ des mille dieux païens,Sur Thèbes et Memphis‖ et les Éthiopiens,Cléopâtre avec qui‖ le Démon fit ses œuvres,Et qui portait, dit-on,‖ un collier de couleuvres.C'était une damnée‖ effroyable, en effet.N'ayant peur de l'enfer‖ ni honte, elle avait faitDe son lit une auberge‖ où s'en venait la terreSe soûler à pleins brocs‖ du vin de l'adultère.Rois d'Asie et consuls‖ de Rome, jours et nuits,Y coudoyaient, tout pleins‖ d'imbéciles ennuis,L'esclave et l'homme noir‖ à la face abêtieQue, dès l'aube, la mort‖ happait à la sortie.Mais tous étaient frappés‖ du même aveuglement,Cette larve et le peuple‖ antique son amant ;Tous péchaient et mouraient‖ sous la loi d'anathème,Ignorant la Parole‖ et les fonts du baptême ;Car ton soleil, Jésus,‖ ne s'était point levéSur la femme, chair vile,‖ et sur l'homme énervé.Or j'ai vu, comme aux temps‖ de cette Égyptienne,Seigneur Christ ! en Paris,‖ la Ville très chrétienne,L'oratoire royal‖ étant un mauvais lieu,La débauche s'ébattre‖ à la face de Dieu ;Et, l'Époux étant fol,‖ l'Épouse déchaînéeMeurtrir la bonne France‖ aux quatre bouts saignée,La vendre par quartiers‖ à l'inceste éhonté,Au parjure damnable,‖ au meurtre ensanglanté,Aux limiers d'Armagnac,‖ aux bouchers de Bourgogne ;Pourvu que, secouant‖ sa dernière vergogne,La Ribaude, en horreur‖ même aux plus avilis,Prostituât sa chair‖ sur la couche des Lys !Et voici que j'ai vu,‖ dans la vapeur malsaineÉpandue aux deux bords‖ marécageux de Seine,Force maisons de Dieu,‖ silencieusement,Monter comme des bras‖ au sombre firmament ;Et j'ai vu, tout navrés‖ durant ces infamies,Au fond des saintes nefs‖ à cette heure endormies,Les Anges qui pleuraient‖ du haut des pendentifs ;Et leurs lèvres de pierre‖ avaient des sons plaintifs ;Et saint Michel-Archange,‖ en sa cotte de mailles,Foulait plus rudement‖ le Diable ceint d'écailles ;Et Madame la Vierge,‖ un pied sur le croissant,Dans sa robe d'azur‖ étoilé, gémissant,Suppliante, tournait‖ sa face maternelleVers le Supplicié‖ de la Croix éternelle !

Ah ! Madame Isabeau,‖ tristes étaient les cieux !Mais j'ai vu clairement‖ s'en venir, fort joyeux,Par milliers, les démons‖ hurler à votre porte,Demandant si votre âme‖ est à point qu'on l'emporte.Et voici qu'au milieu‖ du sabbat rugissant,J'ai vu, prise aux cheveux,‖ livide, l'œil en sang,Louve qui, de ses dents,‖ retroussait sa babine,De l'intrus Jean vingt-trois‖ la vieille concubineQui, devant Balthazar‖ et Madame Isabeau,Frayait le grand chemin‖ du flamboyant tombeau

V

L'Esprit, en cette nuit‖ impassible et sans trêve,A soufflé dans mes yeux‖ la forme de mon rêve ;Et j'ai vu, de mon ombre,‖ émerger au levantLe soleil, nef de feu‖ que flagellait le vent,Qui voguait, haut et rude,‖ et, crevant les nuées,Rejetait en plein ciel‖ leurs masses refluées.Les monts resplendissaient‖ comme de grands falotsAllumés par d'épais‖ brouillards ; et, sur les flotsDe la mer, une rouge‖ et furieuse écumeSautait avec le bruit‖ de l'eau qui bout et fume ;Et les plaines, où sont‖ les villes, les hameaux,Fleuves et lacs, et l'homme‖ et tous les animaux,Avec la multitude‖ innombrable des plantes,S'épandaient sous mes yeux,‖ humides et sanglantes ;Et j'ai cru voir le jour,‖ dès longtemps résolu,Où viendra de l'abîme‖ un astre chevelu,Horrible, qui fera‖ de la terre une braise,Et puis un peu de cendre‖ au fond de la fournaise !Seigneur ! ce n'était pas‖ la suprême clartéQui doit flamber au seuil‖ de notre éternité ;Ce n'était pas le jour‖ des tardives détresses,Ni le clairon d'appel‖ aux âmes pécheresses,Ni Josaphat ployant‖ sous la foule des morts,Effroyable moisson‖ d'inutiles remords ;C'était, grâce à Satan‖ qui l'allume et l'amène,L'ordinaire soleil‖ dont luit la race humaine !

Or, voici que j'ai vu‖ le monde, comme un préImmense, qui grouillait‖ sous ce soleil pourpré,Plein d'hommes portant heaume‖ et cotte d'acier, lance,Masse d'armes et glaive,‖ engins de violenceAvec loques d'orgueil,‖ bannières et pennonsOù le Diable inscrivait‖ leur lignée et leurs noms.Et c'était un amas‖ de nations diverses :Sarrasins de Syrie,‖ Arméniens et Perses,Et ceux d'Égypte et ceux‖ de Tartarie avecLe More grenadin,‖ le Sarmate et le Grec.Et ces troupes de pied‖ et ces cavaleries,Hurlant, les yeux hagards,‖ haletantes, meurtries,Se ruant pêle-mêle‖ en tourbillons, rendantL'écume de la rage‖ à chaque coup de dent,Sur la terre, Jésus,‖ que ta croix illumine,S'entre-mangeaient, ainsi‖ qu'en un temps de famine.Et les plus furieux,‖ Seigneur, quels étaient-ils ?Était-ce donc la horde‖ aveugle des Gentils,Ou ceux qui, pour nier‖ à l'aise ta lumière,Du fil de la malice‖ ont cousu leur paupière ?Non ! les plus égorgeurs,‖ hélas ! c'étaient tes fils,Les rois, oints du saint chrême‖ aux pieds du Crucifix,Les peuples baptisés‖ de ton sang adorable,Tels que des chiens hurlant‖ sur un os misérable,Qui faisaient de la terre‖ et de la ChrétientéUn heu de boucherie‖ et de rapacité !Et les trois Échappés‖ de leur triple conclaveSoufflaient cet incendie‖ et chauffaient cette lave !

Ah ! s'il faut que toujours‖ le terrestre troupeauDonne une issue à l'âme‖ au travers de la peau,Et que le sang toujours,‖ par les monts et les plaines,Emplissant le ciel bleu‖ de ses âcres haleines,Fume dans l'holocauste‖ éternel d'ici-bas,Rends-nous la Foi vivante‖ et les sacrés combats,Ton amour, ô Jésus,‖ avec ton espérance,Comme aux jours des Philippe et des Loys de France,Alors qu'un monde entier,‖ plein de joie et priant,Ta pure image au cœur‖ fluait vers l'Orient !Où les âmes, du corps‖ périssable échappées,Et ceintes de l'éclair‖ sans tache des épées,Montaient, laissant les fronts‖ tranquilles et hardis,Par leur chemin sanglant,‖ au divin Paradis !Car en ce temps, Jésus !‖ la mort, c'était la vie,La gloire bienheureuse‖ où ta grâce convieLes héros trépassés‖ autant que les martyrs,Et toutes les vertus‖ et tous les repentirs.

Mais en ce pré, champ clos‖ immense de la haine,La Colère broyait‖ les morts pour la Géhenne,Et, triomphant dans sa‖ hideuse déraison,D'un râle de damnés‖ emplissait l'horizon

VI

L'Esprit m'a descendu‖ sur les grasses valléesTourangelles, durant‖ les heures étoiléesOù l'alouette dort‖ dans les blés, où les bœufsRuminent en songeant‖ aux pacages herbeux,Où le Jacque, épuisé‖ de son labeur, oublieSa grand'misère avec‖ la chaîne qui le lie.Et j'ai vu que la nuit‖ était muette autourDu chaume pitoyable‖ et de la noble tour,Hormis le noir moutier,‖ qui, de la Loire claire,Dressait hautainement‖ sa masse séculaire,Et d'où sortaient des voix‖ et de larges clartésComme aux saintes Noëls‖ dans les solennités.Or, ce n'était, selon‖ les règles accomplies,Ni matines, Jésus !‖ ni laudes, ni complies,Ni les neuf psaumes, ni‖ les pieuses leçons ;A vrai dire, c'étaient‖ d'effroyables chansons,Et, par entier mépris‖ du divin monitoire,Les torches de l'orgie‖ autour du réfectoire !Et voici que j'ai vu,‖ par ces rouges éclats,La table, aux ais massifs,‖ qui ployait sous les plats,Les cruches, les hanaps,‖ les brocs, les écuelles ;Et, jetant leurs odeurs‖ brutes et sensuelles,Les viandes qui fumaient :‖ chair de porc à foison,Chair de bœuf, jars et paons‖ rôtis, et venaison ;Chair d'agneau, moutons gras‖ qui grésillaient encore,Et bons coqs que leur crête‖ écarlate décore.Et les vapeurs montaient,‖ épaisses, au plafond.Le sire Abbé trônait‖ sur son banc-d'œuvre, au fond ;Et, tout le long de cette‖ énorme goinfrerie,Cent moines très joyeux,‖ à la trogne fleurie,Entonnant les bons jus‖ de Touraine, plongeantLes dix doigts dans la viande‖ écharpée, aspergeantDe sauces et de vin‖ leurs faces et leurs ventres,Semblaient au tant de loups‖ sanglants au fond des antres.Derrière ces goulus,‖ non moins empressés qu'eux,Convers et marmitons,‖ avec les maîtres queux,Les caves ou cuisaient‖ les choses étant proches,Comblaient les plats vidés,‖ dégarnissaient les broches,Allant, venant, courant,‖ suant, vrai tourbillonDe diables tout mouillés‖ des eaux du goupillon.Quelque moine alourdi‖ tombait par intervalleA la renverse, avec‖ la cruche qu'il avale,Et les autres riaient‖ de ses gémissements,Et l'ensevelissaient‖ sous les reliefs fumants.

Mais j'ai vu que le sire‖ Abbé, droit sur son siège,Bouche close, au milieu‖ du fracas qui l'assiège,Sous son capuchon noir,‖ ainsi qu'un étranger,Oyait et regardait,‖ sans boire ni manger.Or, prenant en souci‖ ce jeûne et ce silence,J'ai vu ses yeux, aigus‖ comme des fers de lance,Qui tantôt reluisaient‖ à travers ses cils roux,Et s'emplissaient tantôt‖ d'ombre comme deux trous.De sorte que, la bande‖ étant à bout de forces,Les uns, tels que des troncs‖ qui crèvent leurs écorces,Faisant craquer la peau‖ trop pleine de leurs flancs ;Les autres, à demi‖ noyés, les bras ballants,La tête sur la table,‖ et la langue tirée,Pareils à des pourceaux‖ repus de leur curée ;J'ai vu le sire Abbé‖ se lever lentementAu bout du réfectoire‖ infect et tout fumant ;Et sa tête toucha‖ les poutres enflammées ;Et j'ai vu les deux mains‖ d'ongles crochus armées,La face où le regard‖ divin a flamboyé,Et j'ai vu que c'était‖ Satan, le Foudroyé !

Un silencieux rire‖ ouvrit ses blêmes lèvresQue dessèche la soif‖ des ineffables fièvres.De son œil rouge et creux‖ comme un gouffre, soudainJaillit un morne éclair‖ de joie et de dédain ;Il dit : — Holà ! c'est l'heure !‖ — Et voici qu'à cet ordre,Tandis que les repus‖ commençaient de se tordreEt de geindre, voilà‖ que, par milliers surgis,Marmitons, queux, servants,‖ avec des pals rougis,Des fourches, des tridents‖ et des pieux et des piques,A la file embrochaient‖ les moines hydropiques,Et jetaient, toute chaude‖ et vive, dans l'enfer,La Goinfrerie, ayant‖ pour abbé Lucifer !

VII

L'Esprit m'a flagellé‖ rudement en arrièreDes temps, et j'ai revu,‖ sous Rome la guerrière,Et le tétrarque Hérode‖ et le vieux sanhédrin,La cité de David‖ liée au joug d'airain,Josaphat, le Cédron‖ et les saintes piscines,Et le bois d'oliviers‖ aux antiques racines.Et voici que j'ai vu,‖ par le soleil levant,Le Temple où résidait‖ l'arche du Dieu vivant.Une foule, semblable‖ à des essaims d'abeilles,Entrait, sortait. Ceux-ci‖ ployés sous des corbeillesDe légumes, de fruits‖ ou de chairs en quartiers ;Ceux-là traînant des bœufs.‖ Gens de mille métiers,Vendeurs de lin d'Égypte‖ et vendeurs de ramées,Vendeurs de graisse brute‖ ou d'huiles parfumées,D'étoffes et de vins‖ de la Perse, et d'amasDe glaives et de dards‖ fabriqués à Damas,De piques, de cuissards,‖ de casques et de dagues ;Orfèvres, débitant‖ les colliers et les bagues ;Changeurs d'or et d'argent‖ bien munis de faux poids,Marchands de sel, marchands‖ de résine et de poix ;Marchands de grains, donnant‖ la mauvaise mesure,Et force grippe-sous‖ prêtant à grande usureAutour des Chérubins‖ et des sept Chandeliers.Donc, du parvis profond‖ au bas des escaliers,Le Temple n'était plus‖ qu'une halle effroyableDont les Anges pleuraient‖ et dont riait le Diable.Or, voici que j'ai vu,‖ sous ses beaux cheveux roux,Jésus, Notre-Seigneur,‖ très pâle de courroux,Qui passait à travers‖ toutes ces industriesEt ces gens par la soif‖ d'un lucre vil flétries,Infectant de fumier,‖ de graisses et de vin,De clameurs et de vols‖ impurs, le lieu divin !Le Roi Christ était doux,‖ plein de miséricorde ;Mais j'ai vu qu'il tirait‖ de sa robe une cordeNoueuse, mise en trois‖ et dure comme il faut,Et qu'à grands coups de fouet‖ il les chassait d'en hautPar les rampes, crevant‖ les sacs, les escarcellesPleines d'argent, poussant‖ les bœufs sur les vaisselles,Et les outres de vin‖ sur les riches tissus,Et l'âne sur l'ânier‖ et le tout par-dessus ;Parce que cette engeance,‖ ainsi qu'au temps moderne,Faisait de la maison‖ divine une caverne !

Et tandis que Jésus‖ rendait ce jugementEt fouettait ces voleurs‖ très véhémentement,Les disciples, non loin,‖ assis sous les portiques,Méditaient, le cœur plein‖ de visions mystiques,Et de l'âme cherchaient,‖ comme d'autres des yeux,Le Royaume du Maître‖ au delà des sept cieux.Nul ne se souciait,‖ plongé dans sa pensée,De la foule en rumeur‖ hors du Temple chassée,Croyant que tout est bien‖ sur terre, quand on croit,Et que le mieux, après,‖ arrive par surcroît.Et le Roi Christ survint,‖ disant : — Ce n'est point l'heureDe prier, quand le feu‖ dévore la demeure.Bienheureux qui se lève,‖ et, luttant, irrité,Pour la justice en peine‖ et pour la charité,Applique sur le mal‖ l'efficace remède !Et malheur à qui n'est‖ ni chaud ni froid, mais tiède !Or, que faites-vous là ?‖ Rien. Moi, je vous le dis,L'inactif n'aura point‖ de place au Paradis ! —

Et moi, je vous le dis,‖ après Christ, la LumièreQui s'en vint dissiper‖ l'obscurité première,L'Eau vive qui circule‖ au sillon desséché ;Je vous le dis à vous‖ qui fuyez le Péché,Et les fanges du siècle,‖ âmes encor sans tacheParmi ceux qu'en enfer‖ Satan mène à l'attache ;O princes ! — s'il en est !‖ — moines, prieurs, abbés,Qui n'êtes point encor‖ dans ses pièges tombés,Mais qui, les bras croisés‖ et les yeux pleins de larmes,Pour le combat de Dieu‖ n'endossez point vos armes,Je vous le dis : Malheur !‖ Et quand le jour luiraDu dernier jugement,‖ le Roi Christ vous dira :— Arrière, paresseux !‖ cœurs tremblants, cœurs d'esclaves,Je ne suis pas le Dieu‖ des lâches, mais des braves !Qui de vous a souffert ?‖ qui de vous a lutté ?Allez ! Je vous renie,‖ et pour l'éternité ! —

Voilà ce que j'ai vu‖ par le nocturne espace,En ce monde où l'Agneau‖ divin bêle et trépassePour l'âme et pour la chair‖ d'Adam dur et têtu ;Où le Sang qui nous lave‖ a perdu sa vertu ;Où la barque de Pierre,‖ aux trois courants livrée,Heurte les rocs aigus,‖ et s'en va, démembrée,En haute mer, portant,‖ sous les cieux assombris,La pauvre Chrétienté‖ qui charge ses débris.Voilà ce que j'ai vu,‖ par la grâce très sainteDe l'Esprit : la Foi morte‖ et la Vérité ceinteD'épines, comme Christ,‖ après Gethsémani ;Le Siège unique à bas‖ et son éclat terni ;Le bon grain pourrissant‖ dans les sillons arides ;Royautés sans lumière,‖ et nations sans brides ;Et, par grande misère,‖ au milieu de cela,En liesse, sonnant‖ ses trompes de gala,Par-devant Sigismund‖ qui souffre ce blasphème,La nouvelle hérésie‖ au pays de Bohême.

Or le Roi Jésus-Christ,‖ parlant, comme il lui plaît,Par la bouche de l'aigle‖ ou bien de l'oiselet,M'a dit : — Lève-toi, Guy‖ de Clairvaux, pauvre moine,Car voici que Satan‖ détruit mon patrimoine,Et le temps est venu‖ d'agir de haute mainEt promptement, de peur‖ qu'il soit trop tard demain. —Moi, je l'ai supplié,‖ d'une oraison fervente,De m'épargner, chétif‖ que le siècle épouvante ;Mais Jésus, derechef,‖ m'a pris par les cheveux,Disant : — Parle tout haut,‖ moine Guy ! je le veux. —Donc, Monsieur saint Bernard‖ qui siège au lieu céleste,Hausse ma voix ! l'Esprit‖ divin fera le reste.

Sus ! sus ! La coupe est pleine‖ et déborde. Debout,Les forts, les purs, les bons,‖ car le monde est à bout !Et voici que tantôt‖ la vieille idolâtrieS'en va noyer la terre‖ et sa race flétrie,Mieux qu'au déluge où Dieu‖ jadis se résolut,Moins la colombe, avec‖ le rameau du salut !Sus ! Empereurs et Rois,‖ chefs du Centre et des Marches,Cardinaux et Primats,‖ Évêques, Patriarches,Abbés, Généraux d'ordre‖ et Docteurs très chrétiens,Vous tous, les boucliers,‖ les flambeaux, les soutiensDe la très vénérable‖ Église, notre mère,Qui languit et qui pleure‖ en son angoisse amère !Je vous adjure, au nom‖ des Âmes en dangerQui sont pâture aux loups‖ et n'ont plus de Berger,Par la sanglante Croix‖ où pend le Fils unique,Sus ! Debout ! Au très saint‖ Concile oecuménique !

Au Concile ! Sitôt‖ que vous y siégerez,A vos fronts comme à ceux‖ des apôtres sacrés,Luira le Paraclet‖ en flamboyantes langues,Qui mettra la sagesse‖ en vos bonnes harangues ;Et le sens infaillible‖ et la droite équitéSeront fruits mûrs de votre‖ impeccabilité !Sus ! triez le froment‖ des pailles de l'ivraie !Par Décrets et Canons‖ qui sont la Règle vraieQue tout soit apaisé,‖ que tout soit rétabli ;Qu'en son gouffre Satan‖ retombe enseveli ;Que le Siège, étant Un‖ comme Dieu qui le fonde,Soit Parole et Lumière‖ aux quatre bouts du monde,Source vive au Fidèle,‖ espérance au Gentil,Et joie en terre comme‖ au ciel ! Ainsi soit-il !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
326((aa))
Mètre
Alexandrins surtout (650 de 12, 2 de 11)· profil 11, 6−6
Mots à la rime
a l'Hostie / sortie féminine, classiqueb mains / Romains masculine, classiquec soutienne / chrétienne féminine, classiqued mer / l'Enfer masculine, classiquee abbaye / obéie féminine, classiquef su / conçu masculine, classiquea regarde / garde féminine, classiqueb vois / voix masculine, classiquec domaines / humaines féminine, classiqued Séraphins / fins masculine, classiquee ailes / zèles féminine, classiquef Paraclet / parlait masculine, classiquea Vierge / cierge féminine, classiqueb missel / universel masculine, classiquec principale / papale féminine, classiqued nourris / pourris masculine, classiquee l'espace / trépasse féminine, classiquef s'engloutir / martyr masculine, classiqueg âmes / flammes féminine, classiqueh jadis / Paradis masculine, classiquei navrure / Serrure féminine, classiquej contents / battants masculine, classiquek Obédiences / audiences féminine, classiquea clous / loups masculine, classiqueb membres / antichambres féminine, classiquec pillards / vieillards masculine, classiqued femmes / infâmes féminine, classiquee maison / d'oraison masculine, classiquef sommes / hommes féminine, classiqueg pourvu / vu masculine, classiquea charnelle / aile féminine, classiqueb gravi / ravi masculine, classiquec nuées / diminuées féminine, classiqued vision / Sion masculine, classiquee épaisse / espèce féminine, classiquef linceul / seul masculine, classiqueg crèche / fraîche féminine, classiqueh pureté / clarté masculine, classiquea joyeuse / radieuse féminine, classiqueb nuit masculine, classiquec ruisselle / étincelle féminine, classiqued voir / noir masculine, classiquee taire / terre féminine, classiquef Emmanoël / Noël masculine, classiqueg Palmyre / myrrhe féminine, classiqueh d'effroi / beffroi masculine, classiquei apparaître / naître féminine, classiquej chef / Joseph masculine, classiquek bercée / dressée féminine, classiquea chenu / nu masculine, classiqueb bouche / farouche féminine, classiquec feu / Dieu masculine, classiquea prophéties / Messies féminine, classiqueb Sidon / abandon masculine, classiquec chaume / royaume féminine, classiqued Volonté / dompté masculine, classiquee d'intelligence / engeance féminine, classiquef roseau / oiseau masculine, classiqueg vaine / veine féminine, classiqueh seras / bras masculine, classiquei plantes / tremblantes féminine, classiquej dit / Maudit masculine, classiqueb mensonge / l'Éponge féminine, classiquea cela / s'écroula masculine, classiquea vicaires / reliquaires féminine, classiqueb malheur / douleur masculine, classiquec plaie / s'effraie féminine, classiqued ardents / dents masculine, classiquea bornes / mornes féminine, classiqueb irrité / obscurité masculine, classiquec meurtrière / prière féminine, classiqued occis / assis masculine, classiquee populace / place féminine, classiquef vent / vivant masculine, classiqueg sauvage / rivage féminine, classiqueh silencieux / pieux masculine, classiquei murailles / ferrailles féminine, classiquej écoutait / sortait masculine, classiquea colossale / salle féminine, classiqueb plafond / font masculine, classiquec homme / nomme féminine, classiqued acharné / illuminé masculine, classiquee flétries / pierreries féminine, classiquef flamboyements / vêtements masculine, classiquea amères / mères féminine, classiqueb Spoliation / exécration masculine, classiquec illégitimes / victimes féminine, classiqued fer / mer masculine, classiquee suprême / chrême féminine, classiqueb diamants / serments masculine, classiquec misérables / adorables féminine, classiqued fiel / ciel masculine, classiquee immonde / monde féminine, classiquef tondu / répondu masculine, classiqueg féroce / crosse féminine, classiqueh plancher / boucher masculine, classiquei lamentable / étable féminine, classiquea mur / mûr masculine, classiqueb forge / gorge féminine, classiquec encor / l'or masculine, classiqued vente / d'épouvante féminine, classiquee quartier / entier masculine, classiquea Pentapole / l'épaule féminine, classiqueb sacré / mitré masculine, équivalentec tarisse / Avarice féminine, classiqued entassa / Cossa masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb volants / dolents masculine, classiquec Harpies / assoupies féminine, classiqued laids / palais masculine, classiquee Sottise / attise féminine, classiquef Vanité / impunité masculine, classiqueg mentie / l'hostie féminine, classiqueh mors / morts masculine, classiquea nocturnes / taciturnes féminine, classiqueb qu'un / chacun masculine, classiquec verte / couverte féminine, classiqued plaisir / saisir masculine, classiquee paupière / pierre féminine, classiquef puissant / sang masculine, classiqueg nombre / l'ombre féminine, non classiqueh Foudroyé / ployé masculine, classiquei astres / désastres féminine, classiquej menteur / tourmenteur masculine, classiquek approches / broches féminine, classiquel d'Avignon / compagnon masculine, classiquem Ischariote / compatriote féminine, classiquen s'envola / voilà masculine, classiqueb grâce / trace féminine, classiquec réjoui / ébloui masculine, classiqued égales / théologales féminine, classiquea malheur / Arrache-leur masculine, classiqueb échange / Ange féminine, classiquec sentiment / seulement masculine, classiqued prunelles / charnelles féminine, classiquee clartés / immensités masculine, classiquef défaite / faite féminine, classiqueg ciel / fiel masculine, classiqueh Déluge / refuge féminine, classiquei mauvais / vais masculine, classiquej Maître / disparaître féminine, classiquea Balthazar / César masculine, classiqueb l'autre / l'Apôtre féminine, classiquec infecté / cité masculine, classiquea haleine / pleine féminine, classiqueb joncs / donjons masculine, classiquec citadelles / d'ailes féminine, classiqued morfondus / pendus masculine, classiquee Ville / vile féminine, classiquef bénis / Denys masculine, classiqueg haute / l'hôte féminine, classiqueh droits / endroits masculine, classiquei embrasures / blessures féminine, classiquej tombeau / Isabeau masculine, classiquea l'oriflamme / l'âme féminine, classiqueb païens / Éthiopiens masculine, classiquec œuvres / couleuvres féminine, classiqued effet / fait masculine, classiquee terre / l'adultère féminine, classiquef nuits / ennuis masculine, classiqueg abêtie / sortie féminine, classiqueh aveuglement / amant masculine, classiquei d'anathème / baptême féminine, classiquej levé / énervé masculine, classiquek Égyptienne / chrétienne féminine, classiquel lieu / Dieu masculine, classiquem déchaînée / saignée féminine, classiquen éhonté / ensanglanté masculine, classiqueo Bourgogne / vergogne féminine, classiquep avilis / Lys masculine, classiqueq malsaine / Seine féminine, classiquer silencieusement / firmament masculine, classiques infamies / endormies féminine, classiquet pendentifs / plaintifs masculine, classiqueu mailles / d'écailles féminine, classiquev croissant / gémissant masculine, classiquew maternelle / éternelle féminine, classiquea cieux / joyeux masculine, classiqueb porte / l'emporte féminine, classiquec rugissant / sang masculine, classiqued babine / concubine féminine, non classiquee Isabeau / tombeau masculine, classiquea trêve / rêve féminine, classiqueb levant / vent masculine, classiquec nuées / refluées féminine, classiqued falots / flots masculine, classiquee écume / fume féminine, classiquef hameaux / animaux masculine, classiqueg plantes / sanglantes féminine, classiqueh résolu / chevelu masculine, classiquei braise / fournaise féminine, classiquej clarté / éternité masculine, classiquek détresses / pécheresses féminine, classiquel morts / remords masculine, classiquem l'amène / humaine féminine, classiquea pré / pourpré masculine, classiqueb lance / violence féminine, classiquec pennons / noms masculine, classiqued diverses / Perses féminine, classiquee avec / Grec masculine, classiquef cavaleries / meurtries féminine, classiqueg rendant / dent masculine, classiqueh illumine / famine féminine, classiquei étaient-ils / Gentils masculine, classiquej lumière / paupière féminine, classiquek fils / Crucifix masculine, classiquel adorable / misérable féminine, classiquem Chrétienté / rapacité masculine, classiquen conclave / lave féminine, classiquea troupeau / peau masculine, classiqueb plaines / haleines féminine, classiquec d'ici-bas / combats masculine, classiqued espérance / France féminine, classiquee priant / l'Orient masculine, classiquef échappées / épées féminine, classiqueg hardis / Paradis masculine, classiqueh vie / convie féminine, classiquei martyrs / repentirs masculine, classiquea haine / Géhenne féminine, classiqueb déraison / l'horizon masculine, classiquea vallées / étoilées féminine, classiqueb bœufs / herbeux masculine, classiquec oublie / lie féminine, classiqued autour / tour masculine, classiquee claire / séculaire féminine, classiquef clartés / solennités masculine, classiqueg accomplies / complies féminine, classiqueh leçons / chansons masculine, classiquei monitoire / réfectoire féminine, classiquej éclats / plats masculine, classiquek écuelles / sensuelles féminine, classiquel foison / venaison masculine, classiquem encore / décore féminine, classiquen plafond / fond masculine, classiqueo goinfrerie / fleurie féminine, classiquep plongeant / aspergeant masculine, classiqueq ventres / antres féminine, classiquer qu'eux / queux masculine, classiques proches / broches féminine, classiquet tourbillon / goupillon masculine, classiqueu intervalle / avale féminine, classiquev gémissements / fumants masculine, classiquea siège / l'assiège féminine, classiqueb étranger / manger masculine, classiquec silence / lance féminine, classiqued roux / trous masculine, classiquee forces / écorces féminine, classiquef flancs / ballants masculine, classiqueg tirée / curée féminine, classiqueh lentement / fumant masculine, classiquei enflammées / armées féminine, classiquej flamboyé / Foudroyé masculine, classiquea lèvres / fièvres féminine, classiqueb soudain / dédain masculine, classiquec ordre / tordre féminine, classiqued surgis / rougis masculine, classiquee piques / hydropiques féminine, classiquef l'enfer / Lucifer masculine, classiquea arrière / guerrière féminine, classiqueb sanhédrin / d'airain masculine, classiquec piscines / racines féminine, classiqued levant / vivant masculine, classiquee d'abeilles / corbeilles féminine, classiquef quartiers / métiers masculine, classiqueg ramées / parfumées féminine, classiqueh d'amas / Damas masculine, classiquei dagues / bagues féminine, classiquej poids / poix masculine, classiquek mesure / usure féminine, classiquel Chandeliers / escaliers masculine, classiquem effroyable / Diable féminine, classiquen roux / courroux masculine, classiqueo industries / flétries féminine, classiquep vin / divin masculine, classiqueq miséricorde / corde féminine, classiquer faut / haut masculine, classiques escarcelles / vaisselles féminine, classiquet tissus / par-dessus masculine, classiqueu moderne / caverne féminine, classiquea jugement / véhémentement masculine, classiqueb portiques / mystiques féminine, classiquec yeux / cieux masculine, classiqued pensée / chassée féminine, classiquee croit / surcroît masculine, classiquef l'heure / demeure féminine, classiqueg irrité / charité masculine, classiqueh remède / tiède féminine, classiquei dis / Paradis masculine, classiquea Lumière / première féminine, classiqueb desséché / Péché masculine, classiquec tache / l'attache féminine, classiqued abbés / tombés masculine, classiquee larmes / armes féminine, classiquef luira / dira masculine, classiqueg d'esclaves / braves féminine, classiqueh lutté / l'éternité masculine, classiquea espace / trépasse féminine, classiqueb têtu / vertu masculine, classiquec livrée / démembrée féminine, classiqued assombris / débris masculine, classiquee sainte / ceinte féminine, classiquef Gethsémani / terni masculine, classiqueg arides / brides féminine, classiqueh cela / gala masculine, classiquei blasphème / Bohême féminine, classiquea plaît / l'oiselet masculine, classiqueb moine / patrimoine féminine, classiquec main / demain masculine, classiqued fervente / épouvante féminine, classiquee cheveux / veux masculine, classiquef céleste / reste féminine, classiquea Debout / bout masculine, classiqueb idolâtrie / flétrie féminine, classiquec résolut / salut masculine, classiqued Marches / Patriarches féminine, classiquee chrétiens / soutiens masculine, classiquef mère / amère féminine, classiqueg danger / Berger masculine, classiqueh unique / oecuménique féminine, classiquea siégerez / sacrés masculine, classiqueb langues / harangues féminine, classiquec équité / impeccabilité masculine, classiqued l'ivraie / vraie féminine, classiquee rétabli / enseveli masculine, classiquef fonde / monde féminine, classiqueg Gentil / soit-il masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

652 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes barbares, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources