Poèmes tragiques, 1884
Le secret de la vie
LE secret de la vie‖ est dans les tombes closes :Ce qui n'est plus n'est tel‖ que pour avoir été ;Et le néant final‖ des êtres et des chosesEst l'unique raison‖ de leur réalité.
Ô vieille Illusion,‖ la première des causes !Pourquoi nous éveiller‖ de notre éternité,Si, toi-même n'étant‖ que leurre et vanité,Le secret de la vie‖ est dans les tombes closes ?
Hommes, bêtes et Dieux‖ et monde illimité,Tout cela jaillit, meurt‖ de tes métamorphoses.Dans les siècles, que tu‖ fais naître et décomposes,Ce qui n'est plus n'est tel‖ que pour avoir été.
À travers tous les temps,‖ splendides ou moroses,L'esprit, rapide éclair,‖ en leur vol emporté,Conçoit fatalement‖ sa propre inanitéEt le néant final‖ des êtres et des choses.
Oui ! sans toi, qui n'es rien,‖ rien n'aurait existé :Amour, crimes, vertus,‖ les poisons ni les roses.Le rêve évanoui‖ de tes œuvres éclosesEst l'unique raison‖ de leur réalité.
Ne reste pas inerte‖ au seuil des portes closes,Homme ! Sache mourir‖ afin d'avoir été ;Et, hors du tourbillon‖ mystérieux des choses,Cherche au fond de la tombe,‖ en sa réalité,Le secret de la vie.
Versification
- Forme
- Rondeau redoublé (rondeau)
- Rimes
- ABAB abbA baaB abbA baaB ababc
- Mètre
- Alexandrins surtout (24 de 12, 1 de 6)· profil 6−6
- Mots à la rime
- a closes / choses féminine, classiqueb été / réalité masculine, classiquea causes / closes féminine, classiqueb éternité / vanité masculine, classiquea illimité / été masculine, classiqueb métamorphoses / décomposes féminine, classiquea moroses / choses féminine, classiqueb emporté / inanité masculine, classiquea existé / réalité masculine, classiqueb roses / écloses féminine, classiquec vie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
25 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes tragiques, Librairie Alphonse Lemerre, Paris, 1886· numérisation ATILF Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française· Sources