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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Épîtres et élégies, 1819· Épitres

ÉPITRE III. A M. cousin, professeur d’histoire de la philosophie a la faculté de paris

Charles Loyson· 1 distiques, alexandrins, 164 vers

TANDIS que devers l’Elbe en des climats lointainsTu vas interroger‖ le savoir des Germains,Et que, Solon nouveau,‖ tu cours les grandes routesCherchant la vérité‖ pour rapporter des doutes,Ton ami, cependant,‖ devenu villageois,Attend la fin d'octobre‖ enterré dans les bois.Comme toi j'ai quitté‖ les rives de la Seine,J'ai visité les monts‖ que surnomma Pyrêne,Et les champs de Toulouse,‖ où la victoire en deuilDe ses lauriers sanglans‖ se pare avec orgueil ;J'ai vu devant Bordeaux,‖ sous les nefs des deux mondes,L'opulente Garonne‖ enfler ses nobles ondes ;Et près de Bergerac arrosé par sa sœur,Enfin d'un court repos‖ je goûte la douceur.Là, parmi des forêts,‖ dont la noire étendueDe son aspect sauvage‖ attriste au loin la vue,La nature a caché‖ le plus riant vallonOù puisse en paix rêver‖ un enfant d'Apollon.Deux rangs de verts coteaux‖ enferment des prairies,Grâce aux tièdes zéphyrs,‖ en octobre fleuries :Un ruisseau coule au fond,‖ dont les flots de cristal,Sous de blancs peupliers‖ roulent à plein canal.Et debout, à l'endroit‖ d'où la hauteur voisineS'abaisse et vers la plaine‖ obliquement décline,Entre un riche vignoble‖ et des bois verdoyans,Un château règne au loin‖ sur ces aspects rians.C'est là que dans le sein‖ de ses dieux domestiques,Biran vient respirer‖ des affaires publiques,Quand nos législateurs‖ vont par l'ordre du RoiJusqu'à l'hiver suivant‖ chez eux donner la loi.C'est là qu'au gré du tems‖ coule ma vie oisive ;Là, j'attends en repos‖ que la bise tardiveDépouillant sans pitié‖ les bocages flétris,Par le plus court chemin‖ me ramène à Paris.Peut-être de mes jours,‖ au fond de cet asile,Tu veux savoir l'emploi ?‖ le compte en est facile .Sitôt que le soleil,‖ montant sur le coteau,Enflamme de ses traits‖ les vitres du château,Et pénétrant des bois‖ la profondeur obscure,En chasse l'ombre épaisse‖ et l'humide froidure ;Pendant que sur Platon,‖ Descartes ou Bonnet,.Le maître du logis‖ rêve en son cabinet,Peu troublé du souci‖ de veiller à ses granges,Et de voir si la grêle‖ a frappé ses vendanges,Je prends en main Racine,‖ Horace ou Fénelon,Et vais, au jour naissant,‖ parcourir le vallon,Ou seul dans le jardin,‖ sous une épaisse treille,Je confie au papier‖ mes rimes de la veille.Cependant à mes pieds‖ murmurent les ruisseaux ;Le zéphyr qui frémit‖ parmi les arbrisseaux,Du feuillage mouvant‖ sur la terre arrosée,En gouttes de cristal‖ fait pleuvoir la rosée ;L'alouette gazouille,‖ et les dernières fleursDemandent au soleil‖ ses dernières faveurs.Hélas ! leur moment vient ;‖ déjà le pâle automneDe leur éclat tardif‖ en les voyant s'étonne.Bientôt vers son midi‖ Phébus acheminé,Marque à l'ombre des bois‖ l'heure du déjeûné ;Je rentre. Du Moka‖ la table se parfume :Dans la jatte de Sèvre‖ un lait mousseux écume,Par l'air frais du matin‖ l'appétit bien ouvert,Nous déjeûnons gaîment ;‖ mais hélas ! au dessertA peine arrivons-nous,‖ que par toutes les portesNous voyons des fâcheux‖ affluer les cohortes.Tu les connais ces gens,‖ dont le maintien flatteurSemble porter écrit :‖ Je suis solliciteur.« J'ai, Monsieur, au conseil‖ une importante affaire,» Vous serez appelé ;‖ souffrez qu'en vous j'espère.» Monsieur, j'ai quatre enfans,‖ j'ai besoin d'un emploi ;» Vous avez tout pouvoir,‖ dites un mot au Roi.» Ah ! Monsieur, protégez‖ un père de famille ;» Je voudrais que l'État‖ fit élever ma fille. »Tandis que sous leurs coups‖ mon hôte est aux abois,Un fusil à la main,‖ je m'enfuis dans les bois :Là, seul, pensif, errant‖ loin de tout œil profane,Je rencontre ma Muse‖ ou je cherchais Diane.En vain l'ardent Médor‖ bat les taillis voisins ;Désormais oubliant‖ mes projets assassins,Je vais chasser aux bords‖ de la docte fontaine ;Mais ne voilà-t-il pas,‖ lorsque tout hors d'haleine,Après de longs efforts‖ je crois saisir un vers,Qu'un lièvre étourdi part‖ et se jette à travers ?J'arme, je mets à l'œil ;‖ Médor joyeux aboie :Ami, qu'il est mal sûr‖ de chasser double proie !Précédé de l'éclair,‖ le plomb mortel à fui,Mon lièvre fuit plus vîte‖ et ma rime avec lui.Je reviens au logis,‖ confus de ma disgrace,Et Médor, à pas lents,‖ me suit l'oreille basse .Suzette, par bonheur,‖ habile à tout prévoir,N'avait pas de son rôt‖ fondé sur nous l'espoir.Entre mon hôte donc‖ et sa bonne compagneJe ris, le verre en main,‖ de ma triste campagne.Festins dignes des dieux !‖ délicieux banquets !Dont l'esprit de parti‖ ne trouble point la paix !Où nous laissons entre eux‖ s'escrimer la MinerveEt le Conservateur‖ que le Ciel nous conserve ;Ou le goût des beaux-arts,‖ la raison, l'amitié,Dans nos doux entretiens‖ sont toujours de moitié.Du beau, du vrai, du bon,‖ nous cherchons l'origine ;Quel est ce noble instinct,‖ cette flamme divineA qui dans tous les tems‖ la foule des mortels,Sous le nom de génie‖ a dressé des autels ?L'esprit humain, perdant‖ ses facultés premières,Aux dépens de sa force‖ accroît-il ses lumières ?Quelle cause conduit‖ les beaux-arts au tombeau ?Peut-on des mœurs encor‖ rallumer le flambeau ?Ou des âges passés‖ admirateurs stériles,Ne devons-nous plus voir‖ dans nos siècles débilesFleurir les grands talens‖ et briller les héros ?Le dîner doucement‖ passé dans ces propos,Nous allons, côte à côte‖ errant à l'aventure,Causer à travers champs,‖ lorsque enfin la natureA de nouveaux objets‖ nous invite à son tour,Et nous fait assister‖ au déclin d'un beau jour.Dieu ! qui peindra jamais‖ ces flammes jaillissantes,Cette mer de clartés‖ au loin resplendissantes,Cet or pur qui ruisselle‖ en fleuves radieux,Ces longs rideaux de pourpre‖ étendus dans les cieux,Ces portiques d'azur,‖ de rubis et d'opale,Ou ramenant le soir‖ sa marche triomphale,Le front ceint de rayons‖ plus brillans que jamais,Le roi puissant du jour‖ rentre dans son palais ?Spectacle de grandeur‖ et de magnificence,Long-tems notre œil ravi‖ te contemple en silence !Mais las de tant d'éclat,‖ enfin avec plaisirNous voyons du couchant‖ la splendeur s'affaiblir,Jusqu'à ce point douteux‖ où la nuit solitaire,Pour conquérir le ciel,‖ n'a plus qu'un pas à faire.Alors parait Phébé ;‖ ses paisibles rayonsVacillent dans les eaux,‖ glissent sur les gazons,Jettent au fond des bois,‖ parmi les rameaux sombres,Un jour aussi tranquille‖ et plus doux que les ombres.Quel éclat ! quel silence !‖ et quel calme enchanteur !Dieux ! voilà les plaisirs‖ qui sont faits pour mon cœur !Quelle étoile sinistre,‖ à me nuire obstinée,En guerre avec mes goûts‖ a mis ma destinée ?Asiles du repos,‖ champs, vallons écartés,Votre ingrat possesseur‖ cherche dans les citésUn bonheur qui le fuit,‖ et que cette retraiteOffre à si peu de frais‖ à son ame inquiète ;L'insensé ! de ces biens‖ dont il est dédaigneux,La moindre part, hélas !‖ aurait comblé mes vœux !Oh ! qui me donnera‖ près d'une humble vallée,Loin du chemin public,‖ dans les bois reculée,Une maison rustique‖ au penchant d'un coteau ;Quelques prés, un bocage,‖ un limpide ruisseau,Et des moissons assez‖ de quoi nourrir leur maître !Alors, si près de moi,‖ dans mon réduit champêtre,Une épouse unissant‖ la grâce à la raison,Charme ma solitude‖ et règle ma maison ;Si le soir, près du feu,‖ je puis voir mon vieux père,Caresser mes enfans‖ dans les bras de ma mère ;Enfin, lorsque parfois‖ daignant me visiter,Témoin de mon bonheur,‖ tu viendras l'augmenter,Si ma table sans luxe‖ abondamment pourvue,Ne craint point d'un ami‖ l'arrivée imprévue,Que puis-je avoir encore‖ à demander aux dieux,Que de chanter leurs dons‖ en vers mélodieux ?Mais Paris me rappelle.‖ Adieu, trop doux mensonges :Mon destin fut toujours‖ de n'être heureux qu'en songes.Sachons aux lois du sort‖ arranger notre humeur.Patience, ici-bas,‖ fait moitié du bonheur,Et nul avec raison‖ ne se plaint de la vie,A qui de moins heureux‖ peuvent porter envie.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
82((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a lointains / Germains masculine, classiqueb routes / doutes féminine, classiquec villageois / bois masculine, classiqued Seine / Pyrêne féminine, classiquee deuil / orgueil masculine, classiquef mondes / ondes féminine, classiqueg sœur / douceur masculine, classiqueh étendue / vue féminine, classiquei vallon / d'Apollon masculine, classiquej prairies / fleuries féminine, classiquek cristal / canal masculine, classiquel voisine / décline féminine, classiquem verdoyans / rians masculine, classiquen domestiques / publiques féminine, classiqueo Roi / loi masculine, classiquep oisive / tardive féminine, classiqueq flétris / Paris masculine, classiquer asile / facile féminine, classiques coteau / château masculine, classiquet obscure / froidure féminine, classiqueu Bonnet / cabinet masculine, classiquev granges / vendanges féminine, classiquew Fénelon / vallon masculine, classiquex treille / veille féminine, classiquey ruisseaux / arbrisseaux masculine, classiquez arrosée / rosée féminine, classiquea fleurs / faveurs masculine, classiqueb automne / s'étonne féminine, classiquec acheminé / déjeûné masculine, classiqued parfume / écume féminine, classiquee ouvert / dessert masculine, classiquef portes / cohortes féminine, classiqueg flatteur / solliciteur masculine, classiqueh affaire / j'espère féminine, classiquei emploi / Roi masculine, classiquej famille / fille féminine, classiquek abois / bois masculine, classiquel profane / Diane féminine, classiquem voisins / assassins masculine, classiquen fontaine / d'haleine féminine, classiqueo vers / travers masculine, classiquep aboie / proie féminine, classiqueq fui / lui masculine, classiquer disgrace / basse féminine, classiques prévoir / l'espoir masculine, classiquet compagne / campagne féminine, classiqueu banquets / paix masculine, classiquev Minerve / conserve féminine, classiquew l'amitié / moitié masculine, classiquex l'origine / divine féminine, classiquey mortels / autels masculine, classiquez premières / lumières féminine, classiquea tombeau / flambeau masculine, classiqueb stériles / débiles féminine, classiquec héros / propos masculine, classiqued l'aventure / nature féminine, classiquee tour / jour masculine, classiquef jaillissantes / resplendissantes féminine, classiqueg radieux / cieux masculine, classiqueh d'opale / triomphale féminine, classiquei jamais / palais masculine, classiquej magnificence / silence féminine, classiquek plaisir / s'affaiblir masculine, classiquel solitaire / faire féminine, classiquem rayons / gazons masculine, classiquen sombres / ombres féminine, classiqueo enchanteur / cœur masculine, classiquep obstinée / destinée féminine, classiqueq écartés / cités masculine, classiquer retraite / inquiète féminine, classiques dédaigneux / vœux masculine, classiquet vallée / reculée féminine, classiqueu coteau / ruisseau masculine, classiquev maître / champêtre féminine, classiquew raison / maison masculine, classiquex père / mère féminine, classiquey visiter / l'augmenter masculine, classiquez pourvue / imprévue féminine, classiquea dieux / mélodieux masculine, classiqueb mensonges / songes féminine, classiquec humeur / bonheur masculine, classiqued vie / envie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

164 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Épîtres et élégies, Paris, CHEZ P.F. DELSTRE, LIBRAIRE, 1819· numérisation books.google.fr· Sources