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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Épîtres et élégies, 1819· Épitres

ÉPITRE IV. A M. viguier, maitre de conférences a l’école normale

Charles Loyson· 1 distiques, alexandrins, 132 vers

Défais-toi, cher ami,‖ d'un souci qui t'abuse ;Ne crains point que jamais,‖ infidèle à ma muse,J'abandonne les bois‖ de ce vallon chériOu je fus dans ses bras‖ et de son lait nourri.La Parque, en commençant‖ ma première journée,A sur un seul fuseau‖ roulé ma destinée.Je ne sais, fruit du tems,‖ du génie et de l'art,Si la gloire en mon sort‖ doit avoir quelque part ;Mais, dans leur char sanglant,‖ Bellone et la VictoireNe me porteront point‖ au temple de mémoire ;On ne me verra point,‖ lumière du sénat,Des Tullius du jour‖ faire pâlir l'éclat,Ni parmi les dangers‖ d'une mer inconstanteDiriger de l'État‖ la fortune flottante ;J'irai seul dans les champs,‖ sous des ombrages verts,Goûter la solitude‖ et le charme des vers,Et quand sera ma cendre‖ au tombeau renfermée,Si quelque soin pour moi‖ touche la Renommée,Si de mes jours éteints‖ le vivant souvenirJette un pâle rayon‖ jusque dans l'avenir,Lieux que j'aurai chéris,‖ beaux vallons, frais bocages,Mon nom se mêlera‖ dans vos douces images ;Que puisse-t-il aussi‖ rappeler des vertus !Que de mes sentimens‖ héritiers ingénus,Puissent mes vers encore‖ au fond de quelques amesAllumer après moi‖ de généreuses flammes !Ce sont là les destins‖ qui bornent mes désirs.N'attends pas, toutefois,‖ que d'aimables loisirsRemplissant à mon gré‖ ma retraite chérie,Je demeure insensible‖ au sort de la patrie.Non, j'ai le cœur français,‖ et quand des factionsJe vois renaître encor‖ les tristes passions,Quand je vois la Discorde‖ au milieu de nos villesAller semant la haine‖ et les fureurs civiles,Et déjà, déployant‖ ses cruels étendards,Aux partis désarmés‖ rapporter ses poignards ;Alors mon sang se trouble‖ et mon zèle s'allume,Et mon courroux tout prêt‖ à remplir un volume,N'attend point que les mots,‖ à pas sûrs et réglés,Marchent en nombre exact‖ sous la rime assemblés.Mais loin des doctes sœurs‖ dont la voix douce et tendreEn ce siècle de fer‖ ne se fait plus entendre,Je cours à la mêlée,‖ et j'ose, au nom des lois,Parler des rois au peuple‖ et des peuples aux rois.Vois, son d’Hosier en main,‖ ce ligueur fanatique,Qui, le cerveau rempli‖ de sa chimère antique,A Coblentz endormi,‖ veut, à peine éveillé,Que tout à son exemple‖ ait trente ans sommeillé ;Vois ce Solon de club,‖ ce Brutus de taverne,Tour-à-tour courtisan,‖ factieux subalterne,Et qui, pour ex voto,‖ vient à la libertéOffrir les longs affronts‖ de sa servilité ;Vois ces jeune spahis‖ et ces vieux janissaires,Sur l'urne de nos lois‖ posant leurs cimeterres,Et pour le moindre mot‖ se mettant en courrouxS'ils n'ont la liberté…‖. de nous asservir tous.Prétends-tu, cher ami,‖ qu'une ame citoyenne,Tranquille à cet aspect,‖ s'arrête et se contienne ?Même, si d'aventure,‖ un auteur renomméPrétend qu'en le citant‖ je l'aurai diffamé ;Veux-tu que je ne puisse,‖ en prose épistolaire,Lui dire : « En vérité,‖ je ne suis point faussaire,Monsieur ; j'ai cité juste,‖ et, vous le savez bien,Votre éloge excepté,‖ je n'ai menti sur rien ? »Diras-tu que jadis‖ les affaires publiquesOffrirent plus d'un trait‖ aux muses satiriques ?Juvénal, flétrissant‖ d'indignes sénateurs,Exhalait en beaux vers‖ ses chagrines humeurs ;Je le sais ; mais tout change,‖ et de nos jours, pour cause,L'ultra Saraumatas‖ se serait dit en prose,Sinon tu pourrais bien‖ voir au Palais-RoyalUn pamphlet rouge ou blanc‖ éclipser Juvénal.Souffre donc quelquefois‖ que brisant la mesure,Je mette de côté‖ la rime et la césure,Et déroge un moment‖ à mes goûts favoris,Puisqu'enfin les lecteurs‖ chez nous sont à ce prix.Quand l'ennemi paraît,‖ le berger court aux armes,Et bientôt de ses champs‖ revient goûter les charmes ;C'est aussi mon histoire,‖ et, le combat rendu,Je ressaisis mon luth‖ un moment suspendu.Ainsi chasse bien loin‖ ta vaine inquiétude,Et n'appréhende plus‖ que mon ingratitude,En fuyant les neufs sœurs,‖ n'attire leur courroux ;Plus les tems sont fâcheux,‖ plus leur commerce est doux,Et plus je veux, cherchant‖ leurs entretiens sublimes,Oublier nos travers,‖ nos malheurs et nos crimes.Et ne le sais-tu pas,‖ toi qui connais mon cœur,Qu'en chantant leurs bienfaits,‖ je chantais mon bonheur ?Oui, les muses, ami,‖ nous l'apprîmes d'Homère,Sont des filles du Ciel‖ qui consolent la terre ;Les muses ont daigné,‖ seules de tous les dieux,Abandonnant pour nous‖ l'Olympe radieux,Préférer notre monde‖ aux demeures célestes.L'indiscret Prométhée,‖ avec ses dons funestes,Avait chez les mortels‖ versé mille fléaux ;Le cœur de Jupiter‖ fut touché de leurs maux,Soudain, pour adoucir‖ ces disgraces nouvelles,Sa bonté désigna‖ les doctes immortelles :« Mes filles, leur dit-il,‖ voyez à quels destins» Un pouvoir malfaisant‖ à livré les humains :» Le travail, les douleurs,‖ l'ennui, l'impatience,» Et, pour comble de maux,‖ peut-être l'espérance,» Qui toujours les charmant‖ et les trompant toujours,» Dans un flux éternel‖ agite, hélas ! leurs jours.» Qui, dans ces régions‖ au malheur condamnées,» Pourra faire briller‖ de plus douces journées ?» Muses, ce sera vous ;‖ allez, des passions» Dissipez le prestige‖ et les illusions ;» Fermez aux insensés‖ des routes infidèles,» Pour offrir à leurs vœux‖ des carrières plus belles ;» De vos nobles ardeurs‖ enflammez leurs esprits,» Et que de goûts plus purs‖ en vous voyant épris,» Ils perdent la mémoire‖ et des douleurs humaines,» Et de leurs faux plaisirs,‖ plus tristes que leurs peines ;» Mais, ô muses ! fuyez‖ loin des cours corrompus,» Votre chaste faveur‖ n'appartient qu'aux vertus. »Il dit, et parmi nous‖ les muses descendirent ;Aussitôt à leur voix‖ tous nos maux s'adoucirent,La naissante harmonie‖ embellit les déserts,Et le son de la lyre‖ enchanta l'univers.O mes divinités,‖ mes chères protectrices,Puis-je perdre le goût‖ de vos nobles délices ?Quel cœur plus que le mien‖ éprouva vos bienfaits ?Muses, recevez donc‖ le serment que je fais :Régnez sur mes vieux ans,‖ comme sur mon aurore ;Je suis né dans vos bras,‖ j'y veux mourir encore,Cependant ramenez‖ ces jours si triomphansOù la faveur publique‖ enivrait vos enfans ?Le talent n'était point‖ un titre de disgrace ;La gloire et la fortune‖ habitaient au Parnasse.Un astre moins propice‖ a commencé son cours,Mais vous en inspirez‖ de plus pures amours.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
66((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a t'abuse / muse féminine, classiqueb chéri / nourri masculine, classiquec journée / destinée féminine, classiqued l'art / part masculine, classiquee Victoire / mémoire féminine, classiquef sénat / l'éclat masculine, classiqueg inconstante / flottante féminine, classiqueh verts / vers masculine, classiquei renfermée / Renommée féminine, classiquej souvenir / l'avenir masculine, classiquek bocages / images féminine, classiquel vertus / ingénus masculine, classiquem ames / flammes féminine, classiquen désirs / loisirs masculine, classiqueo chérie / patrie féminine, classiquep factions / passions masculine, classiqueq villes / civiles féminine, classiquer étendards / poignards masculine, classiques s'allume / volume féminine, classiquet réglés / assemblés masculine, classiqueu tendre / entendre féminine, classiquev lois / rois masculine, classiquew fanatique / antique féminine, classiquex éveillé / sommeillé masculine, classiquey taverne / subalterne féminine, classiquez liberté / servilité masculine, classiquea janissaires / cimeterres féminine, classiqueb courroux / tous masculine, classiquec citoyenne / contienne féminine, classiqued renommé / diffamé masculine, classiquee épistolaire / faussaire féminine, classiquef bien / rien masculine, classiqueg publiques / satiriques féminine, classiqueh sénateurs / humeurs masculine, classiquei cause / prose féminine, classiquej Palais-Royal / Juvénal masculine, classiquek mesure / césure féminine, classiquel favoris / prix masculine, classiquem armes / charmes féminine, classiquen rendu / suspendu masculine, classiqueo inquiétude / ingratitude féminine, classiquep courroux / doux masculine, classiqueq sublimes / crimes féminine, classiquer cœur / bonheur masculine, classiques d'Homère / terre féminine, classiquet dieux / radieux masculine, classiqueu célestes / funestes féminine, classiquev fléaux / maux masculine, classiquew nouvelles / immortelles féminine, classiquex destins / humains masculine, classiquey l'impatience / l'espérance féminine, classiquez toujours / jours masculine, classiquea condamnées / journées féminine, classiqueb passions / illusions masculine, classiquec infidèles / belles féminine, classiqued esprits / épris masculine, classiquee humaines / peines féminine, classiquef corrompus / vertus masculine, classiqueg descendirent / s'adoucirent féminine, classiqueh déserts / l'univers masculine, classiquei protectrices / délices féminine, classiquej bienfaits / fais masculine, classiquek aurore / encore féminine, classiquel triomphans / enfans masculine, classiquem disgrace / Parnasse féminine, classiquen cours / amours masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

132 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Épîtres et élégies, Paris, CHEZ P.F. DELSTRE, LIBRAIRE, 1819· numérisation books.google.fr· Sources