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un seul est le mot juste.

Épîtres et élégies, 1819· Élégies

ÉLÉGIE VIII. La soirée d’hiver

Charles Loyson· alexandrins et octosyllabes, 76 vers

A M. PAPIN.

En vain l'astre éclatant‖ qui luit sur l'univers,Malgré le froid Janus,‖ dans un ciel sans nuage,D'un printems imprévu‖ faisant briller l'image,A bravé tout le jour‖ le démon des hivers ;Déjà sa clarté douce et pureNe charme plus‖ nos regards éblouis,Et dans une vapeur obscureSes feux se sont évanouis.Le jour tombe, l'air est de glace,Les fiers enfans du Nord‖ rugissent dans l'espace ;Cher ami, l'hiver règne‖ et triomphe à son tour.Sa rigueur suit de près‖ sa faveur passagère.Hélas ! jamais ce dieu sévèreNe sut par un beau soir‖ couronner un beau jour.

Descendons cependant :‖ viens, je veux voir encoreCe fleuve impétueux‖ qui baigne ta maison,Et dont le flot‖ poussé par l'aquilonRoule en grondant‖ sous cette arche sonore.Mais à nos yeux déjà‖ tout s'éclipse, tout fuit,La ville a disparu,‖ d'un voile épais couverte,Et, sur la rive au loin déserte,Nous voici seuls avec la nuit !

Vois au milieu des flots‖ cette clarté tremblanteQui parmi les brouillards,‖ qu'elle a peine à percer,Semble de loin se balancerAu gré de la vague inconstante.Là, debout sur leur barque,‖ auprès du feu placés,Quelques nochers en cercle,‖ à la flamme éclatanteRéchauffent leurs membres glacés,Tandis qu'autour d'eux empressés,Leurs compagnons déjà‖ jettent l'ancre mordante,Et contre l'ouragan‖ dont ils sont menacés,Assurent pour la nuit‖ la nacelle flottante.

Ce matin nous suivions,‖ sur le fleuve en repos,Le vol prompt et léger‖ de cette barque agile ;Le ciel était serein,‖ l'air pur, l'onde immobile ;Tout paraissait sourire‖ aux joyeux matelots ;Mille aspects enchanteurs‖ s'étendaient sur les rives,Ou leur ouvraient au loin‖ de riches perspectives.Des vagues maintenant,‖ un air froid,un ciel noir,Le sifflement des vents du soir,Dont le flot turbulent résonne,Une impénétrable vapeurQui les presse et les emprisonneDans une nuit pleine d'horreur ;Sous ces cieux éclipsés‖ peut-être quelque orage,Le naufrage peut-être,‖ et peut-être la mort !….O mon ami, dans cette imageJ'ai cru reconnaître mon sort !

J'ai par un tems serein‖ commencé mon voyage ;Sur la foi des zéphyrs‖ je quittais le rivage,Ma barque côtoyait‖ des bords délicieux ;Quel riant horizon‖ s'offrait devant mes yeux !J'étais heureux enfin,‖ j'espérais mieux encore.Matin trompeur ! menteuse aurore !Hélas ! avant la fin du jourMes cieux ont perdu leur lumière.Qu'êtes-vous devenue,‖ ô brillante carrière ?Des nuages affreux‖ vous cachent sans retour.Grâce à ce changement funeste,Un présent douloureux,‖ un avenir d'effroi,C'est tout ce que la vie‖ a maintenant pour moi !Peut-être même encore‖ à la bonté célesteDois-je la triste obscuritéQui m'enfermant de tout côté,Du chemin qui m'attend‖ me dérobe le reste.

Je n'ai point de lâche frayeur.J'ai vu de près la sombre rive,Je mourais dans tes bras ;‖ ta compagne attentivePleurait, et sans espoir‖ soutenait ma langueur.Vos soins ont rappelé‖ mon ame fugitive ;Ah ! de ces frêles jours‖ qu'une tendresse activeVient de sauver plus d'à moitié,Disposent à leur gré‖ les destins sans pitié !….Mais que je meure ou que je vive,Je vivrai, je mourrai‖ fidèle à l'amitié.

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (45 de 12, 28 de 8, 3 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a l'univers / hivers masculine, classiqueb nuage / l'image féminine, classiquec pure / obscure féminine, classiqued éblouis / évanouis masculine, classiquee glace / l'espace féminine, classiquef tour / jour masculine, classiqueg passagère / sévère féminine, classiquea encore / sonore féminine, classiqueb maison / l'aquilon masculine, classiquec fuit / nuit masculine, classiqued couverte / déserte féminine, classiquea tremblante / inconstante féminine, classiqueb percer / balancer masculine, classiquec placés / glacés masculine, classiqued éclatante / mordante / flottante féminine, classiquee empressés / menacés masculine, classiquea repos / matelots masculine, classiqueb agile / immobile féminine, classiquec rives / perspectives féminine, classiqued noir / soir masculine, classiquee résonne / emprisonne féminine, classiquef vapeur / d'horreur masculine, classiqueg orage / image féminine, classiqueh mort / sort masculine, classiquea voyage / rivage féminine, classiqueb délicieux / yeux masculine, classiquec encore / aurore féminine, classiqued jour / retour masculine, classiquee lumière / carrière féminine, classiquef funeste / céleste / reste féminine, classiqueg d'effroi / moi masculine, classiqueh obscurité / côté masculine, classiquea frayeur / langueur masculine, classiqueb rive / attentive féminine, classiquec fugitive / active / vive féminine, classiqued moitié / pitié / l'amitié masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Épîtres et élégies, Paris, CHEZ P.F. DELSTRE, LIBRAIRE, 1819· numérisation books.google.fr· Sources