Le bonheur de l’étude :, 1817· Imitations et traductions
A Cynthie
Propertii Elegia. Ad Cynthiam
Hec certe deserta loca, et taciturna querenti, Et vacuum Zephyri possidet aura nemus. Hic licet occultos proferre impune dolores, Si modo sola queant saxa tenere fidem. Unde tuos primum repetam, mea Cynthia, fastus ? Quod mihi das flendi, Cynthia, principium ? Qui modo felices inter numerabar amantes, Nunc in amore tuo cogor habere notam.
Que ces bords sont déserts !‖ ce rivage tranquille !Aucun bruit en ces lieux‖ ne trouble mes soupirs.D'un silence éternel‖ ces forêts sont l'asile,Retraite abandonnée‖ au peuple des Zéphyrs.Enfin donc de mes pleurs‖ je puis goûter les charmes ;Je puis faire éclater‖ mes déplaisirs secrets !Solitaires rochers,‖ confidens de mes larmes,Je ne crains point en vous‖ des témoins indiscrets.
D'où viennent tes dédains,‖ ô ma chère Cynthie,Quel crime me condamne‖ à pleurer ta rigueur ?Celui dont mille amans‖ enviaient le bonheur,Aux plus infortunés‖ aujourd'hui porte envie !
Quid tantum merui ? quae te mihi crimina mutant ? An nova tristitiæ causa puella tuæ ? Sic mihi te referaś levis, ut non altera nostro Limine formosos intulit ulla pedes. Quamvis multa tibi dolor hic meus aspera debet ; Non ita sæva tamen venerit ira mea, Ut tibi sim merito semper furor, et tua flendo Lumina dejectis turpia sint lacrymis. An quia parva damus mutato signa calore ? Et non ulla meo clamat in ore fides ? Vos eritis testes, si quos habet arbor amores Fagus, et Arcadio pinus amica deo.
Qu'ai-je fait ? quel injure‖ allume ton courroux ?Mas-tu cru possédé‖ de quelque amour nouvelle ?Ah !si mon malheur vient‖ de tes soupçons jaloux,Perfide, autant que moi‖ que n'étais-tu fidelle !J'en atteste les dieux,‖ Cynthie, et ta beauté ;Toi seule en l'univers‖ as reçu mon hommage.Hélas ! que le retour‖ de ta flamme volageN'est-il aussi certain‖ que ma fidélité !Tu m'as vendu le droit‖ d'exciter tes alarmes ;Mais je ne me sens point‖ de colère à ce prix,Et renonce à punir‖ tes injustes mépris,S'il doit à tes beaux yeux‖ en coûter quelques larmes.
Mes transports à tes yeux‖ seraient-ils moins ardens ?Reçois-tu de mes feux‖ trop peu de témoignages ?Ah ! je vous en atteste,‖ arbres de ces rivages,Beaux hêtres, noirs sapins,‖ aimés du dieu des champs,Combien de fois le jour,‖ sous votre ombre paisible,Seul, et portant le trait‖ dans mon cour enfoncé,J'occupe les échos‖ du nom de l'insensible !
Ah ! quoties teneras resonant mea verba sub umbras, Scribitur et vestris Cynthia corticibus ! Ah, tua quot peperit nobis injuria curas, Quæ solum tacitis cognita sunt foribus ! Omnia consuevi timidus perferre superbæ Jussa, neque arguto ficta dolore queri.’ Pro quo, di, vivi fontes, et frigida rupes, Et datur inculto tramite dura quies, Et quodcunque mese possunt narrare querela, Cogor ad argutas dicere solus ávés. Sed qualiscunque es, resonent mihi Cynthia silvæ, Nec deserta tuo nomine saxa vacent.
Doux nom ! combien de fois‖ sur l'écorce flexible,D'une amoureuse main‖ ne t'ai-je pas tracé !Mais voudrais-tu punir‖ des plaintes indiscrètes ?Quelques vers échappés‖ à mes justes douleurs,Qui n'ont eu pour témoins‖ que les ombres muettes,Et ce seuil vainement‖ arrosé de mes pleurs !Ah ! que j'ai bien appris‖ à souffrir tes caprices !Tu m'as vu, sans murmure‖ à tes ordres soumis,Tout supporter, chérir‖ jusqu'à tes artifices ;Et voilà le retour‖ que je m'étais promis !Pour demeure un désert,‖ cette onde pour breuvage,Un sommeil inquiet‖ sur un rocher sauvage ;Et, si je veux du sort‖ accuser les rigueurs,Des oiseaux pour témoins‖ et pour consolateurs.Mais malgré tes rigueurs,‖ malgré ta perfidie,Malgré tous les tourmens‖ que pour toi j'ai soufferts,Je veux à ces forêts‖ parler de ma Cynthie ;Je veux d'un si doux nom‖ remplir ces lieux déserts.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abab] 4[abba] 1[abaab] 2[aa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a tranquille / l'asile féminine, classiqueb soupirs / Zéphyrs masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued secrets / indiscrets masculine, classiquea Cynthie / envie féminine, classiqueb rigueur / bonheur masculine, classiquea courroux / jaloux masculine, classiqueb nouvelle / fidelle féminine, classiquec beauté / fidélité masculine, classiqued hommage / volage féminine, classiquee alarmes / larmes féminine, classiquef prix / mépris masculine, classiquea ardens / champs masculine, classiqueb témoignages / rivages féminine, classiquec paisible / l'insensible / flexible féminine, classiqued enfoncé / tracé masculine, classiquec indiscrètes / muettes féminine, classiqued douleurs / pleurs masculine, classiquee caprices / artifices féminine, classiquef soumis / promis masculine, classiqueg breuvage / sauvage féminine, classiqueh rigueurs / consolateurs masculine, classiquei perfidie / Cynthie féminine, classiquej soufferts / déserts masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le bonheur de l’étude : discours en vers et autres poésies, Paris, Guillaume et Cie, 1817· numérisation books.google.fr· Sources