Œuvres de Malfilatre, 1825· Traductions et imitations
Imitation du commencement des aventures de Télémaque
JE chante ce héros, dont l’ œil de la sagesseAu milieu des écueils éclaira la jeunesse ;Qui de vingt nations vit les mœurs et les lois,Et par ses malheurs même apprit l’art des grands rois.Toi, génie éternel, qui dirigeais sa route,Inspire-moi, du haut de la céleste voûte,Ou descends dans mon sein pour animer mes chants ;Les accens de ma voix en seront plus touchans.La vertu, dont le joug paraissait trop austère,A l’homme, dans mes vers, sera sûre de plaire :Pour la faire goûter on doit l’aimer d’abord,Et l’esprit parle mieux quand le cœur est d’accord.
Ulysse était parti. Calypso consternéeAu plus tendres regrets était abandonnée ;Elle avait en horreur la lumière des cieux,Et demandait la mort comme un bienfait des dieux.Inutiles souhaits ! la mort fuyait loin d’elle,Et pour combler ses maux, elle était immortelle.Les échos étonnés se taisaient dans les bois,Et ne répondaient plus aux doux sons de sa voix :Seulement, au milieu d’un silence farouche,Le nom d’Ulysse encore échappait de sa bouche.Témoins de ses chagrins, mais sans la consoler,Ses nymphes la servaient et n’osaient lui parler.Seule, elle allait souvent porter sa rêverie,Sur le gazon naissant de son ile fleurie ;Mais, loin de modérer le trouble de son cœur,Ces beaux lieux ne faisaient qu’irriter sa douleur,Et lui parlant toujours de son amant volage,De ses plaisirs passés lui rappelaient l’image.Immobile souvent sur ses rochers déserts,Elle arrosait de pleurs le rivage des mers.Là, des eaux tristement parcourant la surface,Ses avides regards cherchaient encor la traceDe ce vaisseau jaloux, qui, fuyant sur les flots,Pour jamais à ses yeux enleva son héros.
Soudain elle aperçut sur les plaines profondesLes débris d’un navire abîmé dans les ondes,Un gouvernail, un mât, des cordages flottans…
Cependant, sur le sable, au loin dans l’étendue,Deux hommes différens s’offrirent à sa vue ;L’un marchait à pas lents, et semblait déjà vieux ;L’autre jeune, brillant, semblable aux demi-dieux.
43 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources