Œuvres de Malfilatre, 1825· Traductions et imitations
Traduction libre du début de l’anti-Lucrèce
Poème du cardinal de Polignac
JE forme un grand projet, je vais parler de Dieu.Quel être, Quintius, dans ce vaste univers,Quel être est comparable à cet Être suprême,Par qui seul tout existe, et qui vit par lui-même ?Quel objet est plus noble, et peut mériter mieuxD’un esprit élevé les efforts curieux ?Mais quel projet hardi pour un faible mortelD’embrasser dans ses vers, l’Infini, l’Éternel ?L’auteur de ce grand tout qui ne le peut comprendre ?La nature l’annonce à qui la veut entendre ;Les œuvres de ce Dieu sont des traits de clartéQui percent à demi sa sainte obscurité ;Tel que l’astre du jour, nos regards le découvrentDans le nuage épais que ses rayons entr’ouvrent.
De là, chez les humains, ces systèmes diversSur l’agent inconnu qui règle l’univers.D’un aveugle destin ce monde est-il l’ouvrage ?Est-il celui d’un maître intelligent et sage ?Les uns veulent douter, et détournent les yeuxLoin du jour importun qu’il répand autour d’eux.D’un juge, dont sans cesse ils craignent la puissance,Ils voudraient par le doute abolir l’existence ;Les autres, d’Épicure, insensés partisans,Adoptent sur sa foi ses dogmes séduisans ;Esclaves révoltés brisent enfin leurs chaînes,Et du monde au hasard abandonnent les rênes.
C’est eux, c’est Épicure et ses fiers sectateurs,Dont je veux renverser les dogmes imposteurs :De cette ligue impie écrasons ce qui reste ;Mais surtout foudroyons leur poète funeste,Ce dieu de l’athéisme, Encelade orgueilleux,Qui montait en vainqueur sur le trône des dieux.
Et vous, Muses…que dis-je ? ô sagesse profonde !Source du vrai, lumière inneffable et féconde !Viens, prête-moi ta force et combats avec moi.Pour ta cause, grand Dieu, je n’implore que toi.Toi seul tu peux remplir, ô mer inépuisable,Ce désir naturel d’un âme insatiable,Ce désir d’embrasser la pure vérité,Mouvement éternel d’un cœur illimité.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources