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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres de Malfilatre, 1825· Odes et poésies diverses

La prise du fort saint-philippe,

ODE COURONNÉE A CAEN EN 1756, ET LA MÊME ANNÉE A ROUEN

Jacques-Charles-Louis Clinchamps de Malfilâtre· 100 vers

Du haut de son trône immobile,Au dessus des temps et des airs,Dieu voit sous lui, d’un œil tranquille,Rouler tous les globes divers.Il parle, et soudain, sur leurs ailes,Ses anges, ministres fidèles,Portent la mort et la terreur,Lorsque sur la sphère où nous sommes,Pour punir les enfans des hommes,Il veut envoyer sa fureur.

Tel est ce monarque suprême,En qui le dieu de majestéPrit plaisir à graver lui-mêmeLes traits de sa divinité.Du Très-Haut image visible,Louis apprend d’un front paisible,De ses voisins les vains complots :Forcé de leur faire la guerre,Il a déjà mis son tonnerreEntre les mains de ses héros.

Ils volent avec assurance,Sous les drapeaux de Richelieu :Il sera l’ange de la FranceComme Louis en est le dieu.Allez, troupe illustre et chérie,Venger l’honneur de ma patrie,Sous les auspices de mon roi ;Il enchaînera la fortuneSur les campagnes de Neptune ;Comme aux plaines de Fontenoi.

Un peuple inquiet et parjureSe rit des traités les plus saints ;A travers son intrigue obscure,On voit l’orgueil de ses desseins :Peuple fier, du sein de tes ondes,Tu prétends régir les deux mondes,Et seul dominer sur les mers :Dragon superbe, la tempêteBientôt écrasera ta têteQue couronnent les flots amers.

Tu n’as point appris à connaître,Dès long-temps, quels sont les Français.Tu veux encor faire renaître,Et tes malheurs et leurs succès.Insensé !… Mais, dans leur enceinte,Tes îles, frémissant de crainte,Plaindront tes horribles tourmens,Quand, abattu sur ton rivage,Tu feras éclater ta ragePar d’effroyables sifflemens.

Déjà dans Minorque alarmée,Nos légions jettent l’effroi,Et c’est par là que notre arméeS’avancera jusques à toi.Lorsqu’elle entre dans la carrière,Par cette puissante barrière,En vain tu voudrais l’arrêter ;Elle va, malgré mille obstacles,Y préluder par des miraclesAux coups qu’elle doit te porter.

Quel est ce roc inaccessible,Pareil aux antiques géans,Qui presse de son poids horribleLe séjour des mânes tremblans ?Sur son front le tonnerre gronde ;De sa bouche énorme et profonde,Il vomit des torrens de feux ;Mais, en l’attaquant, nos AlcidesBravent tous les traits homicides,Que ses cent bras lancent sur eux.

De toutes parts, pour sa défense,La mer enfante des vaisseaux ;Et tels qu’une forêt immense,Leurs mâts s’élèvent sur les eaux.Byng combat, il cède, il soupire,Et des mers nous laissant l’empire,Dans Albion fuit en courroux.Richelieu, le fort, presque en poudre,Se soumet et suspend ta foudre !…C’en est fait, Minorque est a nous.

Par des louanges immortellesChantons l’arbitre des combats,Qui, selon les lois éternelles,Ébranle ou soutient les états.Dans un amas d’armes fragiles,Et dans des vaisseaux inutilesL’Anglais a mis tout son appui :Louis le met en ta justice ;Il veille sur nous ; Dieu propice,Daigne à jamais veiller sur lui.

O Vierge ! c’est à la victoire,Que je consacre ces accens :Reçois du séjour de la gloire,Mes hommages et mon encens.Richelieu, ce foudre de guerre,A de la superbe AngleterreForcé le rempart le plus fier.Le cœur auguste de MarieA triomphé de la furieEt des puissances de l’enfer.

100 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources