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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres de Malfilatre, 1825· Traductions et imitations

Traduction de l’ode Ii du quatrième livre d’Horace

A JULES ANTOINE

Jacques-Charles-Louis Clinchamps de Malfilâtre· 60 vers

JALOUX du vol sublime où s’élève Pindare,Quiconque à son exemple ose fendre les airs,De sa chute fameuse, ira, nouvel Icare,Épouvanter les mers.

Semblable à ce torrent, qui voit grossir son ondeDes tributs par l’hiver apportés sur ses bords,Pindare, à flots pressés, de sa verve fécondeÉpanche les trésors.

Aux lauriers d’Apollon sa muse doit prétendre,Soit que, d’accords nouveaux favorisant le choix,Un Dithyrambe heureux sur son luth fasse entendreDes sons exempts de lois ;

Soit qu’il chante les Dieux ou les rois de leur race,Par qui de la Chimère ont expiré les feux,Qui du Centaure altier surent punir l’audaceEt les perfides jeux :

Soit qu’aux nobles exploits d’un vainqueur indomptable,Que la palme olympique égale aux immortels,Il consacre ses vers, monument plus durableQu’un temple et des autels.

Quelquefois aux douleurs d’une épouse plaintive,Prêtant de ses accords le charme gracieux,Il arrache un héros à l’infernale rive,Et le conduit aux cieux.

Au vaste sein des airs une immortelle haleine,Du cygne de Dircé seconde le transport ;Pour moi, comme l’abeille, à caresser la plaineJe borne mon essor.

Comme elle, de Tibur dépouillant les rivages,Parcourant les bosquets, les vallons écartés,A force de travail, j’assure à mes ouvragesQuelques faibles beautés.

Tu sauras de César mieux célébrer la gloire,Quand, d’un juste laurier par nos mains couronné,Il traînera dans Rome à son char de victoire,Le Sicambre enchaîné.

Tu diras les exploits, tu diras le courageDe ce prince, des Dieux le plus rare bienfait,Le plus beau de leurs dons, quand l’or du premier âgeIci bas renaîtrait.

Tu chanteras les jeux, les fêtes, les spectacles,De retour avec lui dans nos murs fortunés,Et du barreau muet les ténébreux oraclesAu repos condamnés.

Alors, peut-être alors de son charme étonnée,Ma voix à tes concerts osera prendre part :O le beau jour ! dirai-je ; ô l’heureuse journéeQui ramène César !

Je verrai s’avancer la pompe redoutableAux cris d’un peuple entier je mêlerai mes cris,Et l’encens fumera sur l’autel équitableDe nos Dieux attendris.

Dix taureaux immolés, dix superbes génissesDu serment que tu fis dégageront les nœuds ;Conformes à mon sort, de moindres sacrificesAcquitteront mes vœux.

D’un veau, qu’appelle encor sa mère gémissante,Et dont le jeune front est orné d’un croissant,Pour honorer ce jour, ma main reconnaissanteFera couler le sang.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après PARIS, Jehenne, 1825· numérisation Gallica· Sources