Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LVII. A la reine, mère du roi, pendant sa régence
Objet divin des âmes et des yeux,Reine le chef-d’œuvre des cieux,Quels doctes vers me feront avouerDigne de te louer ?
Les monts fameux des vierges que je sersOnt-ils des fleurs en leurs désertsQui s’efforçant d’embellir ta couleur,Ne ternissent la leur ?
Le Thermodon a vu seoir autrefoisDes reines au trône des rois ;Mais que vit-il par qui soit débattuLe prix à ta vertu ?
Certes nos lis, quoique bien cultivés,Ne s’étoient jamais élevésAu point heureux où les destins amisSous ta main les ont mis.
A leur odeur l’Anglois se relâchant,Notre amitié va recherchant ;Et l’Espagnol, prodige merveilleux !Cesse d’être orgueilleux.
De tous côtés nous regorgeons de biens ;Et qui voit l’aise où tu nous tiens,De ce vieux siècle aux fables récitéVoit la félicité.
Quelque discord murmurant bassement,Nous fit peur au commencement ;Mais sans effet presque il s’évanouit,Plus tôt qu’on ne l’ouït.
Tu menaças l’orage paroissant,Et tout soudain obéissant,Il disparut comme flots courroucésQue Neptune a tancés.
Que puisses-tu, grand soleil de nos jours,Faire sans fin le même cours,Le soin du ciel te gardant aussi bien,Que nous garde le tien !
Puisses-tu voir sous le bras de ton filsTrébucher les murs de Memphis ;Et de Marseille au rivage de TyrSon empire aboutir !
Les vœux sont grands ; mais avecque raisonQue ne peut l’ardente oraison ?Et sans flatter ne sers-tu pas les DieuxAssez pour avoir mieux ?
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources