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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

LVIII. Les sibylles. sur la fete des alliances de France et d’Espagne (1612)

François de Malherbe· 60 vers

La sibylle Persique.

Que Bellone et Mars se détachent,Et de leurs cavernes arrachentTous les vents des séditions ;La France est hors de leur furie,Tant qu’elle aura pour alcyonsL’heur et la vertu de Marie.

La Libyque.

Cesse, Pô, d’abuser le monde,Il est temps d’ôter à ton ondeSa fabuleuse royauté.L’Arne, sans en faire autres preuves,Ayant produit cette beauté,S’est acquis l’empire des fleuves.

La Delphique.

La France à l’Espagne s’allie ;Leur discorde est ensevelie,Et tous leurs orages finis.Armes du reste de la terre,Contre ces deux peuples unisQu’êtes-vous que paille et que verre ?

La Cumée.

Arrière ces plaintes communes,Que les plus durables fortunesPassent du jour au lendemain ;Les nœuds de ces grands hyménéesSont-ils pas de la propre mainDe ceux qui font les destinées ?

L’Érythrée.

Taisez-vous, funestes langages,Qui jamais ne faites présagesOù quelque malheur ne soit joint ;La discorde ici n’est mêlée,Et Thétis n’y soupire pointPour avoir épousé Pélée.

La Samienne.

Roi que tout bonheur accompagne,Vois partir du côté d’EspagneUn soleil qui te vient chercher ;O vraiment divine aventure,Que ton respect fasse marcherLes astres contre leur nature !

La Cumane.

O que l’heur de tes destinéesPoussera tes jeunes annéesA de magnanimes soucis ;Et combien te verront épandreDe sang des peuples circoncisLes flots qui noyèrent Léandre !

L’Hellespontique.

Soit que le Danube t’arrête,Soit que l’Euphrate à sa conquêteTe fasse tourner ton désir,Trouveras-tu quelque puissance,A qui tu ne fasses choisirOu la mort, ou l’obéissance ?

La Phrygienne.

Courage, Reine sans pareille :L’esprit sacré qui te conseilleEst ferme en ce qu’il a promis.Achève, et que rien ne t’arrête ;Le ciel tient pour ses ennemisLes ennemis de cette fête.

La Tiburtine.

Sous ta bonté s’en va renaîtreLe siècle où Saturne fut maître ;Thémis les vices détruira ;L’honneur ouvrira son école ;Et dans Seine et Marne luiraMême sablon que dans Pactole.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources