Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XXVII. A monsieur le grand écuyer de France
A la fin c’est trop de silenceEn si beau sujet de parler ;Le mérite qu’on veut celerSouffre une injuste violence.Bellegarde, unique supportOù mes vœux ont trouvé leur port,Que tarde ma paresse ingrate,Que déjà ton bruit nonpareilAu bord du Tage et de l’EuphrateN’a vu l’un et l’autre soleil ?
Les Muses hautaines et bravesTiennent le flatter odieux ;Et comme parentes des DieuxNe parlent jamais en esclaves :Mais aussi ne sont-elles pasDe ces beautés dont les appasNe sont que rigueur et que glace,Et de qui le cerveau léger,Quelque service qu’on leur fasse,Ne se peut jamais obliger.
La vertu, qui de leur étudeEst le fruit le plus précieux,Sur tous les actes vicieuxLeur fait haïr l’ingratitude ;Et les agréables chansonsPar qui leurs doctes nourrissonsSavent charmer les destinées,Récompensent un bon accueilDe louanges que les annéesNe mettent point dans le cercueil
Les tiennes vivront, je le jureTouchant de la main à l’autel,Sans que jamais rien de mortelAit pouvoir de leur faire injure ;Et l’éternité que prometLa montagne au double sommetN’est que mensonge et que fumée,Ou je rendrai cet universAmoureux de ta renomméeAutant que tu l’es de mes vers.
Comme en cueillant une guirlandeOn est d’autant plus travailléQue le parterre est émailléD’une diversité plus grande,Tant de fleurs de tant de côtésFaisant paraître en leurs beautésL’artifice de la nature,Que les yeux troublés de plaisirNe savent en cette peintureNi que laisser ni que choisir :
Ainsi quand pressé de la honteDont me fait rougir mon devoir,Je veux une œuvre concevoirQui pour toi les âges surmonte :Tu me tiens les sens enchantésDe tant de rares qualitésOù brille un excès de lumière,Que plus je m’arrête à penserLaquelle sera la première,Moins je sais par où commencer.
Par combien de semblables marquesDont on ne peut me démentir,Ai-je de quoi te garantirContre les outrages des Parques ?Mais des sujets beaucoup meilleursMe font tourner ma route ailleurs,Et la bienséance des chosesM’avertit qu’il faut qu’un guerrierEn sa couronne ait peu de rosesAvecque beaucoup de laurier.
Achille étoit haut de corsage,L’or éclatait en ses cheveux,Et les femmes avec des vœuxSoupiroient après son visage ;Sa gloire à danser et chanter,Tirer de l’arc, sauter, lutter,A nulle autre n’étoit seconde ;Mais s’il n’eût rien eu de plus beau,Son nom qui vole par le mondeFût-il pas clos dans le tombeau ?
C’est aux magnanimes exemplesQui dessus la scène de MarsSont faits au milieu des hasards,Qu’il appartient d’avoir des temples ;Et c’est là que je veux trouverDe quoi si dignement graverLes monuments de ta mémoire,Que tous les siècles à venirN’auront point de nuit assez noirePour en cacher le souvenir.
En ce long temps où les maniesD’un nombre infini de mutinsPoussés de nos mauvais destinsOnt assouvi leurs tyrannies,Qui se peut vanter comme toiD’avoir toujours gardé sa foiHors de soupçon comme de crime ?Et d’une forte passionHaï l’espoir illégitimeDe la rebelle ambition ?
Tel que d’un effort difficileUn fleuve par-dessous la mer,Sans que son flot devienne amer,Passe de Grèce en la Sicile ;Il ne sait lui-même commentIl peut couler si nettement,Et sa fugitive Aréthuse,Coutumière à le mépriser,De ce miracle est si confuseQu’elle s’accorde à le baiser :
Tel entre ces esprits tragiques,Ou plutôt démons insensés,Qui de nos dommages passésTramoient les funestes pratiques,Tu ne t’es jamais divertiDe suivre le juste parti,Mais blâmant l’impure licenceDe nos déloyales humeurs,As toujours aimé l’innocenceEt pris plaisir aux bonnes mœurs.
Si nommer en son parentageUne longue suite d’aïeuxQue la gloire a mis dans les cieux,Est réputé grand avantage,A qui peut-il être inconnuQue toujours les tiens ont tenuLes charges les plus honorablesQu’espèrent avecque raisonSous des monarques favorablesCeux qui sont d’illustre maison ?
Qui ne sait de quelles tempêtesLeur fatale main autrefois,Portant la foudre de nos rois,Des Alpes a battu les têtes ?Qui n’a vu dessous les combatsLe Pô mettre ses cornes bas ?Et les peuples de ses deux rivesDans la frayeur ensevelis,Laisser leurs dépouilles captivesA la merci des fleurs de lis ?
Mais de chercher aux sépulturesDes témoignages de valeur,C’est à ceux qui n’ont rien du leurEstimable aux races futures,Non pas à toi qui revêtuDe tous les dons que la vertuPeut recevoir de la Fortune,Connois ce qui vraiment est bien,Et ne veux pas, comme la lune,Luire d’autre feu que du tien.
Quand le monstre infâme d’envie,A qui rien de l’autrui ne plaît,Tout lâche et perfide qu’il est,Jette les yeux dessus ta vie,Et voit qu’on te donne le prixDes beaux cœurs et des beaux espritsDont aujourd’hui la France est pleine,N’est-il pas contraint d’avouerQu’il a lui-même de la peineA s’empêcher de te louer ?
De quelle adresse incomparableCe que tu fais n’est-il réglé ?Qui ne voit s’il n’est aveugléQue ton discours est admirable ?Et les charmes de tes bontésN’ont-ils pas sur les volontésUne si parfaite puissance,Qu’une âme ne peut éviterD’être sous ton obéissance,Quand tu l’en veux solliciter ?
Soit que l’honneur de la carrièreT’appelle à monter à cheval,Soit qu’il se présente un rivalPour la lice ou pour la barrière,Soit que tu donnes ton loisirA faire en quelque autre plaisirLuire tes grâces nonpareilles,Voit-on pas que toute la courAux spectacles de tes merveillesComme à des théâtres accourt ?
Quand il a fallu par les armesVenir à l’essai glorieuxDe réduire ces furieuxAveuglés d’appas et de charmes,Qui plus heureusement a misLa honte au front des ennemis ?Et par de plus dignes ouvragesTémoigné le mépris du sort,Dont sollicite les couragesLe soin de vivre après la mort ?
Dreux sait bien avec quelle audaceIl vit au haut de ses rempartsTon glaive craint de toutes partsSe faire abandonner la place,Et sait bien que les assiégésEn péril extrême rangésTenoient déjà leur perte sûre,Quand demi-mort, par le défautDu sang versé d’une blessure,Tu fus remporté de l’assaut.
La défense victorieuseD’un petit nombre de maisons,Qu’à peine avoit clos de gazonsUne hâte peu curieuse ;Un camp venant pour te forcer,Abattu sans se redresser,Et le repos d’une provincePar un même effet rétabli,Au gré des sujets et du Prince,Sont-ce choses dignes d’oubli ?
Sous la canicule enflamméeLes blés ne sont point aux sillonsSi nombreux que les bataillonsQui fourmilloient en cette armée,Et si la fureur des TitansPar de semblables combattantsEût présenté son escalade,Le ciel avoit de quoi douterQu’il n’eût vu régner EnceladeEn la place de Jupiter.
Qui vers l’épaisseur d’un bocageA vu se retirer des loupsQu’un berger de cris et de coupsA repoussés de son herbage,Il a vu ces désespérésPar ta gloire déshonorésS’en revenir en leur tranchée,Et ne rester de leurs effortsQue toute la terre jonchéeDe leurs blessés et de leurs morts.
La paix qui neuf ans retirée,Faisoit la sourde à nous ouïr,A la fin nous laissa jouirDe sa présence désirée.Au lieu du soin et des ennuisPar qui nos jours sembloient des nuits,L’âge d’or revint sur la terre,Les délices eurent leur tour,Et mon roi lassé de la guerreMit son temps à faire l’amour.
Le nom de sa chaste MarieLe travailloit d’une langueurQu’il pensoit que pour sa longueurJamais il ne verroit guérie,Et bien que des succès heureuxDe ses combats aventureuxToute l’Europe sût l’histoire,Il croyait en sa royautéN’avoir rien, s’il n’avoit la gloireDe posséder cette beauté.
Elle auparavant invincibleEt plus dure qu’un diamant,S’apercevoit que cet amantLa faisoit devenir sensible.Les doutes que les femmes fontEt la conduite qu’elles ontPlus discrète et plus retenue,Contre sa flamme combattant,Faisoient qu’elle étoit moins connue,Mais elle étoit grande pourtant.
En l’heureux sein de la Toscane,Diane aux ombres de ses boisLa nourrissoit dessous ses lois,Qui n’enseignent rien de profane.Tandis le temps faisoit mûrirLe dessein de l’aller quérir,Et ne restoit plus que d’élireCelui qui serait le JasonDigne de faire à cet empireVoir une si belle toison.
Tu vainquis en cette dispute,Aussi plein d’aise dans le cœurQu’à Pise jadis un vainqueurOu de la course ou de la lutte ;Et parus sur les poursuivantsDont les vœux trop haut s’élevantsTe donnoient de la jalousie,Comme dessus des arbrisseauxUn de ces pins de SilésieQui font les mâts de nos vaisseaux.
Quelle prudence inestimableNe fis-tu remarquer alors ?Quels ornements d’âme et de corpsNe te firent trouver aimable ?Téthys, que ta grâce ravit,Pleine de flamme te suivitAutant que dura ton passage,Et l’Arno cessa de couler,Plein de honte qu’en son rivageIl n’avoit de quoi t’égaler.
Tu menois le blond Hyménée,Qui devoit solennellementDe ce fatal accouplementCélébrer l’heureuse journée.Jamais il ne fut si paré,Jamais en son habit doréTant de richesses n’éclatèrent ;Toutefois les Nymphes du lieuNon sans apparence doutèrentQui de vous deux étoit le Dieu.
Mais quoi ? ma barque vagabondeEst dans les Syrtes bien avant ;Et le plaisir la décevantToujours la pousse au gré de l’onde.Bellegarde, les matelotsJamais ne méprisent les flots,Quelque phare qui leur éclaire ;Je ferai mieux de relâcher,Et borner le soin de te plairePar la crainte de te fâcher.
Toute la gloire où mon attenteCroit avoir raison d’aspirer,C’est qu’il te plaise m’assurerQue mon offrande te contente.Donne-m’en d’un clin de tes yeuxUn témoignage gracieux,Et si tu la trouves petite,Considère qu’une actionNe peut avoir peu de mériteAyant beaucoup d’affection.
Ainsi toujours d’or et de soieTon âge dévide son cours ;Ainsi te naissent tous les joursNouvelles matières de joie,Et les foudres accoutumésDe tous les traits envenimésQue par la fortune contraireL’ire du ciel fait décocher,De toi, ni de Termes ton frère,Ne puissent jamais approcher.
Quand la faveur à pleines voiles,Toujours compagne de vos pas,Vous feroit devant le trépasAvoir le front dans les étoiles,Et remplir de votre grandeurCe que la terre a de rondeur,Sans être menteur je puis direQue jamais vos prospéritésN’iront jusques où je desire,Ni jusques où vous méritez.
A la fin c’est trop de silenceEn si beau sujet de parler :Le mérite qu’on veut celerSouffre une injuste violence.Bellegarde, unique supportOù mes vœux ont trouvé leur port.Que tarde ma paresse ingrate,Que déjà ton bruit nonpareilAux bords du Tage et de l’EuphrateN’a vu l’un et l’autre soleil ?
Les Muses hautaines et bravesTiennent le flatter odieux,Et comme parentes des DieuxNe parlent jamais en esclaves ;Mais aussi ne sont-elles pasDe ces beautés dont les appasNe sont que rigueur et que glace,Et de qui le cerveau léger,Quelque service qu’on lui fasse,Ne se peut jamais obliger.
La vertu, qui de leur étudeEst le fruit le plus précieux,Sur tous les actes vicieuxLeur fait haïr l’ingratitude ;Et les agréables chansonsPar qui les doctes nourrissonsSavent charmer les destinées,Récompensent un bon accueilDe louanges que les annéesNe mettent point dans le cercueil.
Les tiennes par moi publiées,Je le jure sur les autels,En la mémoire des mortelsNe seront jamais oubliées ;Et l’éternité que prometLa montagne au double sommetN’est que mensonge et que fumée,Ou je rendrai cet universAmoureux de ta renommée,Autant que tu l’es de mes vers.
Comme en cueillant une guirlande,L’homme est d’autant plus travaillé,Que le parterre est émailléD’une diversité plus grande ;Tant de fleurs de tant de côtésFaisant paraître en leurs beautésL’artifice de la Nature,Qu’il tient suspendu son désir,Et ne sait en cette peintureNi que laisser, ni que choisir :
Ainsi quand, pressé de la honteDont me fait rougir mon devoir,Je veux mon œuvre concevoirQui pour toi les âges surmonte,Tu me tiens les sens enchantésDe tant de rares qualités,Où brille un excès de lumière,Que plus je m’arrête à penserLaquelle sera la première,Moins je sais par où commencer.
Si nommer en son parentageUne longue suite d’aïeuxQue la gloire a mis dans les cieux,Est réputé grand avantage :De qui n’est-il point reconnuQue toujours les tiens ont tenuLes charges les plus honorables,Dont le mérite et la raison,Quand les Destins sont favorables,Parent une illustre maison ?
Qui ne sait de quelles tempêtesLeur fatale main autrefois,Portant la foudre de nos rois,Des Alpes a battu les têtes ?Qui n’a vu dessous leurs combatsLe Pô mettre les cornes bas ?Et les peuples de ses deux rives,Dans la frayeur ensevelis,Laisser leurs dépouilles captivesA la merci des fleurs de lis ?
Mais de chercher aux sépulturesDes témoignages de valeur,C’est à ceux qui n’ont rien du leurEstimable aux races futures ;Non pas à toi, qui revêtuDe tous les dons que la vertuPeut recevoir de la Fortune,Connois que c’est que du vrai bien,Et ne veux pas, comme la lune,Luire d’autre feu que du tien.
Quand le monstre infâme d’envie,A qui rien de l’autrui ne plaît,Tout lâche et perfide qu’il est,Jette les yeux dessus ta vie,Et te voit emporter le prixDes grands cœurs et des beaux espritsDont aujourd’hui la France est pleine,Est-il pas contraint d’avouerQu’il a lui-même de la peineA s’empêcher de te louer ?
Soit que l’honneur de la carrièreT’appelle à monter à cheval,Soit qu’il se présente un rivalPour la lice ou pour la barrière,Soit que tu donnes ton loisirA prendre quelque autre plaisir,Éloigné des molles délices ;Qui ne sait que toute la cour,A regarder tes exercices,Comme à des théâtres accourt ?
Quand tu passas en Italie,Où tu fus quérir pour mon roiCe joyau d’honneur et de foi,Dont l’Arne à la Seine s’allie ;Téthys ne suivit-elle pasTa bonne grâce et tes appas,Comme un objet émerveillable,Et jura qu’avecque JasonJamais argonaute semblableN’alla conquérir la toison ?
Tu menois le blond Hyménée,Qui devoit solennellementDe ce fatal accouplementCélébrer l’heureuse journée.Jamais il ne fut si paré ;Jamais en son habit doréTant de richesses n’éclatèrent ;Toutefois les Nymphes du lieu,Non sans apparence, doutèrentQui de vous deux étoit le Dieu.
De combien de pareilles marques,Dont on ne me peut démentir,Ai-je de quoi te garantirContre les menaces des Parques ?Si ce n’est qu’un si long discoursA de trop pénibles détours ;Et qu’à bien dispenser les choses,Il faut mêler pour un guerrierA peu de myrte et peu de rosesForce palme et force laurier ?
Achille étoit haut de corsage ;L’or éclatoit en ses cheveux ;Et les dames avecque vœuxSoupiroient après son visage ;Sa gloire à danser et chanter,Tirer de l’arc, sauter, lutter,A nulle autre n’étoit seconde ;Mais s’il n’eût rien eu de plus beau,Son nom, qui vole par le monde,Seroit-il pas dans le tombeau ?
S’il n’eût par un bras homicide,Dont rien ne repoussoit l’effort,Sur Ilion vengé le tortQu’avoit reçu le jeune Atride ;De quelque adresse qu’au gironOu de Phénix, ou de Chiron,Il eût fait son apprentissage,Notre âge auroit-il aujourd’huiLe mémorable témoignageQue la Grèce a donné de lui ?
C’est aux magnanimes exemplesQui sous la bannière de MarsSont faits au milieu des hasards,Qu’il appartient d’avoir des temples :Et c’est avecque ces couleursQue l’histoire de nos malheursMarquera si bien ta mémoire,Que tous les siècles à venirN’auront point de nuit assez noire,Pour en cacher le souvenir.
En ce long temps où les maniesD’un nombre infini de mutins,Poussés de nos mauvais destins,Ont assouvi leurs félonies,Par quels faits d’armes valeureux,Plus que nul autre aventureux,N’as-tu mis ta gloire en estime ?Et déclaré ta passion,Contre l’espoir illégitimeDe la rebelle ambition ?
Tel que d’un effort difficileUn fleuve au travers de la mer,Sans que son goût devienne amer,Passe d’Élide en la Sicile ;Ses flots par moyens inconnusEn leur douceur entretenusAucun mélange ne reçoivent ;Et dans Syracuse arrivantSont trouvés de ceux qui les boiventAussi peu salés que devant :
Tel entre ces esprits tragiques,Ou plutôt démons insensés,Qui de nos dommages passésTramoient les funestes pratiques,Tu ne t’es jamais divertiDe suivre le juste parti ;Mais blâmant l’impure licenceDe leurs déloyales humeurs,As toujours aimé l’innocence,Et pris plaisir aux bonnes mœurs.
Depuis que pour sauver sa terre,Mon roi, le plus grand des humains,Eut laissé partir de ses mainsLe premier trait de son tonnerre,Jusqu’à la fin de ses exploits,Que tout eut reconnu ses lois,A-t-il jamais défait armée,Pris ville, ni forcé rempart,Où ta valeur accoutuméeN’ait eu la principale part ?
Soit que près de Seine et de LoireIl pavât les plaines de morts,Soit que le Rhône outre ses bordsLui vît faire éclater sa gloire,Ne l’as-tu pas toujours suivi ?Ne l’as-tu pas toujours servi ?Et toujours par dignes ouvragesTémoigné le mépris du sortQue sait imprimer aux couragesLe soin de vivre après la mort ?
Mais quoi ? ma barque vagabondeEst dans les Syrtes bien avant ;Et le plaisir la décevantToujours l’emporte au gré de l’onde.Bellegarde, les matelotsJamais ne méprisent les flots,Quelque phare qui leur éclaire :Je ferai mieux de relâcher,Et borner le soin de te plaire,Par la crainte de te fâcher.
L’unique but où mon attenteCroit avoir raison d’aspirer,C’est que tu veuilles m’assurerQue mon offrande te contente ;Donne-m’en d’un clin de tes yeuxUn témoignage gracieux ;Et si tu la trouves petite,Ressouviens-toi qu’une actionNe peut avoir peu de mérite,Ayant beaucoup d’affection.
Ainsi de tant d’or et de soieTon âge dévide son cours,Que tu reçoives tous les joursNouvelles matières de joie ;Ainsi tes honneurs florissants,De jour en jour aillent croissants,Malgré la fortune contraire ;Et ce qui les fait trébucher,De toi ni de Termes ton frèreNe puisse jamais approcher.
Quand la faveur à pleines voiles,Toujours compagne de vos pas,Vous feroit devant le trépasAvoir le front dans les étoiles,Et remplir de votre grandeurCe que la terre a de rondeur,Sans être menteur, je puis direQue jamais vos prospéritésN’iront jusques où je désire,Ni jusques où vous méritez.
600 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources