Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XX. Aux dames, pour les demi-dieux marins, conduits par Neptune
O qu’une sagesse profondeAux aventures de ce mondePréside souverainement ;Et que l’audace est mal appriseDe ceux qui font une entreprise,Sans douter de l’événement !
Le renom que chacun admireDu prince qui tient cet empire,Nous avoit faits ambitieuxDe mériter sa bienveillance,Et donner à notre vaillanceLe témoignage de ses yeux.
Nos forces, partout reconnues,Faisoient monter jusques aux nuesLes desseins de nos vanités ;Et voici qu’avecque des charmesUn enfant qui n’avoit point d’armesNous a ravi nos libertés.
Belles merveilles de la terre,Doux sujets de paix et de guerre,Pouvons-nous avecque raisonNe bénir pas les destinées,Par qui nos âmes enchaînéesServent en si belle prison ?
L’aise nouveau de cette vieNous ayant fait perdre l’envieDe nous en retourner chez nous,Soit notre gloire ou notre honte,Neptune peut bien faire compteDe nous laisser avecque vous.
Nous savons quelle obéissanceNous oblige notre naissanceDe porter à sa royauté ;Mais est-il ni crime ni blâme,Dont vous ne dispensiez une âmeQui dépend de votre beauté ?
Qu’il s’en aille à ses Néréides,Dedans ses cavernes humides,Et vive misérablementConfiné parmi ses tempêtes ;Quant à nous, étant où vous êtes,Nous sommes en notre élément.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources