Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XXII. Chanson (1607)
Qu’autres que vous soient désirées,Qu’autres que vous soient adorées,Cela se peut facilement ;Mais qu’il soit des beautés pareillesA vous, merveille des merveilles,Cela ne se peut nullement.
Que chacun sous telle puissanceCaptive son obéissance,Cela se peut facilement ;Mais qu’il soit une amour si forteQue celle-là que je vous porte,Cela ne se peut nullement.
Que le fâcheux nom de cruellesSemble doux à beaucoup de belles,Cela se peut facilement ;Mais qu’en leur âme trouve placeRien de si froid que votre glace,Cela ne se peut nullement.
Qu’autres que moi soient misérablesPar vos rigueurs inexorables,Cela se peut facilement ;Mais que la cause de leurs plaintesPorte de si vives atteintes,Cela ne se peut nullement.
Qu’on serve bien, lorsque l’on penseEn recevoir la récompense,Cela se peut facilement ;Mais qu’une autre foi que la mienneN’espère rien et se maintienne,Cela ne se peut nullement.
Qu’à la fin la raison essaieQuelque guérison à ma plaie,Cela se peut facilement ;Mais que d’un si digne servageLa remontrance me dégage,Cela ne se peut nullement.
Qu’en ma seule mort soient finiesMes peines et vos tyrannies,Cela se peut facilement ;Mais que jamais par le martyreDe vous servir je me retire,Cela ne se peut nullement.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources