Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LIX. Sur le même sujet
Donc après un si long séjour,Fleurs de lis, voici le retourDe vos aventures prospères ;Et vous allez être à nos yeuxFraîches comme aux yeux de nos pèresLorsque vous tombâtes des cieux.
A ce coup s’en vont les DestinsEntre les jeux et les festinsNous faire couler nos années ;Et commencer une saison,Où nulles funestes journéesNe verront jamais l’horizon.
Ce n’est plus comme auparavant,Que si l’Aurore en se levantD’aventure nous voyoit rire,On se pouvoit tien assurer,Tant la fortune avoit d’empire !Que le soir nous verroit pleurer.
De toutes parts sont éclaircisLes nuages de nos soucis ;La sûreté chasse les craintes ;Et la discorde sans flambeauLaisse mettre avecque nos plaintesTous nos soupçons dans le tombeau.
O qu’il nous eût coûté de morts,O que la France eût fait d’efforts,Avant que d’avoir par les armesTant de provinces qu’en un jour,Belle Reine, avecque vos charmesVous nous acquérez par amour !
Qui pouvoit, sinon vos bontés,Faire à des peuples indomptésLaisser leurs haines obstinées,Pour jurer solennellement,En la main de deux hyménées,D’être amis éternellement ?
Fleur des beautés et des vertus,Après nos malheurs abattusD’une si parfaite victoire,Quel marbre à la postéritéFera paraître votre gloireAu lustre qu’elle a mérité ?
Non, non, malgré les envieuxLa raison veut qu’entre les DieuxVotre image soit adorée ;Et qu’aidant comme eux aux mortels,Lorsque vous serez implorée,Comme eux vous ayez des autels.
Nos fastes sont pleins de lauriersDe toute sorte de guerriers ;Mais, hors de toute flatterie,Furent-ils jamais embellisDes miracles que fait MariePour le salut des fleurs de lis ?
A ce coup la France est guérie ;Peuples fatalement sauvés,Payez les vœux que vous devezA la sagesse de Marie.
58 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources