Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XXXI. Sonnet (1609)
Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle,C’est une œuvre où nature a fait tous ses efforts ;Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle ;Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors ;Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards ;Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,Et la fait reconnoître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d’appas,Qu’en dis-tu, ma raison ? crois-tu qu’il soit possibleD’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources