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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres poétiques de malherbe, 1630

XXXII. Stances (1609)

François de Malherbe· 48 vers

Le dernier de mes jours est dessus l’horizon ;Celle dont mes ennuis avoient leur guérisonS’en va porter ailleurs ses appas et ses charmes ;Je fais ce que je puis, l’en pensant divertir ;Mais tout m’est inutile, et semble que mes larmesExcitent sa rigueur à la faire partir.

Beaux yeux, à qui le ciel, et mon consentement,Pour me combler de gloire, ont donné justementDessus mes volontés un empire suprême,Que ce coup m’est sensible ; et que tout à loisirJe vais bien éprouver qu’un déplaisir extrêmeEst toujours à la fin d’un extrême plaisir !

Quel tragique succès ne dois-je redouterDu funeste voyage où vous m’allez ôterPour un terme si long tant d’aimables délices,Puisque votre présence étant mon élément,Je pense être aux enfers, et souffrir leurs supplices,Lorsque je m’en sépare une heure seulement !

Au moins si je voyois cette fière beautéPréparant son départ cacher sa cruautéDessous quelque tristesse, ou feinte, ou véritable ;L’espoir, qui volontiers accompagne l’amour,Soulageant ma langueur, la rendroit supportable,Et me consoleroit jusques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ?Avec quelle raison me puis-je figurerQue cette âme de roche une grâce m’octroie ?Et qu’ayant fait dessein de ruiner ma foi,Son humeur se dispose à vouloir que je croieQu’elle a compassion de s’éloigner de moi ?

Puis étant son mérite infini comme il est,Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît,Quelques lois qu’elle fasse, et quoi qu’il m’en advienne,Sans faire cette injure à mon affectionD’appeler sa douleur au secours de la mienne,Et chercher mon repos en son affliction ?

Non, non, qu’elle s’en aille à son contentement,Ou dure ou pitoyable, il n’importe comment ;Je n’ai point d’autre vœu que ce qu’elle souhaite ;Et quand de mes souhaits je n’aurois jamais rien,Le sort en est jeté, l’entreprise en est faite,Je ne saurois brûler d’autre feu que du sien.

Je ne ressemble point à ces foibles esprits,Qui bientôt délivrés, comme ils sont bientôt pris,En leur fidélité n’ont rien que du langage ;Toute sorte d’objets les touche également ;Quant à moi, je dispute avant que je m’engage,Mais quand je l’ai promis, j’aime éternellement.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources