Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XXXIII. Sonnet (1609)
Beauté, de qui la grâce étonne la nature,Il faut donc que je cède à l’injure du sort,Que je vous abandonne, et loin de votre portM’en aille au gré du vent suivre mon aventure.
Il n’est ennui si grand que celui que j’endure ;Et la seule raison qui m’empêche la mort,C’est le doute que j’ai que ce dernier effortNe fût mal employé pour une âme si dure.
Caliste, où pensez-vous ? Qu’avez-vous entrepris ?Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris,Qui de ma patience indignement se joue ?
Mais, ô de mon erreur l’étrange nouveauté !Je vous souhaite douce, et toutefois j’avoueQue je dois mon salut à votre cruauté.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources