Œuvres poétiques de malherbe, 1630
XXXV. Sonnet (1609)
Caliste, en cet exil j’ai l’âme si gênéeQu’au tourment que je souffre il n’est rien de pareil ;Et ne saurois ouïr ni raison ni conseil,Tant je suis dépité contre ma destinée.
J’ai beau voir commencer et finir la journée,En quelque part des cieux que luise le soleil,Si le plaisir me fuit, aussi fait le sommeil,Et la douleur que j’ai n’est jamais terminée.
Toute la cour fait cas du séjour où je suis,Et pour y prendre goût, je fais ce que je puis ;Mais j’y deviens plus sec, plus j’y vois de verdure.
En ce piteux état si j’ai du réconfort,C’est, ô rare beauté, que vous êtes si dure,Qu’autant près comme loin je n’attends que la mort.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources