Œuvres poétiques de malherbe, 1630
LXXXI. Stances spirituelles (1620)
Louez Dieu par toute la terre,Non pour la crainte du tonnerreDont il menace les humains ;Mais pour ce que sa gloire en merveilles abonde,Et que tant de beautés qui reluisent au mondeSont des ouvrages de ses mains.
Sa providence libéraleEst une source générale,Toujours prête à nous arroser.L’Aurore et l’Occident s’abreuvent en sa course,On y puise en Afrique, on y puise sous l’Ourse,Et rien ne la peut épuiser.
N’est-ce pas lui qui fait aux ondesGermer les semences fécondesD’un nombre infini de poissons ;Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes,Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnesDe vendanges et de moissons ?
Il est bien dur à sa justiceDe voir l’impudente maliceDont nous l’offensons chaque jour ;Mais comme notre père il excuse nos crimes,Et même ses courroux, tant soient-ils légitimes,Sont des marques de son amour.
Nos affections passagères,Tenant de nos humeurs légères,Se font vieilles en un moment,Quelque nouveau désir comme un vent les emporte ;La sienne toujours ferme, et toujours d’une sorte,Se conserve éternellement.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques de malherbe, Paris, LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources