Le chemin du rire, 1881· I Daniele
X. Baiser dernier
Ce n’est plus du délire excessif, c’est un spasmeAmoindri, ce baiser froid, sans enthousiasme,Qu’on prend pour en finir et qui vous paraît long,Et qui coupe vos reins d’une sangle de plomb.
Le cerveau voilé comme en une tabagie,On retombe, aussi lourd qu’un marbre d’effigie,Lentement, dans la place où l’on était couché,Le sang est mort, le cœur comme un fruit desséché.
Mais le baiser à nous qu’on se donnait pour cloreLa nuit était toujours aussi frais qu’une aurore,Quand même de fatigue il nous eût fait périr :Mourir en l’étreignant, est-ce que c’est mourir !
Je me souviens aussi d’un baiser sur sa joue,Très chaste. Je partais. Nous entendions la roueDes trains. Calmes, mes yeux mentaient à ma rancœurEt c’est ce baiser-là qui m’éreinta le cœur.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources