Le chemin du rire, 1881· IV Les paradis ironiques· Les Paradis fantaisistes
IV. Celui de saint laurent
Le jour de la saint Laurent,Ce qui file dans le ciel,Ce ne sont pas les étoiles ;Ce sont les petits charbonsQui grillèrent saint Laurent.
On raconte une légende :Saint Laurent grillait, grillaitComme un bifteck sur son gril.Dieu parut dans la fuméeEt lui dit ces quelques mots :
« Bon Laurent, mon confesseur,Je suis très content de toi ;Tu ne dois pas trop jouirSur la braise où l’on t’a mis ;Mais je suis content de toi.
« Bon confesseur, saint Laurent,Ces incandescents charbons,Qui font tant fumer ta chair,Bientôt autour de ton frontFormeront une auréole.
« Cher Laurent, mon confesseur,Le propre jour de ta fête,Le dix août, sur les dix heures,En ton honneur, les étoilesDanseront au bord du ciel. »
Le dix août, sur les dix heures,Il se fait au firmamentUn très grand remue-ménage ;On dirait que Dieu, là haut,Passe les astres au crible.
Dieu ne passe rien au crible ;Ce qui file dans le ciel,Ce ne sont pas des étoiles ;Ce sont les petits charbonsQui grillèrent saint Laurent.
10 août.
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources