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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le chemin du rire, 1881· IV Les paradis ironiques

XXX. Ciel catholique

Paul Marrot· 34 vers

Je n’ai jamais compris le bonheur de ce ciel,Subtil comme un fluide et doux comme le miel,Promis dans les sermons du prêtre catholique,Qu’à l’heure où j’ai senti mon cœur mélancoliqueSaisi par ce confus et splendide idéal :L’Amour ! source de tant de douceur et de mal.O ma chère lointaine, attachée à ta lèvre,Ma lèvre, en nos baisers pleins d’un charme mièvre,A dû te murmurer le mot du Paradis.Mais, j’ai perdu la clef des mots que je t’ai dits.Dans un transport grisant, j’ai compris le mystère ;Aujourd’hui, lourdement, me voilà sur la terre :Je ne me souviens plus de ce que j’ai compris.

Les païens, effeuillant les roses de Cypris,Dans des banquets, chantant des soirs jusqu’aux aurores,Maculaient leurs baisers dans le sang des amphores,Et le spasme d’Éros fut tout matériel ;Nous, notre amour suivit l’école d’Ariël ;Ta bouche, mille fois et mille fois baisée,Laissait toujours ma bouche, ardente, inapaisée.J’avais d’étranges soifs ; allangui, je vaguaisDans des jours vivement heureux, mais jamais gais.

Or, j’ai guéri cela comme une maladie ;J’ai raffermi mes nerfs ; ma vigueur engourdieRessuscita dans des travaux et des plaisirs.Ma volonté ferma la porte à ces désirsPleins de mortels bonheurs et d’exquises angoisses ;Et je n’entends plus rien aux prônes des paroissesQui me peignent le ciel avec de l’outremerEt des félicités vagues, sans.rien d’amer.

Pour croire à l’éternelle expansion de l’âme,Il faut être énervé par un désir de femmeUn seul instant je me suis dit, extasié :« Qu’est-ce que le ciel ? ‒ C’est l’amour rassasié. »

34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources