Le chemin du rire, 1881· II Les soupeuses
XVI. Deux mois, ma Mie !
Voici bientôt deux mois, ma mie,Deux grands mois que nous nous aimons,Malgré tes pleurs et mes sermons,Notre amour git dans l’accalmie.
Car aimer deux mois met au rangDes amants extraordinaires ;L’Hymen prend des pensionnaires,L’Amour ne tient qu’un restaurant.
J’ai souvenir de la premièreSemaine où nous nous écrivions ;Nous étions des dieux, nous vivionsDans l’extase et dans la lumière.
Maintenant tout s’en va changeant.Bonsoir les folles énergies !Ainsi la mèche des bougiesPerd sa lueur en s’allongeant.
Avec une plume d’oiselle,Nous avions signé le contrat,Sans notaire ni magistrat.Je cherche une autre demoiselle ;
Toi, tu prends ma route à rebours,Cherchant un autre petit homme.Vivons en philosophes, commeLes gais moineaux du Luxembourg !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources