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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le chemin du rire, 1881· II Les soupeuses

XV. Le Loup

Paul Marrot· 48 vers

Je vois s’assoupir l’agent de policeEt la fin du bal arrive au galop.Où vas-tu, beau masque, avec ta pelisse ?Te coucher ? Si tard ! T’endormir ? Si tôt !

Suis-moi, car ainsi que des castagnettes,Mon pouls fiévreux bat d’un train endiablé ;Ton corps a de ces lignes mignonnettes !Là, vrai, tu m’en vois tout affriolé.

J’ignore ton nom. Baste ! à l’aventure !Et j’en crois l’ampleur de ton jupon fin ;Au premier coup d’œil sur ta devanture,J’ai senti mon cœur se mourir de faim.

J’ai faim, l’homme est né pour manger ; Follette,Gavons-nous du suc des fruits défendus ;Ta bouche a l’odeur d’une cassolette,J’ai soif de tes yeux longuement fendus.

Et voilà ! Tes yeux, ta bouche, ta pose,Je n’en veux pas plus pour t’aimer ce soir ;Le reste du corps, je te le supposeAussi beau que tout ce que j’ai pu voir.

Ton loup est peut-être un objet utile,Cachant (je suis fou des nez retroussés)Un nez long ou bien une joue hostileAux doux claquements que font les baisers.

Mais j’en cours la chance, et la folle enchère,Et tes pieds menus sont si remarqués,Tes seins, vrais ou faux, si pimpants, ô chère !Que, tiens, sans façons, aimons-nous masqués.

Sans m’inquiéter quel rouge te farde,Quand je te tiendrai dans mes bras ardents,Je respecterai, comme un chien de garde,Ton farceur de loup qui montre tes dents.

Toqué seulement de tes élégances,Je ne lèverai qu’un coin du manteau ;Je ne ferai rien pour casser les gancesQui tiennent si strict ton incognito.

Mystère pour tous, même pour moi-même !Ayant bien assez de ce que je voi ;Tu seras ainsi qu’un vivant problèmeDemi-résolu. ‒ Viens, mon loup, suis-moi…

Le bal finissait ;la grande bourrasqueDu dernier galop, inspiré de Strauss,S’éteignit chacun emmena son masque ;Je menai le mien aux sentiers d’Éros.

Et dans le repos des câlineries,Naturel entr’acte aux nerveux excès,Je lui dis, riant de mes menteries :Va, beau masque, va, je te connaissais.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources