Le chemin du rire, 1881· III Les loi des choses
XXII. La Chanson du Coiffeur
L’amour a ses lois. La fleuristeMéprise parfois les grandeurs ;Aspirant aux bonnes odeurs,Elle aime un coiffeur un artiste !A lui les serments, les aveuxEt les chers baisers qu’on déguste.Henriette idolâtre Auguste :Les fleurs se mêlent aux cheveux.
Ah ! monsieur, vous êtes coiffeur !Vous avez beaucoup de bonheur.
Ça sent bon, les coiffeurs ! Les rosesEt leurs arômes langoureuxSont de la Saint-Jean : auprès d’eux,Les plus doux parfums sont moroses.Ils n’aiment pas avec des crisFiévreux et d’étranges paroles ;Mais, riants, dans des auréolesDe zinc et de poudre de riz.
Ah ! monsieur, vous êtes coiffeur !Vous avez beaucoup de bonheur.
Il est très bien pour les manièresLe coiffeur ! Sur les fronts mignonsIl fait ruisseler les chignonsD’ébène ou les blondes crinières :C’est sa partie ; il s’y connaît.S’il dit : « La belle tresse noire »C’est un compliment qu’on peut croire ;Et ça sonne mieux qu’un sonnet.
Ah ! monsieur, vous êtes coiffeur !Vous avez beaucoup de bonheur.
Et très souvent le journalisteRaconte dans ses Faits divers,Qui vous mettent l’âme à l’envers,Un suicide de fleuriste,Qui, réchaud allumé, s’endortDans le trépas inexorable,Pour le parfumeur ineffableDont la trahison fait sa mort.
Ah ! monsieur, vous êtes coiffeur !Vous avez beaucoup de bonheur.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources