Le chemin du rire, 1881· III Les loi des choses
XXI. Les Larmes
Vanquelin et Fourcroy ont
analysé les larmes, ils les
ont trouvées composées de
mucus, de bismuth, de soude
et de sel.(Journal scientifique.)
VAUQUELIN, et Fourcroy les ont analysées,Ils ont trouvé dedans du sel et du mucus.Mes amis, qu’en eût dit Horatius Flaccus !Le mucus florissant dans les âmes brisées !Combien Horatius en eût fait de risées,Ils ont trouvé dedans du sel et du mucus.
Quand les anciens pleuraient sur l’amour de leurs mies,Les pauvres vieux versaient ils ne savaient pas quoi.Grâces à Vauquelin, et grâces à Fourcroy,Nous connaissons à fond nos paupières blémies ;Mais les pauvres anciens n’avaient point nos chimies,Ils ont toujours pleuré sans jamais savoir quoi.
Quand on souffre ou qu’on est ému, lorsque l’on boude,Une chose pour nous affaiblit le souci,Et c’est évidemment de se dire ceci :Pour que mon cœur brisé se referme et se soude,Combien vais-je verser de bismuth et de soude ?Cette réflexion égayé le souci.
Les anciens poursuivaient de bien maigres chimères,Ils étaient ignorants, et nous sommes complets ;Ils savaient de combien d’affronts et de soufflets,D’espoirs guerriers déçus et de hontes amèresSe composent des pleurs d’homme. Belles misères !Ils étaient ignorants, et nous sommes complets.
Nous connaissons le fort et le faible des larmes,Nous connaissons le sel, le mucus, le bismuth ;Et nous avons appris que menteur est le luthQuand il vient nous chanter que les pleurs ont des charmes.Scientifiquement nous ne rendons les armesQu’au mucus, à la soude, au sel et au bismuth.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources