Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le chemin du rire, 1881· III Les loi des choses

XXV. Le Café

Paul Marrot· 35 vers

Vénérons le café comme un agent du sort.Il sait galvaniser jusqu’aux plus vieux prétoires ;Mes amis, nous aurons de beaux réquisitoires,Le substitut a bu sa tasse jusqu’au bord.

Amis, amis, à pleine tasse,Du café, buvons du café !

Il a bu, ‒ c’est pourquoi sa verve est imagée, ‒Il triomphe ; il déploie un talent inouï ;Il a bu, c’est pourquoi la morale est vengée,Les bons jurés dans l’urne ont mis leurs douze « oui ».

Amis, amis, à pleine tasse,Du café, buvons du café !

Or, voici qu’un matin sur la place se dresseUn échafaud. Auprès, rouge, s’ouvre un panier ;Et, pour mieux voir, la plèbe écœurante se presse.La voiture ! Un bourreau descend, puis l’aumônier.

Amis, amis, à pleine tasse,Du café, buvons du café !

Puis l’assassin ; il va vers la fauve machine.Solidement, le pas très ferme, le front haut,Comme un gaillard à poil et sans plier l’échineSous un dernier Pater, aux pieds de l’échafaud.

Amis, amis, à pleine tasse,Du café, buvons du café !

Rran ! le lourd couperet a tranché ses vertèbres.Certes, cet homme est mort crânement ! C’est qu’il eutLe soin, comme il marchait aux dernières ténèbres,De prendre un bon café comme le substitut.

Amis, amis, à pleine tasse,Du café, buvons du café !

A toi qui n’as point vu le criminel sans trouble,A toi qui n’as point vu le substitut très fort,Ces vers sur le Café. Tu sais tout ce qu’il double.C’est à la bête humaine un cheval de renfort.Vénérons le café comme un agent du sort.

35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le chemin du rire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1881· numérisation gallica.bnf.fr· Sources